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DÉFENSE DU FRANÇAIS

A à D / E à H / I J K L / M à R / S à Z

A

Abonder. On rencontre parfois, généralement dans un contexte financier, le verbe abonder employé à la forme transitive directe: abonder les fonds d'une entreprise.
Cet emploi abusif, dans le sens de «faire abonder, faire fructifier, rendre plus importants, plus abondants» les avoirs d'une société, est à proscrire.
Abonder verbe intransitif signifie : a) exister en très grande quantité: le gibier abonde dans cette région; b) avoir, produire en très grande quantité: la rivière abonde en poissons; c) abonder dans le sens de quelqu'un: soutenir la même opinion que lui, être tout à fait de son avis. Df, n° 439, avril 2003.

Aboutir. Ce verbe a plusieurs acceptions: a) toucher par un bout: la rue aboutit au carrefour; b) avoir pour conséquence, pour résultat: cela n'aboutit à rien; c) obtenir le résultat souhaité: pourvu que cette réforme aboutisse.
On observe aujourd'hui un emploi intempestif de l'adjectif abouti dans le sens d'achevé, de réussi, de parfait en son genre: un travail, un projet abouti, l'oeuvre la plus aboutie.
On évitera cette utilisation abusive d'abouti en disant: faire aboutir un travail, un projet, une démarche. - Df, n° 480, septembre 2006.

Acronymes, abréviations, sigles. Il convient de faire une distinction entre ces mots, qui ne sont pas absolument synonymes.
Le mot sigle désigne une initiale servant d'abréviation ou un groupe de lettres initiales constituant l'abréviation de mots fréquemment utilisés: M., CFF, CICR.
L'abréviation est la réduction d'un mot, d'une suite de mots à certains de leurs éléments (art., chap., op. cit.) ou la réduction d'une expression à l'initiale des mots qui la composent (n.d.l.r, s. à r.l.).
Parce qu'il fait « savant » le mot acronyme est utilisé abondamment (et abusivement) pour désigner n'importe quelle abréviation. On ne peut parler d'acronyme que lorsque le sigle peut se lire syllabiquement, comme un mot: Unicef, sida, cedex.
C.Q.F.D. - Df, n° 495, déc. 2007.

Abyssal. Probablement grâce à son allure scientifique cet adjectif fait actuellement florès. On met systématiquement abyssal partout où, auparavant, on utilisait profond, sansfond, insondable.
Le mot fut utilisé au XVIe siècle, en théologie, dans « amour abyssal », c'est-à-dire intime, infini, profond (Bossuet).
Aujourd'hui: qui concerne ou fréquente les abysses, qui a rapport aux abysses: flore et faune abyssales.
En océanologie, pour ce qui est relatif aux fonds océaniques d'une profondeur supérieure à six mille mètres, les spécialistes emploient l'adjectif hadal. Fosse hadale; fonds hadaux.
Fig. et fam.: immense, insondable. Une stupidité abyssale. - Df, n° 500, mai 2008.

«Accidentologie». « Des représentants d'associations ont remis hier au gouvernement vingt-deux propositions pour faire baisser l'accidentologie des motards et cyclomotoristes » a-t-on pu lire récemment dans la presse.
Ce néologisme, récemment introduit dans le Petit Larousse, a la signification précise d'«étude scientifique des accidents mettant en jeu des véhicules automobiles, de leurs causes et de leurs conséquences». Dans l'exemple ci-dessus, il eut été plus simple de parler de prendre des mesures pour limiter le nombre d'accidents, pour en étudier les causes, y remédier et améliorer la circulation routière. - Df, n° 457, octobre 2004.

« Accro ». Abréviation de « accroché », calque de l'anglais hooked « accroché, harponné, dépendant ». To get hooked on: devenir accro à...
S'utilisait au départ (vers 1975) uniquement pour désigner la dépendance à la drogue. Par extension, toute personne attirée par quelque chose est un « accro ». Etre « accro » aux jeux télévisés, au rock.
Pour réparer cet accroc au langage châtié: dépendant, tributaire, soumis, assujetti; accroché, passionné, fervent, fanatique. - Df, n°502, juillet 2008.

Acronymes, abréviations, sigles. (voir abréviations).I

«Addiction». «Cette fiction porte un regard sans fard sur la terrible addiction engendrée par la drogue dure.» Que signifie ce terme d'addiction, ignoré des dictionnaires, relevé dans un hebdomadaire français et de plus en plus répandu?
Ce nouvel anglicisme provient de to addict : vouer, livrer, donner, consacrer; s'adonner, se livrer, s'abandonner à. Le substantif addiction signifie dépendance, asservissement, assujettissement, attachement (à une drogue, au jeu).
Le Petit Robert propose «assuétude» (lat. assuetudo «habitude») : accoutumance de l'organisme aux modifications du milieu ou accoutumance à une substance toxique.
Ne pas confondre avec le paronyme «adduction». - Df, n° 445, octobre 2003.

Adresses. En rédigeant une adresse postale faut-il faire figurer le numéro de la maison avant ou après le nom de la rue ? Le Guide du typographe, qui fait autorité en Suisse romande, mentionne les deux possibilités: 29, avenue de France; avenue de France 29.
La première forme est celle utilisée en France: 14, rue Jean-Jaurès, la règle voulant que les adresses soient rédigées selon un ordre logique: nom du destinataire; numéro de la maison; nom de la rue; numéro postal d'acheminement précédant le nom de la localité.
Mais en Suisse La Poste impose le modèle suisse allemand: Bahnhofstrasse 33. Cette règle ne devrait être appliquée que pour les suscriptions d'envois postaux, exclusivement. Dans tous les autres domaines, l'Administration des postes n'est pas habilitée à transgresser les usages typographiques les mieux établis. - Df, n° 474, mars 2006.

«Advenance». Ce néologisme n'est ni un anglicisme ni la résurrection d'un mot ancien et ne se trouve dans aucun dictionnaire. Rien ne justifie donc sa propagation anarchique.
Créé à partir du verbe latin advenire «arriver» qui a donné le verbe défectif advenir qu'on rencontre dans les expressions « advienne que pourra » et « quoi qu'il advienne », il ne s'em- ploie qu'à la troisième forme du singulier: «J'étais là, telle chose m'advint » (La Fontaine).
Advenance est le fait que quelque chose se produit, arrive inopinément.
C'est donc l'arrivée, la venue, la survenance, l'apparition, l'avènement. Df, 465, juin 2005.

Adversité. « Le vainqueur avait une adversité largement à sa portée. »
L'emploi de ce nom comme synonyme d'adversaires ou d'opposition semble devenu indéracinable chez certains journalistes sportifs.
Adversité (du latin adversus « opposé, contre» signifie sort contraire, fortune adverse, infortune et (par ext.) détresse, disgrâce, malheur, situation malheureuse due à une suite de revers.
« L'adversité est la pierre de touche du caractère » (Balzac).
Ce mot n'a pas d'autre acception et ne saurait par conséquent signifier opposition, rivalité, concurrence, résistance. Df 486, mars 2007.

Aiguière. «L'aiguière d'argent trône à nouveau sur les bords du Léman» titrait fièrement un quotidien lausannois à l'occasion de la remise de ce trophée à l'équipage du voilier Alinghi.
Le mot aiguière (qu'il faut prononcer comme «aiguiser» et non comme «aiguiller») désigne une sorte de vase à panse galbée munie d'une anse et d'un bec et destiné à l'origine à contenir de l'eau. « Une belle esclave verse de l'eau d'une aiguière d'or sur un bassin d'argent et donne à laver à Ulysse» (Fénelon).
Considérée aujourd'hui comme vase d'ornement ou objet d'art offert en trophée au vainqueur d'une compétition sportive. Df 492, septembre 2007.

Aller (à, en) vélo. Faut-il dire aller à ou en vélo? Certains dictionnaires admettent aujourd'hui les deux formes, de même que quelques bons auteurs: «Parfois un ouvrier à bicyclette la dépassait» mais «Il était en vélo» (Fr. Mauriac).
Il s'agit là d'une négligence que rien ne justifie. Il est correct d'employer à dans le cas d'un véhicule qu'on enfourche, sur lequel on est assis: aller à vélo, à moto (et, par analogie, à cheval). Si l'on utilise un moyen de transport dans lequel on entre, c'est la préposition en qu'il convient d'adopter: aller en train, en voiture, en bateau, en avion.
Le choix est plus délicat devant des noms comme ski, patin. Selon Albert Dauzat, l'emploi de en serait légitime quand il s'agit d'appareils dans lesquels on enfile les pieds: aller en skis, en patins, comme on dit aller en sabots. Df, 442, juillet 2003.

Allusion. L'allusion est une figure de rhétorique consistant à dire une chose qui fait penser à une autre, à évoquer une chose sans l'exprimer explicitement: «Elle est assez portée sur la chose.»
Employer ce mot pour parler d'une idée rapidement dite ou brièvement mais clairement exprimée est incorrect. Lorsqu'un directeur résigne ses fonctions, on ne dit pas qu'il a fait allusion à sa démission, mais qu'il démissionne. L'idée exprimée dans une allusion doit garder son caractère allusif c'est-à-dire voilé, sous-entendu.
La locution verbale «faire allusion à ... » signifie évoquer, aborder indirectement un sujet: «Benserade faisait des allusions délicates et piquantes aux caractères des personnes» (Voltaire). - Df, n° 430, juillet 2002.

«A minima». Cette expression est assez souvent utilisée abusivement pour dire « au minimum » ou « minimal»: « Les partenaires sociaux ont signé un accord a minima. »
Le terme a minima n'a jamais eu ce sens-là. Issu du latin juridique, il désigne un appel interjeté par le ministère public contre un jugement correctionnel ayant prononcé une condamnation qu'il estime trop légère.
Il n'y a pas d'autre acception que celle-là. - Df, n° 483, décembre 2006.

Amodier. Ce verbe est un emprunté au latin médiéval admodiare, de ad- et modius «muids, boisseau». Il signifie mettre une terre, un domaine à ferme (affermer) moyennant une redevance en nature (muids de blé) ou en argent... et ne signifie que cela.
Il est par conséquent fautif de lui attribuer - peut-être par attraction paronymique avec mode - le sens de mettre à la mode, d'accommoder, d'adapter: «On tente d'amodier ce qui peut l'être dans la réforme fiscale.» - Df, n° 424, janvier 2002.

An / Année. En cette période de passage d'une année à l'autre, est-il indifférent de parler d'an ou d'année ?
Selon Littré, « ces deux termes s'emploient indifféremment l'un pour l'autre ». Ce n'est pourtant pas toujours le cas, et P.- B. Lafaye, dans son Dictionnaire des synonymes (1861) affirme que «l'année marque la durée déterminée et divisible de l'an », comme la matinée par rapport au matin ou la journée par rapport au jour. Le changement d'heure intervient deux fois au cours de l'année et non de l'an; l'année civile ou l'année scolaire ne sont pas l'an civil ou scolaire.
Dans certaines expressions an ou année ne sont pas interchangeables: « en l'an de grâce; bon an nuit an; les années folles », etc.
Alors... à l'an prochain et bonne année! - Df, n° 483, décembre 2006.

Apocalyptique. Une présentatrice de la télévision romande, évoquant l'incendie d'un immeuble, parlait de «scène apocalyptique».
Par référence à l'Apocalypse (du grec apokalupsis: révélation) cet adjectif désigne ce qui est métaphorique, difficile à comprendre, obscur: un style apocalyptique. Par extension, apocalyptique s'applique à des événements tragiques, grandioses, terrifiants, dantesques, comme des guerres mondiales, de grands cataclysmes naturels (séismes, ouragans), de grandes épidémies, voire... la fin du monde. Pousser l'hyperbole jusqu'à parler de «scène apocalyptique» à propos de l'incendie d'un bâtiment est ridicule. - Df, n° 421, octobre 2001.

Approche. Une approche est l'action d'approcher ou de s'approcher ou un mouvement, une progression vers une personne ou une chose.
Vers la moitié du XXe siècle, sous l'influence de l'anglais approach, est apparue une nouvelle acception de ce terme: manière d'aborder, de considérer un problème, une question: «Les sondages fournissent des informations qui permettent une première approche de la réalité.»
D'abord critiqué, cet emploi s'est considérablement répandu, au point d'être galvaudé et d'évincer les mots français conception, définition, démarche, point de vue, idée, examen, compréhension, estimation, etc. - Df, n° 471, décembre 2005.

Aréopage. Le mot aréopage est souvent écrit ou prononcé « aéropage », par attraction patronymique avec aéroplane, aéroport.
Dans l'Antiquité grecque, Aréopage était le nom d'une colline d'Athènes (Areios pagos) consacrée au culte du dieu Arès. Ce mot s'appliqua ensuite au tribunal religieux d'Athènes. En ce sens, s'écrit avec un A majuscule.
Par extension, le nom commun aréopage désigne un cercle de sages, une assemblée de personnes importantes, compétentes et influentes. Se dit parfois avec une nuance d'ironie: « L'aréopage des femmes de quarante ans décida à l'unanimité qu'elle avait une petite figure assez gentille » (E. About).
Aréopage n'a donc rien de commun avec les composants du préfixe aéro « air », sauf un air de ressemblance. - Df, n°502, juillet 2008.

«Artiste peintre». Il n'est pas toujours aisé de distinguer une apposition d'un nom composé. L'apposition se compose de deux substantifs dont l'un est le nom principal, l'autre lui servant d'épithète. C'est pourquoi artiste peintre doit s'orthographier sans trait d'union. De même, on écrit: maître imprimeur, patron coiffeur, garçon boucher, ouvrier zingueur, élève infirmière, compagnon charpentier, assistant réalisateur, maîtresse auxiliaire, commis voyageur, etc.
Le trait d'union ne s'emploie que lorsque deux noms de métiers de même nature sont réunis; ils forment alors un nom composé: horloger-bijoutier, plâtrier-peintre, boulanger-pâtissier, boucher-charcutier, etc. - Df, n° 433, octobre 2002.

«Artwork».
Ce terme désigne la réalisation définitive d'un document publicitaire, d'une maquette avant sa production.
En français, document (recommandation du Dictionnaire des termes officiels de la langue française) et maquette suppléent convenablement à cet intrus anglo-américain. - Df, n° 460, janvier 2005.

Attitude. Ce substantif peut désigner: a) la manière de se tenir, la posture, le maintien d'une personne; b) la manière de se comporter avec autrui, la disposition, la conduite; c) l'apparence que l'on se donne, le sentiment que l'on affecte, l'air, l'allure, l'aspect, l'expression.
Une curieuse manie, calquée évidemment sur l'anglais, consiste actuellement à inverser l'ordre syntaxique propre à la langue française. En se référant sans doute au titre d'une chanson à la mode « Positive attitude », le Premier ministre français a parlé de la « négative attitude des syndicats ». De la part de celui qui est également président du Conseil supérieur de la langue française, il s'agit là d'une attitude pour le moins malencontreuse. - Df, n° 462, mars 2005.

Attractif, attrayant. Ces deux termes ne sont pas absolument synonymes.
Attractif (dérivé d'attraction): qui a la propriété d'attirer. L'aimant a une force attractive. Fig.: la force attractive de l'exemple. «Mais le sexe, à Paris, a la mine jolie, l'air attractif» (Regnard).
Attrayant (dérivé d'attrait): participe présent de l'ancien verbe attraire. Qui a de l'attrait, qui plaît, qui séduit. « Les attrayantes amorces de la volupté » (Malfilâtre).
Attirant dérivé d'attirer. Pour une personne: qui attire, qui exerce un attrait, une séduction: physionomie attirante. Pour les choses (en ce sens vieilli): spectacle attirant. On préférera attractif (s'il attire) ou attrayant (s'il plaît). - Df, n° 462, mars 2005.

Aucun(s). «Depuis dix ans, aucuns travaux n'ont été opérés» lit-on dans un hebdomadaire satirique français.
Aucun, adjectif, s'emploie toujours au singulier, sauf devant les noms qui n'ont pas de singulier: cette démarche ne nécessite aucuns frais; on ne lui fit aucunes funérailles.
Aucun, pronom, n'a plus guère son sens positif que dans d'aucuns, signifiant «certains, quelques-uns»: d'aucuns pourraient le penser. Employé avec deux noms de genres différents, aucun se met au masculin et le verbe reste au singulier: «J'ai consulté un livre d'histoire et une encyclopédie, aucun ne donne la date.»
Comme pronom ou adjectif, aucun exclut pas et point mais admet jamais, ni, plus: «Aucun de nous ne l'avouera» mais «Aucune d'entre elles ne l'avouera jamais». - Df, n° 436, janvier 2003.

«Audit». Ce terme, quoique accepté par les dictionnaires usuels, ne l'est pas par l'Académie. En anglais, to audit signifie «vérifier»; le substantif audit recouvre trois notions et s'énonce en français par a) vérification, investigation, contrôle, enquête; b) organisation du travail; c) évaluation, contrôle, vérification de la bonne gestion d'une entreprise, de l'application correcte des décisions prises, de la bonne exécution des activités particulières à l'entreprise. Anglicisme inutile et donc à proscrire. - Df, n° 448, janvier 2004.

Avant que, après que. Ces deux locutions conjonctives ne se construisent pas avec le même mode. Avant que annonce un fait futur et exige le subjonctif. «J'avais fini mes jours avant qu'Ulysse partît» (Fénelon). Le "ne" explétif n'est indispensable que si la phrase exprime une crainte: «Partons avant qu'il ne fasse trop nuit.»
En revanche (et en dépit de ce que s'obstinent à nous faire croire les médias) après que, annonçant un fait accompli, passé, se construit avec l'indicatif ou, plus rarement, avec le conditionnel: «On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé» (Molière); «Après que les gendarmes eurent fait évacuer la salle» (L. Guilloux). - Df, n° 418, juillet 2001.

Avérer (s'). Avérer verbe transitif emprunté au latin médiéval adverare (de ad, à, et de verus, vrai): faire reconnaître pour vrai, donner comme certain: avérer un fait.
Le verbe actif, devenu archaïque, a cédé sa place au pronominal s'avérer: se montrer à la lumière de l'expérience ou de la réflexion, se révéler réellement: l'enquête s'est avérée difficile; des promesses qui s'avèrent illusoires. Impersonnel: il s'est avéré que nous avions raison.
Eu égard à l'étymologie, on évitera de dire s'avérer vrai (pléonasme) ou s'avérer faux (non-sens). - Df, n° 427, avril 2002.

B

«Baby-sitter». De baby, «bébé», et to sit, «s'asseoir, être assis». Se dit d'une personne qui, moyennant rétribution, garde de jeunes enfants en l'absence des parents. Des baby-sitters.
Les termes français ne manquent pas pour remplacer cet anglicisme: garde-bébé, garde ou gardienne d'enfants, bonne d'enfants, nounou, voir «maternante», néologisme proposé par A. Gilder par analogie avec gouvernante, personne qui assure non seulement la garde mais aussi l'éducation des enfants. - Df, n° 439, avril 2003.

«Back-ground» Une école professionnelle vaudoise exige de candidats à l'admission un «back-ground» de culture générale.
De back, «qui est derrière», et ground, «sol», ce terme désigne a) un arrière-plan, le fond, le cadre ou le contexte d'une action, d'un événement, d'une situation; b) l'expérience, les antécédents, l'acquis, le bagage, l'ensemble des connaissances constituant une référence.
C'est assez d'expressions françaises pour justifier le rejet de cet anglicisme superflu. - Df, n° 421, octobre 2001.

«Backpacking ». Le backpacking (terme anglais désignant une forme de tourisme avec bagage sur le dos) est né vers la fin des années soixante en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des hôtels ont été créés un peu partout pour héberger ce type de clientèle voyageant sans autre bagage qu'un sac à dos: les backpackers.
Ces anglicismes ont aussitôt été adoptés tels quels par les agences de voyage... en attendant de l'être par les dictionnaires de «français». Ce mode de tourisme n'étant pas réservé exclusivement à une clientèle anglo-saxonne, on se ferait tout aussi bien comprendre en parlant de tourisme économique et de touriste « sac à dos » ou routard. - Df, n° 462, mars 2005.

Baliser. Au sens propre: garnir, jalonner de balises, de repères un parcours; signaler la direction à suivre.
L'usage familier de ce verbe, au sens d'« avoir peur » (v. 1982) fait probablement allusion au visage qui « signale » l'émotion par la pâleur ou la rougeur. Autre hypothèse: nourrir quelque appréhension, et donc chercher ses « repères ».
Quoi qu'il en soit, il n'est pas nécessaire de baliser à l'apparition de cette expression dans nos dictionnaires. Elle complète: avoir la frousse, la pétoche, la trouille, les copeaux, les flubes, les grelots, les foies, etc.
Variantes recommandables: craindre, appréhender redouter; être effrayé, angoissé, anxieux, inquiet, etc. - Df, n° 500, mai 2008.

Barbecue. Barbecue (cue se prononce kiou) est un mot anglo-américain emprunté à l'hispano-américain barbacoa «barbaque» et mentionné dès 1954. Il désigne le brasero et, par métonymie, la grillade faite sur cet appareil ainsi que le repas organisé en plein air.
En termes français: méchoui, grillade, rôtissoire, braisier ou braserade (Savoie) ou tout simplement la broche qui nous est si familière. Df 492, septembre 2007.

«Bargouiner», barguigner. S'adressant à l'assemblée de l'ONU, un ministre français a déclaré: «La France ne bargouine pas. Elle n'avance pas avec un sac de cendres sur la tête.»
Inconnu des dictionnaires usuels, ce verbe bargouiner se rencontre dans quelques parlers régionaux. Il signifie «cueillir l'artichaut sans prendre garde au pied, qui, de ce fait, risque d'être abîmé».
Ce n'est pas, de toute évidence, l'idée que voulait exprimer l'orateur. Il commettait l'erreur de confondre bargouiner et barguigner. Ce dernier verbe (de l'allemand borgen) signifie «hésiter, avoir de la peine à se déterminer»: «A quoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pot» (Molière). On ne le retrouve plus guère aujourd'hui que dans l'expression «sans barguigner»: sans hésiter. - Df, n° 442, juillet 2003.

Batteur, bateleur. «Un peu plus loin, ce sont les bateleurs d'estrade ... » Erreur relevée dans un périodique romand, résultant d'une double confusion. Entre batteur et bateleur, d'une part, et entre les deux acceptions du mot «estrade» 1. Route, chemin. Aller à l'estrade: parcourir les chemins en éclaireur (milit.). 2. Plancher surélevé sur lequel les saltimbanques exécutent leurs tours.
- Batteur d'estrade: cavalier chargé d'un service de surveillance et d'espionnage. Par ext.: vagabond, aventurier.
- Bateleur: personne qui amuse le public, en plein vent, par des bouffonneries, des tours de force ou d'adresse; saltimbanque. Fig. et fam.: Faire le bateleur: faire le bouffon en société. - Df, n°448, janvier 2004.

Bavure. Ce mot désigne: a) la trace des joints du moule sur un objet moulé; b) en typographie: la trace d'encre qui empâte les traits d'un dessin ou les caractères d'un texte; c) un défaut, une imperfection, une faute dans l'exécution d'un travail, un incident inattendu et malencontreux dans le déroulement d'une opération.
Cette dernière acception ne peut s'appliquer qu'à un raté, un événement fâcheux, mais sans conséquence grave. On ne saurait parler de bavure, comme cela semble se répandre, pour qualifier une agression, un attentat ou des violences policières ayant entrainé la mort de personnes.
Sans bavure(s): impeccable, irréprochable, parfaitement exécuté. Un travail net et sans bavure(s). - Df, n° 480, septembre 2006.

«Black-out ». Emprunté de l'anglo-américain black-out, terme de théâtre désignant l'action d'éteindre les feux de la rampe pour augmenter l'effet de scène.
Ce terme s'est employé dès le début de la Seconde Guerre mondiale à propos de l'obscurité totale imposée par la défense passive afin de rendre plus difficile l'action de l'aviation ennemie. Obscurcissement, camouflage, couvre-feu, obscuration (Québec, Belgique).
Fig.: Secret, silence gardé sur une affaire par une décision officielle. Observer un silence complet, garder le secret; étouffer, cacher, dissimuler, occulter un fait, un accord, un événement; ne pas le révéler au public. - Df, n° 495, déc. 2007.

Bohême, bohème, bohémien. La difficulté orthographique de ces mots réside dans leur accentuation, source de fréquentes confusions.
La Bohême (majuscule, accent circonflexe) est la région d'Europe centrale formant actuellement la plus grande partie de la République tchèque. Les habitants sont des Bohémiens (majuscule, accent aigu).
Un bohème (minuscule, accent grave) est une personne (artiste, marginal) menant une vie insouciante et n'ayant pas de ressources assurées: c'est un bohème; ils sont tous bohèmes dans ce milieu. Genre de vie de ceux qui mènent une telle existence: «La bohème n'est pas un chemin, c'est un cul-de-sac» (H. Murger).
Un bohémien (minuscule, accent aigu) est un nomade (tsigane, romanichel). «Etj'irai loin, bien loin, comme un bohémien» (Rimbaud). Par ext.: vagabond, mendiant. - Df, n° 436, janvier 2003.

«Booké». Ce terme vient de faire son apparition dans le Robert Plus. De l'anglais booking « location, réservation », il signifie a) complet: tous les vols sont bookés; b) occupé: le dentiste est booké jusqu' à la fin du mois.
L'extrême pauvreté du vocabulaire français (complet, loué, retenu, plein, comble, occupé, pris) rendait indispensable ce nouvel anglicisme.
Principal fournisseur et promoteur de l'anglo-américain dans le vocabulaire français, le Robert pourra bientôt, lui aussi, afficher complet. C'est vraiment là ... le « booké » ! - Df, n° 495, déc. 2007.

«Boss». La presse annonçait l'arrivée d'un nouveau boss à la tête d'une organisation sportive.
D'origine néerlandaise (baas), ce terme anglo-américain n'est pas un néologisme. Il désigne, dès 1833, un chef d'équipe ou d'atelier aux Etats-Unis et, par extension, le chef d'un parti politique ou d'un groupe électoral. Il semble ne s'être vraiment répandu que vers le milieu du XXe siècle pour désigner plaisamment les patrons en général: «Enfin, si mon boss est heureux avec ça, c'est le principal, au fond» (A. Sarrazin).
En français: patron, chef, supérieur, président, responsable, directeur, dirigeant. Big boss: grand chef, grand patron. - Df, n° 489, juin 2007.

«Borderline». «L'expert psychologue a souligné une personnalité border line » signale à ses lecteurs (francophones) un quotidien romand.
Orthographié en un mot par le Robert & Collins 2006, borderline signifie « ligne de démarcation ». En psychiatrie, borderline désigne un « cas limite ». Au sens de l'article 121-2 du Code pénal français: «Abolition ou altération du discernement qui pousse une personne à franchir la frontière séparant les comportements responsables des névroses ou psychoses aliénantes.»
L'usage immodéré de termes anglais à la place de mots français ne dénote-t-il pas aussi un cas limite de trouble du discernement ? - Df, n° 498, mars 2008.

En boucle. «Qu'on se le dise et qu'on se le répète en boucle »; «il est serein, répète en boucle son entourage »; « l'orchestre en boucle et à l'unisson a chanté les louanges du souverain », etc.
Il n'est bientôt plus un seul article de presse ou communiqué des médias sans que l'on rencontre cette expression, qui fait actuellement fureur.
Adoptée aussitôt par les dictionnaires, elle désigne un mode de diffusion dans lequel la séquence est répétée plusieurs fois, diffusée de manière ininterrompue, recommençant aussitôt finie.
L'usage excessif de cette expression devient ridicule. On dira aussi bien: répercuter une information, la répéter sans cesse, continuellement; la répandre autour de soi, redire, réitérer, ressasser. - Df, n° 495, déc. 2007.

«Bow-window» Mot anglais composé de bow, «arc», et window, «fenêtre» (également bay-window): fenêtre, logette ou balcon vitré en saillie sur une façade. Par recommandation officielle: oriel.
Autres constructions en encorbellement: l'échauguette, la bretèche (Belgique)-. «L'oriel, la bay-window, c'est-à-dire la vieille bretèche à pans coupés du Moyen Age» (P. Morand). - Df, n° 418, juillet 2001.

«Break». En anglais, littéralement, « pause, interruption » (to break « briser, rompre »).
Selon l'Académie, terme de sport: dans un match de boxe ou de catch, ordre de cesser le corps à corps, donné par l'arbitre aux adversaires. En tennis: faire le break, gagner le service de l'adversaire, après avoir été à égalité de jeux; faire la différence.
Terme de musique: en jazz, interruption momentanée, observée par l'orchestre pour laisser un soliste jouer ou chanter seul, ou pour créer un effet d'attente.
En dehors de ces acceptions précises, on utilisera: moment de répit, de repos, pause, temps mort, battement, intermède, interruption, parenthèse, cassure, suspension, trêve, etc. - Df, n°502, juillet 2008.

- Les commentateurs spécialistes de tennis usent et abusent de l'expression «faire le break». Le break, en jargon sportif, est l'écart creusé par un joueur en prenant le service de son adversaire, puis en gagnant le sien. Traduite en français, cette expression se dit: creuser l'écart, faire la différence.
Quant au mot break désignant un véhicule en forme de fourgonnette possédant à l'arrière un hayon vitré et une banquette amovible, c'est un faux anglicisme puisque les Anglais disent estate car et les Américains station wagon. En français: fourgonnette, berline, voiture familiale. - Df, n° 430, juillet 2002.

«Briefing». Terme d'aviation, utilisé depuis la Deuxième Guerre mondiale, ce néologisme désigne la réunion au cours de laquelle les équipages reçoivent les dernières instructions avant leur envol.
Par extension: réunion d'information entre personnes devant accomplir une même action, un même travail. Recomm. offic. bref.
Ce terme (non reconnu par l'Académie) peut aisément être remplacé par réunion ou séance d'information ou de synthèse, réunion préparatoire, exposé, dernières instructions, conférence de presse.
Briefing devrait être exclusivement réservé au domaine de l'aviation, où l'usage de l'anglais est obligatoire. - Df, n° 465, juin 2005.

«Brunch». «Un brunch va réunir les acteurs, les auteurs et le public pour un débat.» Cet américanisme est un mot-valise obtenu par contraction de breakfast et de lunch et désigne un repas combinant petit déjeuner et déjeuner.
Considéré par J. Hanse comme n'ayant «pas d'équivalent français», ce terme peut toutefois être remplacé par buffet matinal, collation matinale, petit midi ou «grand déjeuner», proposé par... Hanse. - Df, n° 445, octobre 2003.

Budgéter / Budgétiser. Lequel employer, de ces deux verbes ? Budgéter cité par Littré, a fait son apparition dans le Journal de Genève du 3 février 1872. Son doublet ultérieur budgétiser (1953) est seul retenu par l'Acadénùe française (éd. 1992). La plupart des dictionnaires usuels adoptent les deux formes, avec le même sens: inscrire au budget, insérer, introduire dans un budget des recettes, des dépenses qui n'y étaient pas inscrites ultérieurement: budgétiser (budgéter) à la charge de l'Etat des prestations sociales.
Budgéter donne le dérivé budgétaire et budgétiser a formé budgétisation. - Df, n° 427, avril 2002.

«Burnout». Cet anglicisme (to burn out: s'éteindre) qualifie une fatigue psychologique et physique intense et peut être remplacé par épuisement, surmenage professionnel.
Burnout est aussi un terme d'ingénierie nucléaire/thermo-hydraulique signifiant ébullition nucléée, crise d'ébullition, caléfaction. - Df, n° 454, juillet 2004.

«Business plan». «C'est là la ligne directrice de notre business plan» peut-on lire dans un journal d'entreprise.
Littéralement «Plan d'affaires», ce terme désigne un dossier présentant un projet chiffré de création ou de développement. En langage intelligible: plan d'affaires, plan de développement, projet d'entreprise. - Df, n° 433, octobre 2002.

«Busing». On expérimente en France le busing à l'école primaire. Il s'agit de l'adoption d'une expérience américaine de ramassage scolaire tendant à favoriser la mixité sociale en permettant aux élèves de quartiers en difficulté de fréquenter d'autres établissements scolaires de leur ville.
Ce système s'appelle déségrégation scolaire. - Df, n° 498, mars 2008.

C

-cable / -quable». On orthographie avec un c les adjectifs dérivés d'un nom en -cation: applicable, éducable, explicable, etc.
De même s'ils ne proviennent pas d'un verbe: impeccable, implacable, inextricable.
S'ils dérivent directement d'un verbe en -quer (sans qu'il existe de nom en -cation), ils prennent qu: remarquable, critiquable, etc.
Tout le monde sait cela... sauf l'étourdi qui a orthographié «criticable» dans la fiche «Majeur» du bulletin 455. Bévue éminemment critiquable! - Df, n° 457, octobre 2004.

«Caddie». Ce mot (orthographié aussi «caddy»), emprunté (1885) à l'anglais, désigne l'aide qui, au golf, porte ou tire sur un chariot le sac de clubs du joueur.
Le mot anglo-américain caddie, plus récent, désigne le petit chariot métallique utilisé par les voyageurs dans les gares et les aéroports pour transporter les bagages et par les clients des magasins en libre-service, pour leurs achats.
Caddie (nom déposé en 1952) devrait s'écrire avec un C majuscule. Mais tous les dictionnaires récents en font un nom commun: des caddies. - Df, n° 448, janvier 2004.

«Caillasser». Fréquemment utilisé dans la presse («caillasser un bus; pompiers caillassés») ce verbe vient de faire son apparition dans quelques dictionnaires avec le sens de «jeter des pierres, lapider».
Employé en géologie, le mot caillasse désigne un calcaire grossier, une marne caillouteuse. Au sens collectif: gros cailloux, pierraille, pierres concassées utilisées pour l'empierrement des chemins. Logiquement, caillasser devrait donc signifier «recouvrir de caillasses, à l'exemple de «caillouter: recouvrir de cailloux».
Le verbe lapider (tuer à coups de pierres et, par extension, attaquer, poursuivre en jetant des pierres) devrait suffire à éliminer ce néologisme inutile. - Df, n° 430, juillet 2002.

«Calamar». Des scientifiques japonais sont parvenus à filmer, pour la première fois, un calmar géant. Les médias romands, avec un bel ensemble, ont évoqué l'événement en parlant de « calamar», encouragés en cela par le laxisme des dictionnaires usuels qui autorisent désormais les deux formes calmar / calamar. Le Figaro et Le Monde ont respecté, conformément à l'Académie, l'orthographe classique calmar.
De l'italien calamaro et de l'espagnol calamar, le mot désignant ce céphalopode s'écrit en français (depuis 1751) calmar. «C'était un calmar de dimensions colossales, ayant huit mètres de longueur» (J. Veme).
Il n'y a aucune raison valable d'en modifier l'orthographe. - Df, n° 469, octobre 2005.

Capitaine d'industrie. cf ci-dessous: Chevalier, capitaine d'industrie.

Caracoler. Ce verbe, dont l'étymologie (esp. caracol: colimaçon, escargot) n'évoque pourtant ni la rapidité ni la virtuosité, est un terme d'équitation signifiant «exécuter des caracoles, voltes et demi-voltes». Par extension, il est entré dans l'usage courant au sens de «aller à cheval de manière vive» puis de «courir en sautant, cabrioler, gambader, évoluer avec grâce et vivacité». Fig.: sa plume caracole avec allégresse.
On usera toutefois avec modération de métaphores trop éloignées du sens originel, telles que: cette équipe caracole en tête du classement; le candidat des Verts caracole en tête des sondages. - Df, n° 427, avril 2002.

«Casting». De l'anglais to cast (jeter, projeter, lancer, répandre), le mot casting signifie recherche et sélection des acteurs d'un spectacle (film, théâtre), attribution des rôles, générique ou (recommandation officielle) distribution artistique.
Ce terme polysémique, imprécis et donc inutile, est aussi employé à tort et à travers. Par exemple «erreur de casting», pour mauvais choix, désignation erronée, ou «se rendre à un casting» pour se présenter pour un rôle ou pour une audition, terme utilisé par les anglophones eux-mêmes. Un comble! - Df, n° 436, janvier 2003.

Charisme. Du grec kharisma «faveur, don, grâce d'origine divine». C'est un terme de théologie catholique, passé dans le domaine de la sociologie politique avec le sens d'autorité, de rayonnement, de fascination exercés par un meneur d'hommes sur un groupe humain. A l'origine don de grâce n'appartenant qu'aux prophètes, aux fondateurs de religions, aux grands inspirés, ce terme est aujourd'hui considérablement galvaudé, au point de perdre tout son contenu sémantique.
Laissons le charisme (prononcer «ka») aux personnes saintes et aux grands hommes de l'Antiquité et utilisons de préférence: aura, rayonnement, prestige, influence, fascination, magnétisme, ascendant, personnalité, autorité, crédit, empire, éclat, pouvoir moral, don de séduction, de persuasion, etc. - Df, n° 424, janvier 2002.

Chasse à courre. Un périodique français titre « Chasse à cour (sic) contre les sans-papiers ». L'absence de guillemets laisse supposer qu'il n'y a pas là de jeu de mots mais qu'il s'agit d'une faute grossière.
Courre est l'infinitif ancien du verbe courir. «De ces jeunes guerriers, la flotte vagabonde / allait courre fortune aux organes du monde » (Malherbe).
N'est plus usité aujourd'hui qu'en vénerie dans les expressions chasse à courre et laisser-courre. - Df, n° 462, mars 2005.

«Chat». Lu quelque part: «Il chate comme un fou pour rencontrer l'âme soeur.»
Cet appel d'un matou de gouttière en quête d'aventure galante ne concerne pas le chat évoqué ici. Ce chat nouveau venu, récemment introduit dans le Petit Larousse, nous vient de l'anglais to chat (prononcer «tchatt») «causer, babiller».
En informatique chat désigne une communication informelle entre plusieurs personnes sur le réseau Internet, un échange de messages électroniques.
Pour ceux qui préfèrent appeler un chat un chat: bavardage ou (recomm. off.) causette. Au Québec: clavardage. - Df, n° 471, décembre 2005.

«Checkpoint». Les correspondants des médias se délectent de cet anglicisme (de check: arrêter, réprimer; vérifier, contrôler) qui orne leurs propos d'une touche d'érudition.
Pour le lecteur ou l'auditeur «lambda» qui se satisfait de mots français, ce terme signifie rien de moins que point de vérification (recomm. off.), poste de garde, de contrôle, d'observation. - Df, n° 457, octobre 2004.

Chevalier, capitaine d'industrie. Deux locutions à ne pas confondre.
- Chevalier d'industrie: individu sans scrupules, qui vit d'escroqueries, d'affaires louches, d'expédients. Le mot industrie s'applique ici (en mauvaise part) à une activité délictueuse, exécutée avec une adresse, une habileté malhonnête.
« Vous vous faites nommer monsieur le chevalier / Et vous êtes de ceux dont la chevalerie / N'eut jamais à Paris d'ordre que l'industrie» (A. Montfleury).
- Capitaine d'industrie: chef d'une entreprise, d'une affaire importante et, à priori, honnête. - Df, n° 468, septembre 2005.

Chuter. Ce verbe n'est pas un néologisme puisqu'il est signalé dès 1823. Littré le mentionne comme terme très familier: «tomber, en parlant d'une pièce de théâtre». C'est également un terme de jeu: «ne pas faire un certain nombre de levées».
Très prisé aujourd'hui, surtout dans la presse sportive, ce synonyme superflu de tomber, choir, culbuter, faire une chute, n'est pas à conseiller. - Df, n° 418, juillet 2001.

Circonscrire, circonvenir. Il y a quelques décennies, un ministre français s'était attiré les railleries de la presse pour avoir déclaré: «L'incendie est circonvenu. » Il n'était pas seul, tant s'en faut, à confondre les verbes circonscrire et circonvenir.
Circonscrire c'est tracer une ligne autour, borner, limiter, cerner. Circonscrire un espace. Circonscrire une épidémie, un incendie: en limiter la propagation. Le fait de circonscrire un incendie ne signifie pas forcément qu'il est éteint.
Circonvenir quelqu'un, c'est manoeuvrer habilement et insidieusement pour obtenir de lui ce que l'on souhaite, le berner, l'abuser, le tromper. - Df, n° 465, juin 2005.

Citoyen. Selon les dictionnaires, l'adjectif citoyen (d'apparition récente) signifie « relatif à la citoyenneté et aux conditions de son exercice; qui agit en citoyen, fait preuve d'esprit civique, qui est conforme au sens civique ».
Il y a actuellement une véritable déferlante de cet adjectif. Il n'est question, dans les discours politiques et les médias, que de comportements citoyens, parcours citoyens, initiatives citoyennes, approche citoyenne, engagement citoyen, sensibilité citoyenne, rôle citoyen, etc. Il y a même des électeurs citoyens (imagine-t-on des citoyens manquant de sens civique?).
Et si l'on parlait de comportement responsable, adulte, moral, honnête, exemplaire, civil, raisonnable, rationnel, sensé, respectueux, convenable, etc. ? - Df, n°502, juillet 2008.

«Clash». On se doit d'utiliser désormais cet anglicisme chaque fois qu'une négociation n'aboutit pas, pour toute démarche infructueuse, pour chaque échec résultant d'une mésentente.
To clash signifie «heurter, s'affronter, être incompatible ou en contradiction avec».
N'y a-t-il pas d'équivalents français à ce mot? On se risquerait volontiers à proposer: accrochage, affrontement, algarade, brouille, conflit, confrontation, crise, désaccord, différend, discorde, dispute, discussion, divergence de vues, éclat, heurt, opposition, rupture... n'était la crainte bien compréhensible de provoquer un clash. - Df, n° 489, juin 2007.

«Class action». Aux Etats-Unis ce terme désigne une procédure permettant à des consommateurs de se regrouper pour intenter des actions en justice contre des entreprises industrielles et commerciales.
Dans la presse francophone, cet américanisme doit être remplacé par son équivalent français: action collective. - Df, n° 474, mars 2006.

«Clean». Ne dites plus: une personne propre, nette; une allure élégante; un intérieur soigné, bien tenu; une conduite régulière, intègre; une tenue impeccable; une jeunesse saine; un maintien naturel, sans apprêt.
Pourquoi, en effet, s'encombrer de tous ces adjectifs puisqu'ils peuvent, désormais, être remplacés par un seul mot (anglais, naturellement): clean «propre, net, clair».
C'est là, vraiment, le mot propre... et combien plus clair. - Df, n° 471, décembre 2005.

Clivage. Emprunté au néerlandais klieven «fendre», ce mot fut d'abord utilisé comme terme de minéralogie par les diamantaires dans le sens de «fendre un minerai cristallisé».
Au sens figuré, il est devenu d'un emploi courant en politique, en sociologie, en psychanalyse pour désigner ce qui scinde, sépare ou oppose des groupes sociaux ou ethniques et, par extension, ce qui différencie deux choses quelconques: «Un clivage profond et persistant entre les dictionnaires de langue et les dictionnaires encyclopédiques» (R.-L. Wagner).
Son usage excessif ne devrait pas jeter aux oubliettes les synonymes scission, séparation, division, opposition, fraction, partage, etc. - Df, n° 451, avril 2004.

«Coaching». Le Département de l'instruction publique d'un canton romand propose une formation professionnelle en « ateliers-coaching» (en anglais?).
Ce terme passe-partout peut désigner aussi bien la prise en charge d'un entraînement sportif afin d'atteindre un niveau optimal de performance que l'accompagnement de personnes ou d'équipes pour le développement de leurs potentiels et de leur savoir-faire dans le cadre d'objectifs professionnels.
En français: assistance, formation professionnelle ou sportive. Recommandation de l'administration fédérale: conseil, mentorat. - Df, n° 460, janvier 2005.

Colon, côlon. Le dépistage du cancer du « colon » dont nous parle un journal romand ne signifie pas que le commandant du régiment est affecté d'une tumeur maligne. Il s'agit là d'une confusion fréquente entre paronymes: colon et côlon.
Colon: personne immigrée installée dans une colonie, qui en cultive le sol et en exploite les ressources.
Côlon: partie du gros intestin, entre le caecum et le rectum. - Df, n° 460, janvier 2005.

«Coming out». Lors d'une émission radiophonique, on a pu entendre à plusieurs reprises la personne invitée utiliser le terme de «coming out» sans jamais daigner donner la traduction française de cette expression.
De coming, adj. «qui vient, prochain, futur»; subst. «approche, arrivée, avènement», et de out, adv, «hors, dehors, sorti», cet anglicisme, synonyme de outing, signifie, entre autres acceptions, aveu public, révélation.
En «franglais», il n'est utilisé que dans le sens de transparence sexuelle, déclaration, révélation, aveu de son homosexualité. Ces mots français seraient-ils trop obscurs pour être compris des auditeurs romands? - Df, n° 442, juillet 2003.

Con. Il est fait de ce mot, remarquent Berthier et Colignon dans leur Lexique du français pratique (Solar, 1981) « un véritable abus, au point de devenir le mot français le plus usité ». A ce titre, ne mérite-t-il pas de figurer aussi dans nos fiches ?
Ce terme, d'origine obscure, dérivé du latin cunnus, est attesté dès la fin du XlIe siècle comme désignation du sexe de la femme. Il apparaît vers 1780 avec la valeur figurée d'« imbécile ».
La très sérieuse Académie française l'introduit - révérence parler - dans la dernière édition de son dictionnaire sous la double acception de a) n. m. vulg.: organe sexuel de la femme; b) n. fig. et très vulg.: personne sottement passive, imbécile, idiote.
Mais c'est à l'éminent et regretté « lexicographe » Léo Campion que nous devons la définition la plus remarquable par sa concision: « Imbécile qui n'a de cet organe ni la profondeur ni la saveur ». - Df, n°502, juillet 2008.

Conceptualiser. Ce verbe, que la romancière Antonine Maillet considère comme «le plus laid de la langue française», est mentionné dès 1920 mais s'est surtout répandu à partir des années soixante. Il signifie (Acad.): a) penser en élaborant des concepts; b) ordonner à l'aide de concepts: conceptualiser une doctrine.
Le concept étant la représentation mentale, générale et abstraite d'un objet, conceptualiser devrait être réservé à un usage didactique et, dans l'usage courant, se voir préférer concevoir, former envisager se représenter imaginer. - Df, n° 445, octobre 2003.

Conclusif. Le Premier ministre français a souhaité entamer avec les syndicats un dialogue aussi approfondi et conclusif que possible. Sans doute, par cette déclaration, voulait-il exprimer son souhait de parvenir à un accord positif, probant, concluant.
L'adjectif conclusif, emprunté (v. 1460) au latin scolastique conclusivus, n'est plus utilisé qu'en musique (accord conclusif note conclusive) et dans l'usage didactique: qui indique, qui marque la conclusion d'un raisonnement, d'un discours. Une proposition, une remarque conclusive. «Donc» est une conjonction conclusive. Df, 439, avril 2003.

Concocter. Relevé dans un magazine de télévision: «Le réalisateur nous concocte l'épisode le plus musclé de la saga.»
Emprunté au latin concoquere «faire cuire ensemble, digérer, méditer» ce verbe fut d'abord employé dans le langage culinaire avec le sens de «mijoter, cuisiner». Confectionner avec soin: concocter un plat, une sauce.
Au sens figuré, apparaît vers le milieu du XXe siècle pour désigner la préparation, l'élaboration minutieuse d'un projet complexe: «Le laboratoire où se concoctent les chefs-d'oeuvre du cinéma français» (L'Express, 9.3.70).
Dans un emploi plaisant, familier: imaginer, préparer, concevoir. «Il concoctait déjà la petite note qu'il ferait envoyer le lendemain à G.» (P. Daninos). - Df, n° 489, juin 2007.

Connotation. Déjà cité par Littré comme terme de grammaire et de logique. Idée particulière qui comporte un terme abstrait à côté du sens général.
Vers le milieu du XXe siècle, ce mot a été repris aux linguistes américains pour désigner des traits de signification qui relèvent du contexte particulier de l'emploi d'un mot. Par extension, parfois abusivement, images, représentations qu'évoque un mot, une idée. Peut, le plus souvent, être remplacé par sens particulier, signification seconde, résonance, évocation. Df, 465, juin 2005.

«Convenience». Une grande marque commerciale propose à sa clientèle fran- cophone (!) un vaste assortiment de «convenience food». Ce qui, dans le jargon commercial franglais adopté par cette entreprise, désigne des aliments prêts à l'emploi, faciles à préparer, précuisinés... comme cela peut s'énoncer en bon français.
En traduction française «convenience» signifie «convenance, comrnodité, aisance».
«Convenience store»: formule de distribution proposant un assortiment alimentaire visant à répondre aux besoins courants et de dépannage. Ce service, assuré le plus souvent par des magasins de proximité, avec de larges horaires d'ouverture, est appelé «dépanneur» au Québec. Terme tout à fait approprié et à notre entière... convenance. Df, 433, octobre 2002.

Convivial. Cet adjectif - dont l'emploi n'est pas condamnable - est devenu fort envahissant depuis quelques décennies. On l'utilise aujourd'hui sans discernement pour exprimer vaguement tout ce qui a un caractère jovial, amical.
Dérivé du latin conviva « vivre avec, manger ensemble» ce mot a désigné d'abord ce qui est relatif aux repas, aux banquets. Sous l'influence de l'anglais, il a été repris pour exprimer ce qui a trait à la convivialité, qui la favorise, qui permet de bons rapports avec autrui, des relations de bon voisinage. Atmosphère conviviale; échanges conviviaux.
Le plus souvent remplace abusivement amical, agréable, chaleureux, cordial, fraternel, gai, harmonieux, joyeux, jovial, sympathique, etc. - Df, n° 500, mai 2008.

- «La pluie n'a pas entaché le caractère convivial de l'événement!» C'est là le genre de phrase que l'on rencontre fréquemment dans la presse. Elle n'a rien de répréhensible si ce n'est l'emploi souvent excessif de l'adjectif convivial.
Ce terme, créé par Brillat-Savarin, s'appliquait à l'origine aux repas et banquets réunissant de nombreux convives dans une ambiance agréable. Il était considéré comme «peu usité» par le Larousse du XXe siècle (1929).
Repris de l'anglais convivial «joyeux, jovial», il s'est répandu jusqu'à devenir envahissant. On l'utilise abondamment aujourd'hui pour exprimer vaguement quelque chose de sympathique, agréable, cordial, amical, gai, joyeux, fraternel, chaleureux, etc., termes qui conviendraient souvent tout aussi bien. Df, 480, sept. 2006.

«Cookie ». En anglais, petit gâteau sec.
Mot utilisé en informatique pour désigner un petit espion électronique logé sur le disque dur d'un ordinateur. Petit bloc de données transmis par un site Web à l'insu de l'utilisateur d'un système informatique, pour être stocké et récupéré par le suiveur à la connexion suivante.
Terme recommandé par les services linguistiques de la Chancellerie fédérale: témoin. Témoin de connexion, mouchard électronique. Df 486, mars 2007.

«Cool ». Incroyable mais vrai: cet anglicisme (cool « frais ») n'a encore jamais fait l'objet d'une de nos fiches. Le mot a été introduit dans le vocabulaire musical en parlant d'une tendance nouvelle du jazz par opposition à hot « chaud ».
Par extension, il est appliqué aux personnes et aux attitudes, emploi massivement répandu dans l'usage général, notamment chez les jeunes, où il concurrence relax. Il caractérise tout ce que le vocabulaire français (sans doute trop limité) exprime par calme, tranquille, paisible, détendu, décontracté, serein, quiet, peinard, etc. - Df, n° 498, mars 2008.

Correctionnelle. «Le quinze de France a frôlé la correctionnelle» Que signifie cette expression «frôler (ou friser) la correctionnelle» si appréciée de certains commentateurs sportifs ?
La correctionnelle ou tribunal correctionnel est une juridiction qui ne juge que des délits, par opposition à police criminelle et simple police.
On voit mal le rapport qu'il peut y avoir entre un individu courant le risque d'une comparution devant un tribunal correctionnel et un sportif risquant d'être pris en défaut ou mis en échec par un adversaire.
Cette expression, d'une rare stupidité, proférée si abondamment par quelques psittacidés médiatiques, frise surtout... le ridicule. - Df, n° 468, septembre 2005.

Côte(-)d'Ivoire. A la suite d'une décision prise par le gouvernement de Côte-d'Ivoire le nom de ce pays doit s'écrire désormais sans trait d'union.
Selon la règle typographique (Défense du français n° 402), les noms de pays, de régions et de communes doivent prendre le trait d'union: la Côte-d'Ivoire, les départements de la Côte-d'Or et des Côtes-d'Armor, la commune de La Côte-aux-Fées.
Les noms géographiques composés avec côte désignant un coteau ou un littoral s'écrivent sans trait d'union: la Côte d'Or (plateau de Bourgogne), la Côte d'Azur.
Il n'y a pas lieu de déroger à la règle (sauf à la rigueur lors d'échanges diplomatiques avec cet Etat africain) pour satisfaire à une décision gouvernementale éphémère, qui sera peut-être invalidée par le prochain gouvernement au pouvoir. - Df, n° 451, avril 2004.

Coupes claires, coupes sombres. Au sens propre, ces deux expressions sont utilisées en sylviculture. Contrairement à ce que laisserait croire un emploi erroné mais fréquent, une coupe sombre est une coupe de peu d'importance, où l'on abat quelques arbres seulement, le sous-bois restant obscur.
La coupe claire est une coupe importante d'arbres au même endroit, formant une clairière.
Au figuré, faire des coupes sombres c'est, au contraire du sens propre, pratiquer de larges coupures dans un texte, de fortes réductions de crédits ou de personnel dans une entreprise. - Df, n° 495, déc. 2007.

Courriel. Mot-valise formé (au Québec) à partir de «courrier» et «électronique». Ce terme vient de recevoir une consécration officielle. Sa publication au Journal officiel de la République française du 20 juin 2003 rend son utilisation obligatoire dans l'administration. Il remplace ainsi l'inopportun «e-mail».
Ce néologisme est également adopté par les Services linguistiques de la Chancellerie fédérale. Variante: courrier électronique. - Df, n° 448, janvier 2004.

Courrier. «En réponse à votre courrier du ... » Cette formule épistolaire est à proscrire lorsqu'elle ne concerne qu'une seule lettre à laquelle on donne une réponse. Le mot courrier qualifie l'ensemble des écrits adressés à quelqu'un (lettres, cartes, imprimés, etc.) et non un seul d'entre eux. En revanche, il est correct de dire «J'ai trouvé votre lettre au courrier de ce matin» ou «Le facteur n'a pas encore distribué le courrier». Aujourd'hui, courrier s'applique également à l'ensemble des techniques de la bureautique destinées à l'échange d'informations par réseau informatique: courrier électronique. - Df, n° 421, octobre 2001.

«Cranberry». Un abonné se dit choqué de l'utilisation de cet anglicisme par le présentateur d'une émission télévisée. Ce terme a, paraît-il, la faveur des industries laitières, qui proposent des yaourts au cranberry, de préférence au mot français canneberge.
La canneberge (ou myrtille des marais; atoca au Québec) est un arbrisseau poussant dans les marais et tourbières des régions froides, portant des petites baies au goût acidulé. «Après avoir fait un repas de racines de canneberges, la voyageuse reprit sa route» (Chateaubriand).
Les raisons mercantiles qui poussent les commerçants à préférer le terme anglais au français se justifient d'autant moins que cranberry n'a encore été adopté par aucun dictionnaire de langue française. Df 492, septembre 2007.

Culte. Employé en apposition avec une valeur adjective, ce mot désigne quelque chose ou quelqu'un faisant l'objet d'une admiration fanatique, d'une vénération presque sacrée, d'un engouement considérable: livre culte, film culte, star culte, champion culte.
Son emploi abusif éclipse quantité de termes souvent plus appropriés: célèbre, renommé, fameux, reconnu, réputé, illustre, etc. - Df, n° 454, juillet 2004.

«Customiser». Récemment introduit dans la dernière édition des dictionnaires usuels, ce verbe (de l'anglo-américain to customize) signifie transformer un produit de série en un objet unique, l'adapter en fonction des goûts du client. Customiser un vehicule, un vêtement.
Auparavant, on parlait de tailler un vêtement sur mesure et de personnaliser un objet, une voiture, un logement. Nos modernes «rénovateurs» ont changé tout cela. - Df, n° 462, mars 2005.

D

«Damner» le pion. Selon un quotidien français, un candidat à la présidence de la République se proposait de «créer une nouvelle force capable de damner (sic) le pion à la droite et à la gauche».
Il s'agissait évidemment de damer le pion. Mais on ne vouera pas pour cela à la damnation éternelle l'auteur de cette malencontreuse confusion.
En terme d'échecs ou de jeu de dames, damer le pion c'est transfomer en dame ou en une autre figure de son camp un pion que l'on a poussé jusqu'à la dernière ligne adverse.
Au figuré, damer le pion (1688) signifie prendre l'avantage sur quelqu'un, l'emporter sur lui avec une supériorité marquée, le supplanter. «Pour le sentiment, en revanche il n'en est aucun à qui nous ne damions le pion» (Diderot). - Df, n° 489, juin 2007.

Dantesque. La presse sportive use plus volontiers de l'hyperbole que de la litote. C'est ainsi que, lors de la retransmission des compétitions, elle nous informe que «les concurrents ont dû affronter des conditions dantesques».
Le qualificatif dantesque s'applique, par référence à la description de l'enfer dans La Divine Comédie, à ce qui a un caractère grandiose, sombre, sublime, terrifiant: spectacle, vision dantesque.
Quelles que soient les conditions dans lesquelles se dispute une épreuve sportive, la comparaison avec L'Enfer de Dante est tout de même excessive, surtout quand l'expression est répétée sans cesse à propos de conditions pénibles, éprouvantes, harassantes peut-être, mais certainement pas infernales. - Df, n° 445, octobre 2003.

«Dealer». De l'anglais to deal «commercer, trafiquer», le mot dealer «marchand, trafiquant» désigne plus particulièrement un vendeur ou revendeur de drogue.
Ce terme qui, en anglais, s'étend à tous les types de négociants, n'évoque pas forcément, comme en «franglais», un trafic douteux, clandestin, illégal.
Dans cette acception dealer peut donc parfaitement être remplacé par: revendeur, pourvoyeur, fournisseur, distributeur, passeur, trafiquant de drogue, narcotrafiquant. - Df, n° 477, juin 2006.

Décalé. Appliqué à une personne ou à un objet, «décalé» est le dernier adjectif à la mode. Il n'est question dans notre presse que de propos décalés, d'humour décalé, d'attitude décalée, de personnage décalé.
Terme «tout usage» que chacun peut interpréter à sa façon, cet adjectif désigne généralement, au sens figuré, quelqu'un ou quelque chose n'étant pas en phase avec la réalité ou avec un contexte donné.
Peut signifier: différent, marginal, inadapté, original, singulier, déphasé, désorienté, perturbé, troublé, etc. - Df, n° 471, décembre 2005.

Décliner. Le langage commercial s'est «enrichi» d'une nouvelle acception du verbe décliner aussitôt entérinée par certains dictionnaires: «Un tailleur décliné en trois coloris»; «Décliné en six axes, ce plan d'action est notre guide.» Signification: donner plusieurs formes, faire plusieurs présentations d'un même produit, d'un même projet.
Les verbes offrir, présenter, proposer, exposer, fournir, détailler, répartir, disposer, dispenser, composer, produire, concevoir, réaliser, etc., ne suffisaient-ils pas? - Df, n° 430, juillet 2002.

Décote. Cité par un quotidien français: « Nous refusons le système de décote, véritable double peine pour les salariés.»
Ce mot fait son apparition au cours des années 1960. « Le cours actuel fait apparaître encore une décote assez élevée » (Le Monde, 16.11.69).
Economie: évaluation d'une monnaie, d'une valeur boursière inférieure au cours officiel ou à un cours précédent. Finances: diminution de valeur affectant un titre. Comptabilité: minoration d'un actif apparaissant dans un inventaire. Fiscalité: exonération, réduction, abattement d'un impôt.
Fig. Décote d'un parti, d'un homme politique: baisse de popularité, perte de crédit. - Df, n° 498, mars 2008.

Décrépie, décrépite. Au sens propre, «qui a perdu son crépi», ce participe-adjectif fait au féminin décrépie: «Les façades décrépies d'anciens hôtels particuliers y tombaient en ruine» (E. Triolet).
Au figuré, il se rapporte à décrépitude et prend un t aux deux genres. «Sauf une vieille décrépite / Et un jeune juge en bois brut» (G. Brassens). - Df, n° 439, avril 2003.

Défection, défectuosité. D'un quotidien français (sinon «en français»): «La défection du pot d'échappement met la puce à l'oreille de l'acheteur. »
Espérons que ce charabia a mis la puce à l'oreille du lecteur, qui aura sans doute rectifié de lui-même.
Il y a évidemment confusion entre défection et défectuosité, consécutive a un bagage lexical... défectueux.
Défection: action d'abandonner un parti, un camp auquel on était lié. La défection d'un allié. Faire défection. « Les alliances politiques sont le champ de la défection et de l'ingratitude» (P.-J. Proudhon).
Défectuosité: défaut, imperfection, insuffisance, malfaçon. Défectuosité d'un produit, d'un appareil. Fig.: imperfection, vice (vieilli). « Voilà la source de cet amour et la cause de sa défectuosité et de ses excès » (Pascal). - Df, n° 474, mars 2006.

«Défuncter». D'un périodique romand: «Maintenant personne n'est obligé d'y croire. D'autant plus que l'immortel est aussi défuncté.»
Ce verbe est entré récemment au Petit Larousse: «Défunter, v.i. Suisse. Etre sur le point de mourir: mourir de faim, de fatigue.»
Terme «bien de chez nous» qui n'est pourtant pas mentionné dans le Dictionnaire suisse romand d'André Thibault et Pierre Knecht. En Auvergne, on dit d'un appareil hors d'usage qu'il a défunté.
Souvent orthographié sans raison «défuncter». En effet, la lettre c ne se justifie pas puisqu'elle ne figure pas dans le mot original patois défunta (ou définta). - Df, n° 489, juin 2007.

Démarche. Ce nom désigne a) une manière de marcher, l'allure propre à une personne. Au sens figuré b) acheminement intellectuel, manière de conduire un raisonnement, une réflexion. Une démarche ingénieuse, convaincante. c) action entreprise en vue de faire aboutir un projet, une affaire. Multiplier les démarches en vue d'un accord.
Trop souvent utilisé à la place d'attitude, position, conduite, comportement, stratégie, conception, méthode, etc. - Df, n°502, juillet 2008.

Démarrer. Ce verbe se rencontre de plus en plus à la forme transitive, avec l'approbation de certains dictionnaires usuels.
Le verbe démarrer est transitif en terme de marine seulement. Il s'oppose à amarrer et signifie « détacher ce qui était amarré; quitter son amarrage ».
« La jangada, démarrée, commença à prendre lefil du courant » J. Verne).
Dans ses autres emplois, démarrer est intransitif. Le Dictionnaire de l'Académie est formel: «On ne doit pas dire: démarrer une voiture, mais la faire démarrer, ni, au sens figuré, démarrer une émission de radio, de télévision, mais la commencer ». - Df, n° 498, mars 2008.

Démissionner. D'une revue française: « On a démissionné tous les membres de l'administration. »
Verbe intransitif, démissionner signifie « donner sa démission, résigner ses fonctions; se démettre, se retirer ».
La forme transitive « démissionner quelqu'un », accueillie d'emblée et sans réserve par le Petit Robert, est considérée comme « familière » par le Petit Larousse et comme « familière et ironique » par le Dictionnaire de l'Académie française.
L'opposition des deux emplois est bien marquée dans cet exemple: « Aussi, les anciens fonctionnaires donnèrent en masse leur démission, les autres, on les démissionna » (Jérôme et Jean Tharaud).
On dira, plus correctement: on l'a démis de son emploi, de ses fonctions. - Df, n° 500, mai 2008.

Dépareiller / Déparer. L'article d'un quotidien vaudois évoque le risque de «dépareiller la beauté du site» par la construction controversée d'un immeuble.
Il y a confusion évidente entre dépareiller et déparer.
Dépareiller c'est rendre incomplet un ensemble, une série de choses semblables par la suppression ou le remplacement d'un ou de plusieurs éléments qui les composaient, séparer ce qui était pareil, uni; déparier, désassortir. Dépareiller une collection, un service à liqueurs.
Déparer c'est altérer le bel aspect, l'harmonie d'un ensemble, nuire à la beauté d'un site, l'enlaidir, priver quelque chose de sa parure. Ces constructions déparent le paysage. Df 492, septembre 2007.

Dérouter. Au sens propre dérouter signifie «faire perdre le bon chemin, modifier l'itinéraire prévu»: le lièvre a dérouté les chasseurs; l'avion a dû être dérouté en raison du brouillard. Pronominalement: le navire se dérouta pour porter secours à l'équipage du voilier.
Au sens figuré: faire perdre le fil qu'on tenait, la trace d'une affaire qu'on suivait; confondre, déconcerter, décontenancer, embarrasser.
«Le réaménagement de deux carrefours déroute les automobilistes.» Le tour amphibologique de ce titre, relevé dans un quotidien régional français, avait bien de quoi... dérouter le lecteur. - Df, n° 421, octobre 2001.

Désespérance. C'est le mot à la mode, dont raffolent les hommes politiques, au point qu'ils l'emploient sans arrêt dans leurs discours: la désespérance des banlieues, la désespérance paysanne.
Ce terme, bien français, n'est nullement fautif. Il est attesté dès le milieu du XIIe siècle. Tombé quelque peu en désuétude, il fut repris au début du XIXe siècle. « Une pénétrante expression de découragement et de désespérance » (A. France).
La désespérance est l'état d'une personne qui a perdu toute espérance, c'est-à-dire qui est plongée dans le désespoir, le découragement, l'accablement, la détresse, la désolation, etc. - Df, n° 483, décembre 2006.

Déshérence. Le Dictionnaire de l'Académie française n'accorde à ce mot qu'un sens juridique: défaut d'héritiers naturels, par suite duquel une succession revient à l'Etat; situation établie par ce défaut. Propriété tombée en déshérence; droit de déshérence.
Par extension, le terme en déshérence s'applique aussi à un immeuble, un quartier laissé à l'abandon.
Un usage récent est de parier, abusivement, de «jeunes en déshérence », terme vague pour évoquer des jeunes en difficulté, abandonnés, livrés à eux-mêmes, paumés, déboussolés, défavorisés, déshérités, désavantagés, désespérés, etc.
A défaut de savoir ce que ce terme recouvre exactement, mieux vaut utiliser des vocables plus précis. - Df, n° 474, mars 2006.

«Desk». Ce terme anglais signifiant «pupitre, chaire; bureau» manquait encore au lexique des «franglophones». Lacune opportunément comblée par le Petit Robert, l'anglophage le plus vorace de nos dictionnaires usuels.
«Desk: Secrétariat de rédaction (d'une agence de presse, d'un journal, d'une chaîne de télévision, d'une station de radio). Un desk central.»
On pourrait encore ajouter: bureau de réception, d'accueil, salle des dépêches, bureau à l'étranger, etc.
Anglicisme d'autant plus inutile qu'il est, comme on le voit, d'une extrême imprécision. Df 492, septembre 2007.

«Destroy». Le rédacteur d'un de nos quotidiens romands parlait récemment d'un personnage au «look» passablement «destroy».
Surprise: aucun dictionnaire n'a encore accueilli cet anglicisme pourtant si prisé de ceux qui ont adopté le franglais comme langue de communication usuelle.
Ce terme, comme la plupart des anglicismes en vogue, peut revêtir une multitude de significations: destructeur, provocateur, géant, délirant, ravageur, dérangeant, surprenant, ébouriffant, défait, dépenaillé, débraillé, etc.
Raison suffisante pour adopter le mot français approprié. - Df, n° 468, septembre 2005.

Diaboliser. Ce verbe ancien (XVIe) signifiait «transformer en diable». Tombé en désuétude, il trouve aujourd'hui un regain de faveur avec l'acception nouvelle de «faire passer pour diabolique, présenter sous un jour défavorable». Adopté par certains dictionnaires usuels, il ne figure pas dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française. Son emploi dans son sens récent n'a cependant rien d'incorrect. - Df, n° 457, octobre 2004.

Dicastère. Ce mot est employé en Suisse romande pour désigner une division administrative communale ou (plus rarement) cantonale et fédérale: Dicastère des travaux publics, des eaux et forêts, etc.
Ignoré de la plupart des dictionnaires, dicastère (du grec dikastêrion: cour de justice) est signalé par Littré (1872) et par le Dictionnaire de l' Académie française (1992). Dans l'Antiquité grecque, il désignait chacune des dix sections du tribunal populaire, appelé tribunal des Héliastes. Dans la religion catholique, c'est le nom donné aux grands organismes du gouverne- ment de l'Eglise: congrégations, tribunaux et offices.
Dicastère ne devrait donc être utilisé que dans ces cas précis de justice et de religion.
- Df, n° 427, avril 2002.

Dichotomie. Ce substantif est utilisé sans discernement par les médias pour désigner tout ce qui se partage ou s'oppose.
Dichotomie (prononcer «ko»), du grec dicha «en deux parties» et tomê «section», s'applique, en astronomie, à la phase de la Lune pendant laquelle une seule moitié de son disque est visible. En botanique: mode de ramification par bifurcations successives. En logique: division d'un concept en deux concepts contraires qui en recouvrent toute l'extension. Méthode de division et de subdivi-sion binaires. Pratique illégale consistant, pour un médecin, à toucher une part des honoraires du chirurgien auquel il adresse un malade. Dans les autres cas, on préférera utiliser: partage, opposition, bifurcation, division, subdivision, séparation, disjonction, scission... même si cela fait moins savant. - Df, n° 424, janvier 2002.

«Digest». Résumé d'un livre ou d'un article ou publication périodique renfermant de tels résumés.
Ce mot, emprunté à l'anglais (to digest: résumer), s'est répandu en France (1949) avec la diffusion massive de Sélection du Readers Digest. Cette revue présentant souvent des textes condensés et tronqués d'auteurs connus, le terme digest a gardé, de ce fait, une valeur péjorative.
Cet anglicisme, ignoré du Dictionnaire de l'Académie, peut être remplacé par abrégé, résumé, sommaire et (recommandation officielle) condensé. - Df, n° 468, septembre 2005.

«Directories». Telle est l'appellation nouvelle des annuaires téléphoniques suisses, qui sont, comme nous l'affirme leur éditeur, «plus que des annuaires».
Les anglophones seraient-ils majoritaires en Suisse pour que leur langue nous soit ainsi imposée?
Jusqu'alors, le répertoire des numéros de téléphone s'intitulait «Annuaire téléphonique». En France, «I'Annuaire» est une marque déposée ainsi que son logo. Bottin (marque déposée) est, par extension, généralement considéré comme nom commun. Quoique non reconnu par l'Académie, il est cependant préférable à l'indésirable directories. - Df, n° 442, juillet 2003.

«Dispatcher». Apparu vers les années cinquante, ce verbe (de to dispatch) s'est répandu au point de supplanter les équivalents français: répartir, aiguiller, distribuer (des marchandises, du courrier, des tâches),réguler (assurer la régulation, le rythme, le fonc- tionnement correct d'un mécanisme, d'un processus, d'un trafic, d'un service).
Le nom masculin dispatcher (variante: dispatcheur) désigne la personne qui s'occupe de dispatching. En français: régulateur, répartiteur, distributeur responsable d'un poste de distribution, de commande. - Df, n° 436, janvier 2003.

«Display». En anglais to display signifie «déployer, montrer, faire voir, visualiser, afficher». Le substantif display désigne a) une unité d'affichage, un dispositif fournissant une représentation visuelle des informations sur un écran; b) un carton, une présentation marchande, un affichage.
Cet anglicisme, ignoré des dictionnaires, n'est d'aucune utilité. - Df, n° 448, janvier 2004.

Distancer, distancier. Distancer c'est mettre une certaine distance entre soi et les autres concurrents dans une épreuve sportive ou dans un classement: athlète, élève qui distance ses adversaires, ses camarades.
La forme pronominale se distancer de est attestée dès le début du XVème siècle et signifie «s'écarter de». Elle figure pourtant dans le Dictionnaire des mots nouveaux de Pierre Gilbert (1971) avec le sens de «garder ses distances, sa liberté d'agir»: «Des signes montrent que Londres souhaite se distancer des Etats-Unis» (Le Monde, 10.1.68).
On préférera toutefois la forme se distancier de (correspondant à distanciation): se démarquer de, prendre du recul ou ses distances vis-à-vis de quelqu'un ou de quelque chose. Adjectivement: «Une attitude respectueuse et distanciée» (R. Queneau). - Df, n° 418, juillet 2001.

«Doggy-bag». Les restaurateurs se proposent d'encourager le «doggy-bag». Littéralement «sac pour le chien», ce terme désigne la pratique anglo-saxonne d'emporter les restes ou la bouteille entamée d'un repas pris au restaurant.
Cet anglicisme est-il intraduisible? Il serait temps de lui trouver un équivalent français avant que les dictionnaires «attrape-tout» ne s'empressent de l'adopter.
L'expression «sac à restes» semble convenir assez bien de même que les néologismes suggérés par Alfred Gilder dans son «Dictionnaire franglais-français»: sac-repas et emporte-miettes.
- Df, n° 451, avril 2004.

Doigt(s). Doit-on dire: savoir, connaître quelque chose sur le bout du doigt ou sur le bout des doigts? Littré ne mentionne que la première forme: «Je sais mon Don Juan sur le bout du doigt» (Molière).
La plupart des dictionnaires récents admettent aussi le pluriel. Peut-être sous l'influence d'une correspondance avec l'expression «jusqu'au bout des ongles».
Posséder, maîtriser son sujet sur le bout du (des) doigt(s): le savoir très bien, le connaître à fond. Avoir de l'esprit, de l'humour jusqu'au bout des ongles: en avoir beaucoup, en être pétri. Df, 471, décembre 2005.

Dorer la pilule. «Visage pâle persiste à se dorer la pilule» titre un heddomadaire romand. Cette expression - qui n'admet pas la forme pronorninale - ne saurait être prise dans le sens de «se dorer la peau, l'épiderme», ni même «bronzer idiot».
Dorer la pilule à quelqu'un, c'est employer des paroles flatteuses pour l'inciter à faire quelque chose qui lui déplaît: donner un tour plaisant, rassurant, à ses propos pour faire consentir autrui à une chose déplaisante; faire