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DÉFENSE DU FRANÇAIS
A à D
/ E à H / I
J
K L
/ M à R / S
à Z
E
«E» muet. En français moderne e
muet ne se prononce jamais à la finale d'un mot, sauf parfois
en poésie ou compte tenu de certaines prononciations particulières
à des régions. On peut toutefois insister sur la prononciation
eu pour donner un tour cocasse à la phrase: «Que
ça te plaise ou que ça neu teu plaiseu pas, tu entends?»
(R. Queneau).
En revanche le souci d'une bonne diction ne doit pas être
poussé jusqu'au grotesque, comme le font certains commentateurs
de l'audiovisuel qui prennent pour de la distinction ce qui n'est
que ridicule préciosité, transformant l'e muet
en â (Geunêvâ, les vacanceâs
scolairâs) de façon prétentieusâ
et risiblâ. Df, 430, juillet 2002.
Echauffourée. Dans un quotidien lausannois, une légende
faisait état d'«échaufourrées»
(sic) entre la police et des parents d'élèves.
Est-ce une apparente ressemblance entre «échauffourée»
et «échafaudée» qui est à l'origine
de cette erreur orthographique?
Une échauffourée (deux f, un r)
est une rencontre imprévue entre soldats, qui provoque un
bref engagement: escarmouche. Par ext.: affrontement, heurt plus
ou moins violent survenant entre des groupes de personnes ou entre
manifestants et forces de l'ordre. - Df, n° 489,
juin 2007.
Egal(e). Pour la locution n'avoir d'égal(e) que
la règle est généralement la suivante: a) l'accord
se fait quand les deux termes sont du même genre (sa beauté
n'avait d'égale que sa sottise); b) s'ils sont de
genres différents et tous deux au singulier, on accorde avec
l'un ou l'autre (son orgueil n'a d'égal(e) que sa
faiblesse)-, c) si l'un des termes est au pluriel, l'autre au singulier,
ou s'ils sont tous les deux au pluriel, on laisse égal
invariable (ses exigences n'avaient d'égal que son
incompétence).
Toutefois, cette règle a été si souvent transgressée
par les meilleurs écrivains,qu'une certaine tendance à
l'invariabilité se manifeste actuellement. Df,
421, octobre 2001.
Emblématique. Certains mots, à force de signifier
trop, finissent par ne plus rien signifier du tout. Tel est le cas
d'emblématique, utilisé à tort et à
travers par les médias.
Telle vedette du spectacle, du sport, de la politique est systématiquement
qualifiée de «figure emblématique » de
sa sphère d'influence.
Emblématique: qui contient un emblème, qui
a le caractère d'un emblème. Figure, dessin allégorique,
symbolique. Le croissant, figure emblématique de l'islam.
Cet adjectif se substitue abusivement à typique, caractéristique,
distinctif remarquable, marquant, exemplaire, original, éminent,
dominant, prestigieux, etc. Df, 465, juin 2005.
Emérite. Dans l'Antiquité, ce terme désignait
un soldat ayant achevé son temps de service et obtenu un
congé honorable. Par analogie se disait naguère d'une
personne qui, ayant exercé un emploi, avait pris sa retraite
et jouissait des honneurs de son titre. Dans ce sens, émérite
a été supplanté par honoraire: professeur,
doyen honoraire.
La contamination du mot mérite a fini par donner à
émérite le sens de «méritant,
qui a du mérite». Aussi, dans sa dernière édition,
le Dictionnaire de l'Académie française a-t-il
entériné l'acception nouvelle: «Par ext.
Remarquable dans une science ou expert dans la pratique d'une activité
particulière. Un philologue émérite. Un cavalier
émérite.»
Emérite (lat. emeritus: qui a fini de
servir) s'appliquant étymologiquement à un vétéran,
on évitera d'employer ce mot à propos d'un débutant
ou de quelqu'un de jeune dans le métier. Df,
418, juillet 2001.
Emigré, immigré. Ces deux participes passés
substantivés sont assez souvent confondus.
Un émigré (un seul m) est une personne
qui a quitté son pays, provisoirement ou définitivement.
S'est dit, à l'origine, des nobles français qui se
réfugièrent à l'étranger pendant la
Révolution. Dans ce cas, on utilise parfois la majuscule:
les Emigrés.
Un immigré (deux m) est une personne qui est
venue d'ailleurs, qui est entrée dans un pays étranger
pour s'y établir. L'émigré est parti;
l'immigré est venu.
Adjectivement: population émigrée; travailleurs immigrés.
Df, 439, avril 2003
Empathie. Les médias se délectent de mots
savants qui font de l'effet. Tel est le cas d'empathie (all.
Einfühlung, angl. empathy) qui désigne,
en philosophie et en psychologie, la capacité intuitive de
partager et même d'éprouver les sentiments d'autrui,
de s'identifier à lui, de ressentir ce qu'il ressent.
Ce terme devrait être limité à un usage didactique
et ne pas se substituer à compassion, sympathie, pitié,
sentiment de solidarité, partage d'une peine, d'une douleur.
Df, 454, juillet 2004.
«Employabilité». On doit l'emploi de
ce néologisme à un ministre français envisageant
de «remettre en position d'employabilité les chômeurs».
Ce charabia n'exprime pas d'autre idée que celle de permettre
à des chômeurs de retrouver un emploi et de leur faciliter
cette recherche.
Trop simple à dire, peut-être ? Df, 457,
octobre 2004.
Emprunt, empreint. Beaucoup de gens se trouvent empruntés
lorsqu'il s'agit de conjuguer les verbes emprunter et empreindre,
tel ce rédacteur qui parle de l'hommage rendu à une
personne disparue « emprunt de beaucoup d'émotion ».
Le substantif emprunt, déverbal d'emprunter
(lat. impromotuare « avancer de l'argent » et
le participe passé empreint (lat. impremere
« marquer d'une empreinte, imprimer » n'ont aucun lien
étymologique.
Emprunt vient d'emprunter « demander et recevoir
à litre de prêt; prendre et faire sien ». La
langue française a beaucoup emprunté à l'anglo-américain.
Empreint désigne ce qui porte l'empreinte, la trace
de, qui est imprimé, marqué. Fig.: un visage empreint
de tristesse. Df 486, mars 2007.
Encablure. L'encablure est une mesure de longueur
de marine équivalant à un dixième du mille
marin (env. 185 m).
Dans le langage sportif, ce mot est souvent employé abusivement
pour signaler la distance séparant les concurrents d'une
course.
Parler d'encablure pour désigner une distance définie
par la longueur approximative d'un vélo, d'une voiture ou
d'un cheval n'a donc pas de sens.
A noter qu'encablure s'écrit sans accent circonflexe,
contrairement à câble et à ses autres
dérivés. - Df, n° 462, mars 2005.
Encourir. La tournure «encourir le risque de... »
est fautive. Encourir signifie « se mettre dans le
cas de subir, s'exposer à ... », c'est- à-dire
«courir le risque de... ». On n'encourt pas un risque,
pur pléonasme, on le court, de même qu'on court un
danger.
Encourir c'est s'exposer à une sanction, une peine, un châtiment
émanant d'une autorité: encourir une amende, encourir
les peines fixées par la loi. « Le bon roi Robert
encourut les censures de l'Eglise pour avoir épousé
sa cousine» (Saint-Foix).
Par extension: encourir des reproches, un blâme, le mépris.
- Df, n° 477, juin 2006.
Enjoindre. «Une proposition de la gauche enjoignant
le gouvernement de prendre des mesures ...» Une telle construction
est fautive. On ne peut enjoindre quelqu'un, mais on enjoint à
quelqu'un de faire quelque chose (ou l'ordre de faire quelque chose).
On dira donc: «je lui ai enjoint de ... » et non «je
l'ai enjoint».
Enjoindre c'est commander expressément et avec autorité,
ordonner, prescrire, intimer, sommer, imposer, mettre en demeure.
«Il m'envoie au tableau noir et m'enjoint de tracer un
cercle» (Colette). - Df, n° 442, juillet
2003.
Ensuivre (s'). Composé du pronom en et de
suivre ce verbe forme un seul mot, au même titre que
s'enfuir. On ne l'emploie qu'à l'infinitif et à la
troisième personne du singulier et du pluriel de chaque temps
dans le sens de « résulter, découler, être
la conséquence de... ». «Plusieurs escarmouches
s'ensuivirent, puis les hostilités» (J. Gracq).
Quoique le tour « il s'en est suivi» se rencontre parfois
chez de bons auteurs, on évite de dissocier les deux termes.
La seule forme licite est « il s'est ensuivi». - Df,
n° 477, juin 2006.
Entièreté. Ce mot n'est pas un néologisme.
Déjà mentionné au XVIe siècle, puis
sorti de l'usage, il a fait récemment sa réapparition.
Utilisé surtout en Belgique, il est critiqué par certains
parce qu'il concurrence inutilement totalité, ensemble,
intégralité.
Son emploi se justifie mieux lorsqu'il exprime le fait d'être
entier: «L'entièreté de son caractère
n'était pas appréciée de tous» (Acad.).
- Df, n° 433, octobre 2002.
Envi (à l'). Il n'est pas rare de voir encore la
locution adverbiale à l'envi orthographiée
«à l'envie». Cette locution a été
formée à partir de l'ancien français envi
(défi au jeu, provocation, surenchère). Elle signifie
«à qui mieux mieux» et ne peut s'employer qu'en
parlant de deux personnes ou plus. «Ce sont des amants
jaloux qui servent à l'envi la même maîtresse»
(Voltaire).
La locution prépositive à l'envi de «en
émulation, en rivalité avec» est vieillie. «Mon
coeur, à l'envi de Chimène, adore ce vainqueur»
(Corneille). - Df, n° 471, décembre 2005.
Eradiquer. Le substantif éradication remonte
au XIIIe siècle; le verbe dérivé éradiquer
est d'emploi récent (milieu du XXe).
Littéralement déraciner, ce verbe signifie
extirper, supprimer.
On se gardera d'écrire, comme dans l'éditorial d'un
quotidien lausannois: «Il fallait certes déclarer la
guerre au terrorisme, mais en éradiquant ses racines... »
Pléonasme flagrant. - Df, n° 460, janvier
2005.
- Ce verbe (du latin eradicare) signifie extraire
la racine. Si le substantif éradication est ancien
(XIIIe s.), le verbe éradiquer est beaucoup plus récent
puisqu'il date de la seconde moitié du XXe siècle
et ne figurait pas encore dans le Petit Larousse de 1980.
Eradiquer fut d'abord employé dans le domaine médical:
éradiquer les polypes de l'utérus; éradiquer
le paludisme.
Par extension, action de supprimer un phénomène indésirable:
éradiquer la pauvreté, la violence.
Ce verbe, au demeurant parfaitement correct, pourrait parfois céder
la préférence aux multiples nuances qu'introduisent
les verbes extirper, extraire, arracher, enlever supprimer, détruire,
annuler, anéantir, faire disparaître, etc. - Df,
n° 480, septembre 2006.
Erésipèle, érysipèle. Cette
maladie de la peau provoque des démangeaisons chez ceux qu'embarrasse
l'orthographe de son nom. Faut-il écrire érésipèle
ou érysipèle ?
Les deux formes sont employées concurremment par tous les
dictionnaires, avec parfois une préférence pour la
forme érysipèle (Le Robert, Académie),
plus proche de l'étymologie.
Cette infection cutanée contagieuse est caractérisée
par des plaques rouges sur la peau, d'où son nom (gr. érythro
«rouge»).
La graphie érésypèle est incorrecte. - Df,
n° 490, juillet 2007.
Errements. « A la relance, il a exploité pleinement
les errements de son adversaire pour signer un succès convaincant
» nous apprend un message Teletext sur TSRI.
Le détournement de sens qui fait du mot errements
(n.m.pl.) un synonyme d'erreur s'observe de plus en plus.
Dérivé du verbe errer « aller au hasard,
marcher à l'aventure, sans but précis » errements
qualifiait d'abord les manières habituelles d'agir, bonnes
ou mauvaises, la façon dont une affaire est conduite. Employé
le plus souvent aujourd'hui dans un sens péjoratif: retomber
dans les errements du passé, dans une routine plus ou moins
blâmable.
Confondre erreur et errements est donc... une erreur. - Df,
n° 493, octobre 2007.
«Escalator». Marque déposée. Mot-valise
américain formé sur escalade et elevator.
« Escalator est un terme anglais, assez ridicule par sa
forme pédantesque et faussement latine » (A. Thérive).
Cet américanisme peut être avantageusement remplacé
par: escalier mécanique (recomm. offic.), escalier roulant,
escalier mobile (Québec).
Récemment francisé par l'Académie française
en escalateur, terme également adopté au Québec.
- Df, n° 474, mars 2006.
Espace. S'il est un mot qui connaît de nos jours une
expansion illimitée, c'est bien celui d'espace. Tout n'est
qu'espace... public, privé, rural, urbain, ludique, de vie,
d'animation, d'échanges. Sans compter les espaces clients,
espaces piétons, espaces loisirs, espaces fumeurs, etc.
Ce mot envahissant remplace et supprime tous ses synonymes possibles:
aire, coin, domaine, emplacement, endroit, lieu, local, place, secteur,
site, superficie, surface, terrain, zone, etc.
Le propre de l'espace n'est-il pas d'être infini? - Df,
n° 468, septembre 2005.
Espèce. «Quand sur une personne on prétend
se régler, / C'est par les beaux côtés qu'il
lui faut ressembler.» Ce sage propos de Molière nous
incite à ne pas nous réclamer des erreurs d'auteurs
illustres (Larbaud, Mauriac, Bernanos, Claudel, etc.) pour justifier
l'emploi du mot espèce au masculin. Espèce est un
mot féminin et ne doit en aucun cas prendre le genre d'un
complément masculin. On ne dira donc pas «un espèce
de charlatan» mais, comme Mérimée: «Il
avait à la main une espèce de vilain coutelas.»
- Df, n° 424, janvier 2002.
«Establishment». «Personne n'a jamais
pu définir ce qu'est l'establishment, on sait seulement
qu'il existe» (L'Express, 14.10.1968).
Ce mot anglais signifiant «position, situation» est
utilisé en «français» pour désigner
l'ensemble des gens en place, détenant le pouvoir et l'autorité
dans la société et fermement attachés à
l'ordre établi et à la défense de leurs privilèges.
Il peut signifier, en français, et selon les cas, établissement,
ordre établi, système, institutions, pouvoir, autorité,
oligarchie, ploutocratie, aristocratie, gotha, classe dominante,
gens en place, nantis, privilégiés, etc. - Df,
n° 480, septembre 2006.
Euro(s). Les règles d'écriture et de prononciation
des vocables euro et cent désignant la nouvelle
monnaie européenne ont été publiées
au Journal officiel de la République française
du 2 décembre 1997.
Ces mots s'écrivent sans majuscule et s'accordent normalement
au pluriel, conformément à l'usage qui prévaut
pour la désignation des monnaies: francs, lires, florins,
dollars, etc.
Cent doit se prononcer connne le nombre 100, et non à l'anglaise
(sèn't) comme d'aucuns le souhaitent. - Df,
n° 427, avril 2002.
Exit. «Exit les mouvements sociaux d'après
les vacances.» Cette phrase, relevée dans un journal
d'entreprise, recèle plusieurs erreurs.
Le mot latin exit (litt. «il, elle sort») est
singulier. Dans la phrase ci-dessus, c'est le pluriel exeunt
qu'il eût fallu employer puisque le sujet est au pluriel.
D'autre part, cette expression ne peut s'appliquer qu'à des
personnes. Il s'agit d'une indication scénique signalant
qu'un personnage quitte la scène. Par extension et familièrement,
se dit de quelqu'un qui disparaît: «Exit ce casse-pieds.»
Substantivé au masculin, il correspond à «sortie».
- Df, n° 448, janvier 2004.
Expectation. Un vocable français ne saurait acquérir
quelque prestige aux yeux des pédants que s'il se pare d'un
vernis d'américanisme. Ainsi en est-il du mot bien français
(attesté vers 1350) expectation. Tombé quelque
peu en désuétude, il revient à la mode après
un toilettage yankee, pour dire exactement ce qu'il signifiait à
l'origine: attente, espérance. « La
grande expectation du public a été heureusement terminée
» (Bossuet).
En médecine, l'expectation désigne une méthode
consistant à observer le cours d'une maladie en n'utilisant
contre elle que des moyens hygiéniques, laissant agir les
défenses naturelles sans chercher à les modifier.
- Df, n° 493, octobre 2007.
Expectative. Etre, rester dans l'expectative. Cette
expression, qui n'a rien de fautif, est aujourd'hui employée
sans discernement par les médias, avec les risques de dérive
sémantique qui en découlent.
Autrefois utilisé en droit, en droit canon et en médecine,
le mot expectative désigne, au sens général,
l'espoir, l'attente que l'on fonde sur des promesses, des éventualités,
des possibilités. Attitude prudente qui consiste, avant d'agir,
d'être en possession de tous les éléments et
garanties nécessaires à sa décision. Demeurer
dans l'expectative; se tenir sur l'expectative.
Adjectivement expectatif, ive s'emploie dans un contexte
politique, à propos d'une attitude attentiste. Df,
436, janvier 2003.
- Expectative. Certains commentateurs de télévision
excellent dans l'art d'attraper au vol les mots ou les expressions
qui sont «dans l'air du temps». Ainsi en est-il d'expectative,
abondamment utilisé dans la tournure «être dans
l'expectative».
Sans être incorrecte, cette expression est fréquemment
employée à mauvais escient.
Autrefois employé adjectivement en droit canonique (grâce
expectative) le nom désigne aujourd'hui: a) l'attente que
l'on fonde sur des promesses, des probabilités: tenir quelqu'un
dans l'expectative; b) l'attitude prudente de celui qui, avant d'agir,
attend d'être en possession de tous les éléments
nécessaires à sa décision: se tenir sur l'expectative,
demeurer dans l'expectative.
L'expectative est donc une situation d'attente prudente et
non de doute, d'incertitude, de perplexité. Df,
454, juillet 2004.
Expertise / Expérience. «L'opérateur
suisse compte profiter de l'expertise de la société
italienne dans la télévision via Internet.»
Cette phrase, relevée dans un quotidien genevois, révèle
un emploi aberrant du mot expertise.
Sous l'influence de l'anglais, il prend abusivement le sens de «compétence,
expérience». Un tel glissement de sens peut créer
une confusion pouvant entraîner une totale incompréhension
du texte.
En français, expertise signifie a) procédure
qui consiste à requérir l'avis d'un ou de plusieurs
experts à l'occasion d'un litige. Expertise médicale,
judiciaire. Rapport d'expertise; contre-expertise; b) examen, estimation
par un expert d'un objet d'art ou d'un objet de collection. Le Dictionnaire
de l'Académie française est formel: «Est à
bannir: expertise employé absolument dans le sens de compétence,
savoir-faire, qualité d'une personne experte.». Df
492, septembre 2007.
Exponentiel. Cet adjectif connaît actuellement dans
nos médias une croissance ... exponentielle.
Terme de mathématique exponentiel (du latin savant
exponens, participe présent de exponere «
exposer ») signifie « dont l'exposant est variable ou
inconnu». Fonction exponentielle. N.f. Une exponentielle:
fonction réciproque de la fonction logarithme.
Par extension: croissance, développement, progression, rayonnement
exponentiels: rapides et continus.
Des dérapages sémantiques incontrôlés
font parfois de ce mot un synonyme d'abondant, prolifique, immodéré,
débridé, exubérant, effréné.
Df 486, mars 2007.
«Externaliser». Relevé dans un journal
d'entreprise: «Nos dirigeants externalisent les travaux sous
prétexte que le coût est moindre.»
Néologisme récemment introduit dans le Petit Larousse,
le verbe externaliser signifie, pour une entreprise, «confier
une partie de sa production ou de ses activités (comptabilité,
gardiennage, etc.) à des partenaires extérieurs».
Ne doit pas être employé comme synonyme de: délocaliser,
transférer, implanter à l'étranger, ni être
assimilé à sous-traiter.
Dans l'exemple ci-dessus, correct, il s'agit bien de transfert de
travaux et non de changement d'emplacement de l'entreprise. - Df,
n° 457, octobre 2004.
F
«Fan-club». Fan est un
emprunt (vers 1950) à l'abréviation de l'anglais fanatic.
Il désigne un admirateur (fanatique, enthousiaste, fervent,
idolâtre, inconditionnel, passionné) d'une vedette.
Aujourd'hui, toute vedette de variétés, tout chanteur
à succès, tout sportif de haut niveau de même
que tout groupe musical et toute équipe sportive se doivent
d'avoir leur fan-club.
Un fan-club n'est donc pas autre chose qu'un groupe, un cercle,
une équipe d'admirateurs et de supporteurs. - Df,
n° 477, juin 2006.
Fatidique. Relevé dans la presse lausannoise: «Le
mercure atteint par endroits la barre fatidique des 30 degrés.»
Fatidique (du latin fatidieus, de fatum: prédiction,
destin, et de dicere: dire) signifie: «où se
manifeste l'action du destin; qui révèle ce que les
destins ont ordonné; qui se distingue par une circonstance
particulière et importante: date, rencontre fatidique».
Paroles fatidiques: paroles prononcées au moment fatal (même
étymologie que fatidique) de la mort ou qui semblent révéler
un arrêt du destin.
L'événement météorologique en question
n'ayant - heureusement - aucun caractère fatal, il était
excessif de parler de «barre fatidique. - Df,
n° 421, octobre 2001.
Faisabilité. Néologisme (de l'anglais feasability:
qualité d'être faisable, réalisable; possibilité)
introduit dans la langue en 1974.
Dans le langage administratif et technique: ensemble des conditions
qui rendent un projet réalisable: une étude de
faisabilité.
Selon l'Académie, ce mot est à déconseiller.
En tout cas, son emploi devrait être strictement limité
au langage professionnel de l'ingénierie. - Df,
n° 433, octobre 2002.
«Feed-back». «L'homme n'est plus une création
d'une puissance universelle, il est simplement une organisation
feed-back dans 1'univers.»
Cet anglicisme à la mode peut revêtir quantité
d'acceptions diverses. De to feed, «nourrir»,
et back, «en retour, en arrière», littéralement
«nourrir à rebours».
En cybernétique, ce terme qualifie un dispositif d'autocorrection
qui permet à une machine ou à un organisme vivant
de régulariser son action par le jeu des écarts mêmes
de cette action; réglage des causes par les effets. En français:
contre-réaction, rétroaction, effet de retour, signal
ou choc en retour.
Par extension, en psychologie: régulation du comportement,
contrôle en retour, en physique: rétrocontrôle;
en biochimie: autorégulation. - Df, n°
439, avril 2003.
«Feeling». Emprunté à l'anglais
(v. 1946), ce participe présent substantivé de
to feel «éprouver, ressentir» provient de
l'allemand fühlen.
Il désigne: a) la sensibilité musicale, l'expressivité
musicale des sentiments, notamment dans le jazz; b) le sentiment
spontané, la manifestation des sentiments, quelque chose
de ressenti en commun; c) la faculté de sentir spontanément,
d'instinct, d'appréhender intuitivement une situation, un
événement.
Avoir le feeling avec quelqu'un: entrer en communication
immédiate et profonde avec une personne, avoir des sentiments
partagés, des atomes crochus, être sur la même
longueur d'ondes, en phase, au diapason avec elle.
Autant de mots et d'expression permettant de se passer de cet anglicisme
superflu. - Df, n° 427, avril 2002.
Feu (faire long ... ). L'expression faire long feu
se dit d'une arme où la poudre brûle trop lentement,
dont le coup est lent à partir ou ne part pas.
S'emploie surtout au sens figuré d'échec. Cette
tentative a fait long feu: n'a pas abouti. La cérémonie
a fait long feu: a traîné en longueur. Cette plaisanterie
a fait long feu: a raté son effet.
Ne pas faire long feu signifie ne pas durer. Leur bonne entente
n'a pas fait long feu. Un héritage, aux mains d'un prodigue,
ne fait pas long feu. - Df, n° 484, janvier 2007.
«Fighting spirit». «En matière
de «fighting spirit» l'Angleterre reste une référence
des plus sûres» nous assure un quotidien lausannois.
En matière de franglais aussi, serait-on tenté d'ajouter.
Le jargon sportif se nourrit volontiers - et exagérément
- de vocables anglo-américains. En anglais, fighting
signifie «se battre, combattre». To fight a battle:
livrer bataille. Fighting spirit ne veut donc rien dire de
plus et de mieux qu'esprit combatif, esprit de combat. Ce qui s'énonce
très bien en français. - Df, n°
430, juillet 2002.
Fil (sur le). On ne compte plus les locutions employées
à mauvais escient par des rédacteurs ignorants. Ainsi,
évoquant le succès d'un équipage suisse dans
une course de voiliers, un quotidien lausannois titrait: «Une
victoire sur le fil du rasoir».
Etre sur le fil du rasoir signifie «se trouver dans
une situation précaire, instable, périlleuse».
Ce n'était évidemment pas le cas de l'équipe
victorieuse.
Il y avait, en l'occurrence, confusion avec l'expression «gagner
(ou être battu) sur le fil», c'est-à-dire de
justesse, à l'arrivée, au poteau. - Df,
n° 424, janvier 2002.
«Final four». Un quotidien lausannois nous signale
que quatre équipes de basketball se sont qualifiées
pour le «final four» du championnat.
Précisons que ledit championnat se dispute entre équipes
romandes (donc francophones) et non entre des formations américaines.
On peut espérer que les quatre (four) équipes
qualifiées pour les demi-finales auront sans doute parfaitement
compris qu'il s'agissait du tour final de la compétition.
- Df, n° 468, septembre 2005.
«Flash-back». Les américanolâtres
pour qui «cinéma américain» est un pléonasme
(A. Astruc) raffolent du vocabulaire anglais qui abonde dans le
septième art.
Flash-back (de flash «éclat lumineux, lueur
subite, éclair» et de back «retour, recul,
rappel») désigne, au cinéma, une séquence
évoquant une période antérieure à celle
de l'action principale.
Par extension, en littérature: retour en arrière dans
un récit.
L'emploi de cet anglicisme est déconseillé. Il est
à remplacer par «retour en arrière» (recomm.
offic.) ou par «rétrospective» (Québec).
- Df, n° 451, avril 2004.
«Flashy». Que voulait dire le rédacteur
parlant d'un groupe « le plus flashy » d'un concours
de musique ? Le plus brillant, le plus séduisant, le plus
impressionnant peut-être?
En anglais, le substantif flasher désigne un bel esprit,
un homme superficiel, un frimeur.
En version « française » flashy (de flash
« éclair ») a tendance à s'obscurcir.
Signifie-t-il brillant, lumineux, étincelant, éblouissant?
Ou encore: criard, voyant, tapageur, clinquant, tape-à-l'oeil
?
Son ambiguïté est une raison suffisante de l'éviter.
Df, n°472, janvier 2006.
Fleur(s). L'usage tend aujourd'hui à écrire
indifféremment un arbre en fleur ou en fleurs
(J. Hanse). Et cette distinction tend même à disparaître
au profit du pluriel (J.-P. Colin).
Rien ne justifie pourtant la transgression d'une règle logique
distinguant un verger, une prairie en fleurs (il y en a plusieurs
espèces) d'un arbre en fleur (une seule variété
par arbre). « Les haies d'épines étaient
en fleur » (E. Fromentin).
On écrira: des jeunes filles en fleur (dans toute
la fleur de leur jeunesse, de leur beauté) ou, comme Proust,
A l'ombre des jeunes filles en fleurs. - Df,
n° 463, avril 2005.
Florès (faire). Cette expression signifiait, à
l'origine, se livrer à une démonstration éclatante,
faire une dépense d'éclat: «Nous avons fait
florès pour la naissance de M. le Dauphin» (Richelieu).
Aujourd'hui: obtenir un succès, briller, réussir d'une
manière éclatante, se faire une réputation:
cet acteur a fait florès dans des rôles de jeune premier.
Cette locution ne s'applique qu'à des personnes. On ne dira
pas, comme relevé récemment dans la presse: «les
appartements de luxe font florès.». - Df,
n° 460, janvier 2005.
Flouter. « C'est moi qui ai décidé de
flouter leur visage.» Cette phrase, relevée dans un
quotidien français, comporte un néologisme qui a fait
récemment son apparition dans le Petit Larousse et le Petit
Robert.
Flouter: «Photogr., télév. Rendre volontairement
flou, méconnaissable. Flouter un visage. »
Pour éviter une confusion avec le verbe flouer, un
tripotage sémantique a permis de créer le néologisme
flouter, au mépris de toute règle grammaticale,
le mot flou ne prenant pas de t final.
Un glissement de sens donne aujourd'hui à ce terme la significafion
d'«être obscur ou vague dans ses propos». Il est
déconseillé de l'employer hors du jargon professionnel,
au risque de « flouter» la netteté de sa pensée.
- Df, n° 475, avril 2006.
«Flyer». «Commandez votre flyer d'information»
nous conseille une agence de voyages.
Ce terme anglais (de to fly «voler, s'envoler, flotter;
fuir, s'enfuir, se sauver») désigne, entre autres acceptions:
un cheval de vitesse par opposition au cheval de distance; une carte
d'invitation à une fête, une réunion.
En l'occurrence, il s'agirait d'une feuille volante: papillon, tract,
prospectus, liste, répertoire, etc. Peut-être même
s'agit-il d'une brochure, d'un opuscule, d'un dépliant. Le
vocable anglais ne s'impose donc pas absolument. - Df,
n° 445, octobre 2003.
Focaliser (se). Du latin focus «foyer»,
ce verbe transitif et réfléchi s'emploie, au sens
propre, en physique: faire converger un rayonnement en un point.
Focaliser un faisceau d'électrons au moyen d'une lentille
électrostatique
Au figuré: concentrer, fixer sur un même objet. Focaliser
l'attention, l'intérêt. Pronom.: se focaliser sur les
points essentiels.
Rien à reprocher à ce verbe, sinon son emploi immodéré
par les médias, qui tend à éclipser les verbes
converger, concentrer, condenser fixer, réunir, rassembler,
confluer, etc. - Df, n° 442, juillet 2003.
Folklorique. Emprunté à l'anglais folk-lore
« science du peuple » dès 1884, le dérivé
folklorique désigne ce qui se rapporte ou appartient au folklore.
Costumes, danses, groupes folkloriques.
Par ext. fam. et iron.: qui surprend par son caractère pittoresque
ou désuet. Personnage folklorique.
Folklorique (apocopé parfois « folklo »),
terme vague, imprécis désignant ce qui est dépourvu
de sérieux, sans importance, et remplaçant approximativement
d'autres qualificatifs plus adéquats: original, inattendu,
pittoresque, amusant, farfelu, suranné, singulier, cocasse,
bizarre, bohème, etc. - Df, n° 474, mars
2006.
Fonctionnalité. - « Le mobile n'en finit pas
d'intégrer de nouvelles fonctionnalités » nous
assure une annonce publicitaire.
Ce néologisme (angl. functionality) a fait son apparition
dans les dictionnaires. La fonctionnalité est, en informatique,
la description des caractéristiques fonctionnelles d'un système,
d'un programme, spécifiant les résultats attendus
dans chaque situation; fonction potentielle d'un système
informatique.
Par une extension abusive du terme, limité jusqu'alors au
langage de l'informatique, fonctionnalité est devenu: «
caractère de ce qui est pratique dans tous les domaines ».
- Df, n° 496, janvier 2008.
- «L'ensemble des fonctionnalités a été
réfléchi pour une lecture précise ... »
Ce néologisme, datant du milieu des années 1960, n'est
apparu que récemment dans les dictionnaires usuels et est
ignoré du Dictionnaire de l'Académie (éd. 2000).
La fonctionnalité est le caractère de ce qui est fonctionnel,
pratique, en état de fonctionner, adapté à
sa fonction, approprié à son objet, utile, efficace.
Adaptation, adéquation aux besoins, aux nécessités.
L'utilité de ce néologisme n'est pas évidente,
sauf peut-être en informatique où il désigne
(au pluriel) l'ensemble des possibilités qu'offre un système
informatique. - Df, n° 480, septembre 2006.
Fonctionnel. L'adjectif fonctionnel s'applique à
ce qui a rapport à une fonction médicale (trouble
fonctionnel), chimique (analyse fonctionnelle), mathématique
(équation fonctionnelle), linguistique (opposition fonctionnelle
de consonnes), etc.
Par extension: qui est conçu de manière à être
rationnellement adapté à sa fonction, à son
but, qui remplit une fonction pratique, qui convient à quelque
chose. Cet adjectif est actuellement l'objet d'une faveur telle
qu'il sert à qualifier n'importe quoi, sans discernement.
Il éclipse abusivement quantité de termes souvent
plus précis et adéquats: adapté, rationnel,
opérationnel, disponible, exploitable, utilisable, accessible,
prêt, commode, pratique, convenable, adéquat, idoine,
approprié, qui correspond parfaitement, apte à être
employé ou utilisé, praticable, en état de
fonctionner, etc. - Df, n° 418, juillet 2001.
Formater. Un néologisme doit-il avoir obligatoirement
une imprégnation anglo-saxonne pour être adopté?
Le verbe formater, emprunté à l'anglais to
formate, issu du français format, en est un exemple.
Formé régulièrement sur format (comme
constater sur constat), ce verbe est entré (vers 1970) dans
le vocabulaire de l'informatique. Il a été adopté
par le Dictionnaire de l'académie française
(9e éd.): «Inform.: soumettre une disquette à
un programme de préparation pour lui donner un format utilisable
par l'ordinateur.»
Devrait être réservé exclusivement au domaine
de l'inforinatique et, dans les autres cas, remplacé par:
mettre au format, calibrer. - Df, n° 436, janvier
2003.
«Franchising». Ce terme désigne le fait,
pour une entreprise, de concéder à des entreprises
indépendantes, en contrepartie d'une redevance, le droit
de se présenter sous leur raison sociale et leur marque pour
vendre des produits ou services. Ce contrat s'accompagne généralement
d'une assistance technique.
Certains inconditionnels du «tout anglais» s'obstinent
à employer cet anglicisme à la place du mot français
franchisage recommandé par le Conseil supérieur
de la langue française, selon l'arrêté paru
au Journal officiel du 22 septembre 2000 et désormais adopté
par le Dictionnaire de l'Académie française et tous
les dictionnaires usuels. - Df, n° 493, octobre
2007.
Franglais. Ce mot est familier à tous les lecteurs
de Défense du français. Il désigne «
ce français émaillé de vocables britanniques,
que la mode actuelle nous impose » (M. Rat).
On attribue à Etiemble ce mot-valise popularisé par
le titre de son ouvrage Parlez-vous franglais ? Il n'en a
été, en réalité, que le propagateur.
Selon certaines sources (dont Etiemble lui-même) le mot aurait
été mentionné pour la première fois
dans le titre d'un article de Maurice Rat « Français
ou franglais ? » (France-Soir du 26 septembre 1959).
Origine contestée par l'écrivain-journaliste Roger
Minne, qui s'en attribue la paternité.
« Le franglais n'est pas une sorte d'épiphénomène
passager, il atteint la langue en profondeur, non seulement en imposant
un vocabulaire et des tournures inassimilables, mais aussi et surtout
en coupant la veine créatrice de la langue française
» (Tendances, avril 1970). - Df, n°
493, octobre 2007.
«Free-lance». Autrefois «franc-lancier»
(chevalier du Moyen Age) ce nom désigne aujourd'hui celui
qui est indépendant dans sa profession, surtout dans les
médias: un, des free-lance(s). Adj.: un journaliste,
un photographe free-lance. Ce type de travail: travailler
en free-lance (à son compte).
Cet anglicisme, accueilli par les dictionnaires usuels d'autant
plus complaisamment qu'il s'avère inutile, n'est pas reconnu
par l'Académie.
En français: indépendant, individuel, collaborateur
extérieur. L'acception d'origine québécoise
pigiste paraît l'avoir définitivement emporté
sur cet anglicisme. - Df, n° 454, juillet 2004.
Frilosité. A l'origine (frillouseté,
XIVe) ce mot désignait (et désigne encore) une sensibilité
particulière au froid.
Très à la mode aujourd'hui au sens figuré,
il exprime une attitude frileuse face à une situation donnée.
Il n'est question, dans les médias, que de frilosité
politique, économique, syndicale, etc. Cette métaphore
(heureuse au demeurant) ne devrait s'employer qu'avec mesure et
ne pas remplacer systématiquement crainte, prudence, réserve,
pusillanimité, pudeur, circonspection, timidité; comportement
trop modéré, timoré, précautionneux.
- Df, n° 490, juillet 2007.
«Frisbee». Pourquoi, dès que se développe
une nouvelle activité sportive, faut-il aussitôt l'affubler
d'un nom anglo-américain? C'est le cas de « Frisbee
» (marque déposée) qui désigne un petit
disque en plastique, légèrement bombé, qui
plane quand on le lance en lui imprimant un mouvement de rotation.
Par extension: jeu pratiqué avec ce disque.
La traduction française retenue par le Grand Dictionnaire
terminologique québécois de la langue française
est disque volant, correspondant à l'anglais flying
disc. - Df, n° 493, octobre 2007.
Fruste. Dans la relation d'une affaire criminelle, un hebdomadaire
français décrit l'accusé comme un être
«frustre».
«Frustre», au lieu de «fruste»,
est une erreur fréquente, due sans doute à la paronymie
avec rustre et frustrer.
Fruste (de l'italien frusto «usé»)
qualifie un objet (médaille, monnaie, monument) dont l'usure
a en partie effacé les figures et les caractères et
dont le relief est grossier. « Ce sont des médailles
frustes et couvertes de rouille, dont la légende est effacée»
(Voltaire).
Par extension fruste s'applique à une personne mal
dégrossie, qui manque d'éducation, de finesse. Se
dit aussi d'un langage, d'un style sans élégance,
de manières grossières. «Le souvenir, même
fruste et grossier, a son culte et son principe dans le coeur»
(Lamennais). - Df, n° 458, novembre 2004.
Fuiter. « Une enquête a été diligentée
pour connaître le nom du coupable qui a fait fuiter une information
confidentielle. »
Ce néologisme, relevé dans un hebdomadaire français,
a fait récemment son apparition dans le Petit Larousse. Fuiter:
Fam. Etre divulguée, en parlant d'une information qui devait
rester confidentielle.
Jusqu'à l'éclosion de ce néologisme, on pouvait
dire d'une information devant être tenue secrète qu'elle
avait filtré, transpiré, qu'elle avait été
dévoilée, divulguée, ébruitée,
propagée, répandue, révélée indiscrètement,
clandestinement, subrepticement. - Df, n°
483, décembre 2006.
«Fun». Cet emprunt à l'anglais (fun:
plaisanterie, badinage, amusement) a l'avantage de tout exprimer,
ou presque, ce qui dispense d'user d'un vocabulaire plus précis.
Fun désigne vaguement ce qui, en tous les domaines,
est jeune, à la mode, intéressant, attractif, divertissant,
plaisant, drôle, excitant, ludique, joyeux, distrayant, délassant,
récréatif, etc.
C'est l'évidence même: le vocabulaire français
n'est pas assez fun. - Df, n° 460, janvier
2005.
G
«Gatekeeper». De l'anglais gate «porte»
et keeper «gardien». Se dit, en informatique,
d'un logiciel généralement associé à
une ou plusieurs passerelles, qui assure notamment la conversion
des adresses et vérifie les autorisations d'accès
à un réseau.
En français: contrôleur d'accès ou portier.
- Df, n° 496, janvier 2008.
«Geek». « Quand l'accessoire
devient indispensable, c'est qu'on est en train de devenir un geek
» nous apprend un quotidien régional.
Le geek (prononcer « guik ») est un amateur d'objets
de haute technologie, utiles ou non mais qu'il s'agit de se procurer
avant tout le monde.
Aux Etats-Unis geek signifie « débile, abruti
par sa passion ».
En pays francophones: technophile averti, collectionneur, amateur
d'objets de haute technologie. Df 486, mars 2007.
Gentilé. Ce terme, utilisé dans le bulletin
406, suscite la curiosité d'un abonné. Gentilé
est un mot savant emprunté au latin gentile nomen
«nom de famille» (Suétone). Cité par Littré,
mais tombé en désuétude, il a fait sa réapparition
dans quelques dictionnaires usuels. Il est surtout en usage au Québec.
On appelle gentilé le nom particulier des habitants
d'une ville, d'un pays ou d'un lieu en général: Gênes,
Génois; Ardèche, Ardéchois; Bohême, Bohémien;
Gruyère(s), Gruérien (attention au changement d'accent).
- Df, n° 422, novembre 2001.
Gérer. Apparu au XVe siècle, du latin genere
«porter (sur soi), administrer, exécuter», ce
verbe transitif explose à la fin des années 1980,
pour signifier tout et n'importe quoi. On «gère»
désormais tout et son contraire.
Gérer c'est administrer pour le compte d'une autre
personne, d'une collectivité, d'une entreprise, etc., ou
par ext., pour son propre compte. Gérer une tutelle, un domaine,
le budget d'une entreprise; gérer ses affaires. Fig. Gérer
une crise, une pénurie (y faire face par des moyens empiriques).
On se sert de ce verbe de manière abusive pour «organiser,
planifier, arranger».
Selon l'Académie, «on ne peut gérer que des
biens matériels ou ce qui peut y être assimilé.
L'emploi extensif de ce verbe à d'autres domaines, comme
dans «gérer un divorce, une maladie, un échec»,
etc., est de très mauvaise langue et doit être proscrit».
- Df, n° 490, juillet 2007.
Giga-. Dans le langage des jeunes et dans les médias
qui veulent adopter un ton «moderne» on rencontre une
débauche et une surenchère de superlatifs formés
à l'aide de préfixes exprimant l'idée de grandeur
et de supériorité: super, hyper, maxi, extra, ultra,
méga, giga, etc. «J'ai rencontré un mec méga-chouette
à la rave. » Ou cet exemple relevé dans un ouvrage
récent: « J'ai compris de plus en plus de choses giga
importantes. »
Ce qu'il faut surtout comprendre, c'est la manifestation évidente
d'un verbiage excessif et extravagant. - Df, n°
477, juin 2006.
«Le gîte et le couvert» Nombre d'expressions
courantes sont mal comprises et détournées de leur
sens par ignorance. Ainsi en est-il de la locution «donner
le gîte et le couvert», doublement fautive.
Le mot couvert ne désigne pas les accessoires de table
destinés à chaque convive, mais le toit sous lequel
on s'abrite, le gîte. En associant gîte
et couvert, on ne fait que répéter la même
chose.
L'expression exacte est «donner le vivre et le couvert»,
qui signifie avoir l'hébergement complet, nourriture et logis:
«Il fit tant, de pieds et de dents, / Qu'en peu de jours
il eut au fond de l'ermitage /Le vivre et le couvert: que faut-il
davantage ?» (La Fontaine). - Df, n°
431, août 2002.
Glacière, glaciaire . «Période glacière»
est un barbarisme orthographique qui se rencontre encore assez souvent.
C'est, bien entendu, de période glaciaire qu'il s'agit.
Glaciaire: relatif aux glaces, aux glaciers. Erosion, moraine,
vallée, calotte glaciaire, Périodes glaciaires: périodes
du début de l'ère quaternaire, marquées par
un fort refroidissement de l'atmosphère terrestre.
Glacière: à l'origine, amas de glaces. Par
analogie: cavité souterraine dans laquelle on conservait
de la glace. Par extension: coffre ou récipient isotherme,
contenant de la glace, où l'on conserve des aliments, des
boissons. Glacière de camping. Abusivement: réfrigérateur.
Fig., lieu très froid: «Cette chambre, quelle glacière!»
- Df, n° 419, août 2001.
Globalisation. Cet anglicisme, apparu vers 1968, jouit d'une
faveur grandissante dans la presse économique. Formé
sur l'adjectif global qui, en anglais, signifie «mondial»,
il désigne l'action de globaliser «prendre, présenter
en bloc, d'une manière globale, totalement» ou son
résultat: «Faut-il craindre que la globalisation
et l'ouverture des économies suscitent l'aggravation des
inégalités et la hausse de la pauvreté?»
(Le Monde, 1997). Le récent Dictionnaire de l'Académie
française ne reconnaît ni le verbe globaliser
ni le substantif globalisation. Raison de plus d'éviter
ces termes qui font inutilement double emploi avec totaliser,
mondialiser et avec mondialisation. - Df,
n° 424, janvier 2002.
«Globish». Néologisme désignant
un langage anglo-américain de base, sorte de «basic
english» (BASIC étant l'acronyme de British American
Scientific International Commercial).
Le globish est un parler rudimentaire d'environ 1500 mots,
une sorte de «petit nègre» destiné, prétendument,
à faciliter l'intercompréhension entre les anglophones
et leurs interlocuteurs étrangers. - Df, n°
484, janvier 2007.
«Goodwill». «Notre présence est
un gros atout, à l'origine du goodwill et des bénéfices
que nous générons» lit-on dans un périodique
romand.
Cet anglicisme rebute non seulement le lecteur francophone mais
plus encore l'auditeur, désorienté par ce «goût
d'huile» dont la pertinence lui échappe.
Goodwill: bienveillance, bon vouloir, bonne volonté.
Dans le domaine de l'économie ce mot désigne une survaleur,
un fonds commercial, un écart d'acquisition, un actif
incorporel. - Df, n° 469, octobre 2005.
Gouvernance D'abord synonyme de gouvernement (XIIIe s.),
ce mot désignait autrefois a) la juridiction établie
dans certaines villes des Flandres et des Pays-Bas; b) la place
de gouvernante; c) une règle de conduite. la gouverne.
Réintroduit par le président Senghor, il désigne
au Sénégal le siège du gouverneur d'une région
et les services administratifs placés sous son autorité.
Passé à l'anglais (governance) au XIVe siècle.
ce mot revint. au cours des années 1980, dans le discours
de la finance internationale avec le sens de «gouvernement.
direction, tutelle». Corporate gouvernance: gouvernement
d'entreprise. La Commission de Bruxelles a publié, en 2001,
un «Livre blanc sur la gouvernance européenne».
- Df, n° 428, mai 2002.
Grâce, gracier. Gracier, gracieux, gracieusement,
graciable, disgracieux, disgracier s'écrivent
sans accent circonflexe. Seuls grâce et disgrâce
en prennent un.
Dans quelques locutions le singulier et le pluriel sont admis: rendre
grâce(s), action de grâce(s). Rentrer en grâce,
mais rentrer dans les bonnes grâces de quelqu'un.
On écrit au singulier: faire grâce (à un condamné),
accepter de bonne ou de mauvaise grâce, être en état
de grâce.
Grâce à exprime une idée favorable. On
évitera de l'employer pour désigner la cause d'un
événement malheureux. En ce cas, il faut dire: à
cause de, par la faute de... - Df, n° 440, mai
2003.
Gratifiant. Dérivé de gratifier «donner
psychologiquement satisfaction», cet adjectif est apparu vers
le milieu du XXe siècle. Au demeurant parfaitement correct,
il est employé surabondamment dans les offres d'emploi: salaire,
travail gratifiant. Se dit également de propos flatteurs,
louangeurs: éloge gratifiant.
Opposé à frustrant, il ne devrait cependant
pas éclipser totalement d'autres termes synonymes tels que
«valorisant, motivant, stimulant, satisfaisant, incitatif»,
etc. - Df, n° 434, novembre 2002.
Gratuit, gratis. L'adverbe gratis signifie «
sans qu'il en coûte rien, gratuitement » et s'emploie
comme adjectif invariable: spectacle(s) gratis. De pure grâce,
sans paiement de retour: héberger gratis les réfugiés.
N'est usité qu'au sens propre.
Gratuit conserve le sens latin « accordé par
libéralité ». L'adjectif s'oppose aujourd'hui
à payant. Fig.: ce qui n'est pas fondé, justifié:
supposition gratuite; ce qui n'est pas déterminé par
des considérations rationnelles: crime gratuit; acte gratuit;
désintéressé: il est rare que les éloges
soient gratuits. - Df, n° 466, juillet 2005.
«Grid computing» Selon un quotidien romand «les
multinationales se lancent à leur tour dans le «grid
computing».
Cette expression, formée de grid «grille»
(dans le sens de tableau présentant une organisation, une
répartition chiffrée) et de computing «calcul,
estimation, évaluation» désigne une technique
de calcul reliant plusieurs ordinateurs de bureau pour simuler une
machine hyperpuissante, un supercalculateur à utilisations
multiples: recherche pharmaceutique, industrie, com- merce, etc.
En français: grille de calcul. - Df,
n° 449, février 2004.
«Grounding». Le personnel au sol d'une compagnie
d'aviation a opéré un « mini-grounding »,
selon le titre d'un quotidien genevois.
Cet anglicisme (de ground, terrain, sol) est ignoré
de tous les dictionnaires. Les services linguistiques de la Chancellerie
fédérale proposent: paralysie (d'une flotte aérienne)
ou avions cloués au sol.
Dans le titre considéré, il s'agissait d'une occupation
partielle du terrain pour empêcher les avions de décoller.
- Df, n° 463, avril 2005.
«Guest star». Un quotidien français nous
apprend qu'un champion sportif participera à une épreuve
sportive en «guest star».
Cet anglicisme (litt. « invité étoile »)
s'applique à une personne en l'honneur de laquelle on donne
une réception ou à un invité de renom.
Si l'on s'obstine à vouloir s'exprimer en français,
on dira mieux : invité ou hôte de marque, de qualité,
invité d'honneur, hôte privilégié, personnalité
de premier plan, vedette. - Df, n° 469, octobre
2005.
H
« Hacker». Cet anglicisme (hack: hacher,
écorcher, mutiler, massacrer), introduit récemment
dans le Petit Larousse, désigne, en informatique, la personne
qui, « par jeu, défi ou souci de notoriété,
cherche à contourner les protections d'un logiciel, à
s'introduire frauduleusement dans un système ou réseau
informatique ».
En français : pirate de réseau, pirate informatique
ou (recomm. off.) fouineur. - Df, n° 463,
avril 2005.
Handball. Il n'est pas rare d'entendre appliquer une prononciation
anglaise (handbôll) à ce mot d'origine allemande qui
doit être logiquement prononcé «handballe»
contrairement à football, volleyball qui ont une origine
anglaise et américaine.
Si quelques dictionnaires admettent les deux formes hand-ball/ handball,
le Dictionnaire de l'Académie française et
le Guide du typographe ont opté pour handball,
en un mot. Le h initial est aspiré. Df, n°472,
janvier 2006.
Handicapé. En matière de langage, les médias
audiovisuels ne contribuent pas à donner le bon exemple.
On continue à parler, avec une bonne conscience imperturbable,
d'un «nhandicapé», des «zhandicapés»,
en espérant sans doute que «l'usage», cette providence
des ignorants, finira par prévaloir.
Le mot handicap étant emprunté à l'anglais,
son h initial est aspiré, ainsi que tous les dérivés.
Il suffit, pour ne pas se tromper, de se souvenir que le h
est considéré comme une consonne s'il est aspiré
et comme une voyelle s'il est muet. S'il est muet, il y a élision
ou liaison: l'homme, les hommes, « lézom »; s'il
est aspiré, il n'y a ni élision ni liaison: le héros,
les héros, « lé ... éro». - Df,
n° 469, octobre 2005.
«Happening». Mot anglais signifiant «événement».
«Faire un happening [...] c'est prendre conscience que le
monde est un spectacle à l'intérieur duquel on est
soi-même spectacle» (L'Express, 2.8.65). Happening
désigne un spectacle d'origine américaine, apparu
dans les années 1950-1960, qui demande la participation active
du public et cherche à provoquer une réaction artistique
spontanée. Evénement collectif correspondant à
ce genre de spectacle.
Il s'agit là d'un terme incongru qu'on peut remplacer avantageusement
par: improvisation, défoulement collectif, expressionnisme,
impromptu, spectacle-surprise, spontanéisme,- attraction,
représentation spontanée. - Df,
n° 490, juillet 2007.
«Happy few» En faisant figurer la devise «To
the happyfew» à la fin de ses livres, pour indiquer
qu'ils n'étaient destinés qu'à un petit nombre
d'élus, Stendhal ne se doutait pas que, deux siècles
plus tard, cette expression, destinée à une élite
de lettrés, serait galvaudée par les snobs de l'anglomanie.
«Happyfew»: heureux élus, privilégiés,
élite, cénacle, pléiade, phalange, connaisseurs,
initiés, assistance choisie; la crème, le gratin,
le gotha, etc. Ce terme désignant un nombre restreint de
privilégiés, on évitera de parler d'«une
foule compacte de happyfew» (L'Humanité,
14/15.10.2000). - Df, n° 419, août 2001.
«Has-been». Apparu au début des années
soixante, cet anglicisme (expression tronquée de one who
has been: il fut, il est fini) désigne une personne ayant
été célèbre et ne l'étant plus.
En bon français, on préférera parler d'une
personne oubliée, déchue, finie, démodée,
ringarde, voire d'une vieille gloire. «Untel n'est pas
«has been», mais il est «fini»
(Vie et Langage, juin 1961). - Df, n°
437, février 2003.
«Hat trick». Ce terme (litt. «coup de
chapeau» ou «tour de chapeau» (Québec)
désigne une série de trois buts marqués par
un même joueur au cours d'un match (football, hockey sur glace)
ou la triple victoire d'un concurrent ou d'une équipe dans
une compétition sportive.
Les expressions anglaises sont particulièrement appréciées
dans le monde du sport. Mais les termes français équivalents
cités ci-dessus (de même que triplé, passe de
trois) ont l'avantage d'être plus aisément compréhensibles
pour un public francophone. - Df, n° 440, mai
2003.
Haut du panier. Titre relevé dans un quotidien lausannois:
« La relève tiendra le haut du panier.» Confusion
flagrante entre deux expressions: le dessus du panier; le haut du
pavé.
Le dessus du panier: ce qu'il y a de mieux ou de meilleur;
l'élite, la fine fleur, le gratin. De grande valeur, de qualité
supérieure. « Je vous donne avec plaisir le dessus
de tous les paniers, c'est-à-dire la fleur de mon esprit,
de ma tête, de mes yeux, de ma plume, de mon écritoire
» (Mme de Sévigné).
Tenir le haut du pavé: occuper le premier rang, jouir
d'une grande considération, avoir la prépondérance.
« Cette créature tient le haut du pavé, et
décontenance et embarrasse la duchesse » (Mme de
Sévigné). Df, 466, juillet 2005.
«Hedge funds». «Qu'est-ce qu'un hedge
fund?» demandait récemment un quotidien lausannois.
Il est malaisé de donner de ce terme une définition
précise tant il comporte d'acceptions diverses. Il signifie
tout à la fois fonds de couverture, fonds d'arbitrage,
fonds de performance, fonds événementiel, fonds spéculatif,
placement à risque, etc.
Il s'agit d'un fonds d'investissement à haut risque permettant
d'opérer sur des montants importants avec des mises limitées.
Vu l'imprécision de cet anglicisme n'est-il pas préférable
d'employer des termes français? Df, 455, août
2004.
«Hexagone» L'hexagone (sans circonflexe) est
un polygone à six angles et six côtés (grec
hexagônos: qui a six angles).
Employé par antonomase, Hexagone (avec majuscule)
désigne la France, par assimilation au tracé hexagonal
du pays. Selon la dernière édition du Dictionnaire
de l'Académie française «cet emploi est
à déconseiller».
Ce qui est surtout à déconseiller est la prononciation
«Hexagône» de certains présentateurs de
radio et de télévision. Hexagone se prononce
avec un o ouvert, comme... polygone, Antigone, et non comme aumône,
pylône. Df, 422, novembre 2001.
«Himself ». «L'équipe sera emmenée
par le champion du monde himself. »
Ce terme, relevé dans un périodique wallon et composé
sans italique ni guillemets, semble être très en faveur
dans la presse belge et se rencontre également dans nos journaux
romands.
Himself. lui-même; (all) by himself. tout seul.
Eh oui... cela peut aussi se dire en français. Df
486, mars 2007.
Hobby. Quoique ce mot soit désormais adopté
par tous les dictionnaires, y compris celui de l'Académie
française, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là
d'un anglicisme tout à fait inutile.
Hobby, à l'origine «petit cheval de selle»,
est passé, par glissement sémantique, du sens de dada
(cheval dans le langage enfantin) à celui de dada
(passe-temps, manie favorite).
La langue française offre cependant assez de produits «maison»
pour qu'on puisse se passer de cet ersatz: passe-temps, distraction
ou occupation favorite, activité de loisir, violon d'Ingres,
passion, dada, manie, marotte, délassement, distraction,
dérivatif, etc. - Df, n° 490, juillet
2007.
Holisme. Néologisme formé en 1926 par le biologiste
sud-africain Smuts à partir du grec holos «
tout entier, complet ». Ce mot, d'emploi didactique, nous
est parvenu par le truchement de l'anglais et désigne la
théorie selon laquelle l'homme est un tout indivisible qui
ne peut être expliqué par ses différents composants
isolés les uns des autres; doctrine qui ramène la
connaissance du particulier, de l'individuel à celle de l'ensemble,
du tout dans lequel il s'inscrit.
Ravis d'introduire dans la langue un nouveau pédantisme,
certains cuistres n'ont pas hésité à donner
à ce terme un sens figuré en parlant, par exemple,
d'un «holisme financier». Signe annonciateur d'une probable
dérive sémantique.
S'agissant d'une doctrine syncrétique plus ou moins fantaisiste,
les termes syncrétisme, globalisme, méthode
globale conviendraient aussi bien. Df. 472, janvier 2006.
«Home-jacking». Un quotidien régional
français informe ses lecteurs (probablement anglophones)
de la mise sous surveillance policière d'une bande spécialisée
dans le home-jacking.
Cet anglicisme signifie rien de moins qu'un vol à domicile
de véhicules.
Pourquoi ne pas le dire ainsi ? Cela ne fait pas assez «cultivé»
sans doute. Df. 481, octobre 2006.
Homme de terrain. Est-il aujourd'hui un seul personnage
en vue qui ne soit qualifié d'homme de terrain par
une presse élogieuse ?
Homme de terrain: se dit d'une personne en contact direct
avec les gens, agissant sur les lieux mêmes de l'action, préférant
les tâches concrètes aux spéculations intellectuelles
et aux fonctions sédentaires.
Il est fait, dans les médias, un usage souvent inconsidéré
et immodéré de cette locution. Sauf peut-être
dans des éloges funèbres de personnalités,
où elle s'avère d'autant plus opportune que ledit
« homme de terrain » repose à six pieds sous
terre. - Df, n° 496, janvier 2008.
«Hooligan». Ce terme d'origine russe désignait
à l'origine les jeunes hostiles au régime soviétique.
Par le truchement de l'anglais, il désigne aujourd'hui des
jeunes se livrant à des actes de violence et de vandalisme
dans les lieux publics et lors de compétitions sportives.
Sous la forme francisée « houligan » ce terme
est passé dans le langage courant. On peut pourtant lui préférer
des équivalents bien français: casseur, loubard, vandale,
asocial, vaurien, voyou. Collect.: racaille. Df, 477,
juin 2006.
Horde, harde. Dans notre
bulletin n°497, la fiche « zizanie » comportait
une erreur malencontreuse... que nos abonnés auront sans
doute rectifiée d'eux-mêmes. Il était question
d'une « horde » (sic) de sangliers. Le terme exact était,
bien entendu, harde.
Harde (de l'all. Herde « troupeau ») désigne
une troupe de bêtes sauvages.
Horde: peuplade errante, troupe nombreuse et indisciplinée
qui déferle avec violence et se livre à divers excès.
- Df, n° 498, mars 2008.
«Hotline» . Expo.02 propose à ses futurs
visiteurs une réservation «hotline» des billets
d'entrée.
Cet anglicisme (littéralement: ligne chaude) désigne
une ligne téléphonique ouverte vingt-quatre heures
sur vingt-quatre. Sauf à vouloir singer les usages américains,
on préférera une expression française: ligne
ouverte, fil rouge, numéro d'urgence, assistance ou permanence
téléphonique. Df, 428, mai 2002.
Humanitaire. Pour favoriser la libération d'un otage,
la France plaide pour un «accord humanitaire» avec les
ravisseurs. En d'autres temps, on aurait parlé de négociation
ou de compromis. D'autre part, les correspondants de la plupart
des médias utilisent abondamment les expressions «désastre,
tragédie, catastrophe humanitaire», ce qui est un non-sens
flagrant.
L'adjectif humanitaire signifie: «Qui vise au bien
de l'humanité.» Une doctrine humanitaire. Etre animé
de sentiments humanitaires. Par ext.: «Qui cherche à
améliorer les conditions des plus déshérités,
à lutter contre les maux et les injustices.» Mission
humanitaire, mesures humanitaires; organisation, association à
but humanitaire. - Df, n° 490, juillet 2007.
Hymne. Chant, poème à la gloire des dieux,
des héros, ou exprimant la joie, l'enthousiasme, hymne
est masculin dans la plupart des acceptions: un hymne à Aphrodite,
à la nature; l'hymne national.
Dans la liturgie catholique, il est ordinairement au féminin
dans le sens de «cantique latin qui se chante et se récite
à l'église». Cette distinction n'a, selon Littré,
rien qui se justifie puisque le mot est masculin d'après
l'étymologie (latin hymnus, grec humnos).
Même dans cette acception les dictionnaires modernes admettent
les deux genres. Il va sans dire que, dans une citation, l'orthographe
adoptée par l'auteur doit être respectée: «Toutes
les hymnes de cet admirable office» (F. Mauriac); «Les
joueurs de flûte firent entendre les hymnes religieux»
(Fustel de Coulanges). Df, 425, février 2002.
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J
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