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DÉFENSE DU FRANÇAIS

A à D / E à H / I J K L / M à R / S à Z

S

Saga. Ce terme littéraire désigne un récit historique ou mythologique de la littérature médiévale scandinave. Par extension: histoire romanesque d'une famille racontée sur plusieurs générations, présentant un aspect légendaire: la saga des Rougon-Macquart.
L'extension de sens devrait s'arrêter là. Mais sous l'impulsion des émissions télévisuelles et de la publicité, saga a fini par désigner n'importe quoi. Par exemple la promotion d'articles et de produits, comme le propose un prospectus publicitaire où l'ignorance le dispute au ridicule: « La saga du prêt-à-porter ».
Pour toute oeuvre romanesque empruntant la forme et le style d'une saga, on peut aussi employer: histoire, récit, légende, chronique, mythe, cycle, fresque. - Df, n° 470, novembre 2005.

«Sale». Jusqu'alors les mots «Sonderverkauf», «soldi» et «soldes» suffisaient à faire comprendre à la clientèle alémanique, tessinoise et romande qu'il s'agissait d'une mise en vente au rabais. Aujourd'hui - sans doute par souci de clarté - il n'est presque plus de commerce qui n'affiche «sale» à sa devanture. Sage précaution, au cas où nos commerçants auraient à faire face à un déferlement subit de clients américains ou australiens.
Une «sale» manie de plus à attribuer à nos mercantis «anglo-ricains». - Df, n° 456, septembre 2004.

«Sapeuses-pompières». La féminisation des noms de métiers, souhaitable en certains cas, doit être menée avec mesure, au risque de tomber dans le ridicule ou... le pompier.
C'est ainsi que la Ville de Genève cherche à recruter des «sapeuses-pompières» (Le Temps, 22 mars 2002).
Aucun dictionnaire actuel, même parmi ceux qui sont le plus accueillants aux néologismes et aux modes langagières, n'a encore attribué de terminaison féminine aux mots sapeur et pompier C'est que la langue française est soumise à des règles qu'on se doit de respecter et dont la transgression ne saurait être considérée comme un trait de... génie. - Df, n° 429, juin 2002.

Satyre, satire. Le «Courrier des lecteurs» d'un quotidien lausannois parlait récemment d'un journal «satyrique» français. S'agirait-il- révérence parler - de l'organe d'une secte libertine? Fort heureusement, il n'y a là qu'une confusion bien propre à exciter la... satire.
Satyre (n. masc.): être mythologique à cornes et pieds de bouc. «Les satyres sortaient des forêts pour danser autour de lui» (Fénelon). Par extension: homme lubrique, obscène: «Un vieux satyre, usé de débauche» (J.-J. Rousseau).
Satire (n. fém.): écrit qui tourne en dérision quelque chose ou quelqu'un, critique moqueuse: «J'ai pris à tâche de vous peindre les moeurs de mes compatriotes, non d'en faire l'inutile satire» (G. Duhamel). - Df, n° 438, mars 2003.

«Scoop». Ce terme est apparu au cours des années soixante: «[ ... 1 j'ai failli manquer le scoop de l'année» (Le Monde 24.3.66). Qualifié de «pédant, pompeux et emphatique» par Alfred Gilder dans son dictionnaire franglais-français, il a la faveur des journalistes gourmands d'anglicismes. De to scoop: «s'emparer de, ramasser, décrocher, publier en exclusivité», ce mot désigne une nouvelle importante, exclusive, sensationnelle, la révélation d'un événement qu'on cherche à valoriser dans un but commercial.
Synonymes: exclusivité (recommandation officielle), primeur, information prioritaire, nouvelle sensationnelle, exclusive ou inédite, coup médiatique, etc. - Df, n° 441, juin 2003.

« Screenisé ». « Notre vie est une mise à l'écran; nous sommes screenisés à tout instant. » Cet anglicisme est extrait d'une publication se réclamant de la sauvegarde de la langue française. A qui se fier?
De l'anglais screen « écran », ce néologisme désigne tout simplement une mise à l'écran de tous et de chacun; le fait que les mêmes images sont imposées partout et à tout le monde.
Le Robert historique de la langue française mentionne les dérivés écranique et écranesque. Alors, pourquoi pas écranisé ? - Df, n° 499, avril 2008.

Sécréter. «Certaines coquilles typographiques semblent secréter une sorte de glu qui colle à la peau» remarque avec une pertinence on ne peut plus opportune un périodique français dans sa rubrique... «Le bon français».
Ce ne devrait être un secret pour personne: sécréter, sécrétion, sécréteur s'orthographient avec un accent aigu sur le premier e, alors qu'il n'en faut pas pour secret, secrètement.
Il existe bien un verbe secréter qui, en pelleterie, signifie procéder au secrétage, c'est-à-dire au traitement des peaux avec une solution de nitrate de mercure appelée le secret. - Df, n° 459, décembre 2004.

Sécuriser (1). La vogue de ce verbe s'explique-t-elle par le climat d'insécurité régnant actuellement dans la société?
Il peut avoir deux sens: a) donner un sentiment de sécurité à quelqu'un, enlever la crainte, l'anxiété, mettre en confiance: sécuriser un enfant, l'opinion,...- b) accroître la sécurité, rendre plus sûr: sécuriser les transports en commun.
On peut regretter que sécuriser - à l'origine (1968) terme de psychologie - ait tendance à éclipser les verbes tranquilliser, apaiser, rassurer, rasséréner. - Df, n° 426, mars 2002.
- Sécuriser (2). En psychologie et couramment (1968) sécuriser signifie, dans le sens purement affectif du terme, « donner un sentiment de sécurité, de confiance en soi à quelqu'un; enlever sa crainte, son anxiété; apaiser, rassurer». Sécuriser un enfant peureux.
Ce verbe est devenu, de nos jours, le synonyme de surveiller, de protéger, de pacifier, comme dans l'expression militaire « zone sécurisée ». Fiabiliser: sécuriser l'accès à un réseau télématique. Rendre plus sûr: sécuriser un quartier.
Un tel glissement sémantique peut être source de méprises. - Df, n° 482, novembre 2006.

Sellette. Petit siège sans dossier. Siège de bois fort bas qui était disposé dans le prétoire des tribunaux et sur lequel on faisait asseoir l'accusé pour lui faire subir un interrogatoire.
Mettre sur la sellette: interroger quelqu'un, le presser de questions. Fig.: faire subir une sorte d'interrogatoire comme à un accusé. « Et mis sur la sellette aux pieds de la Critique / Je vois bien tout de bon qu'il faut que je m'explique» (Boileau).
Etre sur la sellette: être accusé, mis en cause; être soumis à des questions, à un examen pour un candidat. Par ext.: être la personne dont on examine et juge les torts et les mérites.
Cette expression ne peut évidemment s'appliquer qu'à des personnes. On ne dira donc pas, comme dans ce titre d'un quotidien lausannois: «L'indemnisation des chômeurs à nouveau sur la sellette ». - Df, n° 473, février 2006.

Sherpa. A l'origine, nom d'un peuple montagnard du Népal, habitant la haute vallée du Khumbu. En ce sens, prend une majuscule.
Comme nom commun, sherpa désigne a) un guide ou porteur des expéditions d'alpinisme dans l'Himalaya; b) par ext. et fam.: personne qui participe à la préparation d'un sommet politique ou qui y représente un chef d'Etat; c) employé d'une entreprise chargé de guider le visiteur. Guide, pilote, cicérone. - Df, n° 488, mai 2007.

«Shunté». « Une partie des gains des travailleurs est shuntée pour financer la révolte... » Condamné par André Thérive en 1962 déjà, cet anglicisme sévit encore dans notre presse.
Un shunt (angl. to shunt « dériver ») désigne a) en électricité: une résistance placée en dérivation entre les bornes d'une portion de circuit afin de réduire le courant. Syn: court- circuit, dérivation, couplage; b) en médecine: communication pathologique entre deux cavités cardiaques ou deux vaisseaux dont l'un contient du sang veineux et l'autre du sang artériel; c) conduit, conduit collecteur de fumée; d) audiovisuel: fondu.
Limité au jargon professionnel, ce terme n'a pas à se substituer, en d'autres domaines, à: détourner, dévier, prélever, court-circuiter, distraire, soustraire, etc. Df, 470, novembre 2005.

Acronymes, abréviations, sigles. Il convient de faire une distinction entre ces mots, qui ne sont pas absolument synonymes.
Le mot sigle désigne une initiale servant d'abréviation ou un groupe de lettres initiales constituant l'abréviation de mots fréquemment utilisés: M., CFF, CICR.
L'abréviation est la réduction d'un mot, d'une suite de mots à certains de leurs éléments (art., chap., op. cit.) ou la réduction d'une expression à l'initiale des mots qui la composent (n.d.l.r, s. à r.l.).
Parce qu'il fait « savant » le mot acronyme est utilisé abondamment (et abusivement) pour désigner n'importe quelle abréviation. On ne peut parler d'acronyme que lorsque le sigle peut se lire syllabiquement, comme un mot: Unicef, sida, cedex.
C.Q.F.D. - Df, n° 495, déc. 2007.

«Single». Cet anglicisme (de single room) issu du latin singulus «singulier», est adopté par tous les dictionnaires usuels au sens de «compartiment individuel de wagon-lit» (1950) et comme terme de tourisme (1964, adj. et n. m.) appliqué à une chambre occupée par une seule personne. «Me voilà dans mon single, heureux, étonné» (E. Henriot). Recomm. offic.: individuel; chambre ou cabine individuelle, particulière; compartiment individuel.
Single désigne aussi un disque de variétés ne comportant qu'un seul morceau par face ou un disque compact ne comportant qu'une chanson: disque simple. Df, 478, juillet 2006.

«Sitcom». Ce néologisme anglo-américain est l'abréviation de situation comedy « comédie de situation ». Il désigne une série homogène et uniforme d'émissions télévisées de comédies de moeurs, en plusieurs épisodes autonomes et comportant des personnages récurrents.
Equivalents français: comédie de situation, comédie de moeurs à l'américaine, télécomédie, série télévisée. - Df, n° 494, novembre 2007.

«Slow up». Une association romande invite le public à une joumée de découverte curieusement appelée slow up... sans préciser si les inscriptions en langue française sont admises.
En anglais to slow up signifie « ralentir » (le mouvement, le pas, l'allure). Les participants, qu'on peut supposer francophones, comprendront que ce terme désigne une marche, une marche populaire, une promenade, une balade à allure modérée. Peut-être comprendront-ils aussi que les organisateurs de cette manifestation ne pouvaient faire autrement que de céder à la mode langagière de l'anglo-américain, langue toute parée du prestige de la modernité. Df, 485, février 2007.

«Sniper». Cet anglicisme, ignoré même des plus récents dictionnaires usuels, est l'exemple type de mot inutile et ambigu, puisqu'il est utilisé, selon les cas, comme synonyme de «tireur isolé, tireur embusqué, tireur d'élite, franc-tireur».
Le Dictionnaire des termes officiels de la langue française recommande: tireur isolé. - Df, n° 467, août 2005.

«Sold out». Une manifestation est annoncée sold out par un journal... de langue française. Dire qu'un spectacle fait salle comble, qu'il se joue à guichets fermés, qu'il affiche complet et que, par conséquent, il n'y a plus de places disponibles serait évidemment incompréhensible pour les lecteurs francophones. - Df, n° 459, décembre 2004.

Solution de continuité. Cette locution est souvent employée à contresens. Elle ne désigne pas la volonté de continuer, de poursuivre une action, une opération quelconque déjà entreprise, mais au contraire une rupture, une coupure, une interruption entre les parties d'un tout, auparavant liées, continues. « De grandes maladies font parfois solution de continuité dans la mémoire » (J.-J. Rousseau).
Dans cette expression, solution est pris dans son acception étymologique: solvere «délier, séparer». - Df, n° 494, novembre 2007.

« Sorry ». La Suisse romande n'est pas seule à être contaminée par le « sabir atlantique » dénoncé par Etiemble.
Un abonné de Suisse alémanique s'insurge contre le fait qu'en ville de Zurich on n'emploie quasiment plus Entschildigung (en Züritütsch) comme formule d'excuse, mais... sorry.
Ce qui, aux yeux des inconditionnels de l'américanisme, paraît sans doute du dernier chic et semble être la marque même de la distinction.
Sorry ?... Inexcusable. - Df, n° 461, février 2005.

Soufflet, soufflé. Un quotidien romand nous livre cette information à vous couper le souffle: «Après la défaite des Suissesses, le soufflet est retombé dans le camp helvétiques». Il est probable que la défaite ait été ressentie par les joueuses comme un humiliant soufflet, mais cette circonstance fâcheuse n'autorise pas à faire la confusion entre soufflet (gifle) et soufflé (mets au fromage). Uexpression «retomber comme un soufflé» s'emploie par métaphore pour parler de quelque chose étant ramené à de moindres proportions après avoir été trop gonflé, surévalué, surestimé... comme les espoirs de victoire. - Df, n° 423, décembre 2001.

Souffrir. D'un courrier des lecteurs: «La laïcité est un principe qui ne souffre d'aucune discussion.»
C'est surtout la langue française qui souffre d'une telle erreur.
Le verbe souffrir est intransitif quand il exprime l'origine, la cause: souffrir de rhumatismes, du froid, d'une séparation, de la solitude.
Il est transitif lorsqu'il signifie supporter, admettre, tolérer, éprouver: souffrir le martyre, ne pas souffrir quelqu'un; affaire qui ne peut souffrir aucun retard; ordre qui ne souffre aucune discussion.
- Df, n° 447, décembre 2003.

«Spam». Un journal d'entreprise nous apprend que «plus de la moitié des e-mails (lire: message électronique) échangés dans le monde sont des «spams».
Cet anglicisme est l'acronyme de «spices pork and meat» et désignait à l'origine une marque de «corned beef». Son emploi pour désigner les courriels indésirables est dû aux Monty Python qui, dans une chanson, le répète interminablement. Ce terme, aussi indigeste que le «corned beef», a été adopté par les informaticiens pour désigner l'envoi massif de messages publicitaires par ordinateur.
Sur le site des anglicismes de la Chancellerie fédérale spam est remplacé par «courrier de masse non sollicitée et spamming par «arrosage, publipostage électronique abusif». - Df, n° 459, décembre 2004.

Spécifique. On remarque une nette tendance à abuser de cet adjectif signifiant «qui est exclusivement propre à une espèce, à une chose»: qualité spécifique d'un produit. «Quand on dit que, parmi les animaux, l'homme seul est raisonnable, l'homme est là individu spécifique» (C. Dumarsais).
En maintes occasions spécifique peut être correctement remplacé par: spécial, particulier, caractéristique, précis, déterminé, singulier, distinct, etc. - Df, n° 453, juin 2004.

«Speedé». En anglais, le verbe to speed signifie « se dépêcher, se presser, se hâter, s'activer».
En argot anglo-américain speed est synonyme de drogue: « Il vous suffit de regarder Nancy pour deviner combien de speed elle a avalé toute sa vie. C'est une «pub» vivante pour les amphétan-ùnes.»
Speedé désigne donc celui qui est sous l'effet d'une drogue, un drogué.
Par extension: agité, énervé, exalté, fiévreux, hyperactif, surexcité, survolté. - Df, n° 479, août 2006.

«Sprayage» Une feuille publicitaire propose un nettoyant spécial pour les «sprayages». Le terme anglais spray désigne (entre autres acceptions) des embruns et aussi une aspersion, un jet de liquide projeté en fines goutelettes par pulvérisation. C'est également l'appareil qui le produit.
Parlant du procédé lui-même, on peut employer: pulvérisation, nébulation, aspersion, aérosol. Pour désigner l'appareil: bombe, aspergeur, nébuliseur, atomiseur, vaporisateur, pulvérisateur.
Le néologisme franglais «sprayage» est inutile puisqu'il peut être remplacé par: barbouillage, bombage, salissure, souillure, graffiti, peinturlurage (admis par le Nouveau Larousse universel.- Df, n° 417, juin 2001.

«Staff ». «Le président, entouré de son staff, donna lecture du palmarès» lit-on dans un journal d'entreprise.
Staff est emprunté à un mot anglais qui a d'abord eu le sens de bâton (de commandement). Il désigne aujourd'hui un groupe de personnes assurant une fonction déterminée dans un service et spécialement une équipe de direction, un comité. Il peut aussi désigner le personnel, les employés d'une entreprise ainsi que l'état-major militaire: staff officer «officier d'état-major». Medical staff: corps médical; teaching staff: corps enseignant. Staff meeting: réunion de service dans un hôpital et, par ext., réunion de travail.
Les termes français correspondants ne sont-ils pas suffisamment explicites? - Df, n° 456, septembre 2004.

«Stand-by». Un investisseur pressenti pour sortir un club de football d'une situation financière délicate est, selon la presse, en «stand-by».
Ce terme imprécis peut désigner, entre autres, la phase durant laquelle sont prises des dispositions préparatoires à une action, à une décision.
On peut sans inconvénient remplacer cet anglicisme par: en attente, en réserve, en instance, en délibéré, en souffrance, en suspens, etc. - Df, n° 452, mai 2004.

«Standing ovation». Cette expression, qui jouit d'une grande faveur auprès des médias, désigne des acclamations publiques rendues à une personnalité, un orateur, une équipe sportive.
Ce terme barbare, qui n'est reconnu par aucun dictionnaire, peut être remplacé par «acclamation debout» ou «ovation debout» (Québec), et même par «ban debout» s'il s'agit d'applaudissements rythmés. Df, 435, décembre 2002.

«Starting-blocks». «Les acheteurs sont dans les starting-blocks pour s'équiper à meilleur prix pendant les soldes.» Ce genre d'expression foisonne dans les médias.
Cet anglicisme désigne un appareil formé de deux cales réglables servant d'appui aux pieds d'un coureur de vitesse. En français: bloc de départ (recomm. offic.), cale de départ, cale- pieds, marques (dans l'expression « A vos marques! »).
Etre dans les starting-blocks ne dit rien de plus que «être prêt à, prêt pour, se tenir prêt, disposé à, décidé à, résolu à, sur le point de... ». Df, 479, août 2006.

«Start-up ». Cet anglicisme (to start up: «se lever précipitamment; naître, surgir, démarrer») désigne, dans le jargon des initiés anglomaniaques, une jeune entreprise dynamique et innovante dans le domaine de l'informatique, de la communication et, en général, des nouvelles technologies. Des start-up (inv.).
Recommandation officielle: jeune pousse. Df, 473, février 2006.

«Stock-option». Anglicisme très répandu dans les milieux d'affaires pour désigner un système d'option sur achat d'actions au sein d'une entreprise. Une stock-option c'est le droit d'acheter - à un prix et à une date fixés d'avance - des actions d'une société.
Exprimée en français, cette opération se dit: option d'achat, option de titres. Df, 432, septembre 2002.

«Stop-over». En anglais: to stop over « faire escale ». Ce terme d'aviation désigne l'arrêt volontairement prolongé d'un voyageur à un point quelconque du parcours. Au cas où l'usage du français ne poserait pas trop de problème de prononciation à un public francophone, on peut suggérer: halte, escale aérienne, arrêt volontaire ou libre, escale prolongée. Df, 485, février 2007.

«Streamer». Mot anglais signifiant «bannière, drapeau, banderoles». Entre autres acceptions désigne a) un dévideur ou dérouleur de bande magnétique voué par construction à la création de sauvegardes des informations contenues dans un disque; autrement dit, un dévideur; b) un appareil périphérique d'ordinateur servant à réaliser des sauvegardes sur bandes magnétiques; autrement dit, un périphérique; c) dans la presse, titre en gros caractère en tête de la première page d'un journal; autrement dit, une manchette. Df, 444, septembre 2003.

«Stress» . On doit ce terme au physiologiste canadien Hans Selye (1936). Utilisé d'abord en biologie et en psychologie, il désigne l'action d'un agent agresseur et les réactions de défense de l'organisme envers cet agent. Stress s'emploie ensuite, par extension, en parlant de l'action brutale sur un organisme de tout agent capable de produire une tension: choc infectieux, chirurgical, surmenage.
L'adoption de cet anglicisme bienvenu permet de compenser les lacunes du vocabulaire français: agression, pression, tension, contrainte, surmenage, anxiété, tourment, malaise, traumatisme, angoisse, excitation, émotion, choc émotionnel, perturbation, dépression, fatigue, mal-être, etc. - Df, n° 453, juin 2004.

«String». En anglais, string signifie «ficelle, cordon, cordonnets». Ce mot (attesté dès 1977) désigne un slip très petit, assemblé par des liens, laissant les fesses nues. Cache-sexe, minislip.
L'adoption d'un terme anglais pour une mode vestimentaire (?) venue du Brésil est non seulement absurde mais... sans fondement. - Df, n° 467, août 2005.

Stupéfait, stupéfié. Il n'existe pas de verbe stupéfaire, sauf pour l'accueillant Petit Robert qui, se réclamant d'erreurs commises par quelques auteurs célèbres, s'estime en droit de l'adopter comme synonyme de stupéfier... et par conséquent inutile.
L'adjectif stupéfait ne doit pas être utilisé à la façon d'un participe passé, de même que stupéfié (part. passé) n'a pas à être employé comme adjectif. On dira donc: «Sa conduite m'a stupéfié. Il en est resté stupéfait»
En dépit de nombreuses entorses à la règle, stupéfait ne devrait se construire qu'avec de et non avec par: «Oui, je suis stupéfait de ce dernier prodige» (Molière). - Df, n° 444, septembre 2003.

«Success story». «C'était le début d'une remarquable success story» nous révèle un rédacteur friand de charabia américanomorphe.
Cet anglicisme désigne tout simplement un succès, une réussite, le récit d'un succès, l'histoire d'une réussite, un parcours réussi. On constate à quel point il s'avérait nécessaire. - Df, n° 488, mai 2007.

Succinct. Emprunté au latin classique succinctus «retroussé» (d'un vêtement), court-vêtu, succinct qualifie ce qui est exprimé en peu de mots, bref, concis, par opposition à prolixe: un exposé succinct. Par extension, se dit aussi des personnes: «Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé» (La Fontaine).
On rencontre assez souvent succinct orthographié par erreur «succint». Les lettres finales ct (comme pour distinct) ne se prononcent pas. - Df, n° 464, mai 2005.

Syndrome (1). Selon une publicité parue dans la presse romande le syndrome «cheveux au vent» serait le nec plus ultra du modernisme.
Syndrome désigne l'association de plusieurs symptômes caractéristiques d'une affection ou d'un groupe d'affections constituant une entité clinique définissable.
Ce terme de médecine n'a pas à être employé (pour faire «savant»?) par les publicitaires au sens de mode, style, ton, tendance, allure, tournure, etc.
A noter: l'accent circonflexe de symptôme est absent dans syndrome. - Df, n° 450, mars 2004.
- Syndrome (2). Terme de médecine (du grec sundromê «concours, réunion» syndrome désigne l'association de plusieurs signes, symptômes, troubles constituant une entité clinique définissable mais dont les causes sont inconnues ou diverses.
Au sens figuré: ensemble de comportements particuliers à un groupe humain révélateurs de signes d'une situation jugée critique ou traumatisante.
Le mot a fait fortune, au point qu'on le rencontre sous des formes aberrantes. Tout peut devenir «syndrome quelque chose». Ainsi la moindre trace de radioactivité détectée quelque part permet aussitôt d'évoquer un «syndrome Tchernobyl». Inquiétant «syndrome» d'inflation du langage.
A noter que syndrome s'écrit sans accent circonflexe sur le o, contrairement à symptôme. - Df, n° 491, août 2007.

T

Tabou. Ce mot, emprunté au polynésien et introduit vers la fin du XIXe siècle, qualifie ce qui est interdit, sacré. Comme nom, il désigne ce que les profanes ne peuvent toucher sans commettre un sacrilège.
Jules Verne mentionne le substantif tabou et le participe passé adjectivé taboué: «Le tabou [...] a pour effet immédiat d'interdire toute relation ou tout usage avec l'objet ou la personne taboués.»
L'adjectif, longtemps invariable, - «L'appellation est tabou» (R. Georgin) - s'accorde aujourd'hui en genre et en nombre: «Les choses de la chair étaient taboues pour moi» (S. de Beauvoir). - Df, n° 441, juin 2003.

Tâcher de, à... On emploie tâcher de quand l'infinitif qui suit exprime une action présentée comme difficile: «J'ai décidé de le faire revenir sur sa décision.»
Tâcher à n'est plus guère usité que dans la langue classique dans un sens plus fort quand il s'agit d'exprimer une idée d'effort soutenu ou pénible: «Ils font cas des désirs de leur clientèle et tâchent à la contenter.» (G. Duhamel).
La forme transitive directe tâcher que signifie «faire en sorte que» et se construit avec le subjonctif: «Tâchez qu'on ne vous voie pas» (A. France).
La confusion est encore fréquente entre les semi-homonymes tâcher (accomplir une tâche), qui s'écrit avec accent circonflexe, et tacher (faire une tache), sans accent. - Df, n° 429, juin 2002.

Taliban(s). Comment orthographier ce mot arabe? Taliban étant le pluriel de talib, certains journaux (Le Canard enchaîné, Le Figaro, Libération, L'Humanité) lui conservent sa graphie arabe: un talib, des taliban. D'autres (Le Temps, 24 Heures, Le Monde, La Croix) ont opté pour la francisation: un taliban, des talibans. Les dictionnaires - prudents - admettent les deux formes. Il est donc loisible d'user de l'une ou de l'autre, à condition de s'en tenir toujours à la méthode choisie.
Le terme taliban désignant des étudiants en théologie et non une ethnie, il n'y a par conséquent aucune raison d'écrire ce mot avec une majuscule. Df, 423, décembre 2001.

«Talk-show». Mot anglo-américain (de to talk «parler» et show «spectacle») désignant une émission de télévision consistant en une conversation entre un animateur et ses invités.
Les dictionnaires usuels ont d'emblée adopté ce terme, sans même proposer un équivalent français.
Proposons donc: entretien, causerie, débat télévisé; plateau-débat, face-à-face, table ronde; causerie-débat (Sénégal); débat-spectacle (Acad.), émission-débat (Québec et Acad.).
C'est dire si cet anglicisme s'avère indispensable. Df, 464, mai 2005.

Tant qu'à faire. Cette locution controversée signifie « au point où l'on en est; puisqu'il faut le faire; si l'on va jusqu'à; après tout». Elle est généralement considérée comme populaire et négligée. «Il est incorrect d'employer tant qu'à faire, il faut dire à tant faire, à tant faire que de » (Larousse du XXe s.).
«A tant faire que de le rencontrer, j'aime mieux qu'il me voie autrement » (Colette).
Cependant l'expression correcte à tant faire que de, lourde et peu élégante, est de plus en plus abandonnée pour la forme tant qu'à faire qui, bien que déconseillée, peut être considérée aujourd'hui comme admise par l'usage, en tout cas dans l'emploi oral.
Alors, tant qu'à faire, mieux vaut l'adopter. Df, 485, février 2007.

Tarot(s). Pluriel ou singulier? Littré mentionne le mot comme masculin pluriel, en parlant des cartes à jouer, et admet le singulier quand il s'agit du jeu lui-même: jouer aux tarots ou au tarot.
La plupart des dictionnaires observent une distinction entre les cartes et le jeu: «On dit un tarot pour le jeu tout entier ou des tarots en parlant des cartes elles-mêmes» (Nouveau Larousse universel, 1949).
Surtout employé au pluriel, tarots désigne des cartes plus longues que des cartes à jouer, portant des figures différentes et servant à la divination (cartomancie). Tarot désigne aussi l'usage de ces cartes, leur symbolique: un jeu de tarots (ou, par ellipse, un tarot); le tarot de Marseille. - Df, n°426, mars 2002.

«Teasing». En anglais to teasing signifie «taquiner, allumer sexuellement». L'entreprise qui se propose de lancer une prochaine campagne de teasing publicitaire n'est pourtant pas un «sex-shop» comme on serait tenté de le croire. Il ne s'agit que de promouvoir une campagne commerciale visant à exciter la curiosité du chaland éventuel, à l'intriguer par un élément incitatif. Le Dictionnaire des termes officiels de la langue française propose: aguichage. Variantes: racolage, incitation, motivation, stimulation. - Df, n° 488, mai 2007.

«Tendance», «trendy». Le substantif tendance signifiant (entre autres acceptions) orientation, courant, mouvance intellectuelle ou artistique aurait... tendance à se transformer en attribut. Une gamme de coloris très «tendance», c'est-à-dire au goût du jour, à la mode, dans la note.
Comme le note malicieusement un confrère, «des mots deviennent incontournables si l'on veut être «trendy». - Df, n° 447, décembre 2003.

Tenu (être ... de, à). Etre tenu, expression signifiant «être obligé de», peut être employée avec les prépositions de et à mais pas indistinctement.
Etre tenu se construit avec à si le complément est un nom: «Je ne suis tenu à aucune honnêteté vis-à-vis des autres» (J. Giono).
Devant un infinitif on emploie le plus souvent la préposition de: «Au coucher du soleil, nouvel office religieux auquel chacun était tenu d'assister même les malades» (B. Cendrars).
En droit, dans le sens d'«être responsable de», on utilise également de: «Les associés sont tenus des dettes sociales à concurrence de leur apport.» - Df, n° 467, août 2005.

Terminer « avec ». Le verbe terminer s'emploie surtout avec un simple complément d'objet direct: terminer un ouvrage, un discours, la soirée. Mais on ne dira pas, comme nos médias: « Nous terminons ce bulletin avec des nouvelles de Suisse. » Terminer se construit avec par devant un nom; terminer une phrase par un point.
L'emploi de la préposition avec est correct dans l'expression en avoir terminé avec quelque chose ou quelqu'un: en avoir enfin fini. - Df, n° 494, novembre 2007.

Tester. Tester a deux acceptions: 1. (intr.) léguer ses biens par testament, faire son testament; 2. (tr.) soumettre à un test. Tester un candidat.
Mais il est des verbes qui, naguère réservés à des usages précis, deviennent, (selon l'expression de P. Daninos) des «bonnes à tout faire». Tel est le cas de tester, qui remplace abusivement: contrôler, essayer, éprouver, expérimenter, vérifier, détecter, explorer, goûter, évaluer, sonder, jauger, examiner, soumettre à des essais, mettre au point, mettre à l'épreuve, etc.
Pourquoi donc encombrer les dictionnaires de tous ces verbes, alors qu'un seul suffit? - Df, n° 447, décembre 2003.

Théâtraliser. Ce verbe, attesté dès 1927, signifie «prendre ou donner un caractère de théâtralité à une attitude, donner un caractère conforme aux exigences de l'oeuvre théâtrale, rendre théâtral ou spectaculaire par une recherche d'effets». «A trop vouloir «théâtraliser», la danse ne fait plus le poids ... » (Le Monde, 18.11.66.)
L'emploi de ce verbe devrait être limité à ces définitions et ne pas être étendu abusivement à d'autres domaines... à la manière d'un magazine d'outre-Jura parlant de l'importance de «théâtraliser» les rayons d'une grande surface commerciale. - Df, n° 444, septembre 2003.

«Thématiser». «La forte présence d'autres communautés linguistiques en Suisse n'a jusqu'à maintenant pas été thématisée » lit-on dans un quotidien genevois.
Bien que mentionné dans le récent Bescherelle, le verbe thématiser ne se trouve dans aucun dictionnaire de langue française. Il vient de l'allemand thematisieren et signifie «proposer un sujet de discussion, soulever un problème, développer une proposition, susciter une idée, une réflexion».
Sa nouveauté lui confère un tel prestige auprès de certains esthètes qu'ils l'utilisent à tout propos et lui font subir, souvent, une fâcheuse dérive sémantique.
A ce néologisme d'allure savante, on peut préférer: analyser, approfondir, débattre, délibérer, développer, discuter, étudier, examiner, explorer, traiter, etc. - Df, n° 470, novembre 2005.

«Think tank». «Celui qui s'intéresse aux mécanismes de prise de décision dans les sociétés modernes doit s'intéresser au phénomène des think tanks» nous recommande l'auteur d'un ouvrage récent. Eh bien, soit, intéressons-nous à ce nouvel américanisme.
De to think «penser, croire, juger, estimer» et de tank «citerne, réservoir», cette expression fait actuellement fureur dans les groupes de pression politico-économiques et, par mimétisme, dans les milieux médiatiques.
Littéralement «réservoir de pensée» ce terme peut se traduire également par: boîte à idées, structure, institut ou laboratoire d'idées, de pensée, de réflexion, étude de prospective, groupe de prospection ou de réflexion, etc. - Df, n° 438, mars 2003.

«Thriller». Du verbe anglais to thrill «faire frissonner», ce terme s'est répandu vers 1950 sous l'influence de la critique cinématographique. Il désigne un roman, un polar, un film à suspense, à sensations fortes, suscitant l'angoisse, l'épouvante chez le lecteur ou le spectateur, provoquant des sueurs froides, le grand frisson, la chair de poule, etc.
Les équivalents français ont cet avantage appréciable, pour le lecteur ou le locuteur francophone, d'être plus aisément compréhensibles et prononçables que le terme anglo-américain. - Df, n° 491, août 2007.

«Time-out». Encore un anglicisme (litt. « hors temps ») à usages multiples.
En informatique: délai pendant lequel un événement attendu doit se produire ou délai à la fin duquel il est admis que l'événement attendu ne s'est pas produit; dépassement du temps imparti, délai d'attente, temporisation.
En sport: suspension, interruption de la partie; pause, arrêt de jeu, temps mort. Désigne aussi une interruption, une suspension du temps de travail, un débrayage.
Tout cela n'est-il pas parfaitement exprimable et compréhensible en français? - Df, n° 470, novembre 2005.

Toiletter. Toiletter, c'est faire la toilette d'un animal de compagnie. Au figuré: modifier, retoucher légèrement quelque chose... et rien de plus. Toiletter un texte de loi.
Un fâcheux glissement de sens fait de ce verbe un synonyme de « dépoussiérer, revisiter, «relooker » une oeuvre artistique.
Forme moderne de vandalisme à prétention culturelle, dernier avatar du snobisme, certains esthètes s'avisent en effet de revisiter, « relooker »... toiletter des chefs-d'oeuvre classiques afin de les mettre au « goût » du jour. - Df, n° 499, avril 2008.

«Top niveau». Le mot anglais top (haut, sommet, cime, faîte) est censé donner un sens superlatif à l'élément auquel il est associé: top secret, top niveau, etc.
Certains chroniqueurs sportifs, fervents adeptes de l'«anglo-ricain», raffolent de l'expression top niveau pour faire entendre (mieux qu'en français, sans doute) qu'un athlète est au mieux, au summum de sa forme, qu'il se trouve au faîte, au sommet, au plus haut point, au niveau le plus élevé, à un degré supérieur de sa condition physique.
Ridicule au plus haut point. - Df, n° 453, juin 2004.

«Top ten» «Le «top ten» des irresponsables». Le responsable de ce titre relevé dans un de nos quotidiens romands s'est-il mieux fait comprendre de ses lecteurs francophones que s'il avait utilisé un terme français? On en peut douter. «Top ten» (litt. «haut dix») évoque les dix premiers, les dix meilleurs, les plus en vue d'une discipline, d'une branche d'activité ou de connaissance. En français: les dix premiers (ou la première dizaine), le classement, le palmarès des irresponsables. - Df, n° 420, septembre 2001.

Tornade, trombe. Un correspondant de la Télévision Suisse Romande évoquait une tornade sur le lac survenue au cours d'un violent orage.
Les météorologistes distinguent ces deux termes, que certains dictionnaires considèrent comme synonymes. Ils donnent le nom de tornade à un tourbillon de petite dimension mais de très forte intensité qui sévit sur les régions continentales. Dans certaines régions, on désigne improprement sous le nom de tornade (de l'espagnol tornada «orage») de violents grains orageux accompagnés de coups de vent. Les véritables tornades impliquent une rotation tourbillonnaire du phénomène.
La trombe est la forme maritime de la tornade. Moins violente que la tornade, elle affecte les régions maritimes intertropicales et, plus rarement, les régions tempérées. - Df, n° 467, août 2005.

Traçabilité. De l'anglais traceability ce néologisme est apparu au début des années septante dans le vocabulaire de certaines techniques scientifiques. La traçabilité est la possibilité d'identifier l'origine et de reconstituer le parcours d'un produit, de sa production à sa diffusion: traçabilité de la viande bovine, de produits sanguins.
Ce terme doit cependant être réservé au domaine scientifique et ne pas se substituer, dans d'autres cas, à trace ou à dépistage. . Df, n° 432, septembre 2002.

«Tracking». Nouvel anglicisme (de to track: poursuivre, suivre à la trace, traquer) désignant soit a) la détermination précise et continue de la position d'un aéronef ou d'un missile, soit b) le suivi d'une marchandise durant le transport.
Les équivalents français abondant, cet anglicisme peut être avantageusement remplacé par (selon les cas): suivi, traçage, pistage, poursuite, traque, filature, localisation. - Df, n° 435, décembre 2002.

« Trader ». Les spéculations hasardeuses d'un employé de la Société générale ont suscité une floraison luxuriante de ce terme anglais signifiant « commerçant, marchand, négociant ». Dans le langage de la Bourse, le trader est un opérateur sur les marchés à terme négociant les achats et ventes de titres en vue de dégager un profit à court terme. Selon l'US Stock Exchange: contrepartiste. En réalité, spéculateur.
Il faut distinguer le courtier, qui agit au nom de ses clients, du trader, qui agit pour le compte de son établissement. - Df, n° 497, février 2008.

« Trading ». Titre d'un quotidien lausannois: « Le trading d'énergie permettra de garantir l'approvisionnement. »
En anglais trading signifie (adj.) « commercial, de commerce » et (subst.) « commerce, négoce, marché ». Trader.- « commerçant, négociant, marchand ».
En français, il aurait suffit de parler de marché de l'énergie pour être compris. Mais peu importe que le texte soit inintelligible pour le lecteur « lambda » pourvu que les « initiés » s'y reconnaissent. - Df, n° 482, novembre 2006.

«Tramping». Dérivé de tramp « rôdeur, vagabond, chemineau ». To go for a tramp: aller faire une excursion, une randonnée à pied. Ce terme évoque le plus souvent un mode d'exploitation d'un cargo navigant sans itinéraire fixe, chargeant du fret à la demande.
En français. transport maritime à la demande (recomm. offic.); navigation au choix, cabotage. - Df, n° 494, novembre 2007.

Transcender. Du latin transcendere, ce verbe signifie proprement « monter en passant au-delà». Dans le langage philosophique, prend le sens de « dépasser absolument, être sans pareil ni analogue (1903, Bergson), dépasser le domaine de la connaissance rationnelle, dépasser les possibilités de l'entendement ».
Par extension: être supérieur à quelqu'un ou à quelque chose, exceller en son genre. Dépasser, surpasser, sublimer.
Passé à la forme pronominale, transcender apporte sa petite touche d'érudition au vocabulaire du sport: « L'équipe a su se transcender pour arracher sa qualification in extremis. ». - Df, n° 497, février 2008.

Transparence. A partir du mot russe glasnost (de glasny « rendu publie ») désignant, en Union soviétique, une politique de franche divulgation de l'information, le terme de transparence a acquis une acception nouvelle qui triomphe aujourd'hui dans les salles de rédaction. Partout, il n'est question que de «jouer la carte de la transparence ».
Parfaitement approprié pour exprimer ce qui peut être « vu au travers » et qui est visible par tous, le mot transparence ne doit cependant pas faire l'objet d'un usage excessif dans le cas où clarté, limpidité, franchise, honnêteté, lisibilité, netteté conviendraient aussi bien. - Df, n° 479, août 2006.

Traumatisé. Du grec trauma «blessure», se dit d'une personne qui est sous l'effet d'un choc émotionnel violent. Il faudrait s'en tenir à cette définition plutôt qu'employer ce terme pour n'importe quelle situation de trouble, même superficiel. Il est vrai que l'usage d'un mot d'allure scientifique en impose davantage que d'autres parfois plus appropriés, tels que: affligé, blessé, choqué, frappé, ébranlé, froissé, heurté, humilié, peiné, secoué, troublé, vexé, etc.
«A partir du moment où l'on a mis dans la tête d'un enfant qu'il a été traumatisé par une gifle, il en devient beaucoup plus frappé» (P. Daninos) - Df, n° 488, mai 2007.

«Trekking». Mot anglais emprunté à l'afrikaaner trek «migration», évoquant la grande migration des colons boers (le Grand Trek, 1834-1839).
Terme aujourd'hui très prisé des agences de voyages, désignant une randonnée pédestre, généralement accompagnée de guides et de porteurs, dans des régions montagneuses difficiles d'accès. En français: randonnée, excursion, marche de montagne, équipée (au sens premier de «partir avec équipage»). - Df, n° 444, septembre 2003.

Tribulations. Du lat. eccl. tribulatio «tourments, détresse; adversités voulues par Dieu». Ce terme s'est laïcisé pour désigner une épreuve physique (en ce sens vieilli) ou morale. Par extension: mésaventures, revers, vicissitudes. «J'irai vous conter toutes mes petites tribulations » (Sainte-Beuve).
Ce mot (pluriel) ne peut s'appliquer qu'à des personnes. On ne dira donc pas, comme notre Télévision romande: «Les tribulations du Clémenceau continuent. » - Df, n° 475, avril 2006)

Troïka. A l'origine, traîneau russe attelé de trois chevaux de front. Par analogie, se dit d'un ensemble de trois dirigeants politiques.
Troïka se rapporte toujours à trois personnes, voire trois sociétés. On ne parlera donc pas de «troïka» pour la réunion d'une quinzaine de ministres européens, comme l'a fait récemment un commentateur français.
Une association de trois personnes exerçant ensemble une grande influence se dit aussi triumvirat. - Df, n° 459, décembre 2004.

Tsigane ou tzigane? Ce mot doit-il s'écrire avec z ou s? Littré ne reconnaissait que la forme tzigane. Nos dictionnaires actuels acceptent les deux formes, avec toutefois une préférence pour la graphie tsigane.
Cette dernière, plus proche de la prononciation courante, est aussi plus fidèle à l'étymologie (grec byzantin Atsinganos). C'est l'orthographe adoptée par la plupart des auteurs contemporains spécialisés: Vaux de Foletier, Jean-Paul Clébert, Claire Auzias, Henriette Asséo ainsi que par la très officielle Association des études... tsiganes. - Df, n° 417, juin 2001.

Tsunami. Mis en vedette par un événement tragique, ce terme provoque un véritable tsunami médiatique. Les définitions contradictoires des dictionnaires n'en facilitent pas la compréhension, à l'exemple du dernier Petit Larousse:
Tsunami: Onde océanique superficielle engendrée par un séisme, une éruption sous-marine ou un glissement de terrain. (On dit parfois improprement raz de marée.) Raz de marée: Enorme vague provoquée par un séisme, une éruption volcanique sous-marine ou une tempête.
Du Grand Dictionnaire encyclopédique Hachette: Tsunami: Les scientifiques, généralisant le terme, l'ont substitué à celui de raz de marée. - Df, n° 461, février 2005.

« Turbuler ». Un politicien français a récemment mis en garde ses amis politiques contre tout risque de « faire turbuler » le système.
Ce verbe n'est pas (pas encore?) reconnu des dictionnaires, même des plus accueillants aux néologismes.
Afin d'éviter de trop «turbuler» la langue française traditionnelle, on préférera dire et écrire: troubler, agiter, perturber; semer le trouble, le désordre, le chaos, la pagaille; provoquer des turbulences, des remous, du tumulte. - Df, n° 482, novembre 2006.

«Turnover». En anglais to turn over signifie «se tourner, se retourner; renverser; verser (d'une voiture)».
Cet anglicisme (déconseillé) désigne le taux de rotation, le roulement, le cycle de renouvellement de la main-d'oeuvre, du personnel, des effectifs d'une entreprise ou la rotation d'un stock de marchandises.
Recommandation officielle: rotation, cycle, taux de renouvellement. - Df, n° 459, décembre 2004.

U

Ubuesque. C'est à l'auteur d'Ubu roi lui-même qu'on doit la création de l'adjectif dérivé ubuesque. Dans une lettre à Laurent Tailhade, Alfred Jarry mentionne son «théâtre ubuesque et mirlitonnesque» (Europe 623/624, 1981).
Ce qualificatif désigne ce qui rappelle le personnage créé par Jarry: agressivité grotesque et dérisoire, mégalomanie, caractère cruel, cynique, lâche et poltron.
Ce terme ne devrait s'appliquer qu'à une personne possédant ces attributs ou à une situation réunissant ces caractéristiques. Mais un fâcheux glissement de sens fait parfois d'ubuesque un synonyme d'absurde, d'aberrant ou d'excentrique. Une telle dérive sémantique est à éviter. - Df, n°432, septembre 2002.

Un de ces... Une fâcheuse tendance, multipliée par les médias, se répand en faveur de l'accord au singulier: «C'est un des écrivains qui a le plus fait pour la défense des lettres.» Dans une telle phrase le sujet est qui, représentant le mot écrivains, au pluriel. La forme correcte est donc «... qui ont le plus fait ... ».
Toutefois, si l'idée porte particulièrement sur un(e), le singulier est de rigueur: «J'allais justement chez une de ces femmes, qui habite rue Pauguet» (J. Romains). En ce cas, la virgule après le pronom relatif est indispensable.
Dans la langue familière, lorsque la phrase ne comporte pas de pronom relatif et a valeur exclamative, le substantif reste au singulier: «Je me suis levé vers les midi, avec un de ces mal de crins» (R. Queneau). - Df, n° 435, décembre 2002.

Urger. Ce verbe (intr. ind.) n'a pas de conjugaison régulière et n'est guère employé que dans les expressions familières «ça urge, il urge d'agir, il n'y a rien qui urge». «Puisque je vous dis que ça urge!» (R. Queneau).
On dira mieux: c'est urgent, pressant, très pressé; il est urgent de s'en occuper. - Df, n° 453, juin 2004.

USA. Il n'y a aucune raison d'adopter cette abréviation, à moins d'y être poussé par un irrépressible besoin de calquer les usages américains.
La règle est d'abréger certains noms de pays selon la traduction française: RDA (République démocratique allemande) et non DDR (Deutsche demokratische Republik); RFA (République fédérale allemande) et non BRD (Bundesrepublik Deutschland). De même URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) et non CCCP (abréviation du russe en caractères cyrilliques).
Par conséquent, en français, Etats-Unis doit s'abréger E.-U. et non USA. - Défense du français, n° 420, septembre 2001.

Usure. Proprement, toute espèce d'intérêt que produit l'argent. Par extension, profit qu'on retire d'un prêt, au-dessus du taux légal ou habituel: «L'économie politique est le code de l'usure» (A. Blanqui).
La locution figurée «rendre avec usure» signifie rendre au- delà de ce qu'on a reçu: «La terre le payait de ses peines avec usure, et ne le laissait manquer de rien» (Fénelon).
L'adjectif usuraire, à l'origine «qui stipule, qui comporte des intérêts», a pris aujourd'hui une valeur négative: un taux usuraire, c'est-à-dire excessif, voire délictueux.
- Défense du français, n° 438, mars 2003.

V

Valable. A l'origine, terme de droit. Recevable en justice: acte, quittance, testament valable. Par extension: dont la valeur n'est pas contestée; admissible, fondé: excuse, raison valable.
Sous l'influence de l'anglais valuable cet adjectif a pris le sens (critiqué) de «qui a de la valeur, du mérite; remarquable, efficace». En ce sens, peut s'appliquer, dans certains cas, à une chose (une oeuvre valable, un test valable), non à une personne. Il est préférable de dire: un candidat compétent, un interlocuteur qualifié, un acteur talentueux, un collaborateur capable - Df, n° 488, mai 2007.

Vécu. Le participe passé substantivé vécu (v.1933) est devenu à la mode après les années 1960, notamment dans les expressions marquées comme «au niveau du vécu» qui ont fait l'objet de critiques ironiques pour leur banalisation et leur snobisme. «Au niveau du vécu, tu dois arriver à une remise en cause de ton rapport au quotidien.»
Ce terme exprime l'expérience vécue, l'ensemble des faits d'événements de la vie réelle: une argumentation basée sur le vécu, le vécu d'une situation, d'un récit - Df, n° 488, mai 2007.

Vedettariat. Ce terme désigne la condition, l'état de vedette, un comportement de vedette ou un système qui repose sur les vedettes.
A son apparition (1947) ce néologisme a été condamné par certains lexicographes en raison de sa formation contraire à la tradition linguistique. Le suffixe -ariat ne peut dériver que de la finale -aire: actionnaire, actionnariat; notaire, notariat; commissaire, commissariat.
Il semble cependant difficile, aujourd'hui, d'évincer ce mot qu'ont adopté la plupart des dictionnaires, à défaut d'autre vocable, et qui a le mérite de concurrencer l'anglicisme star system. Df, 429, juin 2002.

Velléité. Le commentateur sportif d'un match de rugby affirmait n'avoir «jamais vu autant de velléités en attaque».
En voulant louer la vitalité offensive des équipes en présence, il disait le contraire de ce qu'il croyait exprimer.
Velléité se dit d'une intention peu ferme, qui n'aboutit pas, d'une volonté faible, hésitante, inefficace. «Le terme de velléité, qui exprime le plus bas degré de la puissance de vouloir» (H. de Boulainvilliers).
La confusion provient probablement de la relative paronymie volontaire/velléitaire. Df, 467, août 2005.

«Victimisé». Lorsqu'un nom n'a pas de verbe dérivé, rien de mieux que d'en inventer un. Ainsi solution a enfanté «solutionner» pour résoudre, et candidat «candidater» pour postuler. Le dernier-né de ces monstres est «victimiser»: «Les personnes victimisées ont été hébergées dans un centre d'accueil» a-t-on pu lire dans un quotidien régional français. Il eut été trop simple de dire que les victimes ont été hébergées.
On trouve dans Littré: «Victimer: (Néol.) rendre victime. Fig.: immoler à des plaisanteries.» Df, 441, juin 2003.

«Vigilant à». Dans le métro parisien, on peut lire cette mise en garde contre les pickpockets (en français: voleurs à la tire): « Soyez vigilants à vos effets personnels. »
La vigilance désigne un état de veille, une surveillance attentive. L'adjectif vigilant signifie attentif, qui veille avec soin, qui se fait avec un soin soutenu, une attention active: une garde vigilante; des soins vigilants. Ne peut s'employer qu'absolument. C'est une erreur de faire suivre cet adjectif d'une préposition (à, sur, pour). Il faut dire: « Soyez attentifs à vos effets personnels »... et à la syntaxe. Df, 485, février 2007.

Vilipender. Ce verbe est abusivement employé, en Suisse romande, dans le sens de «gaspiller, dilapider»: il ne faut pas vilipender la nourriture. Un tel emploi, critiqué, est à éviter.
Vilipender (du latin vilis «vil» et pendere «peser, évaluer») n'a qu'une seule acception signifiant «traiter avec mépris, dénoncer comme vil, décrier, honnir» et s'applique essentiellement à des personnes: «Il sied mal à ceux qui boivent une bouteille de bourgogne et autre chose à leur dîner de vilipender le pauvre diable qui se régale par-ci par-là au cabaret d'une pinte de Croix-Pataux» (CI. Tillier). - Df, n° 423, décembre 2001.

«Vintage». Adj. inv. Anglicisme très à la mode désignant un objet, un vêtement ancien remis à la mode. Ancien, d'époque, authentique, millésimé. Vintage car: voiture d'époque. Prononcer « vin'téj »... pour faire plus authentique.
Nom masc.: tendance de la mode qui fait appel à ce style de vêtements, d'accessoires, etc.
C'est désormais «le triomphe du vintage», comme le titrait un hebdomadaire français. - Df, n° 473, février 2006.

Virtuel. «Le coureur belge est en ce moment le leader virtuel de l'épreuve» entend-on fréquemment dans les commentaires sportifs.
Virtuel est un emprunt (1503) au latin scolastique virtualis «qui n'est qu'en puissance».
Cet adjectif conserve, en philosophie et dans l'usage général, son sens étymologique. Il s'oppose à actuel et signifie: qui n'existe qu'en puissance, qui est à l'état de simple possibilité et sans effet actuel; potentiel, théorique.
Il n'a donc pas à être utilisé comme synonyme d'actuel, de momentané, passager, provisoire, possible, éventuel. - Df, n° 450, mars 2004.

Vis-à-vis. Phrase relevée dans la presse magazine: «Vous êtes particulièrement avenant vis-à-vis de votre entourage».
Vis-à-vis (étymologiquement «visage à visage») sert à former la locution prépositive vis-à-vis de: juste en face, à l'opposé. Ne doit s'employer qu'en parlant de personnes ou d'objets nous faisant face.
Bien que cette expression soit tolérée par l'Académie et certains lexicographes dans le sens de «à l'égard de, envers», elle ne doit s'appliquer qu'à des personnes: «Il avait, vis-à-vis de son maître, autant de privautés que de tendresse» (Fromentin). - Df, n° 447, décembre 2003.

Viscères. Relevé dans un hebdomadaire français: « ... ces sortes de viscères exposées (sic) à la lumière du jour. »
Rappelons que ce substantif, trop fréquemment employé au féminin, est un mot masculin. Il désigne tout organe mou situé à l'intérieur du corps (coeur, foie, estomac, poumons, etc.). Le plus souvent au pluriel; se rencontre plus rarement au singulier. « Vous savez assez qu'il n'y a pas un viscère qui ne soit nécessaire, et qui ne soit secouru dans ses dangers par le jeu continuel des viscères voisins » (Voltaire). - Df, n° 479, août 2006.

Vitupérer. «Comme d'habitude, le réalisateur français vitupère contre la critique.» Ne vitupérons pas le rédacteur suisse pour l'usage fautif qu'il fait de ce verbe transitif, puisque certains dictionnaires usuels admettent la forme intransitive, avec toutefois la prudente remarque: emploi critiqué. «Il vitupérait les salauds qui exploitent les ouvriers» (P.-H. Simon).
La confusion est entretenue par le rapprochement avec le verbe intransitif invectiver: «Elle se mit à invectiver contre son Dieu» (Léon Bloy).
Le bon usage a été si souvent transgressé, même par les plumes les plus estimables, que l'erreur peut servir d'alibi à l'ignorance. Mais cela n'autorise pas à estimer que l'exception doive devenir la règle.- Df, n° 420, septembre 2001.

Vive(nt). L'exclamation «vive!» peut s'utiliser aussi bien au pluriel qu'au singulier, même si le Grand Larousse de la Langue française considère que «l'accord au pluriel n'est qu'un archaïsme de puriste».
Dans la langue littéraire, ce subjonctif optatif s'accorde normalement en nombre avec son sujet, dans le sens de «que vivent ... »: « Vivent les gens d'esprit à coeur léger et à tête frivole!» (Chateaubriand).
Mais le plus souvent, le terme est considéré comme une interjection signifiant «bravo!»: «Et vive les récipiendaires!» (B. Vian).
Avec un non-animé, l'invariabilité semble plus logique: «Vive les vacances! » - Df, n° 417, juin 2001.

Vœux. La nouvelle année approche et, avec elle, les traditionnels échanges de bons vœux.
On veillera toutefois à éviter de « souhaiter des bons vœux » à quelqu'un. Les vœux exprimant un désir, un souhait, une telle expression est donc pléonastique. On ne souhaite pas des bons vœux d'heureuse année à quelqu'un; on les lui offre, on les lui présente, on prie de les agréer.
En cette occasion, en souhaitant à ses fidèles abonnés de passer d'agréables fêtes de fin d'année, Défense du français leur présente ses vœux les meilleurs pour l'an nouveau. - Df, n° 494, novembre 2007.

- Voici venu le moment d'échanger les vœux de bonne année. La formule habituelle meilleurs vœux est parfois critiquée parce qu'elle a l'aspect d'un comparatif et qu'elle néglige l'adjectif possessif (mes, nos). Mais cette expression, devenue autonome, passe-partout, n'est plus ressentie comme un comparatif s'opposant à un superlatif. L'absence de l'adjectif possessif ne semble pas plus anormale que dans «bons baisers, sincères remerciements». En revanche, avec un verbe, il devient indispensable: «Je vous présente mes meilleurs vœux» ou «mes vœux les meilleurs».
On évitera la tournure pléonastique «Je vous souhaite mes meilleurs vœux». - Df, n° 435, décembre 2002.

«Voie de service». Cette expression ne doit s'employer en français que pour parler d'une locomotive sortant d'un dépôt ou y entrant.
C'est abusivement que, sous l'influence de l'allemand auf dem Dienstweg, on l'utilise pour «par la voie hiérarchique, par la voie administrative».
Ce germanisme est donc à mettre sur la... voie de garage. - Df, n° 447, décembre 2003.

Voyou. Comment accorder le nom voyou au féminin?
Plusieurs dictionnaires avancent, avec précaution, le féminin voyoute, comme aussi J.-K. Huysmans: «Des petites voyoutes exquises». Mais Montherlant écrivait: «Parmi les voyous et les voyoues ... » et L.-F. Céline: «Espèce de voyouse».
Grevisse range voyou dans les noms épicènes, n'ayant qu'un genre quel que soit le sexe des personnes désignées: «Tout l'argot de son passé de fille et de voyou» (A. Daudet).
L'emploi de l'adjectif appliqué à un nom féminin est rare, et plus rare encore la forme voyoute: «Des accolades un peu trop voyoutes» (J. Prévost). - Df, n° 438, mars 2003.

Vue(s). On écrit au singulier: avoir quelque chose en vue, grandir à vue d'oeil, tirer à vue, perdre de vue, à perte de vue, des points de vue, une prise de vue (photographie).
On écrit au pluriel: échange, convergence, divergence, identité, unité, hauteur, largeur, profondeur de vues; une prise de vues (cinéma). - Df, n° 453, juin 2004

Vulcanologie ou volcanologie? Le nom volcanologie (étude, sciences des volcans) est aujourd'hui adopté par tous les dictionnaires. Son synonyme vulcanologie (1910), formé sur le nom de Vulcain, dieu romain du feu, a vieilli.
Toutefois, lors de réédition d'ouvrages d'auteurs anciens, la graphie vulcanologie devrait être maintenue, sauf avis contraire de l'éditeur.
Le Dictionnaire de l'orthographe d'André Jouette (1993) mentionne: «Volcanologie (étude des volcans). Ne pas confondre avec vulcanologie (étude de la vulcanisation du caoutchouc).» - Df, n°432, septembre 2002.

W

«Waiver». «Les fonctionnaires colombiens espéraient encore bénéficier d'un waiver» lit-on dans un périodique français.
L'emploi de ce substantif (de to waive, «abandonner, renoncer à, se désister de, laisser», ne permet pas une compréhension claire et précise de la phrase. De quel avantage les fonctionnaires espéraient-ils bénéficier? D'une dispense, d'une exonération, d'un délai de grâce, d'une mesure de clémence, d'un traitement de faveur?
L'emploi d'une de ces expressions françaises aurait rendu le texte plus intelligible. Mais ne fallait-il pas sacrifier sottement à la sacro-sainte anglomanie? - Df, n° 444, septembre 2003.

«Walking». Une association vaudoise organise un «Walking Day» ! Cet anglicisme ronflant pare d'une touche précieuse une activité toute simple et naturelle: la marche.
Il s'agit rien de moins que d'une «marche active» nous est-il expliqué, ce qui laisse supposer qu'il existe également une marche inactive (le piétinement?).
Ceux qui ne craindraient pas de se ridiculiser en utilisant une expression française pourront qualifier cet exercice physique de marche rapide, marche sportive ou marche athlétique. - Df, n° 459, décembre 2004.

Wallon, onne. Wallon (prononcer «oua»), n. et adj.: un Wallon, le parler wallon. Prend deux n au féminin: une Wallonne, la Flèche wallonne. En revanche Wallonie et wallonisme s'écrivent avec un seul n.
La prononciation «oua» s'applique également aux toponymes Waterloo, Wavre, Watermael ainsi qu'aux mois wallingant, waterzooi, wateringue. - Df, n° 426, mars 2002.

«Warblog». Cet américanisme est formé de war «guerre» et de blog abréviation de weblog (litt. «carnet de guerre») et est utilisé en informatique pour désigner un «carnet de bord sur la Toile».
Les warblogs sont des journaux personnels en ligne, mélangeant informations et opinions personnelles, tenus au moyen de logiciels simples permettant de saisir un texte sur ordinateur et de l'envoyer instantanément sur une page Web entretenue à cet effet.
Ce néologisme pourrait fort bien être remplacé par journal de bord, journal personnel ou journal informatique. - Df, n° 450, mars 2004.

«Wellness». Un hebdomadaire romand nous l'affirme: «Toutes les couches de la population sont en passe d'être touchées par une folle envie de wellness.»
Voilà qui nous donne une folle envie de savoir ce que peut bien signifier ce «wellness», terme inconnu des dictionnaires du Royaume-Uni.
Ce mot fourre-tout désigne tout à la fois un état de bien-être (en bon anglais wellbeing), de bonne forme, de relaxation, de détente physique et morale, un régime alimentaire sain et équilibré, etc.
Le wellness, appliqué dans les établissements de cure, combine le thermalisme, la sophrologie, la physiothérapie et la kinésithérapie. Pourquoi donc ne pas parler de cures, de séances de relaxation, de détente, de délassement? - Df, n° 441, juin 2003.

«Wildcard». Ce terme est particulièrement prisé dans le monde sportif. Un quotidien lausannois signalait que «quatre wildcards restent encore à attribuer» à des équipes candidates au prochain Tour de France.
Litt. «carte sauvage», cet anglicisme désigne une carte substitutive à laquelle on attribue une valeur officielle, certifiée.
Il peut par conséquent être remplacé par carte ou billet de faveur carte de substitution ou même par joker anglicisme désormais admis par l'Académie. - Df, n° 450, mars 2004.

«Winner». Notre société américanisée se définit en deux camps: les vainqueurs et les vaincus; ceux qui réussissent et ceux qui échouent: les winners et les losers.
En anglais to win signifie gagner, triompher, remporter la palme, et un winner n'est autre qu'un gagnant, un vainqueur, un triomphateur... en bon français. - Df, n° 456, septembre 2004.

«Working poor». «Working poor: la pauvreté gagne du terrain» pouvait-on lire récemment dans un quotidien lausannois. A quoi sert-il d'utiliser des termes anglais s'il faut les faire suivre de la traduction française pour être compris des lecteurs?
Working poor ne signifie rien d'autre que pauvreté ouvrière. Le vocabulaire français est-il si pauvre pour qu'il faille recourir à l'anglo-américain pour s'adresser à un public qu'on peut supposer encore francophone? - Df, n° 435, décembre 2002.

«Workshop». «Cette conférence est répartie en quatre workshops» pouvait-on lire dans un quotidien généralement respectueux de la langue française. En anglais workshop signifie atelier. Même s'agissant d'une conférence tenue en langue anglaise, il eût été préférable, dans un joumal français, de parler d'ateliers, de sections, de groupes de travail, voire de réunions, de rencontres interprofessionnelles. - Df, n° 429, juin 2002.

X

Xénisme. Ce mot désignait, dans l'Antiquité grecque, le sacrifice que les Athéniens offraient à Castor et Pollux, et les habitants de Cos à Héraclès.
Du grec xenos « étranger », les xénismes désignent aujourd'hui, dans le langage des linguistes, des noms ou locutions décrivant une réalité attachée à un contexte étranger. Ce sont des cas particuliers ne pouvant être transposés en français. Il en va ainsi pour cow-boy, goulag, paparazzi, shérif (graphie francisée), etc.
Ce terme est encore ignoré des dictionnaires usuels. - Df, n° 479, août 2006.

Y

«Yankee». Ce terme, dont l'étymologie reste incertaine, fut d'abord attribué aux premiers émigrants hollandais implantés aux Etats-Unis. Il devint, par la suite, le surnom donné aux soldats nordistes lors de la guerre de Sécession. De nos jours, il désigne tous les habitants anglo-saxons des Etats-Unis (plutôt employé péjorativement).
Francisé en «Yanqui» par Etiemble, il peut être remplacé par «Etasunien», terme préférable à «Américain» en raison de la confusion possible que ce mot provoque (des Etats-Unis ou d'Amérique?). - Df, n° 450, mars 2004.

Y a plein de... Cette expression, d'une rare élégance (!), bénéficie auprès du public et, hélas, aussi des médias, d'un réel pouvoir de séduction.
Il faut subir, presque quotidiennement, des phrases telles que: «Y a plein de choses à découvrir dans ce musée» ou encore «Y a encore plein de travail à faire». Cela prouve, malheureusement, qu'«il y a encore beaucoup de travail à faire»... pour améliorer le langage de certains de nos concitoyens. - Df, n° 426, mars 2002.

Yuppie. Un yuppie (acronyme de young urban professional) est le contraire d'un hippie. Ce terme désigne une nouvelle race de cadres dynamiques, ambitieux, croyant aux valeurs de la société de compétition et avides d'y jouer un rôle.
En version française: jeune cadre dynamique, jeune loup, arriviste, fonceur, battant. - Df, n° 499, avril 2008.

Z

«Zen». «Le tir à l'arc, c'est zen» titre un hebdomadaire romand. Ce mot japonais (n. et adj.) désignant une secte bouddhique et sa doctrine privilégiant la méditation est employé aujourd'hui comme synonyme courant de «tranquille». Zen se substitue, chez certains «novateurs», à l'anglicisme cool, désormais désuet. Il signifie donc, selon les dictionnaires qui l'ont aussitôt adopté, «calme, serein, détendu, décontracté». Ces termes bien français (trop?) ne suffisent-ils plus à qualifier un état d'apaisement, de sérénité, de tranquillité, de détente? - Df, n° 467, août 2005.

Zéro. Le style médiatique connaît actuellement une inflation de zéros: risque zéro, tolérance zéro, zéro victime, etc.
Calqués sur le degré zéro de l'écriture de R. Barthes, ces tics de langage, répandus à profusion, sont ridicules et ne reflètent que le «degré zéro» du vocabulaire de leurs auteurs.
A noter: il faut dire «recommencer à zéro», mais «partir, repartir de zéro» (et non à). - Df, n° 450, mars 2004.

Zizanie. « Les sangliers prolifèrent, semant la zizanie sur les routes » relate un quotidien régional français.
Le mot zizanie fut employé d'abord dans la langue biblique pour « mauvaise herbe, ivraie ». La locution métaphorique semer la zizanie est apparue au XVIe siècle. Elle exprime la discorde, la mésentente, la mésintelligence, les disputes et les désaccords que l'on fait naître chez des gens unis. « Il y a quelque apparence qu'une certaine personne [ ... ] a semé encore ce petit grain de zizanie » (Voltaire).
Semer la zizanie ne signifie donc pas, comme dans la phrase ci-dessus, semer le trouble, le désordre, la pagaille.
Comme quoi, une confusion de sens peut provoquer, par la faute d'un rédacteur, plus de trouble qu'une harde d'innocents suidés traversant la chaussée. - Df, n° 497, février 2008.

Zoophilie. A propos de récentes mutilations d'animaux, plusieurs journaux ont évoqué l'acte d'un « sadique zoophile ».
La zoophilie qualifiant l'amour, l'attachement pour les animaux, le terme de « sadique » est en l'occurrence, accouplé à zoophilie, parfaitement inadapté et contradictoire.
En psychiatrie, zoophilie est utilisé comme synonyme de bestialité, au sens de « commerce contre nature avec une bête ». La perversion poussant à avoir des rapports sexuels avec des animaux ne saurait être assimilée à des brutalités, des sévices envers les animaux comme dans le cas signalé par les médias. - Df, n° 470, novembre 2005.

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