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Associations signataires de la lettre
adressée à M. Valéry GISCARD D'ESTAING,
président de la Convention

- Académie francophone - France
- ADILF (Association pour la défense et l'illustration de la langue française) - Belgique
- A.FR.AV. (Association francophonie avenir) - France
- Alliance Champlain - France
- Alliance francophone - France
- APFF (Association pour la promotion de la francophonie en Flandre) - Belgique
- A.P.L.C.E. (Association pour le pluralisme linguistique et culturel en Europe) - France
- APROBI (Association des professionnels de la traduction des brevets d'invention) - France
- ASSELAF (Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française) - France
- Biennale de la langue française - France
- C.L.E.C. (Cercle littéraire Étienne-Cattin, Association des écrivains cheminots) - France
- Courrier-Sud (Association francophone des professionnels de l'aéronautique) - France
- D.D.C. (le droit de Comprendre) - France
- DLF (Défense de la langue française) - France
- Fondation Charles Plisnier - Belgique
- Maison de la Francité (sauf le «Préambule ») - Belgique
- O.I.L.F. (Observatoire international de la langue française) - Belgique
- UPF (Union internationale de la presse francophone)
- VDS (Verein Deutsche Sprache) - Allemagne

 

LE DROIT DE COMPRENDRE
association loi 1901
SIRET 404 367 5000 0034

Monsieur Valéry Giscard d'Estaing
Président de la Convention
Bât. Justus Lipsus
175, rue de la Loi
1048 BRUXELLES - BELGIQUE

réf: md02097
objet: statut des langues

Paris, le 28 juin 2002

 

Monsieur le Président,

Comme nous vous l'avions annoncé par notre lettre du 5 juin, plusieurs associations européennes ont établi un document exprimant leurs propositions pour le statut des langues dans l'Union européenne. Vous le trouverez ci-inclus.

Certes, la Déclaration de LAEKEN ne charge pas explicitement la Convention, que vous présidez, de faire des propositions dans le domaine du futur régime linguistique de l'Union. Mais il vous faut répondre, au moins sur les principes pour rassurer ceux qui « ... ressentent [... ] une menace pour leur identité » et pour confirmer que l'Europe est « Le continent de la liberté, de la solidarité, de la diversité surtout, ce qui implique le respect de la langue, des traditions et de la culture d'autrui. » (cf Déclaration de Laeken)

Nous revendiquons également une restitution aux États membres de leurs compétences en matière linguistique et la prééminence des lois nationales si facilement remises en cause sous la pression des intérêts particuliers à travers une justice européenne trop à l'écoute des seuls arguments commerciaux.

Encore une fois, nous soulignons l'importance du fait linguistique qui touche à l'essence même de l'âme des peuples. Le négliger, en laissant s'installer une situation de fait contestée, serait une erreur politique aux conséquences graves, à terme, pour la cohésion de notre communauté.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre haute considération.

Marceau Déchamps
secrétaire général
chargé de la coordination

Droit de comprendre
34bis, rue de Picpus 75012 Paris
Téléphone: 01 43 40 24 61
Télécopie: 01 43 40 17 91


Statut des langues
au sein de l'Union européenne

Position d'associations de promotion du français et des autres langues européennes, exposée à l'intention des personnes chargées d'élaborer un éventuel « Texte fondateur européen »

Préambule

Depuis plusieurs années, la Commission européenne, le Parlement, le Conseil et leurs services ainsi que la plupart des institutions de l'Union (B.C.E. en particulier) méconnaissent constamment et de plus en plus massivement, dans la pratique, les diverses dispositions des Traités fondateurs de la Communauté ou de l'Union européenne qui instituent le principe d'égalité des langues officielles de l'Europe et les modalités de son application.

Ainsi, au mépris à la fois des règles et de la très grande majorité des citoyens de l'Europe, les institutions de l'Union imposent systématiquement l'anglo-américain comme langue de travail, d'information et de communication, tant dans leurs propres services que dans leurs relations avec les pays tiers, les organisations internationales, les administrations et les citoyens des États membres. Cet abus aggrave le désintérêt des citoyens envers l'Europe.

Nulle voie de recours efficace contre ces discriminations abusives n'est offerte aux citoyens européens et aux entreprises qui en sont les victimes. Protestations, plaintes et pétitions sont totalement ignorées. Même les dispositions constitutionnelles, législatives et réglementaires nationales de protection de l'emploi des langues nationales des États membres semblent devoir s'incliner devant le monolinguisme anglo-américain de fait, imposé par la Commission au nom de la liberté des échanges au sein de l'espace économique européen, en favorisant les intérêts des États-Unis, principal concurrent de l'Europe.

Le principe d'égalité des langues et des citoyens, base de la légitimité et de l'intégration, est donc constamment bafoué sans que sa violation soit jamais sanctionnée.

La construction européenne, dès lors, risque de ne plus être un projet d'intégration mais une entreprise de soumission à une hégémonie, qui n'a donc aucune légitimité.

Hégémonie économique, culturelle et politique, servie par une domination linguistique d'autant plus perverse qu'elle incite les pays dominés à la favoriser eux-mêmes, pour en atténuer certains effets nuisibles à leurs intérêts à court terme. C'est le cas de la France, de l'Allemagne et d'autres pays où maints acteurs économiques nationaux s'appliquent à promouvoir l'emploi de l'anglo-américain dans leur pays même, au détriment de leur langue, pour tenter d'échapper à une contrainte défavorable. Les langues, les cultures, l'indépendance, l'avenir même de l'Europe s'en trouvent gravement compromis.

La domination de l'anglo-américain, comme celle de toute autre langue, est incompatible avec l'ambition affichée d'intégration démocratique de l'Europe. La mise en place de garanties à la portée du citoyen contre cette domination est indispensable pour donner à tout texte fondateur de l'Europe une vraie légitimité politique et démocratique.

C'est pourquoi les associations soussignées vous prient de bien vouloir

- répondre à leurs questions ci-dessous ;

- prendre en considération le dispositif ci-après, à introduire dans le futur texte fondateur.

Questions

Quelles dispositions introduire dans le corps même de cette Constitution pour assurer l'égalité effective des langues officielles de l'Union au regard, à tout le moins, des situations suivantes :

- documents officiels de toutes les institutions de l'Union,
- rédaction de documents de travail au sein des services des institutions,
- relations écrites et orales de ces mêmes services avec les administrations et les ressortissants (personnes morales et physiques) des États membres,
- relations diplomatiques avec les pays tiers et négociation d'accords internationaux,
- expression écrite et orale publique (communications et discours officiels) à l'adresse de la presse, des citoyens de l'Union, des corps constitués européens, des représentants officiels des États membres ou tiers, des organisations internationales, etc., des représentants officiels des institutions de l'Union, en particulier lorsqu'il s'agit de leurs chefs élus ou désignés (parlementaires, commissaires européens, présidents de la Commission, du Conseil, du Parlement).

L'article 6 du Traité de l'Union européenne (Maastricht) stipule que « l'Union respecte l'identité nationale de ses États membres ». Comment la Convention entend-elle s'y prendre pour faire respecter les langues nationales, éléments fondamentaux de l'identité nationale ?

L'article 53 du Traité (Maastricht) attribue à la Communauté européenne différentes missions dont « h) le rapprochement des législations nationales dans la mesure nécessaire au fonctionnement du marché commun ». Comment la Convention entend-elle développer cette mission en respectant les législations linguistiques des États membres ?

L'article 3 du Traité instituant la Communauté européenne (version consolidée) attribue à celle-ci différentes missions dont « q) une contribution à une éducation et une formation de qualité ainsi qu'à l'épanouissement des cultures des États membres. » Comment la Convention entend-elle développer cette mission en respectant la diversité culturelle et linguistique des peuples d'Europe ?

L'article 149 du Traité instituant la Communauté européenne (version consolidée) dispose que « L'action de la Communauté vise à développer la dimension européenne dans l'éducation, notamment par l'apprentissage et la diffusion des langues des États membres. » Comment la Convention a-t-elle l'intention de mettre en oeuvre cette décision du législateur et mettre fin à l'uniformisation actuelle ?

Le même article stipule que la Communauté doit « favoriser la mobilité des étudiants et des enseignants en encourageant la reconnaissance académique des diplômes et des périodes d'études ». Quelles dispositions prendra la Convention pour s'assurer que les étudiants et les enseignants possèdent les compétences linguistiques suffisantes pour étudier et travailler dans tel ou tel pays de la Communauté ?

L'article 153 du Traité (version consolidée) adopte les mesures propres à assurer la protection des consommateurs. Comment la Convention entend-elle s'y prendre pour remplir cette obligation si l'Union persiste à considérer que les langues nationales constituent une entrave à la libre circulation des biens, sans parler des formes substantielles des procédures ?

L'article 163 du Traité instituant la Communauté européenne (version consolidée) prévoit d'aider les entreprises à mieux exploiter le marché intérieur en facilitant l'ouverture des marchés publics nationaux, en définissant des normes communes et en éliminant les obstacles juridiques et fiscaux. La Convention a-t-elle bien l'intention de stipuler que la notion d' « obstacle juridique à éliminer » ne saurait s'appliquer aux législations sur les langues nationales ?

Les articles 202 et suivants du Traité posent les règles de composition et de travail des institutions. La Convention a-t-elle l'intention de confirmer l'égalité les langues dans ces institutions, telle qu'elle est prévue par le règlement n° 1 d'avril 1958 ?

L'article J.4 du Traité (Maastricht) prévoit que l'Union européenne définira « une politique de défense commune qui pourrait conduire, le moment venu, à une défense « commune ». Quel en sera le régime linguistique ?

La même question se pose pour l'Office européen de police (Europol) créé en application de l'article K.1 dudit Traité.

L'article S du Traité (Maastricht) indique que ledit Traité est rédigé en un exemplaire unique, dans chacune des langues nationales, les textes correspondants faisant également foi. La Convention a-t-elle prévu de perpétuer cette règle ?

Un protocole annexé au Traité définit les statuts et missions du Système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne. La Convention entend-elle codifier les langues qu'utilisent ces institutions dans leurs rapports avec les États, les banques centrales nationales, les administrations nationales, les banques et les particuliers ?

Comment la Convention entend-elle s'inspirer des résolutions adoptées en février 2002 par le Forum social mondial de Porto Alegre en matière de diversité linguistique, ainsi que des recommandations de Mannheim (décembre 2000) et de Florence (octobre 2001) sur la promotion des grandes langues européennes ?

Éléments du dispositif constitutionnel

Les associations demandent que la Convention prenne en considération et traduise en articles du dispositif constitutionnel les résolutions adoptées le 4 février 2002 par le 2e Forum social mondial à Porto Alegre :

1 - L'Union reconnaît toutes les langues officielles des États membres et n'en favorise aucune. Elle garantit en droit et en fait le pluralisme et prend les dispositions nécessaires pour le mettre en oeuvre. Nul ne peut être contraint d'utiliser une autre langue qu'une langue officielle du pays dont il est citoyen, selon son choix.

2 - Les dispositions constitutionnelles et législatives adoptées par les États membres relatives à leurs langues et à leurs cultures nationales relèvent de leur compétence dans le cadre de la subsidiarité. Elles ne sauraient être subordonnées à quelques dispositions que ce soit adoptées par l'Union.

3 - Les États membres qui appartiennent à des ensembles internationaux culturels et linguistiques (Commonwealth, Germanophonie, Slavophonie, Hispanophonie, Francophonie, Lusophonie et autres) gèrent cette appartenance en toute indépendance dans le cadre de la subsidiarité.

4 - Tout citoyen peut obtenir l'application de ces principes devant une juridiction compétente.

Signataires:
Académie francophone
France - ADILF Belgique - A.FR.AV. France - Alliance Champlain France - Alliance francophone France - APFF Belgique - A.P.L.C.E. France - APROBI France - ASSELAF France - Biennale de la langue française - France - C.L.E.C. France - Courrier-Sud France - D.D.C. France - DLF France - Fondation Charles Plisnier Belgique - Maison de la Francité Belgique - O.I.L.F. Belgique - UPF - VDS Allemagne