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DÉFENSE DU FRANÇAIS
A à D / E
à H / I J
K L
/ M à R / S
à Z
A
Abonder. On rencontre parfois, généralement
dans un contexte financier, le verbe abonder employé
à la forme transitive directe: abonder les fonds d'une entreprise.
Cet emploi abusif, dans le sens de «faire abonder, faire fructifier,
rendre plus importants, plus abondants» les avoirs d'une société,
est à proscrire.
Abonder verbe intransitif signifie : a) exister en très
grande quantité: le gibier abonde dans cette région;
b) avoir, produire en très grande quantité: la rivière
abonde en poissons; c) abonder dans le sens de quelqu'un: soutenir
la même opinion que lui, être tout à fait de
son avis. Df, n° 439, avril 2003.
Aboutir. Ce verbe a plusieurs acceptions: a) toucher par
un bout: la rue aboutit au carrefour; b) avoir pour conséquence,
pour résultat: cela n'aboutit à rien; c) obtenir le
résultat souhaité: pourvu que cette réforme
aboutisse.
On observe aujourd'hui un emploi intempestif de l'adjectif abouti
dans le sens d'achevé, de réussi, de parfait en son
genre: un travail, un projet abouti, l'oeuvre la plus aboutie.
On évitera cette utilisation abusive d'abouti en disant:
faire aboutir un travail, un projet, une démarche. - Df,
n° 480, septembre 2006.
Acronymes, abréviations, sigles. Il convient de faire
une distinction entre ces mots, qui ne sont pas absolument synonymes.
Le mot sigle désigne une initiale servant d'abréviation
ou un groupe de lettres initiales constituant l'abréviation
de mots fréquemment utilisés: M., CFF, CICR.
L'abréviation est la réduction d'un mot, d'une
suite de mots à certains de leurs éléments
(art., chap., op. cit.) ou la réduction d'une expression
à l'initiale des mots qui la composent (n.d.l.r, s. à
r.l.).
Parce qu'il fait « savant » le mot acronyme est
utilisé abondamment (et abusivement) pour désigner
n'importe quelle abréviation. On ne peut parler d'acronyme
que lorsque le sigle peut se lire syllabiquement, comme un mot:
Unicef, sida, cedex.
C.Q.F.D. - Df, n° 495, déc. 2007.
Abyssal. Probablement grâce à son allure scientifique
cet adjectif fait actuellement florès. On met systématiquement
abyssal partout où, auparavant, on utilisait profond,
sansfond, insondable.
Le mot fut utilisé au XVIe siècle, en théologie,
dans « amour abyssal », c'est-à-dire intime,
infini, profond (Bossuet).
Aujourd'hui: qui concerne ou fréquente les abysses, qui a
rapport aux abysses: flore et faune abyssales.
En océanologie, pour ce qui est relatif aux fonds océaniques
d'une profondeur supérieure à six mille mètres,
les spécialistes emploient l'adjectif hadal. Fosse
hadale; fonds hadaux.
Fig. et fam.: immense, insondable. Une stupidité abyssale.
- Df, n° 500, mai 2008.
«Accidentologie». « Des représentants
d'associations ont remis hier au gouvernement vingt-deux propositions
pour faire baisser l'accidentologie des motards et cyclomotoristes
» a-t-on pu lire récemment dans la presse.
Ce néologisme, récemment introduit dans le Petit Larousse,
a la signification précise d'«étude scientifique
des accidents mettant en jeu des véhicules automobiles, de
leurs causes et de leurs conséquences». Dans l'exemple
ci-dessus, il eut été plus simple de parler de prendre
des mesures pour limiter le nombre d'accidents, pour en étudier
les causes, y remédier et améliorer la circulation
routière. - Df, n° 457, octobre 2004.
« Accro ».
Abréviation de « accroché », calque de
l'anglais hooked « accroché, harponné,
dépendant ». To get hooked on: devenir accro
à...
S'utilisait au départ (vers 1975) uniquement pour désigner
la dépendance à la drogue. Par extension, toute personne
attirée par quelque chose est un « accro ». Etre
« accro » aux jeux télévisés, au
rock.
Pour réparer cet accroc au langage châtié:
dépendant, tributaire, soumis, assujetti; accroché,
passionné, fervent, fanatique. - Df, n°502,
juillet 2008.
Acronymes, abréviations, sigles. (voir abréviations).I
«Addiction». «Cette fiction porte un
regard sans fard sur la terrible addiction engendrée par
la drogue dure.» Que signifie ce terme d'addiction,
ignoré des dictionnaires, relevé dans un hebdomadaire
français et de plus en plus répandu?
Ce nouvel anglicisme provient de to addict : vouer, livrer,
donner, consacrer; s'adonner, se livrer, s'abandonner à.
Le substantif addiction signifie dépendance, asservissement,
assujettissement, attachement (à une drogue, au jeu).
Le Petit Robert propose «assuétude» (lat.
assuetudo «habitude») : accoutumance de l'organisme
aux modifications du milieu ou accoutumance à une substance
toxique.
Ne pas confondre avec le paronyme «adduction». - Df,
n° 445, octobre 2003.
Adresses. En rédigeant une adresse postale faut-il
faire figurer le numéro de la maison avant ou après
le nom de la rue ? Le Guide du typographe, qui fait autorité
en Suisse romande, mentionne les deux possibilités: 29, avenue
de France; avenue de France 29.
La première forme est celle utilisée en France: 14,
rue Jean-Jaurès, la règle voulant que les adresses
soient rédigées selon un ordre logique: nom du destinataire;
numéro de la maison; nom de la rue; numéro postal
d'acheminement précédant le nom de la localité.
Mais en Suisse La Poste impose le modèle suisse allemand:
Bahnhofstrasse 33. Cette règle ne devrait être appliquée
que pour les suscriptions d'envois postaux, exclusivement. Dans
tous les autres domaines, l'Administration des postes n'est pas
habilitée à transgresser les usages typographiques
les mieux établis. - Df, n° 474, mars 2006.
«Advenance». Ce néologisme n'est ni un
anglicisme ni la résurrection d'un mot ancien et ne se trouve
dans aucun dictionnaire. Rien ne justifie donc sa propagation anarchique.
Créé à partir du verbe latin advenire
«arriver» qui a donné le verbe défectif
advenir qu'on rencontre dans les expressions « advienne
que pourra » et « quoi qu'il advienne », il ne
s'em- ploie qu'à la troisième forme du singulier:
«J'étais là, telle chose m'advint »
(La Fontaine).
Advenance est le fait que quelque chose se produit, arrive
inopinément.
C'est donc l'arrivée, la venue, la survenance, l'apparition,
l'avènement. Df, 465, juin 2005.
Adversité. « Le vainqueur avait une adversité
largement à sa portée. »
L'emploi de ce nom comme synonyme d'adversaires ou d'opposition
semble devenu indéracinable chez certains journalistes sportifs.
Adversité (du latin adversus « opposé,
contre» signifie sort contraire, fortune adverse, infortune
et (par ext.) détresse, disgrâce, malheur, situation
malheureuse due à une suite de revers.
« L'adversité est la pierre de touche du caractère
» (Balzac).
Ce mot n'a pas d'autre acception et ne saurait par conséquent
signifier opposition, rivalité, concurrence, résistance.
Df 486, mars 2007.
Aiguière. «L'aiguière d'argent trône
à nouveau sur les bords du Léman» titrait fièrement
un quotidien lausannois à l'occasion de la remise de ce trophée
à l'équipage du voilier Alinghi.
Le mot aiguière (qu'il faut prononcer comme «aiguiser»
et non comme «aiguiller») désigne une sorte de
vase à panse galbée munie d'une anse et d'un bec et
destiné à l'origine à contenir de l'eau. «
Une belle esclave verse de l'eau d'une aiguière d'or sur
un bassin d'argent et donne à laver à Ulysse»
(Fénelon).
Considérée aujourd'hui comme vase d'ornement ou objet
d'art offert en trophée au vainqueur d'une compétition
sportive. Df 492, septembre 2007.
Aller (à, en) vélo. Faut-il dire aller à
ou en vélo? Certains dictionnaires admettent aujourd'hui
les deux formes, de même que quelques bons auteurs: «Parfois
un ouvrier à bicyclette la dépassait» mais
«Il était en vélo» (Fr. Mauriac).
Il s'agit là d'une négligence que rien ne justifie.
Il est correct d'employer à dans le cas d'un véhicule
qu'on enfourche, sur lequel on est assis: aller à vélo,
à moto (et, par analogie, à cheval).
Si l'on utilise un moyen de transport dans lequel on entre, c'est
la préposition en qu'il convient d'adopter: aller
en train, en voiture, en bateau, en avion.
Le choix est plus délicat devant des noms comme ski, patin.
Selon Albert Dauzat, l'emploi de en serait légitime
quand il s'agit d'appareils dans lesquels on enfile les pieds: aller
en skis, en patins, comme on dit aller en sabots.
Df, 442, juillet 2003.
Allusion. L'allusion est une figure de rhétorique
consistant à dire une chose qui fait penser à une
autre, à évoquer une chose sans l'exprimer explicitement:
«Elle est assez portée sur la chose.»
Employer ce mot pour parler d'une idée rapidement dite ou
brièvement mais clairement exprimée est incorrect.
Lorsqu'un directeur résigne ses fonctions, on ne dit pas
qu'il a fait allusion à sa démission, mais qu'il démissionne.
L'idée exprimée dans une allusion doit garder son
caractère allusif c'est-à-dire voilé, sous-entendu.
La locution verbale «faire allusion à ... » signifie
évoquer, aborder indirectement un sujet: «Benserade
faisait des allusions délicates et piquantes aux caractères
des personnes» (Voltaire). - Df, n°
430, juillet 2002.
«A minima». Cette expression est assez souvent
utilisée abusivement pour dire « au minimum »
ou « minimal»: « Les partenaires sociaux ont signé
un accord a minima. »
Le terme a minima n'a jamais eu ce sens-là. Issu du
latin juridique, il désigne un appel interjeté par
le ministère public contre un jugement correctionnel ayant
prononcé une condamnation qu'il estime trop légère.
Il n'y a pas d'autre acception que celle-là. - Df,
n° 483, décembre 2006.
Amodier. Ce verbe est un emprunté au latin médiéval
admodiare, de ad- et modius «muids, boisseau».
Il signifie mettre une terre, un domaine à ferme (affermer)
moyennant une redevance en nature (muids de blé) ou en argent...
et ne signifie que cela.
Il est par conséquent fautif de lui attribuer - peut-être
par attraction paronymique avec mode - le sens de mettre à
la mode, d'accommoder, d'adapter: «On tente d'amodier ce qui
peut l'être dans la réforme fiscale.» - Df,
n° 424, janvier 2002.
An / Année. En cette période de passage d'une
année à l'autre, est-il indifférent de parler
d'an ou d'année ?
Selon Littré, « ces deux termes s'emploient indifféremment
l'un pour l'autre ». Ce n'est pourtant pas toujours le cas,
et P.- B. Lafaye, dans son Dictionnaire des synonymes (1861)
affirme que «l'année marque la durée déterminée
et divisible de l'an », comme la matinée par rapport
au matin ou la journée par rapport au jour. Le changement
d'heure intervient deux fois au cours de l'année et non de
l'an; l'année civile ou l'année scolaire ne sont pas
l'an civil ou scolaire.
Dans certaines expressions an ou année ne sont
pas interchangeables: « en l'an de grâce; bon an nuit
an; les années folles », etc.
Alors... à l'an prochain et bonne année! - Df,
n° 483, décembre 2006.
Apocalyptique. Une présentatrice de la télévision
romande, évoquant l'incendie d'un immeuble, parlait de «scène
apocalyptique».
Par référence à l'Apocalypse (du grec apokalupsis:
révélation) cet adjectif désigne ce qui est
métaphorique, difficile à comprendre, obscur: un style
apocalyptique. Par extension, apocalyptique s'applique à
des événements tragiques, grandioses, terrifiants,
dantesques, comme des guerres mondiales, de grands cataclysmes naturels
(séismes, ouragans), de grandes épidémies,
voire... la fin du monde. Pousser l'hyperbole jusqu'à parler
de «scène apocalyptique» à propos de l'incendie
d'un bâtiment est ridicule. - Df, n° 421,
octobre 2001.
Approche. Une approche est l'action d'approcher ou de s'approcher
ou un mouvement, une progression vers une personne ou une chose.
Vers la moitié du XXe siècle, sous l'influence de
l'anglais approach, est apparue une nouvelle acception de
ce terme: manière d'aborder, de considérer un problème,
une question: «Les sondages fournissent des informations qui
permettent une première approche de la réalité.»
D'abord critiqué, cet emploi s'est considérablement
répandu, au point d'être galvaudé et d'évincer
les mots français conception, définition, démarche,
point de vue, idée, examen, compréhension, estimation,
etc. - Df, n° 471, décembre 2005.
Aréopage. Le mot aréopage est souvent
écrit ou prononcé « aéropage »,
par attraction patronymique avec aéroplane, aéroport.
Dans l'Antiquité grecque, Aréopage était
le nom d'une colline d'Athènes (Areios pagos) consacrée
au culte du dieu Arès. Ce mot s'appliqua ensuite au tribunal
religieux d'Athènes. En ce sens, s'écrit avec un A
majuscule.
Par extension, le nom commun aréopage désigne
un cercle de sages, une assemblée de personnes importantes,
compétentes et influentes. Se dit parfois avec une nuance
d'ironie: « L'aréopage des femmes de quarante ans
décida à l'unanimité qu'elle avait une petite
figure assez gentille » (E. About).
Aréopage n'a donc rien de commun avec les composants
du préfixe aéro « air », sauf un air de
ressemblance. - Df, n°502, juillet 2008.
«Artiste peintre». Il n'est pas toujours aisé
de distinguer une apposition d'un nom composé. L'apposition
se compose de deux substantifs dont l'un est le nom principal, l'autre
lui servant d'épithète. C'est pourquoi artiste
peintre doit s'orthographier sans trait d'union. De même,
on écrit: maître imprimeur, patron coiffeur, garçon
boucher, ouvrier zingueur, élève infirmière,
compagnon charpentier, assistant réalisateur, maîtresse
auxiliaire, commis voyageur, etc.
Le trait d'union ne s'emploie que lorsque deux noms de métiers
de même nature sont réunis; ils forment alors un nom
composé: horloger-bijoutier, plâtrier-peintre, boulanger-pâtissier,
boucher-charcutier, etc. - Df, n° 433, octobre
2002.
«Artwork».
Ce terme désigne la réalisation définitive
d'un document publicitaire, d'une maquette avant sa production.
En français, document (recommandation du Dictionnaire
des termes officiels de la langue française) et maquette
suppléent convenablement à cet intrus anglo-américain.
- Df, n° 460, janvier 2005.
Attitude. Ce substantif peut désigner: a)
la manière de se tenir, la posture, le maintien d'une personne;
b) la manière de se comporter avec autrui, la disposition,
la conduite; c) l'apparence que l'on se donne, le sentiment
que l'on affecte, l'air, l'allure, l'aspect, l'expression.
Une curieuse manie, calquée évidemment sur l'anglais,
consiste actuellement à inverser l'ordre syntaxique propre
à la langue française. En se référant
sans doute au titre d'une chanson à la mode « Positive
attitude », le Premier ministre français a parlé
de la « négative attitude des syndicats ».
De la part de celui qui est également président du
Conseil supérieur de la langue française, il s'agit
là d'une attitude pour le moins malencontreuse. - Df,
n° 462, mars 2005.
Attractif, attrayant. Ces deux termes ne sont pas absolument
synonymes.
Attractif (dérivé d'attraction): qui
a la propriété d'attirer. L'aimant a une force attractive.
Fig.: la force attractive de l'exemple. «Mais le sexe,
à Paris, a la mine jolie, l'air attractif» (Regnard).
Attrayant (dérivé d'attrait): participe
présent de l'ancien verbe attraire. Qui a de l'attrait,
qui plaît, qui séduit. « Les attrayantes amorces
de la volupté » (Malfilâtre).
Attirant dérivé d'attirer. Pour une
personne: qui attire, qui exerce un attrait, une séduction:
physionomie attirante. Pour les choses (en ce sens vieilli): spectacle
attirant. On préférera attractif (s'il attire)
ou attrayant (s'il plaît). - Df, n°
462, mars 2005.
Aucun(s). «Depuis dix ans, aucuns travaux n'ont été
opérés» lit-on dans un hebdomadaire satirique
français.
Aucun, adjectif, s'emploie toujours au singulier,
sauf devant les noms qui n'ont pas de singulier: cette démarche
ne nécessite aucuns frais; on ne lui fit aucunes funérailles.
Aucun, pronom, n'a plus guère son sens positif
que dans d'aucuns, signifiant «certains, quelques-uns»:
d'aucuns pourraient le penser. Employé avec deux noms de
genres différents, aucun se met au masculin et le
verbe reste au singulier: «J'ai consulté un livre d'histoire
et une encyclopédie, aucun ne donne la date.»
Comme pronom ou adjectif, aucun exclut pas et point
mais admet jamais, ni, plus: «Aucun de
nous ne l'avouera» mais «Aucune d'entre elles ne l'avouera
jamais». - Df, n° 436, janvier 2003.
«Audit». Ce terme, quoique accepté par
les dictionnaires usuels, ne l'est pas par l'Académie. En
anglais, to audit signifie «vérifier»;
le substantif audit recouvre trois notions et s'énonce
en français par a) vérification, investigation, contrôle,
enquête; b) organisation du travail; c) évaluation,
contrôle, vérification de la bonne gestion d'une entreprise,
de l'application correcte des décisions prises, de la bonne
exécution des activités particulières à
l'entreprise. Anglicisme inutile et donc à proscrire. - Df,
n° 448, janvier 2004.
Avant que, après que. Ces deux locutions
conjonctives ne se construisent pas avec le même mode. Avant
que annonce un fait futur et exige le subjonctif.
«J'avais fini mes jours avant qu'Ulysse partît»
(Fénelon). Le "ne" explétif n'est
indispensable que si la phrase exprime une crainte: «Partons
avant qu'il ne fasse trop nuit.»
En revanche (et en dépit de ce que s'obstinent à nous
faire croire les médias) après que,
annonçant un fait accompli, passé, se construit
avec l'indicatif ou, plus rarement, avec le conditionnel: «On
cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé»
(Molière); «Après que les gendarmes eurent
fait évacuer la salle» (L. Guilloux). - Df,
n° 418, juillet 2001.
Avérer (s'). Avérer verbe transitif
emprunté au latin médiéval adverare
(de ad, à, et de verus, vrai): faire reconnaître
pour vrai, donner comme certain: avérer un fait.
Le verbe actif, devenu archaïque, a cédé sa place
au pronominal s'avérer: se montrer à la lumière
de l'expérience ou de la réflexion, se révéler
réellement: l'enquête s'est avérée difficile;
des promesses qui s'avèrent illusoires. Impersonnel: il s'est
avéré que nous avions raison.
Eu égard à l'étymologie, on évitera
de dire s'avérer vrai (pléonasme) ou s'avérer
faux (non-sens). - Df, n° 427, avril 2002.
B
«Baby-sitter». De baby, «bébé»,
et to sit, «s'asseoir, être assis». Se
dit d'une personne qui, moyennant rétribution, garde de jeunes
enfants en l'absence des parents. Des baby-sitters.
Les termes français ne manquent pas pour remplacer cet anglicisme:
garde-bébé, garde ou gardienne d'enfants, bonne d'enfants,
nounou, voir «maternante», néologisme proposé
par A. Gilder par analogie avec gouvernante, personne qui assure
non seulement la garde mais aussi l'éducation des enfants.
- Df, n° 439, avril 2003.
«Back-ground» Une école professionnelle
vaudoise exige de candidats à l'admission un «back-ground»
de culture générale.
De back, «qui est derrière», et ground,
«sol», ce terme désigne a) un arrière-plan,
le fond, le cadre ou le contexte d'une action, d'un événement,
d'une situation; b) l'expérience, les antécédents,
l'acquis, le bagage, l'ensemble des connaissances constituant une
référence.
C'est assez d'expressions françaises pour justifier le rejet
de cet anglicisme superflu. - Df, n° 421, octobre
2001.
«Backpacking ». Le backpacking (terme
anglais désignant une forme de tourisme avec bagage sur le
dos) est né vers la fin des années soixante en Australie
et en Nouvelle-Zélande. Des hôtels ont été
créés un peu partout pour héberger ce type
de clientèle voyageant sans autre bagage qu'un sac à
dos: les backpackers.
Ces anglicismes ont aussitôt été adoptés
tels quels par les agences de voyage... en attendant de l'être
par les dictionnaires de «français». Ce mode
de tourisme n'étant pas réservé exclusivement
à une clientèle anglo-saxonne, on se ferait tout aussi
bien comprendre en parlant de tourisme économique et de touriste
« sac à dos » ou routard. - Df,
n° 462, mars 2005.
Baliser. Au sens propre: garnir, jalonner de balises, de
repères un parcours; signaler la direction à suivre.
L'usage familier de ce verbe, au sens d'« avoir peur »
(v. 1982) fait probablement allusion au visage qui « signale
» l'émotion par la pâleur ou la rougeur. Autre
hypothèse: nourrir quelque appréhension, et donc chercher
ses « repères ».
Quoi qu'il en soit, il n'est pas nécessaire de baliser à
l'apparition de cette expression dans nos dictionnaires. Elle complète:
avoir la frousse, la pétoche, la trouille, les copeaux, les
flubes, les grelots, les foies, etc.
Variantes recommandables: craindre, appréhender redouter;
être effrayé, angoissé, anxieux, inquiet, etc.
- Df, n° 500, mai 2008.
Barbecue. Barbecue (cue se prononce kiou)
est un mot anglo-américain emprunté à l'hispano-américain
barbacoa «barbaque» et mentionné dès
1954. Il désigne le brasero et, par métonymie,
la grillade faite sur cet appareil ainsi que le repas organisé
en plein air.
En termes français: méchoui, grillade, rôtissoire,
braisier ou braserade (Savoie) ou tout simplement la broche
qui nous est si familière. Df 492, septembre
2007.
«Bargouiner», barguigner. S'adressant à
l'assemblée de l'ONU, un ministre français a déclaré:
«La France ne bargouine pas. Elle n'avance pas avec
un sac de cendres sur la tête.»
Inconnu des dictionnaires usuels, ce verbe bargouiner se
rencontre dans quelques parlers régionaux. Il signifie «cueillir
l'artichaut sans prendre garde au pied, qui, de ce fait, risque
d'être abîmé».
Ce n'est pas, de toute évidence, l'idée que voulait
exprimer l'orateur. Il commettait l'erreur de confondre bargouiner
et barguigner. Ce dernier verbe (de l'allemand borgen)
signifie «hésiter, avoir de la peine à se déterminer»:
«A quoi bon tant barguigner et tant tourner autour du pot»
(Molière). On ne le retrouve plus guère aujourd'hui
que dans l'expression «sans barguigner»: sans hésiter.
- Df, n° 442, juillet 2003.
Batteur, bateleur. «Un peu plus loin, ce sont les
bateleurs d'estrade ... » Erreur relevée dans un périodique
romand, résultant d'une double confusion. Entre batteur
et bateleur, d'une part, et entre les deux acceptions du
mot «estrade» 1. Route, chemin. Aller à l'estrade:
parcourir les chemins en éclaireur (milit.). 2. Plancher
surélevé sur lequel les saltimbanques exécutent
leurs tours.
- Batteur d'estrade: cavalier chargé d'un service
de surveillance et d'espionnage. Par ext.: vagabond, aventurier.
- Bateleur: personne qui amuse le public, en plein vent,
par des bouffonneries, des tours de force ou d'adresse; saltimbanque.
Fig. et fam.: Faire le bateleur: faire le bouffon en société.
- Df, n°448, janvier 2004.
Bavure. Ce mot désigne: a) la trace des joints du
moule sur un objet moulé; b) en typographie: la trace d'encre
qui empâte les traits d'un dessin ou les caractères
d'un texte; c) un défaut, une imperfection, une faute dans
l'exécution d'un travail, un incident inattendu et malencontreux
dans le déroulement d'une opération.
Cette dernière acception ne peut s'appliquer qu'à
un raté, un événement fâcheux, mais sans
conséquence grave. On ne saurait parler de bavure, comme
cela semble se répandre, pour qualifier une agression, un
attentat ou des violences policières ayant entrainé
la mort de personnes.
Sans bavure(s): impeccable, irréprochable, parfaitement exécuté.
Un travail net et sans bavure(s). - Df, n° 480,
septembre 2006.
«Black-out ». Emprunté de l'anglo-américain
black-out, terme de théâtre désignant
l'action d'éteindre les feux de la rampe pour augmenter l'effet
de scène.
Ce terme s'est employé dès le début de la Seconde
Guerre mondiale à propos de l'obscurité totale imposée
par la défense passive afin de rendre plus difficile l'action
de l'aviation ennemie. Obscurcissement, camouflage, couvre-feu,
obscuration (Québec, Belgique).
Fig.: Secret, silence gardé sur une affaire par une décision
officielle. Observer un silence complet, garder le secret; étouffer,
cacher, dissimuler, occulter un fait, un accord, un événement;
ne pas le révéler au public. - Df, n°
495, déc. 2007.
Bohême, bohème, bohémien. La difficulté
orthographique de ces mots réside dans leur accentuation,
source de fréquentes confusions.
La Bohême (majuscule, accent circonflexe) est la région
d'Europe centrale formant actuellement la plus grande partie de
la République tchèque. Les habitants sont des Bohémiens
(majuscule, accent aigu).
Un bohème (minuscule, accent grave) est une personne
(artiste, marginal) menant une vie insouciante et n'ayant pas de
ressources assurées: c'est un bohème; ils sont
tous bohèmes dans ce milieu. Genre de vie de ceux
qui mènent une telle existence: «La bohème
n'est pas un chemin, c'est un cul-de-sac» (H. Murger).
Un bohémien (minuscule, accent aigu) est un nomade
(tsigane, romanichel). «Etj'irai loin, bien loin, comme
un bohémien» (Rimbaud). Par ext.: vagabond, mendiant.
- Df, n° 436, janvier 2003.
«Booké». Ce terme vient de faire son
apparition dans le Robert Plus. De l'anglais booking «
location, réservation », il signifie a) complet:
tous les vols sont bookés; b) occupé: le dentiste
est booké jusqu' à la fin du mois.
L'extrême pauvreté du vocabulaire français (complet,
loué, retenu, plein, comble, occupé, pris) rendait
indispensable ce nouvel anglicisme.
Principal fournisseur et promoteur de l'anglo-américain dans
le vocabulaire français, le Robert pourra bientôt,
lui aussi, afficher complet. C'est vraiment là ... le «
booké » ! - Df, n° 495, déc.
2007.
«Boss». La presse annonçait l'arrivée
d'un nouveau boss à la tête d'une organisation
sportive.
D'origine néerlandaise (baas), ce terme anglo-américain
n'est pas un néologisme. Il désigne, dès 1833,
un chef d'équipe ou d'atelier aux Etats-Unis et, par extension,
le chef d'un parti politique ou d'un groupe électoral. Il
semble ne s'être vraiment répandu que vers le milieu
du XXe siècle pour désigner plaisamment les patrons
en général: «Enfin, si mon boss est heureux
avec ça, c'est le principal, au fond» (A. Sarrazin).
En français: patron, chef, supérieur, président,
responsable, directeur, dirigeant. Big boss: grand chef,
grand patron. - Df, n° 489, juin 2007.
«Borderline». «L'expert psychologue a
souligné une personnalité border line » signale
à ses lecteurs (francophones) un quotidien romand.
Orthographié en un mot par le Robert & Collins 2006,
borderline signifie « ligne de démarcation ».
En psychiatrie, borderline désigne un « cas
limite ». Au sens de l'article 121-2 du Code pénal
français: «Abolition ou altération du discernement
qui pousse une personne à franchir la frontière séparant
les comportements responsables des névroses ou psychoses
aliénantes.»
L'usage immodéré de termes anglais à la place
de mots français ne dénote-t-il pas aussi un cas limite
de trouble du discernement ? - Df, n° 498, mars
2008.
En boucle. «Qu'on se le dise et qu'on se le répète
en boucle »; «il est serein, répète en
boucle son entourage »; « l'orchestre en boucle et à
l'unisson a chanté les louanges du souverain », etc.
Il n'est bientôt plus un seul article de presse ou communiqué
des médias sans que l'on rencontre cette expression, qui
fait actuellement fureur.
Adoptée aussitôt par les dictionnaires, elle désigne
un mode de diffusion dans lequel la séquence est répétée
plusieurs fois, diffusée de manière ininterrompue,
recommençant aussitôt finie.
L'usage excessif de cette expression devient ridicule. On dira aussi
bien: répercuter une information, la répéter
sans cesse, continuellement; la répandre autour de soi, redire,
réitérer, ressasser. - Df, n° 495,
déc. 2007.
«Bow-window» Mot anglais composé de bow,
«arc», et window, «fenêtre»
(également bay-window): fenêtre, logette ou
balcon vitré en saillie sur une façade. Par recommandation
officielle: oriel.
Autres constructions en encorbellement: l'échauguette, la
bretèche (Belgique)-. «L'oriel, la bay-window, c'est-à-dire
la vieille bretèche à pans coupés du Moyen
Age» (P. Morand). - Df, n° 418, juillet
2001.
«Break».
En anglais, littéralement, « pause, interruption »
(to break « briser, rompre »).
Selon l'Académie, terme de sport: dans un match de boxe ou
de catch, ordre de cesser le corps à corps, donné
par l'arbitre aux adversaires. En tennis: faire le break,
gagner le service de l'adversaire, après avoir été
à égalité de jeux; faire la différence.
Terme de musique: en jazz, interruption momentanée, observée
par l'orchestre pour laisser un soliste jouer ou chanter seul, ou
pour créer un effet d'attente.
En dehors de ces acceptions précises, on utilisera: moment
de répit, de repos, pause, temps mort, battement, intermède,
interruption, parenthèse, cassure, suspension, trêve,
etc. - Df, n°502, juillet 2008.
- Les commentateurs spécialistes de tennis usent et abusent
de l'expression «faire le break». Le break, en
jargon sportif, est l'écart creusé par un joueur en
prenant le service de son adversaire, puis en gagnant le sien. Traduite
en français, cette expression se dit: creuser l'écart,
faire la différence.
Quant au mot break désignant un véhicule en
forme de fourgonnette possédant à l'arrière
un hayon vitré et une banquette amovible, c'est un faux anglicisme
puisque les Anglais disent estate car et les Américains
station wagon. En français: fourgonnette, berline,
voiture familiale. - Df, n° 430, juillet 2002.
«Briefing». Terme d'aviation, utilisé
depuis la Deuxième Guerre mondiale, ce néologisme
désigne la réunion au cours de laquelle les équipages
reçoivent les dernières instructions avant leur envol.
Par extension: réunion d'information entre personnes devant
accomplir une même action, un même travail. Recomm.
offic. bref.
Ce terme (non reconnu par l'Académie) peut aisément
être remplacé par réunion ou séance
d'information ou de synthèse, réunion préparatoire,
exposé, dernières instructions, conférence
de presse.
Briefing devrait être exclusivement réservé
au domaine de l'aviation, où l'usage de l'anglais est obligatoire.
- Df, n° 465, juin 2005.
«Brunch». «Un brunch va réunir
les acteurs, les auteurs et le public pour un débat.»
Cet américanisme est un mot-valise obtenu par contraction
de breakfast et de lunch et désigne un repas
combinant petit déjeuner et déjeuner.
Considéré par J. Hanse comme n'ayant «pas d'équivalent
français», ce terme peut toutefois être remplacé
par buffet matinal, collation matinale, petit midi ou «grand
déjeuner», proposé par... Hanse. - Df,
n° 445, octobre 2003.
Budgéter / Budgétiser. Lequel employer, de
ces deux verbes ? Budgéter cité par Littré,
a fait son apparition dans le Journal de Genève du
3 février 1872. Son doublet ultérieur budgétiser
(1953) est seul retenu par l'Acadénùe française
(éd. 1992). La plupart des dictionnaires usuels adoptent
les deux formes, avec le même sens: inscrire au budget, insérer,
introduire dans un budget des recettes, des dépenses qui
n'y étaient pas inscrites ultérieurement: budgétiser
(budgéter) à la charge de l'Etat des prestations sociales.
Budgéter donne le dérivé budgétaire
et budgétiser a formé budgétisation.
- Df, n° 427, avril 2002.
«Burnout». Cet anglicisme (to burn out:
s'éteindre) qualifie une fatigue psychologique et physique
intense et peut être remplacé par épuisement,
surmenage professionnel.
Burnout est aussi un terme d'ingénierie nucléaire/thermo-hydraulique
signifiant ébullition nucléée, crise
d'ébullition, caléfaction. - Df,
n° 454, juillet 2004.
«Business plan». «C'est là la ligne
directrice de notre business plan» peut-on lire dans un journal
d'entreprise.
Littéralement «Plan d'affaires», ce terme désigne
un dossier présentant un projet chiffré de création
ou de développement. En langage intelligible: plan d'affaires,
plan de développement, projet d'entreprise. - Df,
n° 433, octobre 2002.
«Busing». On expérimente en France le
busing à l'école primaire. Il s'agit de l'adoption
d'une expérience américaine de ramassage scolaire
tendant à favoriser la mixité sociale en permettant
aux élèves de quartiers en difficulté de fréquenter
d'autres établissements scolaires de leur ville.
Ce système s'appelle déségrégation
scolaire. - Df, n° 498, mars 2008.
C
-cable / -quable». On orthographie avec un c
les adjectifs dérivés d'un nom en -cation: applicable,
éducable, explicable, etc.
De même s'ils ne proviennent pas d'un verbe: impeccable,
implacable, inextricable.
S'ils dérivent directement d'un verbe en -quer (sans
qu'il existe de nom en -cation), ils prennent qu:
remarquable, critiquable, etc.
Tout le monde sait cela... sauf l'étourdi qui a orthographié
«criticable» dans la fiche «Majeur» du bulletin
455. Bévue éminemment critiquable! - Df,
n° 457, octobre 2004.
«Caddie». Ce mot (orthographié aussi
«caddy»), emprunté (1885) à l'anglais,
désigne l'aide qui, au golf, porte ou tire sur un chariot
le sac de clubs du joueur.
Le mot anglo-américain caddie, plus récent,
désigne le petit chariot métallique utilisé
par les voyageurs dans les gares et les aéroports pour transporter
les bagages et par les clients des magasins en libre-service, pour
leurs achats.
Caddie (nom déposé en 1952) devrait s'écrire
avec un C majuscule. Mais tous les dictionnaires récents
en font un nom commun: des caddies. - Df, n°
448, janvier 2004.
«Caillasser». Fréquemment utilisé
dans la presse («caillasser un bus; pompiers caillassés»)
ce verbe vient de faire son apparition dans quelques dictionnaires
avec le sens de «jeter des pierres, lapider».
Employé en géologie, le mot caillasse désigne
un calcaire grossier, une marne caillouteuse. Au sens collectif:
gros cailloux, pierraille, pierres concassées utilisées
pour l'empierrement des chemins. Logiquement, caillasser
devrait donc signifier «recouvrir de caillasses, à
l'exemple de «caillouter: recouvrir de cailloux».
Le verbe lapider (tuer à coups de pierres et, par
extension, attaquer, poursuivre en jetant des pierres) devrait suffire
à éliminer ce néologisme inutile. - Df,
n° 430, juillet 2002.
«Calamar». Des scientifiques japonais sont parvenus
à filmer, pour la première fois, un calmar géant.
Les médias romands, avec un bel ensemble, ont évoqué
l'événement en parlant de « calamar»,
encouragés en cela par le laxisme des dictionnaires usuels
qui autorisent désormais les deux formes calmar /
calamar. Le Figaro et Le Monde ont respecté,
conformément à l'Académie, l'orthographe classique
calmar.
De l'italien calamaro et de l'espagnol calamar, le
mot désignant ce céphalopode s'écrit en français
(depuis 1751) calmar. «C'était un calmar
de dimensions colossales, ayant huit mètres de longueur»
(J. Veme).
Il n'y a aucune raison valable d'en modifier l'orthographe. - Df,
n° 469, octobre 2005.
Capitaine d'industrie. cf ci-dessous: Chevalier,
capitaine d'industrie.
Caracoler. Ce verbe, dont l'étymologie (esp. caracol:
colimaçon, escargot) n'évoque pourtant ni la rapidité
ni la virtuosité, est un terme d'équitation signifiant
«exécuter des caracoles, voltes et demi-voltes».
Par extension, il est entré dans l'usage courant au sens
de «aller à cheval de manière vive» puis
de «courir en sautant, cabrioler, gambader, évoluer
avec grâce et vivacité». Fig.: sa plume caracole
avec allégresse.
On usera toutefois avec modération de métaphores trop
éloignées du sens originel, telles que: cette équipe
caracole en tête du classement; le candidat des Verts caracole
en tête des sondages. - Df, n° 427, avril
2002.
«Casting». De l'anglais to cast (jeter,
projeter, lancer, répandre), le mot casting signifie
recherche et sélection des acteurs d'un spectacle (film,
théâtre), attribution des rôles, générique
ou (recommandation officielle) distribution artistique.
Ce terme polysémique, imprécis et donc inutile, est
aussi employé à tort et à travers. Par exemple
«erreur de casting», pour mauvais choix, désignation
erronée, ou «se rendre à un casting» pour
se présenter pour un rôle ou pour une audition,
terme utilisé par les anglophones eux-mêmes. Un comble!
- Df, n° 436, janvier 2003.
Charisme. Du grec kharisma «faveur, don, grâce
d'origine divine». C'est un terme de théologie catholique,
passé dans le domaine de la sociologie politique avec le
sens d'autorité, de rayonnement, de fascination exercés
par un meneur d'hommes sur un groupe humain. A l'origine don de
grâce n'appartenant qu'aux prophètes, aux fondateurs
de religions, aux grands inspirés, ce terme est aujourd'hui
considérablement galvaudé, au point de perdre tout
son contenu sémantique.
Laissons le charisme (prononcer «ka») aux personnes
saintes et aux grands hommes de l'Antiquité et utilisons
de préférence: aura, rayonnement, prestige, influence,
fascination, magnétisme, ascendant, personnalité,
autorité, crédit, empire, éclat, pouvoir moral,
don de séduction, de persuasion, etc. - Df,
n° 424, janvier 2002.
Chasse à courre. Un périodique français
titre « Chasse à cour (sic) contre les sans-papiers
». L'absence de guillemets laisse supposer qu'il n'y a pas
là de jeu de mots mais qu'il s'agit d'une faute grossière.
Courre est l'infinitif ancien du verbe courir. «De
ces jeunes guerriers, la flotte vagabonde / allait courre fortune
aux organes du monde » (Malherbe).
N'est plus usité aujourd'hui qu'en vénerie dans les
expressions chasse à courre et laisser-courre.
- Df, n° 462, mars 2005.
«Chat». Lu quelque part: «Il chate comme
un fou pour rencontrer l'âme soeur.»
Cet appel d'un matou de gouttière en quête d'aventure
galante ne concerne pas le chat évoqué ici. Ce chat
nouveau venu, récemment introduit dans le Petit Larousse,
nous vient de l'anglais to chat (prononcer «tchatt»)
«causer, babiller».
En informatique chat désigne une communication informelle
entre plusieurs personnes sur le réseau Internet, un échange
de messages électroniques.
Pour ceux qui préfèrent appeler un chat un chat: bavardage
ou (recomm. off.) causette. Au Québec: clavardage.
- Df, n° 471, décembre 2005.
«Checkpoint». Les correspondants des médias
se délectent de cet anglicisme (de check: arrêter,
réprimer; vérifier, contrôler) qui orne leurs
propos d'une touche d'érudition.
Pour le lecteur ou l'auditeur «lambda» qui se satisfait
de mots français, ce terme signifie rien de moins que point
de vérification (recomm. off.), poste de garde, de
contrôle, d'observation. - Df, n° 457,
octobre 2004.
Chevalier, capitaine d'industrie. Deux locutions à
ne pas confondre.
- Chevalier d'industrie: individu sans scrupules, qui vit
d'escroqueries, d'affaires louches, d'expédients. Le mot
industrie s'applique ici (en mauvaise part) à une activité
délictueuse, exécutée avec une adresse, une
habileté malhonnête.
« Vous vous faites nommer monsieur le chevalier / Et vous
êtes de ceux dont la chevalerie / N'eut jamais à Paris
d'ordre que l'industrie» (A. Montfleury).
- Capitaine d'industrie: chef d'une entreprise, d'une affaire
importante et, à priori, honnête. - Df,
n° 468, septembre 2005.
Chuter. Ce verbe n'est pas un néologisme puisqu'il
est signalé dès 1823. Littré le mentionne comme
terme très familier: «tomber, en parlant d'une pièce
de théâtre». C'est également un terme
de jeu: «ne pas faire un certain nombre de levées».
Très prisé aujourd'hui, surtout dans la presse sportive,
ce synonyme superflu de tomber, choir, culbuter, faire une chute,
n'est pas à conseiller. - Df, n° 418, juillet
2001.
Circonscrire, circonvenir. Il y a quelques décennies,
un ministre français s'était attiré les railleries
de la presse pour avoir déclaré: «L'incendie
est circonvenu. » Il n'était pas seul, tant s'en faut,
à confondre les verbes circonscrire et circonvenir.
Circonscrire c'est tracer une ligne autour, borner, limiter,
cerner. Circonscrire un espace. Circonscrire une épidémie,
un incendie: en limiter la propagation. Le fait de circonscrire
un incendie ne signifie pas forcément qu'il est éteint.
Circonvenir quelqu'un, c'est manoeuvrer habilement et insidieusement
pour obtenir de lui ce que l'on souhaite, le berner, l'abuser, le
tromper. - Df, n° 465, juin 2005.
Citoyen. Selon les dictionnaires,
l'adjectif citoyen (d'apparition récente) signifie
« relatif à la citoyenneté et aux conditions
de son exercice; qui agit en citoyen, fait preuve d'esprit civique,
qui est conforme au sens civique ».
Il y a actuellement une véritable déferlante de cet
adjectif. Il n'est question, dans les discours politiques et les
médias, que de comportements citoyens, parcours citoyens,
initiatives citoyennes, approche citoyenne, engagement citoyen,
sensibilité citoyenne, rôle citoyen, etc. Il y a même
des électeurs citoyens (imagine-t-on des citoyens manquant
de sens civique?).
Et si l'on parlait de comportement responsable, adulte, moral,
honnête, exemplaire, civil, raisonnable, rationnel, sensé,
respectueux, convenable, etc. ? - Df, n°502, juillet
2008.
«Clash». On se doit d'utiliser désormais
cet anglicisme chaque fois qu'une négociation n'aboutit pas,
pour toute démarche infructueuse, pour chaque échec
résultant d'une mésentente.
To clash signifie «heurter, s'affronter, être
incompatible ou en contradiction avec».
N'y a-t-il pas d'équivalents français à ce
mot? On se risquerait volontiers à proposer: accrochage,
affrontement, algarade, brouille, conflit, confrontation, crise,
désaccord, différend, discorde, dispute, discussion,
divergence de vues, éclat, heurt, opposition, rupture...
n'était la crainte bien compréhensible de provoquer
un clash. - Df, n° 489, juin 2007.
«Class action». Aux Etats-Unis ce terme désigne
une procédure permettant à des consommateurs de se
regrouper pour intenter des actions en justice contre des entreprises
industrielles et commerciales.
Dans la presse francophone, cet américanisme doit être
remplacé par son équivalent français: action
collective. - Df, n° 474, mars 2006.
«Clean». Ne dites plus: une personne propre,
nette; une allure élégante; un intérieur soigné,
bien tenu; une conduite régulière, intègre;
une tenue impeccable; une jeunesse saine; un maintien naturel, sans
apprêt.
Pourquoi, en effet, s'encombrer de tous ces adjectifs puisqu'ils
peuvent, désormais, être remplacés par un seul
mot (anglais, naturellement): clean «propre, net, clair».
C'est là, vraiment, le mot propre... et combien plus clair.
- Df, n° 471, décembre 2005.
Clivage. Emprunté au néerlandais klieven
«fendre», ce mot fut d'abord utilisé comme terme
de minéralogie par les diamantaires dans le sens de «fendre
un minerai cristallisé».
Au sens figuré, il est devenu d'un emploi courant en politique,
en sociologie, en psychanalyse pour désigner ce qui scinde,
sépare ou oppose des groupes sociaux ou ethniques et, par
extension, ce qui différencie deux choses quelconques: «Un
clivage profond et persistant entre les dictionnaires de langue
et les dictionnaires encyclopédiques» (R.-L. Wagner).
Son usage excessif ne devrait pas jeter aux oubliettes les synonymes
scission, séparation, division, opposition,
fraction, partage, etc. - Df, n°
451, avril 2004.
«Coaching». Le Département de l'instruction
publique d'un canton romand propose une formation professionnelle
en « ateliers-coaching» (en anglais?).
Ce terme passe-partout peut désigner aussi bien la prise
en charge d'un entraînement sportif afin d'atteindre un niveau
optimal de performance que l'accompagnement de personnes ou d'équipes
pour le développement de leurs potentiels et de leur savoir-faire
dans le cadre d'objectifs professionnels.
En français: assistance, formation professionnelle
ou sportive. Recommandation de l'administration fédérale:
conseil, mentorat. - Df, n° 460,
janvier 2005.
Colon, côlon. Le dépistage du cancer du «
colon » dont nous parle un journal romand ne signifie pas
que le commandant du régiment est affecté d'une tumeur
maligne. Il s'agit là d'une confusion fréquente entre
paronymes: colon et côlon.
Colon: personne immigrée installée dans une
colonie, qui en cultive le sol et en exploite les ressources.
Côlon: partie du gros intestin, entre le caecum et
le rectum. - Df, n° 460, janvier 2005.
«Coming out». Lors d'une émission radiophonique,
on a pu entendre à plusieurs reprises la personne invitée
utiliser le terme de «coming out» sans jamais
daigner donner la traduction française de cette expression.
De coming, adj. «qui vient, prochain, futur»;
subst. «approche, arrivée, avènement»,
et de out, adv, «hors, dehors, sorti», cet anglicisme,
synonyme de outing, signifie, entre autres acceptions, aveu
public, révélation.
En «franglais», il n'est utilisé que dans le
sens de transparence sexuelle, déclaration, révélation,
aveu de son homosexualité. Ces mots français seraient-ils
trop obscurs pour être compris des auditeurs romands? - Df,
n° 442, juillet 2003.
Con. Il est fait de ce mot, remarquent Berthier et Colignon
dans leur Lexique du français pratique (Solar, 1981)
« un véritable abus, au point de devenir le mot français
le plus usité ». A ce titre, ne mérite-t-il
pas de figurer aussi dans nos fiches ?
Ce terme, d'origine obscure, dérivé du latin cunnus,
est attesté dès la fin du XlIe siècle comme
désignation du sexe de la femme. Il apparaît vers 1780
avec la valeur figurée d'« imbécile ».
La très sérieuse Académie française
l'introduit - révérence parler - dans la dernière
édition de son dictionnaire sous la double acception de a)
n. m. vulg.: organe sexuel de la femme; b) n. fig. et très
vulg.: personne sottement passive, imbécile, idiote.
Mais c'est à l'éminent et regretté «
lexicographe » Léo Campion que nous devons la définition
la plus remarquable par sa concision: « Imbécile
qui n'a de cet organe ni la profondeur ni la saveur ».
- Df, n°502, juillet 2008.
Conceptualiser. Ce verbe, que la romancière Antonine
Maillet considère comme «le plus laid de la langue
française», est mentionné dès 1920 mais
s'est surtout répandu à partir des années soixante.
Il signifie (Acad.): a) penser en élaborant des concepts;
b) ordonner à l'aide de concepts: conceptualiser une doctrine.
Le concept étant la représentation mentale, générale
et abstraite d'un objet, conceptualiser devrait être réservé
à un usage didactique et, dans l'usage courant, se voir préférer
concevoir, former envisager se représenter imaginer.
- Df, n° 445, octobre 2003.
Conclusif. Le Premier ministre français a souhaité
entamer avec les syndicats un dialogue aussi approfondi et conclusif
que possible. Sans doute, par cette déclaration, voulait-il
exprimer son souhait de parvenir à un accord positif, probant,
concluant.
L'adjectif conclusif, emprunté (v. 1460) au latin
scolastique conclusivus, n'est plus utilisé qu'en
musique (accord conclusif note conclusive) et dans l'usage didactique:
qui indique, qui marque la conclusion d'un raisonnement, d'un discours.
Une proposition, une remarque conclusive. «Donc» est
une conjonction conclusive. Df, 439, avril 2003.
Concocter. Relevé dans un magazine de télévision:
«Le réalisateur nous concocte l'épisode le plus
musclé de la saga.»
Emprunté au latin concoquere «faire cuire ensemble,
digérer, méditer» ce verbe fut d'abord employé
dans le langage culinaire avec le sens de «mijoter, cuisiner».
Confectionner avec soin: concocter un plat, une sauce.
Au sens figuré, apparaît vers le milieu du XXe siècle
pour désigner la préparation, l'élaboration
minutieuse d'un projet complexe: «Le laboratoire où
se concoctent les chefs-d'oeuvre du cinéma français»
(L'Express, 9.3.70).
Dans un emploi plaisant, familier: imaginer, préparer, concevoir.
«Il concoctait déjà la petite note qu'il
ferait envoyer le lendemain à G.» (P. Daninos).
- Df, n° 489, juin 2007.
Connotation. Déjà cité par Littré
comme terme de grammaire et de logique. Idée particulière
qui comporte un terme abstrait à côté du sens
général.
Vers le milieu du XXe siècle, ce mot a été
repris aux linguistes américains pour désigner des
traits de signification qui relèvent du contexte particulier
de l'emploi d'un mot. Par extension, parfois abusivement, images,
représentations qu'évoque un mot, une idée.
Peut, le plus souvent, être remplacé par sens particulier,
signification seconde, résonance, évocation. Df,
465, juin 2005.
«Convenience». Une grande marque commerciale
propose à sa clientèle fran- cophone (!) un vaste
assortiment de «convenience food». Ce qui, dans
le jargon commercial franglais adopté par cette entreprise,
désigne des aliments prêts à l'emploi, faciles
à préparer, précuisinés... comme cela
peut s'énoncer en bon français.
En traduction française «convenience»
signifie «convenance, comrnodité, aisance».
«Convenience store»: formule de distribution
proposant un assortiment alimentaire visant à répondre
aux besoins courants et de dépannage. Ce service, assuré
le plus souvent par des magasins de proximité, avec de larges
horaires d'ouverture, est appelé «dépanneur»
au Québec. Terme tout à fait approprié et à
notre entière... convenance. Df, 433, octobre
2002.
Convivial. Cet adjectif
- dont l'emploi n'est pas condamnable - est devenu fort envahissant
depuis quelques décennies. On l'utilise aujourd'hui sans
discernement pour exprimer vaguement tout ce qui a un caractère
jovial, amical.
Dérivé du latin conviva « vivre avec,
manger ensemble» ce mot a désigné d'abord ce
qui est relatif aux repas, aux banquets. Sous l'influence de l'anglais,
il a été repris pour exprimer ce qui a trait à
la convivialité, qui la favorise, qui permet de bons rapports
avec autrui, des relations de bon voisinage. Atmosphère conviviale;
échanges conviviaux.
Le plus souvent remplace abusivement amical, agréable,
chaleureux, cordial, fraternel, gai, harmonieux, joyeux, jovial,
sympathique, etc. - Df, n° 500, mai 2008.
- «La pluie n'a pas entaché le caractère convivial
de l'événement!» C'est là le genre de
phrase que l'on rencontre fréquemment dans la presse. Elle
n'a rien de répréhensible si ce n'est l'emploi souvent
excessif de l'adjectif convivial.
Ce terme, créé par Brillat-Savarin, s'appliquait à
l'origine aux repas et banquets réunissant de nombreux convives
dans une ambiance agréable. Il était considéré
comme «peu usité» par le Larousse du XXe siècle
(1929).
Repris de l'anglais convivial «joyeux, jovial»,
il s'est répandu jusqu'à devenir envahissant. On l'utilise
abondamment aujourd'hui pour exprimer vaguement quelque chose de
sympathique, agréable, cordial, amical, gai, joyeux, fraternel,
chaleureux, etc., termes qui conviendraient souvent tout aussi
bien. Df, 480, sept. 2006.
«Cookie ». En anglais, petit gâteau sec.
Mot utilisé en informatique pour désigner un petit
espion électronique logé sur le disque dur d'un ordinateur.
Petit bloc de données transmis par un site Web à l'insu
de l'utilisateur d'un système informatique, pour être
stocké et récupéré par le suiveur à
la connexion suivante.
Terme recommandé par les services linguistiques de la Chancellerie
fédérale: témoin. Témoin de connexion,
mouchard électronique. Df 486, mars 2007.
«Cool ». Incroyable mais vrai: cet anglicisme
(cool « frais ») n'a encore jamais fait l'objet
d'une de nos fiches. Le mot a été introduit dans le
vocabulaire musical en parlant d'une tendance nouvelle du jazz par
opposition à hot « chaud ».
Par extension, il est appliqué aux personnes et aux attitudes,
emploi massivement répandu dans l'usage général,
notamment chez les jeunes, où il concurrence relax.
Il caractérise tout ce que le vocabulaire français
(sans doute trop limité) exprime par calme, tranquille,
paisible, détendu, décontracté, serein, quiet,
peinard, etc. - Df, n° 498, mars 2008.
Correctionnelle. «Le quinze de France a frôlé
la correctionnelle» Que signifie cette expression «frôler
(ou friser) la correctionnelle» si appréciée
de certains commentateurs sportifs ?
La correctionnelle ou tribunal correctionnel est une
juridiction qui ne juge que des délits, par opposition à
police criminelle et simple police.
On voit mal le rapport qu'il peut y avoir entre un individu courant
le risque d'une comparution devant un tribunal correctionnel et
un sportif risquant d'être pris en défaut ou mis en
échec par un adversaire.
Cette expression, d'une rare stupidité, proférée
si abondamment par quelques psittacidés médiatiques,
frise surtout... le ridicule. - Df, n° 468, septembre
2005.
Côte(-)d'Ivoire. A la suite d'une décision
prise par le gouvernement de Côte-d'Ivoire le nom de ce pays
doit s'écrire désormais sans trait d'union.
Selon la règle typographique (Défense du français
n° 402), les noms de pays, de régions et de communes
doivent prendre le trait d'union: la Côte-d'Ivoire, les départements
de la Côte-d'Or et des Côtes-d'Armor, la commune de
La Côte-aux-Fées.
Les noms géographiques composés avec côte désignant
un coteau ou un littoral s'écrivent sans trait d'union: la
Côte d'Or (plateau de Bourgogne), la Côte d'Azur.
Il n'y a pas lieu de déroger à la règle (sauf
à la rigueur lors d'échanges diplomatiques avec cet
Etat africain) pour satisfaire à une décision gouvernementale
éphémère, qui sera peut-être invalidée
par le prochain gouvernement au pouvoir. - Df, n°
451, avril 2004.
Coupes claires, coupes sombres. Au sens propre, ces deux
expressions sont utilisées en sylviculture. Contrairement
à ce que laisserait croire un emploi erroné mais fréquent,
une coupe sombre est une coupe de peu d'importance, où l'on
abat quelques arbres seulement, le sous-bois restant obscur.
La coupe claire est une coupe importante d'arbres au même
endroit, formant une clairière.
Au figuré, faire des coupes sombres c'est, au contraire du
sens propre, pratiquer de larges coupures dans un texte, de fortes
réductions de crédits ou de personnel dans une entreprise.
- Df, n° 495, déc. 2007.
Courriel. Mot-valise formé (au Québec) à
partir de «courrier» et «électronique».
Ce terme vient de recevoir une consécration officielle. Sa
publication au Journal officiel de la République française
du 20 juin 2003 rend son utilisation obligatoire dans l'administration.
Il remplace ainsi l'inopportun «e-mail».
Ce néologisme est également adopté par les
Services linguistiques de la Chancellerie fédérale.
Variante: courrier électronique. - Df, n°
448, janvier 2004.
Courrier. «En réponse à votre courrier
du ... » Cette formule épistolaire est à proscrire
lorsqu'elle ne concerne qu'une seule lettre à laquelle on
donne une réponse. Le mot courrier qualifie l'ensemble
des écrits adressés à quelqu'un (lettres, cartes,
imprimés, etc.) et non un seul d'entre eux. En revanche,
il est correct de dire «J'ai trouvé votre lettre au
courrier de ce matin» ou «Le facteur n'a pas encore
distribué le courrier». Aujourd'hui, courrier
s'applique également à l'ensemble des techniques de
la bureautique destinées à l'échange d'informations
par réseau informatique: courrier électronique. -
Df, n° 421, octobre 2001.
«Cranberry». Un abonné se dit choqué
de l'utilisation de cet anglicisme par le présentateur d'une
émission télévisée. Ce terme a, paraît-il,
la faveur des industries laitières, qui proposent des yaourts
au cranberry, de préférence au mot français
canneberge.
La canneberge (ou myrtille des marais; atoca au Québec)
est un arbrisseau poussant dans les marais et tourbières
des régions froides, portant des petites baies au goût
acidulé. «Après avoir fait un repas de racines
de canneberges, la voyageuse reprit sa route» (Chateaubriand).
Les raisons mercantiles qui poussent les commerçants à
préférer le terme anglais au français se justifient
d'autant moins que cranberry n'a encore été
adopté par aucun dictionnaire de langue française.
Df 492, septembre 2007.
Culte. Employé en apposition avec une valeur adjective,
ce mot désigne quelque chose ou quelqu'un faisant l'objet
d'une admiration fanatique, d'une vénération presque
sacrée, d'un engouement considérable: livre culte,
film culte, star culte, champion culte.
Son emploi abusif éclipse quantité de termes souvent
plus appropriés: célèbre, renommé,
fameux, reconnu, réputé, illustre, etc. - Df,
n° 454, juillet 2004.
«Customiser». Récemment introduit dans
la dernière édition des dictionnaires usuels, ce verbe
(de l'anglo-américain to customize) signifie transformer
un produit de série en un objet unique, l'adapter en fonction
des goûts du client. Customiser un vehicule, un vêtement.
Auparavant, on parlait de tailler un vêtement sur mesure et
de personnaliser un objet, une voiture, un logement. Nos modernes
«rénovateurs» ont changé tout cela. -
Df, n° 462, mars 2005.
D
«Damner» le pion. Selon un quotidien français,
un candidat à la présidence de la République
se proposait de «créer une nouvelle force capable de
damner (sic) le pion à la droite et à la gauche».
Il s'agissait évidemment de damer le pion. Mais on
ne vouera pas pour cela à la damnation éternelle l'auteur
de cette malencontreuse confusion.
En terme d'échecs ou de jeu de dames, damer le pion
c'est transfomer en dame ou en une autre figure de son camp un pion
que l'on a poussé jusqu'à la dernière ligne
adverse.
Au figuré, damer le pion (1688) signifie prendre l'avantage
sur quelqu'un, l'emporter sur lui avec une supériorité
marquée, le supplanter. «Pour le sentiment, en revanche
il n'en est aucun à qui nous ne damions le pion»
(Diderot). - Df, n° 489, juin 2007.
Dantesque. La presse sportive use plus volontiers de l'hyperbole
que de la litote. C'est ainsi que, lors de la retransmission des
compétitions, elle nous informe que «les concurrents
ont dû affronter des conditions dantesques».
Le qualificatif dantesque s'applique, par référence
à la description de l'enfer dans La Divine Comédie,
à ce qui a un caractère grandiose, sombre, sublime,
terrifiant: spectacle, vision dantesque.
Quelles que soient les conditions dans lesquelles se dispute une
épreuve sportive, la comparaison avec L'Enfer de Dante
est tout de même excessive, surtout quand l'expression est
répétée sans cesse à propos de conditions
pénibles, éprouvantes, harassantes peut-être,
mais certainement pas infernales. - Df, n° 445,
octobre 2003.
«Dealer». De l'anglais to deal «commercer,
trafiquer», le mot dealer «marchand, trafiquant»
désigne plus particulièrement un vendeur ou revendeur
de drogue.
Ce terme qui, en anglais, s'étend à tous les types
de négociants, n'évoque pas forcément, comme
en «franglais», un trafic douteux, clandestin, illégal.
Dans cette acception dealer peut donc parfaitement être
remplacé par: revendeur, pourvoyeur, fournisseur, distributeur,
passeur, trafiquant de drogue, narcotrafiquant. - Df,
n° 477, juin 2006.
Décalé. Appliqué à une personne
ou à un objet, «décalé» est le
dernier adjectif à la mode. Il n'est question dans notre
presse que de propos décalés, d'humour décalé,
d'attitude décalée, de personnage décalé.
Terme «tout usage» que chacun peut interpréter
à sa façon, cet adjectif désigne généralement,
au sens figuré, quelqu'un ou quelque chose n'étant
pas en phase avec la réalité ou avec un contexte donné.
Peut signifier: différent, marginal, inadapté,
original, singulier, déphasé, désorienté,
perturbé, troublé, etc. - Df, n°
471, décembre 2005.
Décliner. Le langage commercial s'est «enrichi»
d'une nouvelle acception du verbe décliner aussitôt
entérinée par certains dictionnaires: «Un tailleur
décliné en trois coloris»; «Décliné
en six axes, ce plan d'action est notre guide.» Signification:
donner plusieurs formes, faire plusieurs présentations d'un
même produit, d'un même projet.
Les verbes offrir, présenter, proposer, exposer, fournir,
détailler, répartir, disposer, dispenser, composer,
produire, concevoir, réaliser, etc., ne suffisaient-ils pas?
- Df, n° 430, juillet 2002.
Décote. Cité par un quotidien français:
« Nous refusons le système de décote, véritable
double peine pour les salariés.»
Ce mot fait son apparition au cours des années 1960. «
Le cours actuel fait apparaître encore une décote assez
élevée » (Le Monde, 16.11.69).
Economie: évaluation d'une monnaie, d'une valeur boursière
inférieure au cours officiel ou à un cours précédent.
Finances: diminution de valeur affectant un titre. Comptabilité:
minoration d'un actif apparaissant dans un inventaire. Fiscalité:
exonération, réduction, abattement d'un impôt.
Fig. Décote d'un parti, d'un homme politique: baisse de popularité,
perte de crédit. - Df, n° 498, mars 2008.
Décrépie, décrépite. Au sens
propre, «qui a perdu son crépi», ce participe-adjectif
fait au féminin décrépie: «Les façades
décrépies d'anciens hôtels particuliers y tombaient
en ruine» (E. Triolet).
Au figuré, il se rapporte à décrépitude
et prend un t aux deux genres. «Sauf une vieille
décrépite / Et un jeune juge en bois brut»
(G. Brassens). - Df, n° 439, avril 2003.
Défection, défectuosité. D'un quotidien
français (sinon «en français»): «La
défection du pot d'échappement met la puce à
l'oreille de l'acheteur. »
Espérons que ce charabia a mis la puce à l'oreille
du lecteur, qui aura sans doute rectifié de lui-même.
Il y a évidemment confusion entre défection
et défectuosité, consécutive a un bagage
lexical... défectueux.
Défection: action d'abandonner un parti, un camp auquel
on était lié. La défection d'un allié.
Faire défection. « Les alliances politiques sont
le champ de la défection et de l'ingratitude» (P.-J.
Proudhon).
Défectuosité: défaut, imperfection,
insuffisance, malfaçon. Défectuosité d'un produit,
d'un appareil. Fig.: imperfection, vice (vieilli). « Voilà
la source de cet amour et la cause de sa défectuosité
et de ses excès » (Pascal). - Df,
n° 474, mars 2006.
«Défuncter». D'un périodique romand:
«Maintenant personne n'est obligé d'y croire. D'autant
plus que l'immortel est aussi défuncté.»
Ce verbe est entré récemment au Petit Larousse: «Défunter,
v.i. Suisse. Etre sur le point de mourir: mourir de faim, de fatigue.»
Terme «bien de chez nous» qui n'est pourtant pas mentionné
dans le Dictionnaire suisse romand d'André Thibault et Pierre
Knecht. En Auvergne, on dit d'un appareil hors d'usage qu'il a défunté.
Souvent orthographié sans raison «défuncter».
En effet, la lettre c ne se justifie pas puisqu'elle ne figure
pas dans le mot original patois défunta (ou définta).
- Df, n° 489, juin 2007.
Démarche. Ce nom désigne a) une manière
de marcher, l'allure propre à une personne. Au sens figuré
b) acheminement intellectuel, manière de conduire
un raisonnement, une réflexion. Une démarche ingénieuse,
convaincante. c) action entreprise en vue de faire aboutir
un projet, une affaire. Multiplier les démarches en vue d'un
accord.
Trop souvent utilisé à la place d'attitude, position,
conduite, comportement, stratégie, conception, méthode,
etc. - Df, n°502, juillet 2008.
Démarrer. Ce verbe se rencontre de plus en plus à
la forme transitive, avec l'approbation de certains dictionnaires
usuels.
Le verbe démarrer est transitif en terme de marine
seulement. Il s'oppose à amarrer et signifie «
détacher ce qui était amarré; quitter son amarrage
».
« La jangada, démarrée, commença à
prendre lefil du courant » J. Verne).
Dans ses autres emplois, démarrer est intransitif.
Le Dictionnaire de l'Académie est formel: «On ne doit
pas dire: démarrer une voiture, mais la faire démarrer,
ni, au sens figuré, démarrer une émission de
radio, de télévision, mais la commencer ». -
Df, n° 498, mars 2008.
Démissionner. D'une
revue française: « On a démissionné tous
les membres de l'administration. »
Verbe intransitif, démissionner signifie « donner sa
démission, résigner ses fonctions; se démettre,
se retirer ».
La forme transitive « démissionner quelqu'un »,
accueillie d'emblée et sans réserve par le Petit Robert,
est considérée comme « familière »
par le Petit Larousse et comme « familière et ironique
» par le Dictionnaire de l'Académie française.
L'opposition des deux emplois est bien marquée dans cet exemple:
« Aussi, les anciens fonctionnaires donnèrent en
masse leur démission, les autres, on les démissionna
» (Jérôme et Jean Tharaud).
On dira, plus correctement: on l'a démis de son emploi, de
ses fonctions. - Df, n° 500, mai 2008.
Dépareiller / Déparer. L'article d'un quotidien
vaudois évoque le risque de «dépareiller la
beauté du site» par la construction controversée
d'un immeuble.
Il y a confusion évidente entre dépareiller
et déparer.
Dépareiller c'est rendre incomplet un ensemble, une
série de choses semblables par la suppression ou le remplacement
d'un ou de plusieurs éléments qui les composaient,
séparer ce qui était pareil, uni; déparier,
désassortir. Dépareiller une collection, un service
à liqueurs.
Déparer c'est altérer le bel aspect, l'harmonie
d'un ensemble, nuire à la beauté d'un site, l'enlaidir,
priver quelque chose de sa parure. Ces constructions déparent
le paysage. Df 492, septembre 2007.
Dérouter. Au sens propre dérouter signifie
«faire perdre le bon chemin, modifier l'itinéraire
prévu»: le lièvre a dérouté les
chasseurs; l'avion a dû être dérouté en
raison du brouillard. Pronominalement: le navire se dérouta
pour porter secours à l'équipage du voilier.
Au sens figuré: faire perdre le fil qu'on tenait, la trace
d'une affaire qu'on suivait; confondre, déconcerter, décontenancer,
embarrasser.
«Le réaménagement de deux carrefours déroute
les automobilistes.» Le tour amphibologique de ce titre, relevé
dans un quotidien régional français, avait bien de
quoi... dérouter le lecteur. - Df, n° 421,
octobre 2001.
Désespérance. C'est le mot à la mode,
dont raffolent les hommes politiques, au point qu'ils l'emploient
sans arrêt dans leurs discours: la désespérance
des banlieues, la désespérance paysanne.
Ce terme, bien français, n'est nullement fautif. Il est attesté
dès le milieu du XIIe siècle. Tombé quelque
peu en désuétude, il fut repris au début du
XIXe siècle. « Une pénétrante expression
de découragement et de désespérance »
(A. France).
La désespérance est l'état d'une personne
qui a perdu toute espérance, c'est-à-dire qui est
plongée dans le désespoir, le découragement,
l'accablement, la détresse, la désolation, etc.
- Df, n° 483, décembre 2006.
Déshérence. Le Dictionnaire de l'Académie
française n'accorde à ce mot qu'un sens juridique:
défaut d'héritiers naturels, par suite duquel une
succession revient à l'Etat; situation établie par
ce défaut. Propriété tombée en déshérence;
droit de déshérence.
Par extension, le terme en déshérence s'applique
aussi à un immeuble, un quartier laissé à l'abandon.
Un usage récent est de parier, abusivement, de «jeunes
en déshérence », terme vague pour évoquer
des jeunes en difficulté, abandonnés, livrés
à eux-mêmes, paumés, déboussolés,
défavorisés, déshérités, désavantagés,
désespérés, etc.
A défaut de savoir ce que ce terme recouvre exactement, mieux
vaut utiliser des vocables plus précis. - Df,
n° 474, mars 2006.
«Desk». Ce terme anglais signifiant «pupitre,
chaire; bureau» manquait encore au lexique des «franglophones».
Lacune opportunément comblée par le Petit Robert,
l'anglophage le plus vorace de nos dictionnaires usuels.
«Desk: Secrétariat de rédaction (d'une
agence de presse, d'un journal, d'une chaîne de télévision,
d'une station de radio). Un desk central.»
On pourrait encore ajouter: bureau de réception, d'accueil,
salle des dépêches, bureau à l'étranger,
etc.
Anglicisme d'autant plus inutile qu'il est, comme on le voit, d'une
extrême imprécision. Df 492, septembre
2007.
«Destroy». Le rédacteur d'un de nos quotidiens
romands parlait récemment d'un personnage au «look»
passablement «destroy».
Surprise: aucun dictionnaire n'a encore accueilli cet anglicisme
pourtant si prisé de ceux qui ont adopté le franglais
comme langue de communication usuelle.
Ce terme, comme la plupart des anglicismes en vogue, peut revêtir
une multitude de significations: destructeur, provocateur, géant,
délirant, ravageur, dérangeant, surprenant, ébouriffant,
défait, dépenaillé, débraillé,
etc.
Raison suffisante pour adopter le mot français approprié.
- Df, n° 468, septembre 2005.
Diaboliser. Ce verbe ancien (XVIe) signifiait «transformer
en diable». Tombé en désuétude, il trouve
aujourd'hui un regain de faveur avec l'acception nouvelle de «faire
passer pour diabolique, présenter sous un jour défavorable».
Adopté par certains dictionnaires usuels, il ne figure pas
dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie
française. Son emploi dans son sens récent n'a
cependant rien d'incorrect. - Df, n° 457, octobre
2004.
Dicastère. Ce mot est employé en Suisse romande
pour désigner une division administrative communale ou (plus
rarement) cantonale et fédérale: Dicastère
des travaux publics, des eaux et forêts, etc.
Ignoré de la plupart des dictionnaires, dicastère
(du grec dikastêrion: cour de justice) est signalé
par Littré (1872) et par le Dictionnaire de l' Académie
française (1992). Dans l'Antiquité grecque, il
désignait chacune des dix sections du tribunal populaire,
appelé tribunal des Héliastes. Dans la religion catholique,
c'est le nom donné aux grands organismes du gouverne- ment
de l'Eglise: congrégations, tribunaux et offices.
Dicastère ne devrait donc être utilisé
que dans ces cas précis de justice et de religion.
- Df, n° 427, avril 2002.
Dichotomie. Ce substantif est utilisé sans discernement
par les médias pour désigner tout ce qui se partage
ou s'oppose.
Dichotomie (prononcer «ko»), du grec dicha
«en deux parties» et tomê «section»,
s'applique, en astronomie, à la phase de la Lune pendant
laquelle une seule moitié de son disque est visible. En botanique:
mode de ramification par bifurcations successives. En logique: division
d'un concept en deux concepts contraires qui en recouvrent toute
l'extension. Méthode de division et de subdivi-sion binaires.
Pratique illégale consistant, pour un médecin, à
toucher une part des honoraires du chirurgien auquel il adresse
un malade. Dans les autres cas, on préférera utiliser:
partage, opposition, bifurcation, division, subdivision, séparation,
disjonction, scission... même si cela fait moins savant. -
Df, n° 424, janvier 2002.
«Digest». Résumé d'un livre ou
d'un article ou publication périodique renfermant de tels
résumés.
Ce mot, emprunté à l'anglais (to digest: résumer),
s'est répandu en France (1949) avec la diffusion massive
de Sélection du Readers Digest. Cette revue présentant
souvent des textes condensés et tronqués d'auteurs
connus, le terme digest a gardé, de ce fait, une valeur
péjorative.
Cet anglicisme, ignoré du Dictionnaire de l'Académie,
peut être remplacé par abrégé, résumé,
sommaire et (recommandation officielle) condensé.
- Df, n° 468, septembre 2005.
«Directories». Telle est l'appellation nouvelle
des annuaires téléphoniques suisses, qui sont, comme
nous l'affirme leur éditeur, «plus que des annuaires».
Les anglophones seraient-ils majoritaires en Suisse pour que leur
langue nous soit ainsi imposée?
Jusqu'alors, le répertoire des numéros de téléphone
s'intitulait «Annuaire téléphonique».
En France, «I'Annuaire» est une marque déposée
ainsi que son logo. Bottin (marque déposée) est, par
extension, généralement considéré comme
nom commun. Quoique non reconnu par l'Académie, il est cependant
préférable à l'indésirable directories.
- Df, n° 442, juillet 2003.
«Dispatcher». Apparu vers les années
cinquante, ce verbe (de to dispatch) s'est répandu
au point de supplanter les équivalents français: répartir,
aiguiller, distribuer (des marchandises, du courrier, des tâches),réguler
(assurer la régulation, le rythme, le fonc- tionnement correct
d'un mécanisme, d'un processus, d'un trafic, d'un service).
Le nom masculin dispatcher (variante: dispatcheur)
désigne la personne qui s'occupe de dispatching. En
français: régulateur, répartiteur,
distributeur responsable d'un poste de distribution, de commande.
- Df, n° 436, janvier 2003.
«Display». En anglais to display signifie
«déployer, montrer, faire voir, visualiser, afficher».
Le substantif display désigne a) une unité
d'affichage, un dispositif fournissant une représentation
visuelle des informations sur un écran; b) un carton,
une présentation marchande, un affichage.
Cet anglicisme, ignoré des dictionnaires, n'est d'aucune
utilité. - Df, n° 448, janvier 2004.
Distancer, distancier. Distancer c'est mettre une
certaine distance entre soi et les autres concurrents dans une épreuve
sportive ou dans un classement: athlète, élève
qui distance ses adversaires, ses camarades.
La forme pronominale se distancer de est attestée
dès le début du XVème siècle et signifie
«s'écarter de». Elle figure pourtant dans
le Dictionnaire des mots nouveaux de Pierre Gilbert (1971)
avec le sens de «garder ses distances, sa liberté
d'agir»: «Des signes montrent que Londres souhaite
se distancer des Etats-Unis» (Le Monde, 10.1.68).
On préférera toutefois la forme se distancier
de (correspondant à distanciation): se
démarquer de, prendre du recul ou ses distances vis-à-vis
de quelqu'un ou de quelque chose. Adjectivement: «Une attitude
respectueuse et distanciée» (R. Queneau). - Df,
n° 418, juillet 2001.
«Doggy-bag». Les restaurateurs se proposent
d'encourager le «doggy-bag». Littéralement «sac
pour le chien», ce terme désigne la pratique anglo-saxonne
d'emporter les restes ou la bouteille entamée d'un repas
pris au restaurant.
Cet anglicisme est-il intraduisible? Il serait temps de lui trouver
un équivalent français avant que les dictionnaires
«attrape-tout» ne s'empressent de l'adopter.
L'expression «sac à restes» semble convenir assez
bien de même que les néologismes suggérés
par Alfred Gilder dans son «Dictionnaire franglais-français»:
sac-repas et emporte-miettes.
- Df, n° 451, avril 2004.
Doigt(s). Doit-on dire: savoir, connaître quelque
chose sur le bout du doigt ou sur le bout des doigts? Littré
ne mentionne que la première forme: «Je sais mon
Don Juan sur le bout du doigt» (Molière).
La plupart des dictionnaires récents admettent aussi le pluriel.
Peut-être sous l'influence d'une correspondance avec l'expression
«jusqu'au bout des ongles».
Posséder, maîtriser son sujet sur le bout du (des)
doigt(s): le savoir très bien, le connaître à
fond. Avoir de l'esprit, de l'humour jusqu'au bout des ongles: en
avoir beaucoup, en être pétri. Df, 471,
décembre 2005.
Dorer la pilule. «Visage pâle persiste à
se dorer la pilule» titre un heddomadaire romand. Cette expression
- qui n'admet pas la forme pronorninale - ne saurait être
prise dans le sens de «se dorer la peau, l'épiderme»,
ni même «bronzer idiot».
Dorer la pilule à quelqu'un, c'est employer des paroles flatteuses
pour l'inciter à faire quelque chose qui lui déplaît:
donner un tour plaisant, rassurant, à ses propos pour faire
consentir autrui à une chose déplaisante; faire |