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FORUM
SOCIAL MONDIAL 2002
Forum
culturel mondial. "Diversité linguistique et culturelle".
Maison de la culture de Porto Alegre, 1 - 4 février 2002
Résolutions
et compte rendu par M. Albert Salon, Président du Forum francophone
international, FFI-France (transmis le 10 février 2002).
HALTE A LA FATALITE DU BUSINESS !
L'eau du puits est à qui a soif.
Le vent des branches, à qui cherche le frais.
De même, nos langages, nos légendes,
Nos images, nos rêves, nos arts,
Ne peuvent AVOIR UN PRIX
Puisqu'ils SONT LE PRIX DE LA VIE.
Un Autre monde est possible
A condition que ces trésors
Echappent aux marchands.
Attention : biens indivis
inaliénables
non cotés en Bourse
Bas les pattes !
Résolutions
du F.S.M
I.- DIVERSITE LINGUISTIQUE INTERNATIONALE
Les langues, bien commun de l'humanité, méritent
à ce titre d'être protégées, en premier
lieu par les États, contre tout ce qui vise à les
détruire. Cela vaut pour toutes les langues, quel que soit
le nombre de leurs locuteurs. De même qu'elle menace la biodiversité,
la mondialisation libérale, vecteur d'une langue unique,
met en péril la diversité linguistique.
Sont donc légitimes, en particulier, les dispositions constitutionnelles
et législatives qui assurent la protection et la promotion
des langues officielles d'un État déterminé.
Les États qui n'ont pas encore pris de telles dispositions
sont invités à le faire, selon les principes suivants
:
- interdiction d'interdire, en droit comme en fait, l'emploi
de ces langues dans un secteur quelconque de l'activité nationale
;
- garantie, pour chaque citoyen du droit de s'exprimer, de travailler,
de créer, d'inventer et de recevoir les services publics
dans la langue officielle qu'il choisit.
La langue est, en effet, non seulement un véhicule de communication,
mais le moyen d'exprimer sa créativité, y compris
sur le plan scientifique et technique, et aussi le garant de l'exercice
des droits personnels et collectifs. Si nul n'est censé ignorer
la loi, nul ne doit être tenu d'en prendre connaissance dans
une langue étrangère. Les documents officiels, normes,
contrats, appels d'offres, etc. doivent être rédigés
dans la ou les langues officielles de chaque pays, la ou lesdites
versions étant seules à faire foi.
En particulier, les brevets d'invention, créateurs
de droits de monopole opposables à tous, doivent être
intégralement disponibles dans la ou les langues officielles.
L'imposition forcée d'un texte en langue étrangère
risquerait d'introduire, avec des termes impossibles à intégrer,
des notions faisant référence à un système
juridique - notamment jurisprudentiel - entraînant de coûteux
recours devant les tribunaux. Dans une telle situation, l'égalité
des citoyens devant la loi ne serait plus garantie.
La traduction dans la ou les langues officielles, garantissant à
tous le droit à l'information, représente en réalité
une économie considérable par rapport à la
prolifération et à l'opacité d'un secteur contentieux
ne servant que les intérêts des grandes multinationales
et, d'une manière générale, des plus puissants.
La garantie ainsi assurée des droits linguistiques des citoyens
s'intègre tout naturellement dans la notion de service public
au sens le plus concret.
Sur le plan international, le multilinguisme conditionne le maintien
de la diversité des cultures et la possibilité du
nécessaire dialogue qu'elles doivent entretenir. Or la
tendance actuelle à un monoliguisme international, porté
par l'unilatéralisme de la puissance dominante, arase et
lamine cette diversité. Facteur de liberté et de paix,
le multilinguisme international permet au contraire la découverte
et le respect d'autrui, et la démocratie internationale.
Il repose d'abord sur un véritable plurilinguisme des personnes,
qu'il convient de poser en valeur fondamentale de l'humanité.
Les pays du Sud, qui en sont aujourd'hui les principaux porteurs,
en démontrent la possibilité et la fécondité.
Tous les pays doivent y accéder par une politique volontariste
des États, essentiellement par les médias et dans
l'enseignement.
L'école secondaire doit offrir partout à ses élèves
au moins deux langues étrangères, à égalité
d'obligation et d'horaires.
En outre, les systèmes éducatifs doivent offrir la
possibilité d'acquérir une connaissance passive des
autres langues d'une même famille linguistique.
Le refus de l'uniformité, au bénéfice de la
diversité, implique une forte volonté politique à
tous les niveaux, conduisant à l'élaboration et à
l'emploi d'instruments spécifiques. En particulier, il
est indispensable de refuser le face à face inégal
entre la culture dominante et chacune des autres, que vise à
instituer la mondialisation libérale. Les espaces géoculturels,
en particulier linguistiques, existants doivent être utilisés
au mieux pour rompre l'isolement et construire les dialogues dans
la solidarité. Le droit doit leur être reconnu de se
doter d'un système de préférences pour la production
et la circulation en leur sein des biens et services culturels.
Cela implique la remise en question des clauses dites du "
traitement national " et de " la nation la plus favorisée
" de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les gouvernements
des États appartenant à ces espaces, ou se réclamant
d'eux, doivent se concerter et conjuguer leurs forces au sein des
organismes internationaux pour lutter contre la standardisation
et l'uniformité, et imposer la diversité.
Dans le même temps, il est impératif que, dans
les institutions internationales, les gouvernements exigent de leurs
représentants qu'il s'expriment dans leur langue lorsque
cette dernière est l'une des langues officielles ou de travail.
Cette démarche vaut également pour la fourniture de
tous les documents officiels et de travail, qui doivent être
traduits dans chacune des langues concernées, et dans les
mêmes délais. A cet égard, l'Union européenne
offre un très mauvais exemple au reste du monde et nous demandons
aux Etats membres d'être particulièrement fermes auprès
de la Commission pour qu'elle respecte strictement le règlement
linguistique.
II.- DIVERSITE CULTURELLE INTERNATIONALE
Tout comme la diversité linguistique, qui en constitue
l'une des composantes, la diversité culturelle, nourrie de
toutes les cultures vivantes du monde, est un bien commun de l'humanité.
Les personnes, les groupes d'hommes et de femmes, les communautés
humaines de toute dimension ont besoin de fabriquer leur image,
de voir des corps, des regards, des gestes qui leur ressemblent
dans des histoires qui se déroulent dans des lieux qu'ils
reconnaissent. Aujourd'hui, l'image que nous projetons de nous-mêmes
nous constitue de la même façon que la langue que nous
parlons. Il s'agit de notre définition personnelle, de notre
identité, du rapport que nous entretenons à notre
histoire individuelle et collective. Bref, il s'agit de notre miroir.
L'enjeu est d'autant plus important que l'image, sur tous les
supports présents et à venir, est aussi déterminante
dans notre formation que l'école et la famille. Cela
vaut bien sûr pour le livre, l'audiovisuel, la chanson et
la musique, le spectacle vivant et l'ensemble des biens culturels.
Par principe, nous considérons donc que les biens et services
culturels ne peuvent être réduits au statut de simples
marchandises, même s'il font souvent l'objet de transactions
commerciales. C'est pourquoi, pas plus que l'éducation ou
la santé, ils ne sauraient faire l'objet de négociations
dans le cadre de l'Accord général sur le commerce
des services (AGCS) de l'OMC. Dans une démarche solidaire,
nous exigeons, par ailleurs, que l'eau, bien commun de l'humanité,
et l'agriculture, où le principe de la souveraineté
alimentaire doit prévaloir, soient exclus des disciplines
de l'OMC.
Dans l'immédiat, nous apportons notre appui aux représentants
politiques et professionnels qui, dans les instances internationales,
refusent que le traitement spécifique de la culture, tel
qu'il a été défini par l'accord du GATT de
1995 et connu sous le nom d'exception culturelle, soit remis en
cause. Cela est d'autant plus nécessaire que certains pays
ont déja déposé des offres de libéralisation
auprès de l'OMC.
Cependant, il est indispensable de ne plus confiner la culture dans
un statut d'exception à l'intérieur d'accords commerciaux.
De la même façon que les accords multilatéraux
sur l'environnement, en particulier ceux sur la biodiversité
et les changements climatiques - ainsi que les conventions de l'Organisation
internationale du travail (OIT) -, doivent exister de leur propre
autorité et établir leurs propres normes, la diversité
culturelle doit elle aussi s'affirmer durablement. D'où
la nécessité d'un instrument international, créé
par une convention permettant d'exclure la culture des principes
de libéralisation et de marchandisation.
Cet instrument international :
- aura pour objectif d'assurer la préservation et la promotion
de la diversité culturelle de la planète;
- verra ses dispositions normatives qui ne font pas partie des réglementations
nationales existantes y être automatiquement incorporées.
Les tribunaux de chaque pays signataire de la Convention auront
compétence pour les faire appliquer ;
- reconnaîtra aux États et aux gouvernements le droit
de prendre des mesures complémentaires de soutien à
la création et de protection ;
- gèrera un mécanisme de soutien économique
à la diversité culturelle qui pourrait reposer sur
un prélèvement sur les ventes des produits des industries
culturelles. Le fonds ainsi alimenté, cogéré
par des représentants des États et des professionnels
de l'art et de la culture, pourrait attribuer des aides à
la création et à la diffusion, en particulier en faveur
d'initiatives qui ne peuvent aboutir en empruntant les circuits
dominants;
- harmonisera les règles concernant les droits d'auteur et
les droits voisins qui définissent à la fois les droits
économiques et les droits moraux des auteurs et des interprètes
sur les oeuvres.
Il convient d'identifier un lieu approprié porteur de cet
instrument et de demander au plus grand nombre d'États et
de gouvernements d'y devenir partie. Plus nombreux seront ceux qui
le ratifieront, plus grande sera son influence et son poids politique.
Il servira ainsi d'argument fort pour exclure définitivement
la culture du champ d'intervention de l'OMC.
III.- PRATIQUES CULTURELLES
Afin de ne pas livrer les milieux populaires aux seuls produits
de consommation culturelle de masse et d'inciter les artistes à
se confronter aux terrains les plus arides du paysage social - qui
sont aussi des espaces de renouvellement esthétique -, il
est urgent de favoriser la créativité et les pratiques
artistiques de tous par des actions artistiques et culturelles de
proximité.
Encourager les populations les plus défavorisées à
participer à la vie culturelle locale est aussi un gage de
revitalisation de la démocratie.
Nous demandons donc aux Etats et aux organisations internationales
d'orienter délibérément une partie croissante
de leurs moyens de politique culturelle vers des actions en lien
avec la population.
Dans un contexte de fragilisation des instances médiatrices
traditionnelles (famille, religion, communauté locale
),
l'individu, qu'il soit enfant, adolescent ou adulte, est exposé
directement aux effets nocifs de l'offre culturelle à vocation
commerciale.
Le renforcement du lien entre éducation et culture est alors
indispensable pour sensibiliser aux pratiques artistiques, ainsi
que pour recontextualiser les produits de l'industrie culturelle.
En particulier, l'histoire de l'art et des civilisations, ainsi
que l'analyse du processus d'élaboration des images télévisuelles
ou cinématographiques, doivent faire l'objet d'un apprentissage
dès l'enfance.
Enfin, nous nous engageons à mettre en place un réseau
de créateurs et de responsables culturels qui s'opposent,
par leurs pratiques, à la mondialisation libérale
et à l'uniformisation culturelle. Au-delà des
échanges d'informations, de réflexions théoriques
et d'expériences, ce réseau aura pour fonction de
favoriser les collaborations dans les domaines de la création,
de la diffusion et de la formation. Les partenariats entre membres
du réseau seront aussi conçus comme des échanges
de territoire à territoire pouvant comporter, autour des
aspects artistiques et culturels, des débats, des démarches
de mobilisation sociale, des projets éducatifs et associatifs
et des initiatives de solidarité économique. Ce réseau
participera activement à la mobilisation de l'opinion publique
pour obtenir au plus vite la création de l'instrument
international pour la diversité culturelle.
Au delà de ces propositions relatives à la culture,
nous appelons à la tenue d'une Conférence mondiale
pour la définition des principes et des modalités
de gestion de l'ensemble des biens communs de l'humanité,
pour lesquels la notion de service public doit prévaloir
sur les mécanismes du marché : éducation, santé,
culture, environnement, eau.
Février 2002
Forum culturel de Porto Alegre
Compte-rendu
de la participation de FFI-Frtance
Compte rendu de la participation du FFI-France au
Forum Social mondial de Porto Alegre,
du 31 janvier au 5 février 2002, de MM. Denis Griesmar et
Albert Salon, accompagnés de M. Michel Guillou, Directeur
de l'Institut d'étude de la Francophonie et de la mondialisation
de l'Université Jean Moulin (Lyon).
Le contexte du F.S.M.
Deuxième FSM dans la capitale de l'Etat du Rio Grande do
Sul, au gouvernement " social " et " participatif
". Enorme " anti-Davos " (" anti-New York "
cette année), avec plus de cinquante mille participants de
131 pays, des centaines de séminaires, conférences,
ateliers, rencontres, entretiens et manifestations de toutes sortes,
très médiatisées. Un programme impressionnant
de 150 pages de la taille de nos quotidiens, moitié en portugais
et moitié en anglais (seulement !). Forte présence
dans les débats, et dans les résolutions, des langues
portugaise, espagnole et française. Participation de centaines
de personnalités françaises (au delà de celles
- 6 Ministres, 3 candidats à la Présidence de la République,
un Conseiller à l'Elysée, le Premier Secrétaire
du Parti socialiste, José Bové, hauts fonctionnaires
du ministère des Affaires étrangères dont M.
Bruno Delaye, Directeur Général de la D.G.C.I.D. -
qui ont été couramment citées
), et de
plusieurs dizaines de Québécois dont la Ministre des
Relations internationales Louise Beaudoin et de sa suite, avec Marie
Malavoy, numéro deux du Parti québécois.
Evidence du rôle déterminant joué par l'ATTAC-France,
le Monde diplomatique, l'Association des amis du Monde diplomatique,
dont les principaux dirigeants étaient là, aux côtés
de Bernard Cassen.
Les autres " invités de la France " comprenaient
notamment Anémone, l'Académicien Bertrand Poirot-Delpech,
Anne Marchand, des étrangers tels Hassan Kassi Kouyate, acteur,
conteur, metteur en scène burkinabé, Cheikh Omar Cissoko,
cinéaste malien, Jin Siyan, vice-présidente de l'Association
pour la culture chinoise, Lorgio Vaca, plasticien bolivien, le Professeur
Kazuo Masuda (Université Todai à Tokyo), Leïla
Marouane, écrivaine algérienne, Anton Kouznetsov,
Directeur russe du Théâtre national de Saratov, Mustapha
Barghouti, représentant des O.N.G. palestiniennes, Rajah
Sultan Changez, Directeur du Conseil National des Arts au Pakistan.
Nos invités se sont, avec beaucoup d'autres, retrouvés
dans nos séminaires et ateliers linguistiques et culturels.
Le déroulement des séminaires et ateliers culturels.
Devant l'énormité des programmes du FSM, nous avions
pu penser, à notre arrivée, le premier jour, que cette
présence nouvelle des préoccupations linguistiques
et culturelles dans ce caravansérail serait, comme nous le
craignions avant notre départ pour le Brésil, noyée
et occultée.
Nous imaginions aussi que des tentatives de récupération
ou de déviation de nos idées auraient pu provenir
soit des " gouvernementaux " venus dans nos séminaires,
soit de l'ATTAC, soit encore - dans la première partie organisée
uniquement par le FFI, les universitaires brésiliens et le
Député Aldo Rebelo, auteur de la proposition de loi
inspirée de notre loi Toubon, venu de Saô Paulo - par
ces universitaires de l'université du Rio Grande do Sul.
Nous avons été heureux de constater que toutes ces
craintes ont pu être balayées.
Dans la partie " FFI-Brésil " tenue à l'Université
fédérale et uniquement consacrée aux questions
linguistiques, nous avons pu constater que nos partenaires brésiliens,
qui en étaient restés à la menace provenant
des emprunts à l'anglo-américain, se sont, au cours
d'une discussion passionnante, largement ouverts à l'exposé
officiellement prévu et tenu du Président du FFI-France
, à nos interventions sur les menaces sur l'usage même
des langues nationales qui disparaissent de secteurs vitaux, et
à la présentation de la situation québécoise
qu'a faite la Ministre Louise Beaudoin. D'utiles contacts préexistants
entre eux et nous en sortent considérablement renforcés
et étendus, de manière prometteuse.
Dans les séminaires - très fréquentés
en nombre et en qualité - portant sur la diversité
linguistique, mais aussi et beaucoup plus largement sur la diversité
culturelle, que nous avions préparés auparavant avec
l'ATTAC -France, et que celle-ci avait pu loger dans le grand Centre
culturel Mario Quintana, la seule difficulté a porté
sur la reconnaissance publique par l'ATTAC du rôle précité
du FFI-France et de l'Institut Francophonie et mondialisation. Pour
le reste, nous avons tous trois bénéficié de
toute la logistique - fort précieuse et efficace - de l'ATTAC
et de l'appui constant, très amical et remarquable de qualité,
de son directeur de la culture M. Marc Le Glatin, de l'attention
bienveillante de M. Bernard Cassen, et de l'appui d'Emilie Botto
et de leurs autres collaborateurs et invités.
Nous avons pu tous les trois rédiger avec MM. Le Glatin et
Kouznetsov les textes finaux qui ont, après approbation par
Bernard Cassen, été présentés à
une assemblée-conférence de presse et transformés
là en conclusions officielles de l'ensemble du FSM, pour
la partie nouvelle concernant la diversité linguistique et
culturelle du monde.
Les conclusions des séminaires sur la diversité
linguistique et culturelle.
Elles participent de l'esprit " un autre monde est possible
" de l'ensemble du Forum et de l'espoir que celui-ci a soulevé.
Elles sont contenues dans le texte joint (Voir ci-dessus les
Résolutions).
Nous pouvons dire que ses deux premières parties reflètent
fidèlement nos idées. Nous sommes heureux de les avoir
partagées dans cette ambiance très favorable, que
nous remercions très vivement nos partenaires d'avoir ainsi
créée et développée.
Grâce à l'ATTAC et au Forum , il nous sera beaucoup
plus facile de rejeter avec énergie les accusations de "
ringardise "
Albert Salon, Président du FFI-France.
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