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DÉFENSE DU FRANÇAIS

A à D / E à H / I J K L / M à R / S à Z

M

Magique. Cet adjectif comporte plusieurs acceptions: a) Qui se rapporte à la magie, qui relève de la magie; produit par la magie. Cabalistique, ésotérique, occulte, surnaturel. b) Dont les effets sont extraordinaires. c) Qui charme, qui enchante, qui fait illusion; ensorcelant, envoûtant, féerique, enchanteur, merveilleux, surprenant.
Ce terme tend aujourd'hui à être abusivement utilisé, au point de perdre toute signification et devenir un synonyme de « super». Un hamburger au ketchup (par exemple) peut être décrété magique. - Df, n° 478, juillet 2006.

Magnitude (prononcer mag-ni). L'intensité d'un séisme en un lieu est caractérisée par l'échelle de Mercalli qui compte 12 degrés. [ ... 1 Cette intensité, variable selon les points, ne doit pas être confondue avec la magnitude du séisme qui caractérise celui-ci, et est définie par le logarithme de l'amplitude. (Dict. de géologie de Foucault et Raoult, 1980.)
L'échelle de magnitude (ou échelle de Richter, encore trop souvent confondue avec l'échelle des intensités) permet de comparer entre elles les énergies libérées dans les différents séismes. La magnitude est calculée à partir de la mesure de l'amplitude du mouvement du sol déterminée d'après l'enregistrement obtenu sur un sismographe standard à une distance donnée de l'épicentre. (Dict. des sciences de la Terre d'Encyclopaedia Universalis.). - Df, n°454, juillet 2004 (remplace la fiche du n° 449, février 2004).

«Mailing». Ce faux anglicisme (direct mail en anglais) désigne la prospection commerciale d'un marché au moyen de documents distribués par la poste.
Equivalents français: courrier publicitaire, voie postale, maillage postal, diffusion ou envoi en nombre. En Belgique: toutes-boîtes. Recommandation officielle: publipostage. - Df, n° 434, novembre 2002.

Majeur. La fréquence extrême de certains mots affaiblit l'importance qu'ils sont censés attribuer. Tel est le cas de majeur qui n'a de "criticable" (cf. -cable/-quable, fiche 457) que l'emploi exagéré qui en est fait dans les médias. Tout est devenu majeur: intérêt majeur, enjeu majeur, événement majeur, raison majeure, priorités majeures, etc.
C'est un cas de force majeure de limiter l'usage excessif de cet adjectif. Variantes proposées: grand, important, considérable, crucial, décisif, impérieux, fondamental, indispensable, essentiel, prioritaire, primordial, etc. - Df, n° 455, août 2004.

« Making of ». « Le making of de ce film a pulvérisé les records d'entrées en salles. » Cette information peut à coup sûr décontenancer celui qui ne maîtrise pas assez bien le « franglais branché ».
En jargon cinématographique, le making of (angl. making «création, composition») est «le film du film», c'est-à-dire un reportage sur le tournage d'un film; un document qui décrypte l'art et la manière du tournage d'un film; une présentation du détail d'une opération de tournage.
Ce terme n'est mentionné par aucun dictionnaire usuel. Dans son Dictionnaire franglais-français, Alfred Gilder propose: reportournage, cinémarge, docufilm. - Df, n° 475, avril 2006.

Manichéen. Cet adjectif, très prisé de nos jours, est emprunté au grec Manikhaios, du nom de l'hérésiarque Mani (ou Manès), auteur d'une doctrine fondée sur la coexistence et l'antagonisme des principes de bien et de mal.
Est manichéen (pron. « ké-in ») ce qui propose un strict dualisme entre les notions de bien et de mal; qui dénote une façon de voir, de juger en termes antonymiques de bien et de mal; qui oppose de manière simpliste les bons et les méchants.
Ce mot devrait être limité aux domaines philosophique et religieux et ne pas se substituer inutilement à antagoniste, binaire, concurrent, contradictoire, dualiste, rival, termes souvent préférables mais qui, pour nos « élites », ont l'inconvénient majeur de ne pas faire assez « cultivé ». - Df, n° 499, avril 2008.

Manne, mânes. «Les mannes de Georges Clémenceau ont été ravivées» pouvait-on lire dans un périodique français. De quoi faire se retourner dans sa tombe l'ancien président du Conseil.
Ces deux termes n'ont de commun que leur homonymie.
La manne désigne la nourriture que les Hébreux reçurent miraculeusement du Ciel pendant leur traversée du désert: «Il fit pleuvoir sur eux la manne pour les nourrir» (Ps. 78:24). Par extension, don providentiel et inespéré, avantage inattendu: la manne de ses bienfaits.
Les mânes (n.m.pl.) représentaient, dans l'Antiquité romaine, l'âme divinisée des morts, l'esprit, l'ombre des morts. Fig.: souvenir des morts. Invoquer les mânes d'un prédécesseur illustre. - Df, n° 452, mai 2004.

«Marines». Nos médias s'obstinent à utiliser ce terme pour désigner les soldats des troupes d'intervention des flottes américaine et anglaise opérant en Irak, Il s'agit tout simplement de fusiliers marins.
Adopté aujourd'hui par tous les dictionnaires usuels «français», cet anglicisme (d'origine française) devrait au moins être adapté à notre prononciation à la place de la phonation bovine «meuh ... rinn's » dont se gargarisent les commentateurs de l'audiovisuel. - Df, n° 464, mai 2005.

Martyr(e). Un martyr (grec martur: témoin) est celui qui a subi un martyre (grec marturion: témoignage, preuve). Le martyr est la victime, le martyre le supplice lui-même. «Le crime a ses héros, l'erreur a ses martyrs» (Voltaire); «Le martyre est une sublimation» (V. Hugo). Fém. martyre: sainte. Thècle fut la première martyre du christianisme. - Df, n° 428, mai 2002.

Martyrologe. Ce nom (masculin) est fréquemment martyrisé par nombre de gens qui l'écrivent ou le prononcent «rnartyrologue», sous l'influence de «catalogue».
Quoiqu'il s'agisse bien d'un catalogue (des martyrs et autres saints persécutés pour leur foi), martyrologe s'écrit sans u... comme «horloge».
Désignant l'ouvrage chrétien, le mot prend la majuscule: le Grand Martyrologe romain.
Par extension, se dit d'une liste de personnes qui ont souffert et sont mortes pour une cause profane, un idéal. On évitera d'employer le mot martyrologe à propos de victimes d'événements tels que catastrophes naturelles ou épidémies. - Df, n° 422, novembre 2001.

Mater, mâter. « Les officiers cherchaient à cacher aux généraux ces rébellions qu'ils n'avaient pu mâter » (sic).
Cette phrase, relevée dans une revue française, prouve que la confusion entre les deux verbes mater et mâter n'est pas rare.
Mâter (avec circonflexe) est un terme de marine: doter un navire d'un mât ou de mâts; établir la voilure.
Mater (sans circonflexe): vaincre, dresser, dompter, réprimer (une émeute); mortifier, humilier. « Ces gens-là ont une certaine fierté dans l'esprit qu'il est bon de mater un peu » (Voltaire).
Autres sens: faire mat, aux échecs; argot: épier, surveiller, observer avec concupiscence, zieuter, reluquer. - Df, n° 497, février 2008.

«Mayorque». Certains commentateurs des médias audiovisuels ne se résigneront jamais à prononcer correctement ce nom propre. Peut-être confondent-ils Majorque (île des Baléares) avec Mayotte (île des Comores).
Si Mayotte se dit comme «mayonnaise», il n'y a, en revanche, aucune raison de prononcer «Mayorque».
En espagnol Mallorca (pron. Maliorca), le mot francisé Majorque doit se prononcer comme «major, majordome, majorette, majorité», etc. - Df, n° 491, août 2007.

«Medley» Les snobs anglomaniaques qui se gargarisent de cet anglicisme se doutent-ils qu'il est d'origine française? En vieux français «meslée»: mêlée, brouille, querelle: «Tant estriverent, ke par paroles, se medlerent» (Wace, XII, s.).
Aujourd'hui mot passe-partout désignant un mélange musical comportant plusieurs airs connus, chanson composée d'un mélange de plusieurs autres ou mélange de chansons variées. Autrement dit pot-pourri, terme bien français que même les Anglais nous ont emprunté. Variante: mélange, choix, florilège. - Df, n° 425, février 2002.

Météo. «La manifestation est promise a un beau succès, à condition que la météo soit de la partie» (sic).
Comment la météo pourrait-elle être absente? Le chroniqueur du journal dans lequel a paru cette phrase est-il conscient de l'absurdité de ce qu'il écrivait?
La météorologie (abrév. météo) est l'étude scientifique des conditions atmosphériques. Les prévisions météorologiques (et non prévisions du temps, lequel ne fait pas de prévisions) indiquent le temps probable dans les jours à venir. C'est le temps et non la météo qui peut être bon ou mauvais, favorable ou non. On exprime le souhait que le beau temps, et non la météo, soit de la partie. - Df. n°481, octobre 2006.

Mi, ni. L'emploi de locutions est souvent source d'erreurs et de mauvaise interprétation. Il n'est pas rare de rencontrer «ni figue ni raisin» au lieu de mi-figue mi-raisin ou «mi-chair mi-poisson» pour ni chair ni poisson.
Ces deux locutions marquent le doute, l'incertitude, la perplexité.
Mi-figue mi-raisin (trait d'union) dénote le caractère ambigu de quelqu'un ou de quelque chose dont on ne sait que penser, qu'on ne sait comment interpréter. Un air mi-figue mi-raisin. Recevoir un accueil mi-figue mi-raisin.
Ni chair ni poisson se dit d'une personne qui ne veut pas se compromettre, qui flotte entre deux partis opposés: il n'est ni chair ni poisson. - Df, n° 491, août 2007.

«Missionné». Le verbe missionner date de la fin du XIX' siècle. Il avait le sens bien précis d'«envoyer en mission scientifique». Il vient de faire sa réapparition avec une acception inattendue. La presse d'outre-Jura nous apprend qu'une entreprise peut-être «missionnée» pour effectuer des réparations à un immeuble.
Quant à missionnariat, il désignait les fonctions du missionnaire.
La réfection d'un bâtiment ne requérant pas les services d'un savant ou d'un religieux, il est préférable de s'en tenir à des verbes mieux adaptés. Une entreprise peut être choisie, désignée, retenue pour, appelée à, chargée de... - Df, n° 440, mai 2003.

Mitigé. «Le temps restera mitigé au cours de la semaine» prévoit le bulletin météorologique.
Le verbe mitiger (lat. mitigare) signifie adoucir, tempérer, atténuer, calmer. «Les physionomies, par le commerce que les hommes ont ensemble, contractent je ne sais quoi de liant qui les mitige» (Marivaux).
Est-ce par attraction de mitigeur = mélangeur que l'adjectif mitigé est si souvent employé pour qualifier, à tort, un temps inégal, variable, incertain? En bon français, mitigé ne saurait qualifier qu'un temps adouci, devenu plus clément. - Df, n° 419, août 2001.

Moelle(s). Ce mot figure dans plusieurs expressions familières: Etre corrompu jusqu'à la moelle: complètement. Etre transi jusqu'à la moelle: pénétré, engourdi de froid. Il l'a sucé jusqu'à la moelle: se dit d'un homme qui en ruine un autre en lui tirant tout ce qu'il peut en tirer. La substantifique moelle: ce qu'il y a d'essentiel, de profond, principalement dans une oeuvre de l'esprit.
Au pluriel, emploi littéraire et vieilli pour désigner le plus intime, le plus profond de l'être: «laldabaoth a peu de culture générale, mais il est soldat dans les moelles» (A. France).
Moelle et ses dérivés moelleux, moelleusement, moellon se prononcent «moi». Ne pas écrire «moëlle» ou «moelle». - Df, n° 443, août 2003.

Mondialisme, mondialisation. Mondialisme: universalisme consistant à constituer l'unité politique de la communauté humaine. Mondialisation: le fait de devenir mondial, de se répandre dans le monde; son résultat.
Les dictionnaires usuels ne donnent que des définitions extrêmement sommaires de ces deux termes, pourtant souvent confondus.
Mondialisation: vocable créé à la fin des années quarante et utilisé pour décrire une philosophie de création des institutions globales dont le monde aurait besoin pour vivre en paix, dans la recherche de la justice et d'un contrôle démocratique du monde. Ce terme étant désormais entaché de trop d'ambiguïté, les mondialistes lui préfèrent celui de mondialisme pour exprimer cette philosophie.
La mondialisation, désigne plutôt, de nos jours, un impérialisme exercé à l'échelle mondiale par les oligarchies commerciales et financières. - Df, n° 437, février 2003.

Mouvance. Caractère de ce qui est mouvant.
Dans le système féodal, mouvance désignait l'ensemble des biens, terres ou droits qui dépendaient d'une seigneurie. Dépendance d'un fief par rapport à un autre.
Par extension, le mot prend le sens d'« être dans la zone d'influence ». « La construction automobile entraîne dans sa mouvance de nombreux secteurs » (Le Monde, 15.1.67). La mouvance surréaliste.
Le français des médias use et abuse de ce terme dans le sens de « qui est à la mode »: ce n'est plus dans la mouvance.
Cette expression finira, elle aussi, par être démodée. - Df, n° 501, juin 2008.

Moyenâgeux, rnédiéval. Ces deux termes ne sont pas toujours interchangeables.
Médiéval est littéraire et didactique: château médiéval, poésie médiévale, études médiévales.
On applique familièrement moyenâgeux à ce qui est vétuste, suranné, à ce qui rappelle le Moyen Age par ses caractères, son pittoresque- un bourg moyenâgeux; des habitudes, des coutumes moyenâgeuses. «Nous étions simplement moyenâgeux» (E. de Goncourt). - Df, n° 484, janvier 2007.

«Must». C'est devenu le mot «incontournable» du vocabulaire «branché». Le must, quoi.
Que signifie-t-il? A peu près tout.
En anglais to must est un verbe neutre employé comme auxiliaire: I must go: il faut que j'aille; you must know: il faut que vous sachiez.
En «franglais», désigne ce qu'il faut savoir ou faire pour être à la mode; ce qu'il y a de mieux ou de meilleur; ce qui est indispensable, essentiel, insurpassable; la quintessence, le summum, le nec plus ultra.
Comme on peut le constater, la pauvreté du français rend indispensable cet anglicisme. - Df, n° 446, novembre 2003.

N

«Network / Networking». «Le networking est essentiel pour bien gérer sa carrière» nous assure un quotidien genevois.
Le terme anglais network «réseau» désigne en informatique un ensemble de circuits reliant différentes stations terminales. Terme général désignant un ensemble de lignes de télécommunications.
Le dérivé networking sert à nommer une mise en réseau d'adresses, de contacts; un maillage de relations d'affaires.
Cet anglicisme ne figure dans aucun dictionnaire usuel récent. Recommandation officielle: réseautage. - Df, n° 458, novembre 2004.

« Newsletter ». Après le newsmagazine (bulletin 466) voici qu'apparaît un autre vocable emprunté à l'anglo-américain: newsletter.
Cet anglicisme, qui n'est mentionné dans aucun des plus récents dictionnaires usuels, est cependant de plus en plus répandu dans les entreprises et la publicité.
Les services linguistiques de la Chancellerie fédérale recommandent bulletin, lettre d'information. Variantes: bulletin d'en- treprise, lettre confidentielle, circulaire. - Df, n°503, août 2008.

« Newsmagazine ». Ce terme, venu des Etats-Unis, désigne aujourd'hui une revue illustrée hebdomadaire traitant de politique, d'économie, de culture et de social.
Le terme magazine fut utilisé la première fois par l'Anglais Edward Cave en fondant sa revue The Gentleman's Magazine (1731). Emprunté au français magasin, dans le sens ancien d'«ouvrage périodique composé de morceaux de littérature et de science», magazine est de nos jours parfaitement intégré dans le sens de revue illustrée.
En revanche, l'anglicisme news n'ajoute rien de plus - sinon une pointe de snobisme - à magazine, revue, hebdomadaire, illustré, gazette, périodique. - Df, n° 466, juillet 2005.

Nickel. Publicité pour soins orthopédiques: « Des pieds nickel pour les beaux jours ». Concerne-t-elle les fameux personnages de Louis Forton, les Pieds Nickelés?
Dans l'usage familier, nickel signifie adjectivement « d'une propreté irréprochable » par allusion à l'aspect brillant et poli du métal.
Abondamment répandu de nos jours, cet adjectif est attesté depuis 1918.
Il remplace, trop souvent sans nécessité, propre, poli, net, brillant, éclatant, étincelant, reluisant, rutilant, resplendissant, etc.
La locution « avoir les pieds nickelés » est une altération de « niclés », mot d'origine dialectale signifiant « noué, paralysé », sans aucune parenté étymologique avec nickel. - Df, n°503, août 2008.

Nimbe, limbe(s). La paronymie entre ces deux mots peut être cause de confusion, d'autant plus à craindre qu'ils ont un point de rapprochement. Le nimbe est une sorte d'auréole autour d'un personnage auguste ou sacré; le Iimbe est le bord du disque lumineux d'un astre.
Dans un sens poétique figuré, le nimbe désigne l'auréole, le prestige dont on pare un personnage célèbre. Autres acceptions: bord gradué d'un instrument de mesure; partie principale et plane d'une feuille (bol.); périphérie de la cornée.
Au pluriel, les limbes désignent le lieu où se trouvaient les âmes des justes avant la venue du Christ; le séjour des âmes des enfants morts sans baptême. Fig. Etre dans les limbes: n'avoir pas encore vu le jour, n'être pas encore réalisé: projet encore dans les limbes. Etat vague, incertain, mal défini: les limbes de la pensée. - Df, n° 428, mai 2002.

Noël, Nativité. Noël est du masculin, sauf dans la locution figée à la Noël. Prend une majuscule quand il désigne la fête: «Nous souhaitons un joyeux Noël à nos abonnés», et une minuscule quand il s'agit du cadeau offert à cette occasion ou d'un cantique: «Après avoir reçu leur petit noël des mains du Père Noël, les enfants entonnèrent des noëls anciens.»
Noël célèbre la nativité du Christ (absolt: la Nativité). Ce tableau représente une nativité.
- Df, n° 423, décembre 2001.

Nominé. Ce néologisme résulterait, paraît-il, d'un lapsus commis par Romy Schneider lors d'une remise d'oscars, que médias et même dictionnaires se sont empressés de répéter et même d'adopter.
Le verbe anglais to nominate vient du latin nominare et correspond au français nommer.
D'un candidat à un prix, cinématographique ou autre, on dira de préférence qu'il est cité, désigné, choisi, agréé, pressenti et (recommandation officielle) sélectionné. - Df, n° 419, août 2001.

«Notice d'emballage ». Un abonné s'insurge contre l'apparition quasi quotidienne d'une publicité télévisée faisant état de la notice d'emballage figurant sur des médicaments.
Il s'agit là d'un cas flagrant de français fédéral dérivé de l'allemand Packungsbeilage.
En français correct: notice, notice explicative, notice de mode d'emploi. Df, n°472, janvier 2006.

«Nugget ». Terme anglais signifiant « pépite ». L'usage de cet emprunt est généralement compris comme beignet (de poulet). Le terme anglais pour beignet est fritter.
Beignet aux pommes: apple doughnut ou fritter.
Il serait préférable d'employer le mot français plutôt que d'avoir recours à une mauvaise traduction. Mais voilà : beignet se prête mal à une intonation yankee. Df, n°487, avril 2007.

Nuisance. Ce très vieux mot français, attesté dès le XIIe siècle, signifiait, à l'origine: tort, dommage, préjudice. Longtemps tombé en désuétude (Malherbe le taxait de «vieux mot sorti de 1'usage»), ce vocable a crû avec exubérance depuis quelques décennies pour désigner l'ensemble des facteurs de gêne ou d'insalubrité dans une zone donnée: bruits, pollutions nuisant à la qualité de la vie.
La faveur dont il jouit ne doit pas engendrer un emploi abusif de ce terme au détriment de: gêne, trouble, dérangement, contrariété, difficulté, malaise, inconvénient, menace, danger, etc. - Df, n° 431, août 2002.

O

Obédience. Ce mot (féminin) signifiant «obéissance, soumission» a d'abord été employé dans un contexte religieux au sens d'obéissance, de soumission à un supérieur ecclésiastique. Par métonymie: établissement religieux dépendant d'un monastère; lettre de congé écrite par son supérieur à un religieux pour partir en voyage; lettre d'obédience: lettre garantissant la compétence d'un religieux appartenant aux ordres enseignants; ambassadeur d'obédience: ambassadeur qu'envoyait le roi au pape pour l'assurer de son obéissance filiale; pays d'obédience: pays ou provinces où le pape conférait de plein droit les bénéfices vacants.
De nos jours, obédience concerne essentiellement la sounùssion à une autorité, la fidélité à une doctrine spirituelle, politique ou philosophique: organisation communiste de stricte obédience.
Le nom dérivé obédiencier s'écrit avec un c et l'adjectif obédientiel avec un t. - Df, n° 440, mai 2003.

Obélisque. « L'obélisque est vieille de 3200 ans » avons-nous entendu lors d'un reportage sur une chaîne télévisée, à propos de l'obélisque de Louxor, place de la Concorde à Paris.
Rappelons que le mot obélisque est masculin. « Les obélisques gris s'élançaient d'un seul jet » (V. Hugo).
Ce mot grec (obeliskos « broche à rôtir ») désigne une pyramide très allongée, un monument quadrangulaire en forme d'aiguille, élevé sur un piédestal, et ordinairement monolithe.
Par analogie, objet qui présente une forme haute et allongée. « Des obélisques de fleurs et d'épines » (Bernardin de Saint-Pierre). - Df, n° 504, septembre 2008.

«Obtenable». Sous l'influence de l'anglais obtainable: «qui peut être obtenu, procuré», certains médias diffusent le néologisme obtenable. Ce terme ne répond à aucun besoin puisque le français propose disponible et... procurable, attesté par le Littré et le Nouveau Larousse universel: «Des matériaux aisément procurables» (A. Barth). - Df, n° 431, août 2002.

Obtenteur. Ce substantif, rencontré dans un catalogue d'exposition florale, n'est mentionné par aucun dictionnaire usuel récent. Il ne s'agit pourtant pas d'un néologisme puisqu'on le trouve dans le Littré. Obtenteur: 1. Celui qui obtient. L'obtenteur de cette grâce. 2. Celui qui obtient une nouvelle variété végétale. Le véri- table obtenteur de la rose du roi.
Vieilli pour «personne qui se fait accorder ce qu'elle désire», le mot n'est plus guère utilisé que dans le sens de «personne qui réussit à atteindre un résultat»: «Il exposa la méthode ordinaire des obtenteurs pour avoir les plus beaux semis» (A. Gide). - Df, n° 446, novembre 2003.

Occulter. Ce verbe, naguère réservé à des spécialités bien précises, connaît actuellement une vogue certaine auprès de «spécialistes» d'expressions recherchées à prétention savante.
Occulter signifie: a) en astronomie, cacher à la vue un rayon, une étoile; b) rendre peu visible une source lumineuse, canaliser en un faisceau étroit les rayons de cette source.
Au sens figuré occulter remplace, souvent abusivement, masquer, cacher, dissimuler, rendre obscur, opaque; passer sous silence. - Df, n° 458, novembre 2004.

«On-line». Angl. «en ligne». Se dit d'un matériel informatique connecté par câble à l'unité de traitement ou à l'ordinateur central. Qualifie également une opération d'entrée/sortie directe dans un ordinateur. Connecté, direct, immédiat.
Par ext. argotique, être on-line c'est être branché, dans le coup, au courant, à la mode, etc. - Df, n° 484, janvier 2007.

Onze, onzième. Quoique onze et onzième commencent par une voyelle, il est d'usage de ne pas élider l'article ou la préposition qui les précède et de les prononcer comme s'ils étaient précédés d'un(e) «h» aspiré(e): le train de onze heures, le onze national, ils ne sont que onze, la onzième heure (et non plus l'onzième comme le recommandait en son temps Vaugelas).
Toutefois, dans certaines expressions, l'élision incorrecte est tolérée: le bouillon d'onze heures, la belle-d'onze-heures (liliacée), le film La Dame d'onze heures de Jean Devaivre. - Df, n° 417, juin 2001.

«Open space». «C'est ici que le Premier ministre cache sa start up dans un open space» lit-on dans un quotidien français (!).
Cet américanisme exprime le travail en équipe où l'espace de travail est ouvert et non plus cloisonné en cellules. En français: bureau paysagé, espace ouvert. Lorsque l'espace est compartimenté par un système de cloisons amovibles, il n'y a plus lieu de parler de bureau paysagé mais de bureau alvéolé. - Df, n° 455, août 2004.

Opportunité. «Le onze sédunois a perdu en dépit des nombreuses opportunités qui se sont offertes à lui en première mi-temps.» Telle est la façon de s'exprimer de nombreux commentateurs sportifs... et autres.
Il est des barbarismes qui ont la vie dure... surtout lorsqu'ils bénéficient de la tolérance de certains dictionnaires. Il est donc opportun de les proscrire.
En anglais opportunity signifie «occasion». En français: caractère de ce qui est opportun, de ce qui vient à propos: opportunité d'une démarche, d'une mesure.
Opportunité n'a pas à être utilisé dans le sens de «circonstance opportune, occasion favorable», ces syntagmes suffisant à une claire formulation de l'idée exprimée. - Df, n° 425, février 2002.

Opprobre. Emprunté au latin opprobrium «honte, déshonneur, outrage» ce substantif est du genre masculin.
Opprobre signifie a) honte extrême et publique, déshonneur: couvrir quelqu'un d'opprobre; b) cause de honte: être l'opprobre de sa famille; c) état d'abjection: vivre dans l'opprobre. «La vie est un opprobre, et la mort un devoir» (Voltaire).
Ne pas écrire «opprobe»: ce mot rime avec «octobre» et non avec «probe». - Df, n° 437, février 2003.

Optionnel. La vogue du mot option, souvent employé sans discernement, a entraîné l'apparition (vers 1960) de l'adjectif optionnel (1963).
« Une vingtaine d'autres améliorations - optionnelles ou non - sont annoncées par le constructeur » (Le Monde, 4.10.68).
Emprunté à l'anglais optional, ce terme, adopté aujourd'hui par tous les dictionnaires, remplace parfois sans nécessité facultatif, au choix. Df, n°487, avril 2007.

Organiser. « C'est demain que la paroisse catholique organisera sa vente annuelle. » Il est fréquent de rencontrer des phrases de ce genre dans la presse. Une telle tournure est fautive, car l'organisation d'une vente, d'une fête, d'un spectacle, d'une manifestation quelconque précède toujours la réalisation, l'exécution, l'inauguration.
Organiser: préparer, programmer, disposer, arranger, monter, régler, aménager.
On organise un voyage avant le départ, une campagne de publicité avant son lancement, ses vacances avant leurs débuts, une vente de charité avant son ouverture. - Df, n° 420, septembre 2001.

Osmose. Du grec ôsmos «impulsion, poussée ». Phénomène consistant dans les déplacements qui s'opèrent entre deux liquides de concentrations différentes au travers d'une paroi dite permsélective.
Electr. Osmose électrique ou électro-osmose: traversée d'une paroi par un liquide sous l'effet d'un champ électrique.
Au sens figuré, le mot osmose «influence réciproque, interpénétration » jouit d'un grand prestige dans les médias, où il tend à remplacer abusivement alliage, amalgame, échange, fusion, mélange, union, etc. - Df, n° 473, février 2006.

Ostensible, ostentatoire. En France, le débat sur le port du voile islamique à l'école a mis en évidence ces deux adjectifs contenus dans le rapport soumis au Parlement.
Ostensible signifie: qui ne se cache pas, apparent; qui peut être montré publiquement, sans inconvénient; qui se laisse voir à dessein, avec l'intention d'être remarqué.
Ostentatoire: qui est mis en valeur de façon excessive et indiscrète; qui montre avec une insistance excessive une qualité, un avantage; qui cherche à faire parade, à présenter de façon provocante, agressive.
Ces deux termes ne sont pas absolument synonymes. Ostentatoire renchérit sur ostensible en marquant non seulement l'intention de montrer avec affectation mais surtout de choquer, de provoquer. - Df, n° 452, mai 2004.

Outre. Outre est suivi d'un trait d'union dans certains mots composés où il signifie «au-delà de»: outre-mer, outre-tombe, outre-Atlantique, outre-Jura.
Outremer désignant la couleur (bleu intense) s'écrit en un mot de même qu'outrecuidant, outrepasser. La locution adverbiale outre mesure ne prend pas de trait d'union.
Ne pas dire: «passer outre quelque chose» mais «passer outre à quelque chose».
La locution conjonctive outre que est suivie de l'indicatif ou du conditionnel: outre qu'il est trop âgé, il n'a pas les aptitudes requises; outre qu'il serait mal accueilli, il n'a pas suffisamment d'expérience pour remplir cette fonction. - Df, n° 466, juillet 2005.

«Outsourcing ». Même le Petit Robert n'a pas jugé indispensable d'accueillir un tel monstre... c'est tout dire.
Cet anglicisme est utilisé pour désigner le transfert de l'exploitation d'un centre informatique, voire de toutes les activités d'un service informatique, à un fournisseur extérieur dans le cadre d'un contrat.
Synonymes: approvisionnement à l'extérieur, infogérance, sous-traitance, préférables à l'inélégant et imprécis externalisation. - Df, n° 499, avril 2008.

«Overdose». Emprunt abusif à l'anglais (1968) pour désigner une dose trop forte de drogue, pouvant entraîner la mort: succomber à une overdose. Par extension, excès de toute nature: une overdose d'anglicismes.
Ce mot peut parfaitement (et correctement) être remplacé par surdose (recomm. offic.), éventuellement par «dose excessive, létale».
En médecine, overdose doit se traduire par surdosage. - Df, n° 443, août 2003.

«Overdrive». Terme anglais signifiant «pousser trop fort ou trop loin; faire marcher trop vite».
Dans le langage de l'automobile qualifie un dispositif de surmultiplication des rapports d'une boîte de vitesses.
En français: boîte de vitesses automatique, transmission automatique, surmultipliée. - Df, n° 458, novembre 2004.

«Overtime». En finale du championnat de hockey sur glace, les Bernois se sont imposés en «overtime» signale un message Teletext.
La préposition over désigne tout ce qui est sur, au-dessus de, par-dessus, plus que, au-delà de, au travers de, de l'autre côté, etc.
Overtime ne dit rien d'autre qu'«en supplément, au-delà du temps réglementaires ou, tout simplement, «pendant les prolongations». Mais cela ne fait sans doute pas assez érudit. - Df, n° 452, mai 2004.

P

« Packaging ». Encore un anglicisme comportant une quantité d'acceptions diverses. Ce mot désigne: a) une technique d'emballage commercial consistant à soigner l'emballage dans une perspective publicitaire. Action de conditionner. Emballage destiné à assurer la protection, la conservation et le transport d'un produit, ou encore servant à le mettre en valeur. Recomm. off.: conditionnement, emballage, empaquetage. b) Génétique: empaquetage de matériel génétique à l'intérieur d'une capsule virale. Encapsidation. c) Electronique: opération qui consiste à enfermer une ou plusieurs puces dans un boîtier. Encapsulation. - Df, n° 501, juin 2008.

Pâques, Pâque. La fête chrétienne s'orthographie avec majuscule et s final, au masculin singulier: «Quand Pâques était venu» (F. Mau- riac). Suivi d'un adjectif passé adjectivé sans auxiliaire, le mot devient féminin pluriel: «L'herbe est douce à Pâques fleuries» (G. Brassens).
Employé comme nom commun, s'écrit avec une minuscule: faire ses pâques.
Au sens de fête juive ou orthodoxe, le mot perd son s final et sa majuscule et devient singulier: la pâque juive, la pâque russe.
La majuscule est généralement maintenue dans les textes évangéliques: «La Pâque des juifs était proche» (Jean 2:13). - Df, n° 438, mars 2003.

Parade (comme à la). «Les grenouilles croassent (sic) comme à la parade.»
Passons sur la curieuse hybridation ranidés/corvidés que nous propose l'auteur de cette phrase pour nous intéresser à son sens. Que signifie-t-elle? Rien.
L'expression comme à la parade que nous servent abondamment quelques chroniqueurs et commentateurs sportifs n'est mentionnée dans aucun dictionnaire. Elle n'existe tout simplement pas et n'est utilisée que par ceux qui font parade d'un savoir qu'ils sont loin de posséder.. - Df, n° 443, août 2003.

Parti, partie. On observe une confusion fréquente entre ces deux mots, comme dans cette relation d'un fait divers: «M. Untel a été vivement pris à parti [sic] par son client.»
Prendre à partie c'est attaquer quelqu'un en justice et, par ext., s'en prendre à lui, l'incriminer, lui imputer une chose: « Il n'a point pris le ciel, ni le sort à partie» (P. Corneille).
Prendre parti: se décider pour ou contre, choisir, prendre position: «L'Eglise peut prendre parti dans les choses que l'Evangile laisse indifférentes» (Bossuet).
Tirer parti de: tirer avantage, utilité, profit; faire servir au mieux de ses possibilités, de ses intérêts: «lorsque Tibère commença à régner, quel parti ne tira-t-il pas du sénat! » (Montesquieu). - Df, n° 464, mai 2005.

Passible de... C'est abusivement qu'on fait parfois de passible un synonyme d'assujetti à: «Vous êtes passible de l'impôt sur la fortune.»
Passible de: «qui doit subir, qui a mérité de subir une peine, une amende, une sanction» ne peut s'appliquer qu'à un coupable: tout délinquant est passible d'un châtiment.
Le sens théologique ancien de passible: «qui est capable d'éprouver la douleur ou le plaisir; qui peut souffrir, éprouver des sensations» est de nos jours inusité. - Df, n° 432, septembre 2002.

«Patchwork» Cet anglicisme (de patch «pièce, morceau de rapiéçages et de work «travail, ouvrage» désigne une pièce de tissu, de tricot, faite d'un assemblage de morceaux disparates cousus ensemble.
Au figuré, se dit au sens de «mélange d'éléments hétérogènes, disparates»: un patchwork de nationalités.
Cette métaphore «tous usages» remplace abusivement «mélange, assemblage, mosaïque, bigarrure, bariolage, pariachure, amalgame, composition, kaléidoscope, habit (et non manteau) d'arlequin», etc. - Df, n° 449, février 2004.

Peau de chagrin. Titre relevé dans la presse lausannoise: «Athlétisme: l'élite suisse réduite à une peau de chagrin.» Cette phrase signifie que l'élite s'est réduite à n'être plus qu'une peau de chagrin. Ce qui n'a pas de sens.
Le chagrin (du turc sagrï: croupe d'un animal et, par métonymie, peau qu'on prépare) est un cuir grenu fait de la peau d'un âne, d'un mulet, d'un cheval, d'une chèvre ou d'un mouton. Relier un livre en chagrin.
L'expression « comme une peau de chagrin » (allusion au roman de Balzac) s'emploie pour qualifier une chose (ou un bien moral) qui diminue, se rétrécit peu à peu.
Dans la phrase incriminée, c'est donc « l'élite suisse réduite comme une peau de chagrin » qui aurait été la tournure correcte. - Df, n° 420, septembre 2001.

«Péjorer». «Nous n'avons aucun intérêt à des prix trop bas qui tendent à péjorer la qualité ... » déclare à la presse un éminent économiste.
Ce verbe n'est reconnu par aucun dictionnaire... à la seule exception du Dictionnaire historique de la langue française (Robert, 1992).
Il peut signifier: amoindrir, déprécier, diminuer, réduire, affaiblir, dévaloriser, défavoriser, désavantager, handicaper, etc. C'est assez dire que cet intrus peut aisément être remplacé. - Df, n° 441, juin 2003.

Pénates. C'est le nom - masculin pluriel - que les Romains et les Etrusques donnaient aux dieux domestiques protecteurs du foyer ou à leurs effigies. Adjectivement: les dieux pénates.
Par extension, patrie, pays, domicile. Porter ses pénates: aller s'installer ailleurs, dans un autre pays. « Qui sait même si je ne pourrai pas quelque jour fixer entre vous deux mes pénates errants» (P.-L. Courier).
Passé dans l'usage familier pour désigner, souvent plaisamment, le foyer, la demeure. - Df, n° 461, février 2005.

Pénombre. Nous avons appris, par TSR1, que la rescapée d'une chute avait été plongée durant cinq heures dans une pénombre totale.
Pénombre: lumière faible, tamisée; demi-jour, semi-obscurité, clair-obscur. « Cette pénombre que les femmes aiment tant » (Balzac).
Dans un souci de clarté, précisons que pénombre n'est pas synonyme de nuit, ténèbres, obscurité. - Df, n° 494, novembre 2007.

«People». Pas trace de ce mot, dont les médias font actuellement une consommation accentuée, dans les dictionnaires de la langue française, à la seule exception du Petit Larousse compact 2004.
En anglais, people signifie le peuple, le monde, les gens, les personnes. Employé adjectivement il désigne généralement des publications populaires, des rubriques ou des magazines grand public.
En français: presse populaire, grand public, de boulevard, à potins, à sensation, à scandale, etc. - Df, n° 452, mai 2004.

Performant. La mode langagière privilégie certains termes qui, sans être incorrects, sont utilisés en toutes circonstances au détriment de mots plus appropriés.
C'est le cas de performant «capable d'un rendement optimal». Ne parlons donc plus d'un collaborateur efficace, d'un auteur fécond, d'un fonctionnement impeccable, d'un rendement optimal, d'une opération fructueuse, d'un produit fiable, d'un investissement productif, d'une entreprise moderne, d'un marché compétitif, etc.
Tout doit désormais être performant. N'est-ce pas aussi le propre d'un langage moderne d'être performant ? Df, n°487, avril 2007.

Péripétie. Le mot péripétie est souvent employé à tort dans le sens d'incident mineur, d'événement sans grande importance: ce n'est qu'une simple péripétie.
Emprunté au grec peripeteia « passage subit d'un état à un état contraire », ce terme fut d'abord employé dans le cadre d'oeuvres théâtrales pour une phase du drame imprévue, un changement de situation dans une action dramatique. Un mélodrame fertile en péripéties.
Par extension péripétie est passé dans l'usage courant pour parler d'un événement soudain et imprévu provoquant un revirement, un coup de théâtre. Changement subit de fortune; incident émouvant. Les péripéties d'un voyage, de la vie. - Df, n° 482, novembre 2006.

Périple «à travers». Un hebdomadaire romand propose à ses lecteurs «un périple culinaire à travers la Suisse».
Il n'est donc pas inutile de répéter que le mot périple (du grec péri «autour» et plous «naviguer») ne devrait s'appliquer qu'à un déplacement circulaire sur mer ou, par extension, sur terre. Synonymes: circuit, tour. Un périple ne peut se faire qu'autour et non à travers, dans, au sein de...
Il est donc abusif de parler de périple pour un déplacement non circulaire. Les mots voyage, croisière, traversée, excursion, expédition, randonnée, course, balade, parcourt, trajet ne suffiraient-ils plus? - Df, n° 437, février 2003.

Personnel(s). En légende d'une photo: «Les personnels en grève ont manifesté hier matin devant leur entreprise.»
Il n'y a aucune raison valable d'employer le substantif personnel au pluriel puisqu'il désigne l'ensemble des personnes travaillant dans un même service, une même entreprise ou profession: le personnel soignant de la clinique. Il ne doit pas non plus être confondu avec personnes.
D'un emploi de plus en plus fréquent, cette nouvelle manie rédactionnelle n'a, cette fois, même pas l'excuse d'être un calque de l'anglais. - Df, n° 425, février 2002.

Phagocyter. Le mot phagocyte (du grec phagein, manger, et kutos, cellule, cavité) désigne une cellule possédant le pouvoir d'absorber et de digérer des particules étrangères.
Le verbe dérivé phagocyter est passé dans l'usage courant, vers 1960, à propos du processus de destruction, d'absorption d'un individu ou d'un groupe par un autre; parti politique qui tente d'en phagocyter un autre: grosse société qui phagocyte une petite entreprise.
L'usage immodéré de ce verbe ne doit pas faire oublier les verbes avaler, absorber, détruire, neutraliser, paralyser, englober, etc.- Df, n° 429, juin 2002.

« Phishing ». Ce terme d'informatique, ignoré jusqu'alors des dictionnaires, désigne une technique de fraude visant à détenir des informations confidentielles, telles que des mots de passe ou des numéros de cartes de crédit, au moyen de messages ou de sites usurpant l'identité d'institutions financières, d'entreprises commerciales ou de particuliers.
En français: hameçonnage (terme recomm.), filoutage, piratage informatique. - Df, n° 504, septembre 2008.

«Phoning». Le procédé est encore plus fréquent que l'usage du mot. Il s'agit d'un mode de vente consistant à relancer la clientèle particulière à domicile par téléphone. Vente par téléphone. Le Dictionnaire des termes officiels de la langue française recommande démarchage téléphonique.
Phone marketing: mercatique téléphonique, mercaphonie. - Df, n° 478, juillet 2006.

«Pitch». Les médias audiovisuels manifestent un véritable engouement Pour cet anglicisme. De quoi s'agit-il ?
En anglais, le terme pitch comporte une quantité d'acceptions et se rencontre dans de nombreuses expressions. Naturalisé «français». il appartient au vocabulaire de la publicité avec le sens de «démonstration qu'une agence de publicité fait devant un client sur les services qu'elle peut lui offrir».
En jargon de scénariste: argument dramatique résumé en un minimum d'énoncé. De même dans le vocabulaire de la télévision, il désigne un résumé sommaire d'une histoire portée à l'écran.
C'est, en français, une présentation courte, brève, concise, succincte: un abrégé, un argument, un exposé, une introduction, un préambule, un résumé, un sommaire.
Est-ce suffisant ? - Df, n° 473, février 2006.

Pléiade. La Pléiade, à l'origine, désignait un groupe de sept étoiles de la constellation du Taureau, puis un groupe de sept poètes de la Renaissance. Appliqué, par extension, à un groupe de sept personnages célèbres, ce terme désigne aujourd'hui, au figuré, un groupe plus nombreux mais néanmoins restreint. « Toute une pléiade de jeunes hommes » (J. Benda).
Il est abusif de parler de pléiade pour un grand rassemblement, une foule, une multitude. Ce vocable ne s'applique qu'à des personnes. On ne dira pas, par exemple, qu'un kiosque expose une pléiade de revues.
Attention à l'orthographe du mot: pléiade et non « pléïade ». - Df, n° 482, novembre 2006.

Plombé. « Une carrière plombée, une société plombée, une réputation plombée », etc. L'emploi métaphorique de ce participe passé, s'il s'avère parfois judicieux, souffre d'une utilisation pléthorique dans nos médias. Il exprime pêle-mêle tout ce qui gêne, embarrasse, désavantage, entrave, nuit, lèse, contrarie, met en difficulté, fait obstacle, etc.
Un usage plus raisonnable et modéré éviterait au vocabulaire français d'être « plombé » par ce terme envahissant. - Df, n° 499, avril 2008.
- Plomber. Un quotidien français fait état d'un avocat dont l'image reste «plombée» par une affaire récente.
Cette acception figurée du verbe plomber vient de faire son apparition dans le Petit Larousse: Entraîner vers le bas; handicaper, compromettre. Dette qui plombe les résultats. Parti plombé par les scandales.
Ce néologisme entraîne abusivement une ribambelle de sens plus ou moins voisins: alourdir, altérer, corrompre, empêtrer, entraver, encombrer, embarrasser, gêner, marquer défavorablement, etc. Il n'est donc d'aucune utilité. - Df, n° 475, avril 2006.

«Podcasting». Mot-valise anglo-américain, contraction de «iPod» et de broadcasting «émission».
En informatique, on appelle podcasting un système permettant à des internautes de télécharger des fichiers multimédia et de les transférer sur un baladeur numérique.
Au Québec, on remplace cet anglicisme par baladodiffusion (terme recommandé). - Df, n° 491, août 2007.

Pointu. L'acception nouvelle de l'adjectif pointu se trouve... à la pointe des néologismes à la mode. D'abord utilisé dans les milieux de la technique et de l'économie (logiciels pointus, recherche, étude pointue) puis intellectuels (question pointue, raisonnement pointu) pour désigner quelque chose de très spécialisé, d'une grande technicité ou précision, de très subtil, raffiné, difficile.
L'emploi parfois abusif de cet adjectif ne doit pas occulter des termes souvent plus adéquats: précis, rigoureux, exigeant, sélectionné, spécialisé, ingénieux, complexe, difficile, délicat, fin, subtil. - Df, n° 434, novembre 2002.

Pompe(s). Etait-il à côté de ses pompes le rédacteur qui, relatant les obsèques de l'abbé Pierre, écrivait: «Demain, les funérailles de cet humble capucin auront lieu en grandes pompes»?
Au féminin singulier, la pompe a le sens de cérémonial, solennel, fastueux. Du grec pompê «procession publique, marche pompeuse, cortège solennel ».
Etre reçu en grande pompe: avec faste, apparat, solennité. Triomphe, gloire, éclat: « Là tu verras d'Esther la pompe et les honneurs» (Racine).
Au féminin pluriel: pompes funèbres. Les vanités du monde: renoncer à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres. Df, n°487, avril 2007.

Pont (faire le). Pour la période de congé du dimanche et du lundi de la Pentecôte (jour férié), on a entendu parler de «pont de Pentecôte». L'expression est impropre. On ne peut parler de «faire le pont» que lorsqu'un jour ouvrable chômé se trouve placé entre deux jours fériés; il faut qu'il y ait «enjambement» et non pas simple succession de jours fériés. - Df, n° 478, juillet 2006.

Positionner. Ce verbe a été formé (1963) sous l'influence de l'anglais to position. En français, il exprime l'action de mettre une pièce dans une position exactement déterminée en vue d'un travail, d'un assemblage. En comptabilité: positionner un compte (le mettre à jour). Milit.: déterminer la position exacte d'un avion, d'un navire, d'un objectif. Comm.: définir les caractéristiques d'un produit et sa «position» par rapport à son marché et à sa clientèle.
Hors de ces emplois précis, il vaut mieux dire placer, mettre, situer établir, installer, localiser, déterminer.
La forme pronominale se positionner n'est pas admise par certains dictionnaires: acquérir une position; se situer, se définir. - Df, n° 456, septembre 2004.

Pragmatique. « Entre pragmatiques qui veulent la paix, on peut se comprendre » a déclaré un ministre étranger.
Pragmatique est un adjectif et ne peut être employé comme substantif. Il signifie: qui est fondé sur l'action, la pratique et cautionné par l'efficacité (politique pragmatique) ; qui s'inspire des principes de l'esprit du pragmatisme (personne pragmatique).
Ce terme, utilisé surabondamment par les médias, est néanmoins parfaitement correct. Mais rien n'empêche de parler aussi d'une personne efficace, habile, experte, expérimentée, pratique, avertie, compétente, d'esprit positif, rompue aux négociations, etc.
Le substantif féminin pragmatique est un terme de linguistique. - Df, n° 497, février 2008.

«Prétérité». Ce participe passé, très répandu en Suisse romande, a été admis par le Fichier français de Berne (1980) qui considère qu'« il peut prendre sa place dans le vocabulaire français ». Le verbe prétériter figure dans la dernière édition du Petit Larousse.
Ce romandisme appartient au langage administratif et journalistique plutôt qu'à la langue littéraire. Il ne peut être considéré comme indispensable parce que sans équivalent puisqu'il remplace sans réelle nécessité lésé, frustré, défavorisé, désavantagé, pénalisé; qui a subi un préjudice, à qui l'on a causé du tort. - Df, n° 466, juillet 2005.

«Prime time» Au programme de TSR 2.: «Riche soirée théâtrale, et en prime time s'il vous plait!»
Il nous plairait mieux d'entendre cette information exprimée en français. Cet anglicisme signifiant «première heure» désigne, dans le jargon de l'audiovisuel, l'heure de la plus forte écoute. Ne pourrait-on donc pas parler d'heure de grande écoute, d'heure de pointe ou d'émission principale? - Df, n° 423, décembre 2001.

Privilégier. Ce verbe très ancien (v. 1223) a eu d'abord le sens particulier d'«attribuer des indulgences» (à une église), puis celui d'«accorder un privilège à quelqu'un». Il avait disparu des dictionnaires courants avant de revenir avec le sens de «favoriser». Cette extension de sens est critiquée par certains grammairiens et lexicologues.
Sans qu'il soit vraiment condamnable, ce faux néologisme peut être remplacé par préférer, avantager, favoriser (quelqu'un); donner la primauté, la préférence, la plus grande importance (à quelque chose). - Df, n° 456, septembre 2004.

Problématique. La problématique (de l'allemand Problematik) désigne la technique qui consiste à bien poser un problème ou un ensemble cohérent de problèmes. Par métonymie: ensemble de problèmes se posant sur un sujet déterminé. Syn.: questionnement.
Ce mot semble être revêtu d'un tel prestige qu'on l'utilise à tout propos. Il devrait pourtant n'être réservé qu'à un usage didactique et ne pas se substituer abusivement à problème, dif- ficulté, complication, obstacle. - Df, n° 452, mai 2004.

Processus. D'abord utilisé en anatomie (processus inflammatoires) ce mot a pris ensuite le sens de «progrès, développement» et est passé dans l'usage courant pour désigner un ensemble de phénomènes se déroulant dans le même ordre. La spécialisation plus technique de «suite ordonnée d'opérations aboutissant à un résultat » empiète sur l'aire d'emploi de procédure (ensemble d'étapes successives dans la conduite d'une opération complexe).
Employé surabondamment par les médias, processus tend à supplanter abusivement développement, croissance, progression, cheminement, déroulement, extension, etc. - Df, n° 464, mai 2005.

Prochains(s). Doit-on écrire: «les 6 et 7 février prochains ou prochain»? Les deux formes peuvent être justes; tout dépend du contexte. Exemple: «Les inscriptions auront lieu les 11 et 12 juin pro- chains, mais la sélection définitive n'interviendra que les 20 et 21 septembre prochain.»
Pourquoi le pluriel dans un cas et le singulier dans l'autre? C'est qu'il est supposé que cette phrase a été écrite alors que le mois de juin était déjà en cours. L'accord de la première proposition porte donc sur les dates (11 et 12), tandis que, dans la seconde, il se fait sur le mois (septembre, à venir).
Curieusement, ce problème, embarrassant pour beaucoup de gens, n'est abordé par aucun des dictionnaires des difficultés consultés. - Df, n° 417, juin 2001.

«Procrastiner». Le substantif procrastination, cité par Littré, est considéré comme inusité dans le Larousse du XXe siècle (1932). Il signifie: remise au lendemain, ajournement. « Chênedollé écouta trop le démon de la procrastination, comme on l'a appelé» (Sainte-Beuve).
En revanche, le verbe procrastiner n'est pas encore reconnu par les dictionnaires récents, mais fait désormais fureur dans la presse: «Vinokourov n'est pas du genre à procrastiner. » De même le participe passé: «Bravo de ne pas avoir procrastiné pour envoyer ce mail! »
Certains néologues (ou néologistes) amateurs ne sont pas, eux, du genre à procrastiner pour se donner une teinture d'érudition. - Df, n° 475, avril 2006.

Pronoms conjoints. On met un trait d'union entre les pronoms personnels objets, l'un direct, l'autre indirect, qui, après l'impératif, sont étroitement liés à celui-ci phonétiquement: donnez-le-lui, montre-les-moi. « Que reste-t-il de tout cela / Dites-le-moi » (C. Trenet).
C'est une erreur fréquente d'oublier ou de négliger le deuxième trait d'union et d'inverser les deux pronoms... même chez les meilleurs auteurs: « Dites-nous le encore » (Montherlant).
En et y, construits avec un autre pronom conjoint, se placent après celui-ci: « Gardez-vous-en bien» (Balzac). «Tenons-nous-y» (Courteline). - Df, n° 473, février 2006.

Proposer. Proposer c'est soumettre à l'avis d'autrui, suggérer (un plan, un projet), présenter, désigner (un candidat), offrir (une marchandise, une somme d'argent), soumettre à approbation (une loi, un texte), donner à choisir (un sujet d'examen), promettre (un prix, une récompense), etc.
Une proposition est toujours une chose soumise à délibération et offrant un libre choix de décision. Quand la télévision nous «propose» une page de publicité, il n'y a pas approbation, adhésion préalable du téléspectateur. La publicité lui est imposée et non proposée. On passe, on offre, on présente une page de publicité, on ne la propose pas. - Df, n° 446, novembre 2003.

Pugnace. Entendu un commentateur du journal télévisé de la TSR prononcer le gn du mot pugnace comme dans baignade, tignasse ou ignorance. Il n'est pas inutile de répéter que pugnace et pugnacité se prononcent avec le g et le n détachés. De même: gneiss, gnome, gnou, agnostique, etc.
Pugnace: combatif -, qui aime la discussion, la polémique. « La nature prudente de M. de Saci n'était pas sans quelque méfiance de la nature pugnace d'Arnauld. » (Sainte-Beuve). - Df, n°472, janvier 2006.

Q

Quelque part. Cette expression continue d'émailler le langage de nos « jargonautes » médiatiques: « Il faudrait quelque part que cette proposition soit examinée. »
Elle signifie, vaguement, « en quelque sorte, d'une certaine façon, n'importe comment, en tout état de cause », etc.
La locution quelque part, dans son sens exact, « en un certain endroit », offre plus de précision: donner ou recevoir un coup de pied quelque part. - Df, n° 482, novembre 2006.

Qui, qu'il. Dame Télévision, généralement si prodigue de paroles inutiles, n'est pas toujours très regardante sur la qualité du langage. C'est ainsi qu'on a entendu parler, lors d'une émission sportive, d'«un record qu'il sera très difficile à battre».
En l'occurrence, le commentateur aurait eu le choix entre deux solutions également correctes: a) Un record qu'il sera très difficile de battre; b) Un record qui sera très difficile à battre. - Df, n° 446, novembre 2003.

Quota. Emprunté à l'anglais, du latin quota, féminin substantivé par ellipse de quota (pars), littéralement «quelle part (revient à chacun)». D'un usage assez récent, ce terme (masculin) est souvent utilisé pour parler des quotas laitiers imposés aux éleveurs, ou de quotas d'importation, d'immigration, de vente, etc. Il sert à désigner un pourcentage déterminé, un contingent et, en emploi absolu, le chiffre d'affaires imposé à un représentant, un agent, un service de vente.
Synonymes: quantité fixe, fixée, linùtée; quotité, quote-part, portion, part, fraction. - Df, n° 426, mars 2002.

R

«Randomisation». De l'anglais random « fortuit »; at random « au hasard ».
En statistique: action de valider un résultat par l'étude comparative du résultat obtenu à partir d'un échantillon dont les éléments sont tirés au hasard; échantillonnage au hasard pour une enquête publique; choix au hasard de malades sur lesquels seront testés de nouveaux médicaments; introduction d'un élément aléatoire dans un calcul ou dans un raisonnement.
Soit, en français: hasardisation, échantillonnage aléatoire, échantillonnage au hasard, sélection aléatoire. Random access: accès sélectif, accès direct; random access memory: mémoire vive; random priming: amorçage aléatoire. - Df, n° 475, avril 2006.

Râteler, ratisser. Evoquant la candidature d'un Suisse à la présidence d'une fédération sportive internationale, un journal titrait: «Le Suisse râtisse des voix tous azimuts.»
L'emploi de l'accent circonflexe sur le a est souvent source de confusion entre les deux verbes.
Râteler: rassembler, ramasser au moyen d'un râteau. Désigne une opération plus grossière que ratisser et exige l'accent circonflexe, de même que râtelier, râtelée, râtelage, râtelures.
Ratisser: ne vient pas de râteau mais de rature et ne prend pas de circonflexe, ainsi que ratissage et ratissure. Ce verbe a un sens plus large et plus précis que râteler. Il signifie: a) nettoyer, égaliser à l'aide d'un râteau (suppose une intervention plus soignée que râteler); b) explorer minutieusement, passer au peigne fin une zone au cours d'une opération militaire ou de police; c) ratisser large: réunir le plus d'éléments ou d'adhérents possible, chercher dans toutes les directions; d) soutirer le plus d'argent possible à quelqu'un. Se faire ratisser au poker. Df, 447, décembre 2003.

«Rating ». De l'anglais to rate «évaluer, estimer», ce mot comporte plusieurs sens: a) Mar. Indice exprimé en mètres ou pieds répartissant les voiliers ou yachts en plusieurs classes, d'après leurs caractéristiques techniques. Indice de performance; jauge. b) Indice qui classe les entreprises en fonction de leur solvabilité. c) Banque: notation (d'un fonctionnaire); cote d'une obligation. d) Aux Etats-Unis: indice d'écoute.
Pour les francophones: évaluation, estimation, appréciation, notation, classement, cote, indice, échelon. Df, 485, février 2007.

«Rave Party» La mode est à la culture de la «rave»... de la «rave party» s'entend. De l'anglais to rave «délirer, s'extasier, extravaguer». Fête, réunion de jeunes où l'on danse jusqu'à s'étourdir au son et aux rythmes de la musique «techno». Equivalent usuel: soirée «techno». Alfred Gilder (En vrai français dans le texte) suggère les néologismes extasiade, délirade. Et pourquoi pas le mot-valise extravadanse? - Df, n° 423, décembre 2001.

Raz, ras, rez. «Raz-de-marée anti-impôt» titrait un quotidien lausannois. Malgré l'approbation du Petit Robert, raz de marée s'écrit sans trait d'union, contrairement à rez-de-chaussée, rez-de-jardin.
Dans le même quotidien, ce titre: «Nous en avons ras-le- bol!». Cette expression ne prend le trait d'union que lorsqu'elle est employée substantivement: «Les grévistes ont manifesté leur ras-de-bol.» - Df, n° 417, juin 2001.

Réaliser. Ce verbe signifie: rendre réel, faire exister concrètement ce qui n'était que virtuel, donner un caractère réel à une abstraction (en ce cas s'oppose à idéaliser). Effectuer, accomplir: réaliser des prouesses. Créer: réaliser un film. Concrétiser: réaliser un rêve, un projet. Faire: réaliser une vente, des bénéfices. Convertir, vendre: réaliser des biens, une propriété.
Par contamination de l'anglais to realize, ce verbe est employé abusivement dans le sens de comprendre, se rendre compte, se faire une idée, mesurer l'importance, découvrir, saisir, s'aviser que, se représenter. Emploi critiqué, le français ne manquant pas de termes équivalents. - Df, n° 426, mars 2002.

«Reality show». Littéralement «spectacle de réalité», cet anglicisme désigne, dans le jargon de l'audiovisuel, l'exploitation du mal-être et le braquage des sentiments par reconstitution, simulation ou improvisation d'événements dramatiques. Il s'applique à tout fait divers, tranche de vie réelle, prise sur le vif ou reconstituée en studio d'après la réalité.
En français, cette expression peut fort bien être remplacée par: prise ou tranche de vie, télé-réalité, télé-vérité ou encore, comme au Québec, émission-vérité (sur le modèle de cinéma-vérité). - Df, n° 432, septembre 2002.

Rebondir. Rebondir signifie: a) faire un ou plusieurs bonds après avoir touché le sol ou rencontré un obstacle; b) prendre un nouveau développement après un arrêt, une pause; c) avoir des conséquences imprévues, des suites inattendues; d) rétablir une situation après une période de difficultés.
Ce verbe est devenu, dans une acception nouvelle, un véritable tic de langage qui séduit les gens de radio et de télévision: «Je voudrais rebondir sur ce point» ou « Si vous me le permettez, je vais rebondir sur votre question».
Les verbes réagir, répondre, rétorquer, repartir, répliquer, riposter, protester, objecter, s'opposer, se récrier ne suffisent donc plus ? - Df, n° 478, juillet 2006.

Récipiendaire. Un récipiendaire (dérivé du latin recipiendus: «qui doit être reçu») est une personne qui est admise dans quelque compagnie, avec une certaine solennité, et en l'honneur de laquelle on donne une réception. Discours d'un récipiendaire à l'Académie française. Par extension: bénéficiaire d'une nomination, d'un diplôme universitaire.
C'est abusivement qu'on désigne ainsi celui qui reçoit un prix, une distinction, lequel est un lauréat. Par périphrase: un candidat distingué, un personnage honoré, un vainqueur récompensé. - Df, n° 420, septembre 2001.

Récurrent. Adjectif emprunté au latin recurrens: courir en arrière, revenir en courant. Se dit de ce qui revient en arrière, retourne à son point de départ. Fièvre récurrente, dont les accès reviennent par intermittence; nerf, vaisseau récurrent. En mathématiques: suite récurrente, dont chaque terme est une fonction d'un nombre déterminé de termes précédents. Image récurrente, qui subsiste après que I'oeil a été impressionné par un objet vivement éclairé. Par extension: qui a trait à la répétition: caractère récurrent de certains rêves.
En aucun cas cet adjectif ne peut être appliqué à une personne, comme l'a fait abusivement une chaîne de télévision en parlant du «héros récurrent aux belles moustaches» d'une série télévisée. - Df, n° 429, juin 2002.

Rédhibitoire. Ce mot apparaît en droit dans «action rédhibitoire» désignant l'action qui tend à faire prononcer l'annulation d'une vente à raison de l'existence d'un vice: vice rédhibitoire (1765). Passé dans l'usage courant pour qualifier ce qui peut motiver l'annulation d'un engagement quelconque, d'une chose tout à fait inacceptable. Se dit aussi dans le langage général, comme excuse que l'on donne de ne pas faire quelque chose.
Par extension: qui constitue un obstacle radical, un empêchement absolu. Il est toutefois abusif de dire, comme tel commentateur sportif, que «l'écart semble rédhibitoire» entre deux concurrents. - Df, n° 456, septembre 2004.

Rédimer. Aujourd'hui peu usité, ce verbe (du lat. redimere, racheter) a eu d'abord le sens religieux de «racheter le genre humain par son sacrifice» en parlant du Christ (en relation avec rédemption, rédempteur).
Par extension, il est employé au sens de «racheter une peine, sauver».
Pronominalement, se rédimer c'est «se racheter, se délivrer de.... à prix d'argent»: «Ce fut le seul qui se rédima d'une réquisition indigne» (P. Assouline). - Df, n° 464, mai 2005.

Redondant. Du latin redundans: qui déborde, superflu. Se dit d'une abondance superflue, excessive dans le discours, qui est de trop dans l'expression de la pensée, qui comporte des répétitions inutiles. Un style redondant, verbeux. «[ ... 1 ces mots redondants qui déguisent le manque de force et de vigueur» (Marmontel).
Il est incorrect d'attribuer à cet adjectif le sens de bouffi, emphatique, ampoulé.
En informatique: qui emploie plus de symboles qu'il n'est nécessaire pour la transmission d'une information. - Df, n° 441, juin 2003.

«Reluctant». Une fidèle abonnée nous soumet un texte où figure à plusieurs reprises le mot reluctant: «Nous sommes tout à fait reluctants à former opposition »; « Nous sommes quelque peu reluctants à vous conseiller de lancer cette marque».
Il existe en français un verbe rélucter (lat. reluctare «résister avec force, se débattre» et l'adjectif réluctant «qui lutte, qui résiste», tous deux peu usités et inconnus des dictionnaires usuels. En anglais reluctance signifie « répugnance, antipathie, aversion » et reluctant « mal disposé, répugnant à, hésitant».
Terme ambigu dans le contexte ci-dessus, reluctant serait avantageusement remplacé par des mots français plus précis: être peu enclin, peu favorable, peu ou mal disposé, en désaccord; contre, opposé, hostile, réticent, hésitant et - pourquoi pas? - réluctant... en bon français cette fois.
Mais ne fallait-il pas sacrifier sottement à l'anglolâtrie langagière? - Df, n° 479, août 2006.

«Remake». De l'anglais to remake «refaire», emprunt au jargon cinématographique américain désignant la version nouvelle d'un film ancien. Par ext.: reprise d'un sujet, d'un thème déjà traité. Remake d'une oeuvre littéraire.
En dépit de ce que la prononciation «rimèque» peut avoir de séduisant pour des oreilles rompues aux intonations yankees, on se risque à proposer: nouvelle version, nouvelle mouture, copie, adaptation, révision, refonte, reprise, resucée, etc. - Df, n° 478, juillet 2006.

Remédier. «Est-ce que des mesures ont été prises pour remédier ce problème?» dit-on en jargon médiatique. En langage intelligible: «Des mesures ont-elles été prises pour remédier à ce problème?»
Remédier, verbe transitif indirect, exige la préposition à. Employé autrefois au sens général de «soigner par un remède», il a pris le sens figuré de «combattre un mal, un inconvénient, des abus, des erreurs»: remédier à une difficulté imprévisible. - Df, n° 435, décembre 2002.

Repartie. Du verbe repartir : répondre vivement et sur-le-champ. A ne pas confondre avec repartir : partir de nouveau, ou avec répartir : partager, distribuer.
Pour éviter toute confusion avec répartir, tous les dictionnaires, à la seule exception du Petit Robert, s'accordent à orthographier repartir et repartie sans accent aigu. Avoir la repartie prompte, spirituelle. « Ces reparties heureuses qui marquent également le coup d'oeil vif de l'esprit et l'élévation du coeur » (J.-J. de Mairan). - Df, n° 470, novembre 2005.

« Rescue ». Il a été abondamment question, dans la presse, de l'affaire de l'Arche de Zoé, association prétendument humanitaire déguisée en « Children Rescue ».
Débarrassé dans son déguisement anglais, ce terme peut présenter une apparence française:
Rescue: aide, secours, sauvetage, délivrance; to rescue: sauver, secourir; to the rescue: à la rescousse; rescuer: sauveteur.
Nul besoin, par conséquent, d'appeler le lexique anglais à la rescousse. - Df, n° 497, février 2008.

Résident, résidant. Ces mots sont encore souvent l'objet de controverses. Selon Littré, résidant est un adjectif signifiant «qui réside». Les membres résidants d'une société étaient ceux qui habitaient le siège, par opposition aux membres correspondants.
Résident désignait naguère un personnage politique, diplomatique ou militaire accrédité à l'étranger: ministre résident, résident général.
Certains dictionnaires font une subtile distinction entre le résidant, toute personne qui réside (où que ce soit), et le résident, qui ne réside que là où il est né. Constatant que la graphie résident l'emporte désormais dans l'usage aussi bien privé qu'officiel, l'Académie française la recommande dans la dernière édition de son dictionnaire. - Df, n° 438, mars 2003.

Résilience. Ce terme qui, en anglais, signifie «rejaillissement, rebondissement, ressort» fut d'abord utilisé en physique pour désigner la résistance aux chocs d'un matériau, son élasticité.
Aux Etats-Unis, la résilience est une vertu sociale associée à la réussite consistant à offrir une résistance psychique aux traumatismes et aux circonstances difficiles de la vie.
Ambigu et discutable, ce mot est mis aujourd'hui à toutes les sauces. Il n'exprime rien d'autre que «ressort, élasticité, résistance, réaction, faculté de rebondir, de rejaillir, de faire face, de s'adapter à des situations difficiles», concepts parfaitement intelligibles en français. Df, 453, juin 2004.

Résilier, résigner. La paronymie de ces deux verbes est souvent source de confusion comme dans cette phrase relevée dans un périodique français: «Après la mort de son père, il résilie ses charges et se retire dans ses terres. »
Résilier c'est mettre fin à un acte, un contrat, par la volonté des parties ou suite à un événement fortuit: résilier un bail.
Résigner signifie abandonner volontairement une fonction, un office, une charge; s'en démettre.
La phrase correcte est donc: « Il résigne ses charges ... ». Df, 485, février 2007.

Revisiter. Jusqu'alors le verbe revisiter n'avait que le sens que lui attribuait Littré: visiter de nouveau. «Du nid de la colombe à la niche du chien / Je revisitais tout et je n'oubliais rien» (Lamartine).
Mais une acception nouvelle, venue tout droit de l'anglais, (revisited «revu»), jouit actuellement d'une grande faveur dans nos médias.
Au sens figuré revisiter signifie: donner un éclairage entièrement nouveau sur une question, un problème; considérer, interpréter autrement, d'une manière nouvelle un auteur, une oeuvre: revisiter les classiques.
En français, nous avions déjà revoir, repenser, reconsidérer, retravailler, redéfinir, retoucher remanier, modifier, moderniser, transformer rajeunir, rénover, etc.
Plus chic, ce néologisme enrichit donc considérablement le domaine lexical français. - Df, n° 458, novembre 2004.

«Roaming». Terme anglais signifiant « errant, rôdant, vagabondant, divaguant ». Substantivement, il désigne, dans le domaine des télécommunications, le déplacement, au moyen d'un téléphone mobile, hors de la zone de rattachement. Appel passé depuis l'étranger par un téléphone portable.
En français: communication internationale, itinérance. Roaming subscriber: abonné itinérant. - Df, n° 461, février 2005.

Roder, rôder. Ces deux verbes, d'étymologie et de sens différents, ne doivent pas être confondus.
Roder (sans accent) est emprunté au latin rodere «ronger, miner, user». De nos jours, il exprime l'action de polir, d'user une pièce par frottement pour qu'elle s'adapte exactement à une autre. Par extension, mettre au point une chose nouvelle par la pratique des essais: «Nous allons roder la voiture, vous comprenez» (Colette).
Rôder (accent circonflexe), du provençal rodar emprunté au latin rotare «tourner, aller en rond, tournoyer», a pris aujourd'hui la valeur péjorative d'«errer avec une intention louche, suspecte, hostile»: «Il fait des bêtises, ne rejoint pas son bateau, rôde pendant des semaines sans travailler» (G. Simenon). - Df, n° 444, septembre 2003.

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