Tout sur les 43èmes assises

publié le 28 avril 2015

Déclaration de Dakar

L’union de la presse francophone n’a de cesse de porter le rêve francophone. C’est-à-dire la liberté, les droits de l’homme, la démocratie, la paix. C’est la tâche des médias francophones de promouvoir ces valeurs communes dans la compréhension et le respect des différences culturelles qui sont notre richesse. L’Union de la Presse Francophone, la plus ancienne des associations francophones, représente une ressource humaine de près de 3.000 professionnels, éditeurs, cadres, journalistes de l’écrit comme de l’audiovisuel et du numérique, répartis dans 125 pays. Elle vient de consacrer ses Assises de Dakar, avec plus de 300 participants venus de 35 pays, aux jeunes face au numérique.
Outil incontournable aujourd’hui, le numérique bouleverse, chez les jeunes notamment, la consommation des médias. Il ne saurait y avoir de développement de la francophonie auprès de la jeunesse, sans développement de ce nouvel outil.
La francophonie doit s’employer à développer le numérique partout où les populations n’y ont pas encore accès, à créer les conditions d’une information pluraliste, libre et responsable.
La presse, en conséquence, doit réinventer ses modèles économiques. Les plus grands journaux mondiaux ont mis des moyens, de grands moyens, pour aborder cette révolution, jouant à fond la complémentarité entre Internet et le papier. Même si l’équilibre n’est pas encore atteint, leur survie en dépend.

L’écran sauvera l’écrit

La presse francophone s’y engage avec enthousiasme et efficacité à la hauteur de ses moyens, trop souvent modestes. Il appartient donc aux gouvernants de soutenir cet effort et cette inéluctable modernisation des médias, en agissant sur les plans financiers et législatifs.
Ce soutien, souvent indispensable, qui est une aide aux citoyens, doit être mis en œuvre de façon transparente, dans le respect absolu de l’indépendance des journalistes et de l’autonomie des médias.
Les médias sont essentiels à la démocratie. Ils sont aussi un vecteur important du développement économique qui a besoin de la libre circulation des hommes et des idées. Il faut donc prendre, rapidement, des initiatives courageuses pour l’attribution des visas dans l’espace francophone.

La liberté de la presse est la première de toutes les libertés. Elle doit être garantie

C’est pourquoi les Assises de la presse francophone lancent une nouvelle fois un appel solennel à tous les chefs d’État pour la suppression des peines privatives de liberté, relatives aux délits de presse.

Cette règle, qui garantit l’indispensable pluralisme de l’expression démocratique doit être partout inscrite dans la loi.

Union internationale de la presse francophone
Dakar, le 22 novembre 2014 »


Exercice inédit : Le Président Macky Sall répond aux questions de l’UPF et des médias

Le président sénégalais Macky Sall a clôturé les 43èmes assises internationales de la presse francophone par un exercice inédit. Au lieu du discours classique, le Président de la République du Sénégal a accepté de se livrer en public à un jeu de questions-réponses avec quatre journalistes. Jean Kouchner, également secrétaire général de l’UPF, Ziad Maalouf, Journaliste à RFI et animateur de l’émission « l’Atelier des médias », Pape Mady Diop, journaliste à la RTS et Khadija Ridouane (UPF)
Le Président Macky Sall s’est notamment prononcé sur les questions de la révolution numérique, sur la réforme du code de la presse au Sénégal et notamment la dépénalisation des délits de presse ainsi que sur les conditions de l’exercice du métier au Sénégal.

http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/list/tag/macky+sall

Conférence inaugurale de Youssou N’Dour

Youssou N’Dour, l’artiste, l’ancien ministre de la Culture et du Tourisme et actuel patron de presse était l’invité spécial des 43èmes assises internationales de la presse francophone. Introduit par Loïc Hérvouet, membre de l’Union internationale de la Presse Francophone, ancien directeur de l’école de journalisme de Lille, éditeur de l’Année Francophone Internationale « La bible des Etats de la Francophonie », Youssou N’dour a porté son regard sur le monde des médias à l’ère du numérique. Il a particulièrement centré le propos sur le futur.

A la tête du groupe de presse « Futur Média », il « pratique un monde où l’avenir ne nous est pas écrit d’avance » et qu’il a écrit lui-même. Ce monde auquel « il faut nous atteler », explique Loïc Hérvouet. « Construire nous-mêmes notre propre futur en prenant pour bases ce que sont les leçons, peut-être les valeurs qui sont celles de la francophonie : l’invention, la solidarité, l’internationalisme ».

Le monde des possibles

Youssou N’Dour, empreint de ce numérique « qui a déjà révolutionné notre quotidien et nos professions » évoquait des changements radicaux dans nos vies. « Le monde du numérique a créé le monde des possibles. Monde des possibles pour toutes les avancées qui en découlent. Monde des possibles en menace aussi. Monde des possibles enjeux et défis ». Comme pour la musique, le numérique a mis fin aux limitations. « Tout est possible, c’est là que c’est intéressant, c’est là aussi où c’est dangereux ». Une intervention où se bousculent l’accueil de la mutation, incontournable, mais aussi un appel à une recomposition des talents. Le ministre, tout en misant sur le numérique comme moyen majeur de développement pour l’Afrique africaine, a laissé percer ce sentiment de mi-chemin, celui que nous traversons tous, du fait brut, voire brutal, voire manipulateur ou manipulé, à celui de l’information éthique, professionnelle, qui peine à trouver son rythme numérique…

Futur Média

Le premier grand projet de Youssou N’Dour « qui était peut-être prématuré » s’appellait Joko, le premier portail créé en 2001. D’autres comme Seneweb existaient déjà, mais pour la première fois l’approche était celle du journalisme en temps réel. Un premier pas juste avant la création en 2002 de Futur Média. « On est partis de l’analyse que, en Afrique et particulièrement au Sénégal, nous avons pratiquement plus de 20 ethnies, plusieurs langues », ce qui constitue parfois un blocage, mais aussi une richesse. Futur Média a abordé l’information par thématiques (sport, culture, mode…). Le premier levier fut une radio « Sport FM », déclinaison basée en France. La qualification du Sénégal en Coupe du Monde 2002 a apporté le buzz nécessaire au démarrage. De quoi se lancer dans une radio généraliste professionnelle. La télévision a suivi… Futur Média compte aujourd’hui 600 employés.

Un modèle d’indépendance journalistique

Devenu ministre de la culture et du tourisme avec le président Maki Sall, Youssou N’Dour veille à la liberté de ses médias « Je n’écris pas, je ne suis pas à la rédaction. Je découvre le journal comme tout le monde, le matin au café ». « Nous avons décidé de donner la responsabilité aux journalistes, aux animateurs. C’est un modèle qui n’a pas fléchi […] cette presse reste crédible aux yeux des gens qui l’ont toujours lue. Pour vous donner un chiffre, l’Observateur fait 100 000 exemplaires/ jour. C’est, je pense, de loin le plus gros tirage de cette sous-région. »

La mutation

« L’avènement de la culture numérique nous a fait quitter le monde de la vitesse de l’information pour arriver au monde de la rapidité éclair de l’information. C’est ça la réalité ». « La puissance d’internet », résume le ministre, « c’est celle des bloggeurs du Printemps arabe » et celle d’une mutation fondamentale, celle du fait brut qui entre partout sans filtre. « Au moment où nous parlons, nos enfants peuvent être au courant de ce qui se passe ici, de ce que l’on dit ».
Téléphone, Ipad, smartphone,… Un monde hyperconnecté avec un flux d’informations continu. « Nos enfants sont au courant avant même qu’on ne pense à les protéger ». Plus important, les jeunes participent à ce monde numérique. « Le monde du numérique vous permet d’être numérique, c’est-à-dire de faire plusieurs choses ». « Mettre des barrières ? », interroge Y N’Dour. « Il n’y a plus de barrières. C’est parti ». D’où la nécessité de veiller et de commenter dans les réseaux sociaux. Tout est là accessible en permanence.

Table ronde : Jeunes et médias : comment s’informer aujourd’hui ?


Internet est le réseau informatique mondial accessible au public. Réseau de réseaux, sans centre névralgique, composé de millions de réseaux aussi bien publics que privés, universitaires, commerciaux et gouvernementaux, eux-mêmes regroupés, en 2014, en 47 000 réseaux autonomes,
Un panel de blogueurs, de blogueurs devenus journalistes et de journalistes avec blog qui a reformulé le thème en interrogation centrale : « qu’est-ce qu’être jeune dans la production et la consommation des médias aujourd’hui ? ». Si la table ronde a « échappé » à l’angle « jeune », original ou décliné, le débat s’est porté sur « blogueurs vs journalistes » effleurant en permanence les questions de définitions, malgré la volonté marquée de rejeter la question d’étiquette.
La première question « Comment elle/il s’informait il y a 10 ans ? Et comment elle/il s’informe aujourd’hui ? » a amené chacun à se repositionner dans le temps. Une lecture qui met en lumière la perte de lisibilité du métier de journaliste, y compris pour ceux qui le pratiquent. Une lecture qui ouvre aussi sur la confusion non éclaircie entre fond et forme, entre le tuyau et ce que l’on y met. Une question qui a plongé la table ronde dans les affres de la mutation sociétale « mondialisatrice » en cours, sans la cadrer.

En manque de définitions

Bien sûr, il y a de bons et de mauvais journalistes, comme de bons et de mauvais blogueurs. Bien sûr, la qualité du contenu est la seule et unique arcane d’une bonne information. Bien sûr, tous doivent s’y attacher. Mais, d’évidence, même s’il était convenu de ne pas s’y attacher, le journalisme est fait d’obligations, d’exigence de qualité qui sont sanctionnés par le lecteur ou la hiérarchie en cas de défaillance. Toutes obligations professionnelles, voire légales, dont le blogueur est, théoriquement, affranchi.

Les blogueurs « magnifiés »

Une nouvelle race « d’informeurs », activistes, dont les fleurons sont nés ou ont fait naître les révolutions et les printemps, sont promus comme « journalistes citoyens », appellation non remise en question [nota : il y a aujourd’hui des journalistes institutionnels, des journalistes citoyens,… pourquoi se réclamer d’un titre encadré sans en accepter le cadre ?]. Les blogueurs apparaissent souvent comme porteurs d’informations « véridiques ». Une approche « juste », pour les blogueurs militants, ces veilleurs qui impriment une transparence concrète à la démocratie et informent en temps réel, preuve à l’écran. Les veilleurs ont toujours existé, mais la multiplication et l’appropriation des moyens de communication ont bousculé la donne. Visibles en première ligne, pour le bien incontesté de la démocratie, ces fleurons ont imprimé une image positive, rafraichissante et probablement salvatrice pour un monde média bien englué dans les contradictions d’un modèle qui n’est plus qu’économique. Une approche qui a séduit aussi les réseaux, en quête de « super animateur » pour générer des clics financés par la pub, et qui aujourd’hui financent directement des blogueurs « influenceurs », prêts à tout pour « brasser » des « like » (j’aime) et des « followers » (suiveurs) négociables. « On retrouve les mêmes soucis que dans la presse » explique un participant qui connait certains de ces « journalistes négociables », hybrides entre information et communication.

Du blog au média

Nombre de blogueurs migrent, d’abord sur des plateformes générées par des médias (Les Observateurs de France 24, Mondoblog de RFI). [Une migration qui s’appuie aussi sur la nécessité de compenser la diminution des effectifs de journalistes]. Certains franchissent le pas et intègrent des rédactions. A contrario, des journalistes professionnels, basculent sur des blogs les sujets « évincés par manque de place » du média « traditionnel ». Dans les bienfaits de l’information citoyenne, accessible à tous, produite par tous, résident aussi les risques

Médias aujourd’hui

La mutation des médias traditionnels a pas été abordée sous l’angle de la dégradation du contenu, de l’objectivité et de l’investigation défaillante… Les journalistes souffrent des choix stratégiques d’une presse devenue essentiellement mercantile et des « lissages » d’une information atone qui ne satisfait plus, en particulier les jeunes. Les médias sociaux tablent aujourd’hui sur le « média de relation », créateur de communautés qui n’alimentent que leurs propres centres d’intérêt. Arme à double tranchant, ces communautés devenant totalement manipulables. Les blogueurs, dans ce système, pour gagner en visibilité ont peu d’option. Soit miser sur les réseaux et monétiser leur blog. Soit devenir militants de l’information et entrer dans la logique média. Plusieurs, comme Inkyfada (blog tunisien), tentent le média de demain. Une vision journalistique, des moyens technologiques, peu de pression en termes de coûts de fabrication, mais un modèle économique qui assure une liberté d’expression… ce dont rêve tout journaliste de cœur aujourd’hui. Il est apparu clairement, en tous cas, que la conscience de la responsabilité du producteur d’information est bien la barrière naturelle qui s’établit entre l’amateurisme et ses dangers et la professionnalisation.

Francophonie d’ici et d’ailleurs

La question stratégique est celle d’internet, des réseaux, de la téléphonie aussi (Youssou N’Dour par exemple se bat pour décrocher une licence de téléphonie, enjeu économique majeur dans une Afrique où 98% de la population est aujourd’hui équipée de téléphones mobiles alors que le net progresse difficilement sur le territoire). « Nous avons raté la révolution industrielle, ne ratons pas celle du numérique » au nom d’un retard d’équipement, entend-on. Twitter n’est pas accessible partout ? Les africains créent une passerelle sur les mobiles…

Un souffle nouveau

Les nouveaux médias en général, les blogueurs aussi dans un certain moment de l’évolution de ce métier, ont réussi à apporter une sorte de souffle nouveau. Le journalisme a trop perdu de son aspect militant, car il y avait quand même un aspect militant dans le travail de journaliste. A découvrir, là où les gens ne pouvaient pas aller, de reporter, de chercher à dénoncer aussi ce qui est caché. Moi, ce que je recherche c’est être informée en temps réel et puis avoir une information fiable. Que je sois journaliste blogueuse ou blogueuse journaliste, le climat de confiance, c’est le média qui le crée.
Ne vous intéressez pas aux étiquettes, intéressez vous aux contenus, partout, cherchez le contenu, toujours, la qualité du contenu. Arrêtez de parler des étiquettes, ça ne sert à rien, c’est une perte de temps.

Table : Les citoyens acteurs des médias : hier, aujourd’hui

Dans un milieu médiatique en questionnement, mis à l’index, où les journalistes portent une défiance croissante envers des médias pilotés par un modèle « publicitaire », internet a révolutionné les usages démocratiques et les usages de la communication et de l’information. La réponse est-elle dans la collaboration interactive avec le citoyen, définitivement sorti de son rôle passif pour devenir acteur de l’information via blogs et « médias sociaux » ? Quid de la mission du journaliste ?


Espace d’innovation éditoriale, démocratique, de débat en temps réel, internet n’en est qu’à ses balbutiements. Réseaux sociaux, blogs, médias en ligne offrent aux citoyens un accès direct à la vie publique, le positionnant comme producteur et diffuseur d’information. Une flambée de liberté de parole qui, pour partie, ravive l’esprit journalistique et, pour partie, inquiète les journalistes qui soit s’en saisissent, soit la vouent aux géhennes. Ce « nouvel espace de liberté » fait déjà l’objet de toutes les avidités et de toutes les manipulations.
Internet offre de formidables développements pour l’interaction et la participation, mais aussi pour l’expansion et la dissémination d’idées et de contenus anti-démocratiques. La perception de contenus a priori citoyen, une forme d’impunité ouvrent la porte aux dérapages et au risque de défiance.

Synergie médias et citoyens pour l’information de tous

L’évolution technologique ne peut à elle seule garantir une redéfinition éthique tant de la démocratie que de l’information. Faut-il adapter systématiquement les médias à ces grandes évolutions ou travailler à marquer une nouvelle identité de l’information ? Entre opportunités et risques offerts par le 2.0, où se posent nos libertés fondamentales ? Tandis que se conjuguent déclin de la participation démocratique, qui marque l’éloignement entre les citoyens et les institutions, et déclin des médias au profit de réseaux sociaux qui permettent d’interagir hors des systèmes traditionnels, l’impact premier du changement technologique met à mal une profession ébranlée par les glissements de son modèle économique en berne. Le modèle média traditionnel souffre de la défiance du public (les journalistes sont soupçonnés de servir de nervis à des « patrons de presse » dont les intérêts premiers ne sont pas la production de l’information), la réappropriation de l’information par les citoyens avance, avec ou sans garde-fous.

Blogs, réseaux, offrent une vitrine de liberté

Pour le moment, peu importe aux citoyens que ce vent de liberté souffle dans les corridors balisés de Google… Le besoin, évidente preuve des carences des médias institutionnels, croît à la croisée d’un rejet de l’institutionnel mais aussi d’une forme d’égotisme sociétal. Concilier les informations de ces veilleurs, de ces activistes, de ces « libre écriveurs », avec la rigueur journalistique est le probable enjeu de demain.

Contenu, transparence, responsabilité, efficacité et légitimité

En définitive, seule la qualité du contenu prime, quel que soit le média et le producteur. Il faut bien reconnaitre qu’il est des journalistes et des médias qui échappent à l’éthique fondamentale de la profession. Pour autant, le fait de s’exprimer « en direct », confère t-il le statut de « média », dans le 2.0 ? Les médias doivent aller vers ces espaces de partage et de débat. Si le débat lui-même favorise une forme de revitalisation de la démocratie et, de manière assez crue, de la profession, c’est aussi l’opportunité pour les journalistes de se repositionner au cœur des médias. Une problématique évoquée au travers du « modèle économique publicitaire », à la vocation peu journalistique. De journalistes-blogueurs à blogueurs citoyens, le 2.0 offre la possibilité de revenir à une éthique journalistique lisible,….

"Alerteurs"

Lobbying délogés par la transparence, manœuvres et corruption dévoilées par des citoyens "alerteurs "et contributeurs,… Le principe n’est pas neuf, ce sont les moyens qui ont évolué. Une opportunité pour la matière journalistique qui explose, mais les journalistes peuvent-ils absorber et convertir une telle dose d’éléments pour construire une information intelligible, et éclairer le citoyen ?

L’intrusion des citoyens dans la sphère média rendra-t-elle l’information professionnelle plus transparente, réactive et responsable ?

Le désengagement citoyen n’est qu’un désengagement par rapport aux institutions et aux médias, qualifiés de « traditionnels ». Les journalistes, accusés, se trouvent face à des acteurs locaux qui utilisent la toile pour faire sauter les verrous. Les grands médias expérimentent la sphère publique virtuelle et des stratégies d’externalisation ouverte, mais qui gagnera la course : l’information ou une communication participative maîtrisée ? Quoi qu’il en soit, les journalistes sont aujourd’hui sous surveillance. Une contrainte mais aussi une demande de rigueur, de compétence et … une reconnaissance.

Contrôle et intelligence collective

Les e-médias sont censés améliorer la qualité de l’information en fournissant de l’information immédiatement accessible et des services en ligne. Mais, il s’agit toujours de moyen descendant (du sommet vers la base) intégrant une strate intermédiaire aujourd’hui, les blogueurs et influenceurs. Cependant, les outils en ligne permettent dorénavant aux citoyens et aux utilisateurs de service de contrôler les fournisseurs en utilisant l’intelligence collective et la pression publique. Canaliser l’intelligence et la connaissance collective peut-elle rendre un média plus constructif et pertinent dans le débat démocratique ?

Fracture technologique

Comme à chaque avancée technique ou technologique ou à chaque émergence d’un nouveau média, la mort des anciens est annoncée. Une annonce prématurée. Les nouveaux médias trouveront leur place. L’effervescence et le bouillonnement sont scrutés. Les médias traditionnels, après un mouvement de panique devant leur perte de contrôle, ont d’abord tenté de copier, de suivre. La fracture technologique, dans cette problématique, reste un choix politique.
Dans les pays occidentaux, la pénétration des réseaux progresse mais n’est pas encore ce canal unique « dont il faut être », ce fantasme alimenté par des responsables politiques, économiques et médiatiques partageant une même sphère.
En Afrique francophone, si internet n’a pas droit de cité partout, le téléphone mobile et des applications spécifiques permettent une alternative. La « fracture technologique » apparait donc comme une stratégie. Pourtant, ne confond-t-on pas droit et devoir d’information ? Est-il obligatoire d’être sur Twitter ?

Une table ronde qui a, à nouveau, glissé sur les questions de positionnement. Le malaise de la profession dans l’entreprise média traditionnel trouve là, la limite de sa justification et peine à se réinventer. Le panel, résolument pro blog, porte les espoirs de la dimension 2.0 mais aussi des inquiétudes sur, par exemple, le nécessaire recul de l’information…

Conclusion  : la donne n’a pas fondamentalement évolué. Un journaliste qui travaille, cherche au milieu d’un certain nombre de pistes. Le problème étant, encore et toujours, de naviguer et identifier les sources fiables. La démultiplication n’est pas et n’a jamais été gage de qualité. Par contre, le 2.0 est l’opportunité pour les journalistes de démonter la dérive affairiste des médias et de reprendre pied dans un métier nécessaire à la démocratie, rôle qui n’est plus forcément premier dans des entreprises média. Finalement, le 2.0 est peut-être la chance d’un retour aux sources…

Table ronde : LE DATA JOURNALISME

« Data journalisme, journalisme de données ». « Un nouveau continent » pour Betrarnd Pecquerie qui animait la table ronde. Une nécessité, celle de maîtriser un champ d’investigation désormais à la portée de tous. Encore frappé du sceau de l’inconnu, marqué de l’imagerie de ces informaticiens pâles et dument lunettés au regard de Professeur Tournesol, le data journalisme a du mal à se constituer des lettres de noblesse face au sacro-saint « reporter de terrain », oeil bravant des horizons hostiles à la transparence de l’info et chèche roulé autour de l’appareil photo.
Le data journalisme se joue à plusieurs, croise les compétences journalistiques, techniques et graphiques pour offrir au lecteur une mise en forme lisible de données, volontairement ou non, rébarbatives. A priori, pas de sable chaud. Pourtant les data journalistes, en maîrtise, seront probablement parmi les seigneurs d’un monde journalistique où, tout en rêvant d’aventure, la plupart de nos congénères ne sortent quasiment plus de leurs rédactions, sauf pour fréquenter des barnums sur mesure, qui leurs sont dédiés, les points et conférences de presse.

Pas un nouveau métier, juste un nouveau champ d’investigation

Le data journalisme n’est pas né avec l’époque, mais ce sont les moyens de l’époque qui ont ouvert un nouveau champ d’investigation où les compétences « pures » du journaliste sont insuffisantes. Pour autant, la démarche reste journalistique. Comme ses prédécesseurs, le data journaliste use de sources et de ressources pour creuser un sujet et l’amener au grand jour.

Intervenants

Autour de la table, de ces pionniers à la vista parfois hermétique, en tous cas passionnées, caractéristique majeure du pionniers. De Bertrand Pecquerie (France), de l’Association Mondiale des Rédacteurs en chefs « Global Network Editors », à Cédric Kalonji (Congo) Expert, « blogueur le plus influent d’Afrique », Antoine Laurent (Suisse), Responsable Afrique francophone du projet « Code pour l’Afrique », Eric Leclerc (France), Directeur du Numérique, Le Parisien, France, Jazem Hallioui (Tunisie), Dirigeant fondateur de Innova et Webradar un seul mot d’ordre : le data abrite de l’information essentielle dans un monde ultra-connecté, à ne pas négliger.
Cédric Kalonji a fait état de la différence fondamentale d’un continent africain en mal de moyens mais aussi où l’open data n’est pas encore la règle. A petits moyens, projets adaptés. Ainsi, développe-t-il avec des enquêtes avec des étudiants. Le data journalisme est-il une incursion du journalisme dans le monde de la donnée informatisée ou un autre glissement où le journalisme s’égare dans une autre de ces lisières floues ? La question reste celle de la confusion entre l’outil et l’artisan. Mais, il faudra toujours l’instinct du chasseur pour sentir le filon de data qui accouchera d’un scoop, ou pas.

Investigation

Quant au devenir du data journalisme, l’open data (libéralisation des bases de données) parce qu’il est récent, offre un fantastique terrain de jeu, mais un terrain de jeu tout à fait « gérable » et exploitable tant par les journalistes que par ceux qui les décideurs. Les défricheurs s’en donnent à coeur joie, particulièrement dans un champ de scandales proliférant (WikiLeaks, LuxLeaks qui secoue l’Europe). Pourtant, la donne est exactement la même qu’auparavant. Les données accessibles sont à la portée de tous. L’intérêt est donc de fédérer des compétences pour aller chercher celles qui le sont moins.

Moyens

La question des moyens est, évidement essentielle. Le Parisien, avec sa cellule Data Innovation, s’active dans l’appropriation de ce nouveau champ d’investigation. Une innovation mesurée, calculée et monétisable. Une expérience partagée. Une cellule de data journalisme est un investissement qui ne souffre pas l’à peu près. Il faut constituer une équipe dédiée et aux compétences complémentaires (journaliste, développeur, graphiste web, voire, si l’on est gourmand, scientifique), un budget (salaires, matériels) et être appuyé au niveau de la direction, car il faut « éponger » le temps d’apprentissage. Une cellule data doit être intégrée à la rédaction, même si les journalistes sont parfois réticents au mélange de genre.
Anciens versus Nouveaux
A nouveau, ont émergé les inquiétudes d’une profession bousculée dans ses principes et ses préceptes. La réponse, néanmoins technologique, du data journalisme n’ouvrait qu’un champ. Une lecture du monde actuel, pas une redéfinition du métier que semblent appeler les professionnels.
Décidément, la mondialisation généralisée par les nouveaux médias, grâce à internet, n’en est pas encore à produire une nouvelle culture. Les querelles de ceux qui se défendent d’être « des Anciens contre les Modernes » apparaissent là encore décalées. Une nouveauté technologique ne remet pas en cause des fondamentaux mais les ébranle lorsque ceux-ci sont fragilisés.

L’OIF et le soutien aux médias

Par Tidiane Dioh, Responsable Médias à l’OIF

Créé en 1988, le Fonds d’appui aux médias apporte une aide financière aux entreprises de presse, dont le siège est basé dans un pays francophone, et qui désirent améliorer leur politique éditoriale, leur gestion managériale ou leur développement technologique. Il contribue également à financer des actions de mise en réseau de la presse écrite francophone, de formation ou toutes formes d’action répondant à des besoins spécifiques exprimés par les entreprises. Tidiane Dioh, qui en a la charge depuis mars 2004 porte ici le regard de l’expérience sur la situation des médias dans l’espace francophone. Il tire la sonnette d’alarme : « Le monde francophone des médias a perdu la bataille du financement, il lui reste à ne pas perdre celle des contenus ».

Table ronde : Nouveaux journalistes, nouvelles formations

Le brouillage information - communication

Ibrahim Sarr, Sénégal, directeur du CESTI (Sénégal) : Le thème de notre table ronde : « nouveau journaliste, quelles formations ? » pose avec acuité la question des défis qui nous interpellent dans un contexte de complexité des enjeux journalistiques. Il y a une complexité, du moins, qui découle des évolutions des technologies de l’information et de la communication. Il y a de cela une semaine, dans le cadre des carrefours d’actualités que nous organisons au CESTI, on débattait du thème : « Espoirs et devoirs de l’information numérique ». Il y a de cela également quelques années, plus précisément en 2008, avec des collègues français, belges, canadiens, égyptiens et brésiliens, nous réfléchissions dans le cadre de la revue Médiamorphoses de l’INA sur le thème suivant : « Faut-il encore former les journalistes ? ». Ce qu’est seulement trouver toute sa pertinence dans un contexte de transformation et de grands bouleversements du journalisme. Le premier bouleversement est lié au fait que la matière sur laquelle travaillent les journalistes, notamment l’information, est devenue une notion fourretout ! Pendant longtemps, l’information désignait les nouvelles, les actualités ou les récits des médias de masse ; mais, aujourd’hui, l’information renvoie non seulement aux médias de masse mais aussi aux industries de la connaissance et du divertissement. D’où le brouillage de la frontière entre les faits et les fictions. A cela s’ajoute aussi le brouillage de la frontière entre l’information et le divertissement d’une part, et entre l’information et la communication d’autre part. Et c’est à juste titre que Frédéric Lambert, je le cite, soutient : « les langages de l’information aujourd’hui, sont devenus complexes, à cause des échanges, des croisements, des migrations, de... »

Un grand besoin d’encadrement déontologique

Abdellatif Bensfia, Enseignant ISIC (Maroc) : "Les mutations dans le paysage médiatique ont donné lieu à des transformations et des intérêts et pratiques professionnels, [….] ces transformations donc, c’est de l’information officielle à l’information citoyenne, de l’information globale à l’information de proximité, du journalisme classique au journalisme électronique, du journalisme d’opinion au journalisme d’investigation, quoique, à mesure que le journalisme d’investigation se développe, nous remarquons un retour progressif aux médias d’opinion, c’est le paradoxe !
Et donc, même si on constate ce développement dans le paysage médiatique, il y a un grand besoin d’encadrement déontologique. Aujourd’hui nous pensons que la fonction première, universelle, du journalisme, c’est de servir la société en informant le public, en surveillant l’exercice du pouvoir et en stimulant le débat démocratique afin de soutenir le développement politique, économique, social et culturel, au-delà des simples connaissances techniques de production qui garantiraient les conditions de développement d’un journaliste professionnel porté sur l’investigation, mais aussi solidaire et équitable, devait tenir compte d’un certain nombre d’orientations comme le fait d’institutionnaliser la culture journalistique dans ses dimensions professionnelles, éthiques, citoyennes et humaines.
Deuxièmement, initier les futurs journalistes au traitement des aspects et aux approches de portées démocratiques mis en avant par les droits humains, l’égalité des genres, la diversité, la pluralité, le droit à l’information et la démocratie participative. Evoluer vers une logique qui associe le culturel, compte tenu au technique, les formats, s’engager activement dans la construction d’un espace public, citoyen, ouvert à tous, à travers des programmes spécifiques d’éducation aux médias".

Table ronde : Quel avenir pour les médias traditionnels

Khalil Hachimi Idrissi Directeur de l’Agence MAP ( Maroc) : "L’avenir ira certainement aux entreprises de presse professionnelles qui pourront se décliner sur plusieurs supports. L’entreprise de presse qui travaille sur un support unique est condamnée à disparaitre, parce que son modèle économique ne pourra pas la faire exister. La déclinaison sur de multiples supports, notamment numérique, audio, vidéo, site, etc..., devient une obligation impérieuse pour continuer à suivre le mouvement. Mais cette mutation ne peut pas se faire tout seul. Si on ne laisse que le marché réguler cette affaire, on voit très bien où ça va mener. Ca va mener à de très grandes catastrophes, notamment pour l’emploi, etc...
Il se trouve que c’est un secteur qui est mondialement aidé et soutenu par les pouvoirs publics. Il faudrait que, face à ces défis, les pouvoirs publics puissent accompagner ces entreprises de presse à se diversifier pour, notamment, garder l’emploi.
Ceci impose aux Etats d’avoir des stratégies dans ce domaine, qu’on pourrait appeler, entre guillemets, des « souverainetés nationales » en terme d’information, pour qu’il reste un terreau important de production journalistique qui est liée à une économie nationale et à un réseau national de production de contenu. Je crois que c’est un minimum. Il faudrait que l’Etat assume sa responsabilité face à la mutation. Et ce n’est pas uniquement les entreprises de faire face à ce défi des mutations technologiques ou à cet effondrement de modèle économique. Les pouvoirs publics, à mon avis, doivent être interpelés sur ce point.

Cécile Mégie, directrice de RFI  : Il y a un mot qu’on n’a pas prononcé, c’est « francophonie ». Et, on parlait de convergence des médias, mais, là, on a tous, entre nous, une convergence linguistique et je pense que c’est peut-être, que cet espace de la francophonie, des Assises comme celle-là, d’autres lieux, peuvent nous permettre d’échanger et de ne pas être dans la confrontation nord-sud, est-ouest, peu importe la boussole. Je pense que cet enjeu-là, de la langue est primordiale. Pour le numérique, internet,… la langue majoritaire c’est l’anglais et si nous ne réfléchissons pas ensemble, quel que soit l’endroit d’où l’on parle et le type de média, à justement définir les enjeux, entre professionnels, entre spécialistes, ..., les axes autour desquels on doit réfléchir, je crains qu’on ne soit que dans du défensif. Les propositions peuvent être de réfléchir à la formation des journalistes, des professionnels, mais plus largement des pratiquants, j’allais dire, de ces médias numériques avec comme point commun la francophonie. Comment on indexe, quelle métadonnée, quelle sémantique il y a autour du web, comment on forme ces professionnels, comment on apprend le français à travers ces nouveaux outils,…
Je pense que, là, ça peut-être un point de convergence qu’il nous faut avancer ensemble dans des instances comme celle-là, ou d’autres, mais en tout cas, pour défendre aussi des positions, enfin proposer en tout cas, des progressions dans cet univers de médias, qu’ils soient traditionnels ou numériques... Vraiment, le terme « traditionnel », je ne l’aime pas. Je pense qu’on est plusieurs à le partager.
On est des médias et ce dénominateur commun peut être, à mon sens, un moyen de réfléchir un peu plus loin.

Halimé Assadya Ali, Directrice des stations régionales de la télé nationale (Tchad) : Je pense qu’il y a des défis et parmi ces défis, il y a le numérique. Le numérique c’est une arme à double tranchant. Autant il peut sauver en faisant sauter des frontières, en offrant de nouveaux espaces d’information, d’éducation et d’apprentissage, autant il peut aider à la disparition de ce que nous connaissons maintenant.
Je pense que le numérique c’est l’anglais. Donc, la francophonie va être un espace que les médias francophones doivent savoir développer pour pouvoir avancer ensemble. Parce qu’à force de vouloir avancer, peut-être en ordre de dispersion, on va être envahis par le numérique.
Donc, pour préserver cet avenir que nous avons tous dit « radieux », en tout cas pour les médias traditionnels encore, il faut qu’on avance, pas en ordre dispersé mais regroupés, unis peut-être à travers la francophonie. Et je pense qu’on va s’adapter.
On a prédit la disparition des médias traditionnels ( la presse écrite notamment), aujourd’hui, 10, 15, 20 ans après, ils n’ont pas disparus, ils sont là. On donc va continuer à s’adapter, mais qu’on avance ensemble dans cet adaptation.

Madiambal Diagne, Président du Forum des Editeurs Sénégalais ( Sénégal) : Je voudrais simplement abonder dans le même sens que beaucoup d’intervenants. Nous sommes à l’ère de la convergence entre les médias et nous vivons tous les jours avec. Le développement technologique nous l’impose.
Pas plus tard qu’hier, j’ai vécu une expérience assez intéressante, ici à l’hôtel. On avait à faire un courrier dans l’urgence, une lettre administrative qu’il fallait envoyer à… disons un service, pour faciliter le déplacement, par exemple des participants à nos Assises à Gorée. La lettre elle est faite, il faut l’envoyer. Moi, mon réflexe, c’est de l’envoyer par email naturellement. Non, on appelle « A quelle adresse email il faut l’envoyer ? » mais non, il faut l’envoyer par fax. J’étais un peu surpris et sidéré. Mais est-ce que le fax existe toujours ? Parce que ça fait plus de 10 ans que moi je n’ai plus entendu parler de fax... Et là, il m’a donné un numéro de téléphone. On va au Business Center, et je dis : « Mais écoutez, on donne là, web par fax, est-ce que vous en avez ? » et on me dit : « Oui, on a un fax ». Ah, je dis : « Ah bon, c’est curieux, le fax, la dernière fois que je l’avais vu, c’était un appareil téléphonique avec quelques numéros là, on composait… ». Mais non, c’est avec l’ordinateur qu’il fait une sélection et il l’envoie comme un téléphone, voilà un peu l’application d’une évolution technologique qui m’a échappée et pour laquelle je n’étais pas préparé. C’est simplement dire, pour parler de notre question, qu’il y a une évolution du temps. Il y a une évolution des outils avec lesquels nous travaillons, et il faut faire avec cela. C’est la question de la frilosité dont on parle. On ne peut pas avoir peur de cela. Il faudrait qu’on l’adapte.

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