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35e
Assises de la presse francophone
4 - 8 novembre 2003, Libreville, Gabon

"
Formation et perfectionnement des journalistes -
Bilan 1960/2000 et perspectives "
Résolution
Travaux
des ateliers
Renouvellement du Comité
international de l'UPF
Discours d'Hervé BOURGES: ouverture
04.11 - clôture 07.11.
Messages. Président BONGO
- Abdou DIOUF
Message du vice-Premier ministre
Paul MBA ABESSOLE
07.11.
Revue de presse
Déroulement
Section gabonaise de l'UPF
Séance de clôture
vendredi 7 novembre 2003
Conclusion par Hervé BOURGES
Président de l'Union internationale de la presse
francophone
Monsieur le Premier Ministre, représentant le Président
de la République,
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers consurs et confrères,
Au moment de clôturer ces trente-cinquièmes
Assises de la Presse francophone, organisées cette
année à Libreville, capitale du Gabon, je
tiens à souligner qu'elles resteront durablement
dans les mémoires de tous ceux qui y ont participé.
Pas seulement du fait de l'accueil exceptionnel que Libreville
nous a réservé, mais surtout parce que ce
furent des Assises utiles. L'hospitalité gabonaise
nous a été prodiguée généreusement
et je veux en remercier le Président de la République
El Hadj Omar BONGO, ainsi que le gouvernement gabonais dans
son entier, et tout particulièrement le Premier Ministre
qui a ouvert nos travaux, le Vice-Premier Ministre qui les
clôturera et le Ministre de la Communication qui nous
a accompagnés tout au long de leur préparation
et pour assurer leur réussite. Que le Maire de Libreville
soit également remercié de son accueil, auquel
nous avons tous été sensibles.
Tout cela n'aurait rien été sans le professionnalisme
et la disponibilité de nos confrères de la
presse gabonaise et notamment de tous ceux que regroupe
la section gabonaise de notre Union. Je salue en particulier
Jean-Pascal NDONG, président de notre section gabonaise,
directeur général de Radio Nostalgie, dont
l'efficacité et la diplomatie ont fait merveille,
tout au long de la préparation de nos assises et
lors de leur réalisation.
Je veux également insister sur la préparation,
justement, de nos travaux, qui, comme lors des assises que
nous avions tenues à Beyrouth, ont été
minutieusement conçus afin de déboucher sur
des conclusions concrètes et sur des résolutions
qui puissent appeler une mise en uvre pratique. Cela
fait plus d'un an que l'idée de tenir ces assises
sur le thème de la formation était dans l'air,
et que nous nous réunissions régulièrement,
Loïc Hervouët, Olivier Zegna Rata, Georges Gros
et moi-même, pour réfléchir à
l'organisation de nos travaux et à leurs contenus.
Avec la volonté que nos assises soient, comme toujours,
un moment de partage d'expériences et de liberté
de parole. Mais aussi avec la volonté qu'elles permettent
à chacun de mieux comprendre les pratiques d'autrui,
et que puisse s'instaurer une véritable circulation
des bonnes méthodes et des recettes qui marchent
au sein du petit monde éparpillé de la presse
francophone.
Des assises utiles, qu'est-ce que cela signifie ? Cela
signifie bien sûr qu'elles ne servent pas seulement
à resserrer entre nous des contacts, indispensables,
qui ne seraient pas possibles sans ces grandes réunions
annuelles (nous étions ici plus de 170, originaires
de 27 pays d'Afrique, d'Europe, et même d'Asie). Ces
relations confraternelles qui ignorent les frontières
prennent d'année en année plus d'ampleur,
et nos retrouvailles périodiques contribuent à
conforter chacun de nos médias dans son rôle,
par un dialogue et unéchange d'idées très
efficace.
En donnant à nos assises un thème spécifique,
extrêmement important pour notre profession et son
évolution, nous nous donnions un impératif
simple : déboucher sur des actes concrets. Je souhaite
donc que les résolutions que nous avons adoptées
en conclusion à nos travaux prennent rapidement effet,
et nous nous y emploierons tous, je sais que je peux compter
pour cela sur l'engagement de toutes les sections nationales
que vous représentez.
Pour autant, nos assises ont également été
l'occasion de concertations approfondies entre les membres
de notre Comité international sur la préparation
du Sommet mondial sur la société de l'information,
qui constitue également un enjeu majeur des prochaines
semaines, et sur lequel je reviendrai ensuite brièvement,
ainsi que sur la préparation du prochain sommet de
la Francophonie qui aura lieu à Ouagadougou à
l'automne prochain. Je tiens à remercier tout particulièrement
de ce point de vue M. l'ambassadeur du Burkina Faso Filippe
SAVADOGO pour sa participation à nos travaux et pour
l'horizon international qu'il a contribué à
leur donner.
I. Les nouveaux enjeux de formation au journalisme
:
diagnostic et premières urgences.
Insuffisances
Les médias et les institutions de formation que
nous représentons collectivement sont tous concernés
par le renforcement de la formation des journalistes. En
conséquence, nos résolutions sont d'abord
de "bonnes résolutions" : les préoccupations
que nous exprimons, nous nous les appliquons d'abord à
nous-mêmes.
Ce n'est pas de gaieté de cur que nous avons
dressé le tableau, réaliste et un peu décevant,
des quatre décennies de formation des journalistes
qui viennent de s'écouler. J'ai moi-même été,
je le rappelai à l'ouverture de nos travaux, l'un
des premiers combattants de la formation des journalistes
sur le continent africain, au moment où le soleil
des Indépendances éclairait de manière
crue un paysage médiatique où tout était
à réinventer.
L'Afrique n'a pas à rougir des institutions de formation
qui ont alors vu le jour, en particulier à Yaoundé,
où j'ai fondé l'Ecole Supérieure Interétatique
de Journalisme, aujourd'hui Institut Supérieur des
Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication,
mais aussi à Dakar par exemple.
De même les pays francophones du Nord n'ont pas à
rougir d'institutions comme l'Ecole Supérieure de
Journalisme de Lille, que j'ai eu la chance de diriger et
dont j'ai aujourd'hui encore l'honneur de présider
le conseil d'administration.
Mais nous ne pouvons pas négliger un fait, que les
statistiques révèlent de manière brutale
: aujourd'hui, sur le nombre des journalistes en activité
en France, 13% seulement sont titulaires du diplôme
d'une école de journalisme reconnue par la profession.
Cela ne veut pas dire que tous les autres journalistes ne
sont pas de bons professionnels, car nous savons bien qu'il
est possible d'apprendre ce métier sur le tas : André
Malraux, pas plus que Françoise Giroud, n'avait son
bac, et a fortiori son diplôme d'école de journalisme
Pourtant personne ne leur contestera leur brevet de journalisme
!
Mais tout le monde n'est pas non plus André Malraux
ni Françoise Giroud. Et le fait que la proportion
de ceux qui ont suivi une formation de journalisme soit
si mince, dans le nombre total de nos confrères,
représente, soyons clairs, à la fois un échec
pour les structures de formation et un risque pour la manière
dont ce métier est enseigné, donc pratiqué.
Ce risque, il touche la déontologie, la vénalité,
la qualité du travail d'investigation, la rigueur
du travail de recoupement et d'approfondissement des informations.
Ne peut-on pas attribuer à cette carence de formation
la tendance trop fréquente de nos médias à
hurler avec les loups, à lapider les boucs émissaires
que la rumeur leur désigne, à faire chorus
sans réfléchir, ni vérifier, ni même
faire l'effort d'analyser ?
Le travail du journaliste est un travail d'humilité,
d'enquête, d'écoute, de précision. Bref,
c'est un métier. Il y a plusieurs manières
de l'apprendre, mais encore faut-il l'apprendre. Et ne pas
se retrouver au service de l'information en ayant tout juste
appris la communication, c'est à dire l'art de faire
croire. Informer, ce n'est pas tenter d'emporter l'adhésion,
c'est fournir les éléments de faits qui permettront
à autrui de se forger son opinion.
Enfin, dernière leçon tirée du tableau
actuel de la pratique du journalisme : les entreprises ne
trouvent pas suffisamment de jeunes confrères sur
le marché qui disposent à la fois des outils
de culture générale qui leur permettent d'appliquer
des raisonnements justes à des phénomènes
de plus en plus complexes, et des apprentissages "techniques"
qui leur permettent de maîtriser parfaitement la profession
de journaliste, elle-même dotée d'outils technologiques
dont le maniement est de plus en plus complexe.
C'est au carrefour de ces deux besoins que se sont retrouvés
de nombreux sites d'information sur Internet, dont les équipes
n'étaient ni suffisamment armées sur le plan
de la culture générale, ni assez structurées
en matière de déontologie et de droit de l'information,
alors même qu'elles se trouvaient confrontées
à des médias dont les caractéristiques
propres auraient exigé au contraire qu'ils soient
à même d'avoir un recul professionnel exemplaire
(qu'il s'agisse de la fugacité de la circulation
de l'information, de la démultiplication de ses supports,
de l'obsolescence quasi instantanée de ses produits).
Car si nous avons eu, au cours de ces assises, l'exemple
inverse d'un site d'information "sérieux",
dans lequel une rédaction s'attache à former
ses collaborateurs et ses correspondants aux spécificités
de la presse en ligne (il s'agissait d'Afrik.com) nous savons
bien que rares furent les sites à partager ces pratiques
et je suis convaincu qu'une grande partie du discrédit
qui a frappé l'Internet après quelques années
d'euphorie, et qui s'est traduit par l'explosion de la bulle
spéculative qui y avait été associée,
vient tout simplement de la piètre qualité
des contenus de la plupart des sites d'information. Comment
accorder sa confiance à des supports peu crédibles
?
Nouvelles pistes
Alors comment faire pour que les choses s'améliorent,
à la fois en quantité et en qualité
? Nous avons besoin qu'un nombre croissant de journalistes
aient été dûment formés à
ce métier et nous avons besoin qu'ils comprennent
des questions de plus en plus spécialisées
et de plus en plus complexes, que ce soit en économie,
en sciences, en sociologie, en droit, en relations internationales
Tout en maîtrisant parfaitement Internet, les bancs
de montage numériques, la post-production audio et
vidéo, la transmission par satellite.
Et j'ajoute : moins le pays dans lequel ils travaillent
est développé, et plus il est important qu'ils
puissent disposer des outils les plus pointus, parce que
ces outils leur permettent de rattraper le retard dont ils
souffrent sur le plan médiatique, documentaire ou
économique. C'est la quadrature du cercle.
En nous penchant sur le cas de l'Afrique, nous avons bien
vu comment les formations à distance, par Internet,
au journalisme, pouvaient être le moyen de mieux répartir
l'accès à la formation professionnelle, qu'elle
soit initiale ou continue, d'ailleurs. Mais nous avons vu
aussi que ces formations ont un coût, qu'elles nécessitent
la présence d'un centre de formation à proximité
au sein duquel elles peuvent être accessibles en haut
débit et dans des conditions précises, et
donc qu'elles ne sont possibles que lorsqu'un certain plancher
d'investissements préalables a été
atteint.
Dans ces conditions, les représentants de toute
la presse francophone, réunis à Libreville
pour leurs 35e Assises, ont décidé de réclamer
solennellement une nouvelle prise en compte des problématiques
de la formation au journalisme dans les politiques publiques,
à la fois au niveau de chaque pays et à un
niveau international.
* Des efforts nouveaux doivent être faits
pour développer les formations au journalisme et
mettre à la disposition des médias, pour les
journalistes actuellement en exercice, des modes de formation
continue innovants : aux stages souvent inopérants,
il faut préférer l'immersion des formateurs
au sein des équipes professionnelles, en entreprise,
afin de faire prévaloir de meilleures pratiques,
à la fois dans les domaines les plus techniques ou
matériels (de la publication assistée par
ordinateur jusqu'aux rotativistes) et dans le domaine éditorial.
* Nous appelons l'ensemble des Etats francophones
et les organisations multilatérales concernées
par le financement de la formation à faire un
effort significatif pour développer la formation
des journalistes en donnant aux institutions de formation
existantes les moyens de répondre aux nouvelles attentes
de la presse telles qu'elles se sont exprimées clairement
ici à Libreville. La presse est l'oxygène
de la démocratie : la qualité de la formation
des journalistes lui permet une meilleure respiration.
* L'Union internationale de la Presse Francophone prendra
l'initiative de réunir prochainement les bailleurs
de fonds et les acteurs de la formation afin de favoriser
la cohérence et l'efficacité de leurs actions,
tout en amplifiant leurs retombées directes ou indirectes.
Pour ce qui concerne plus particulièrement l'Afrique,
l'Union s'engagera directement dans une démarche
de promotion de la formation croisée en engageant
ses membres à s'associer et à associer leurs
médias aux nouvelles initiatives de formation qui
sont prises, notamment par l'Agence Intergouvernementale
de la Francophonie.
II. Un chantier majeur : la déontologie.
Notre réflexion sur la formation nous a conduits
à considérer plus particulièrement
l'une des premières conséquences du déficit
actuel en formation des journalistes : les manquements déontologiques
que l'on peut observer dans tous les pays du monde.
Je ne veux évoquer aucune dérive en particulier,
elles seraient trop nombreuses. Mais, pour parler de cas
français, comment ne pas se révolter quand
un homme est traîné dans la boue, sa réputation
noircie, quand les accusations les plus folles sont portées
contre lui, sur la foi de quelques phrases ambiguës
tirées de dépositions judiciaires qui sont
couvertes par le secret de l'instruction et qui demeurent
fortement sujettes à caution ? Cela vaut aussi bien
pour un notable républicain, président d'une
grande autorité administrative indépendante,
que pour un employé d'aéroport originaire
du Maghreb, traité du jour au lendemain de terroriste
par toute la presse sur la foi de dénonciations calomnieuses
aujourd'hui avouées.
La presse n'a pas tous les pouvoirs. Elle ne peut s'imaginer
détenir le pouvoir de juger. A fortiori sous forme
de scoops répétés, entraînant
une spirale de surenchères. C'est parce que le pouvoir
de trancher en matière judiciaire est sans doute
le plus terrible au sein de la société humaine,
et c'est parce qu'il est le plus sacré, que toutes
les constitutions du monde, depuis la fin de l'ancien régime,
en protègent soigneusement l'indépendance
et la neutralité. Il n'est pas admissible que
le journal s'érige en tribunal, il n'est pas admissible
que le journaliste joue à la fois le rôle du
juge et du bourreau, prononçant la culpabilité
et exécutant dans la foulée la condamnation,
à la fois morale et sociale.
Ce diagnostic est malheureusement vrai pour les médias
du Nord, il vaut aussi pour ceux du Sud : nous connaissons
tous des dizaines de titres de presse, dans les pays africains,
qui pratiquent un journalisme qui ne devrait pas avoir cours,
et où l'invention romanesque le dispute à
l'intention de nuire pour fabriquer des papiers qu'on n'ose
plus appeler d'information.
C'est pourquoi l'on ne peut évoquer les besoins
de formation sans déboucher sur l'un des besoins
prioritaires : la formation déontologique.
Rien ne saurait justifier ces dérives : "tout
ce qui est exagéré est insignifiant"
disait Talleyrand, et tout ce qui est inventé est
impropre à l'information. Il paraît invraisemblable
que de telles évidences aient encore à être
rappelées.
C'est pourtant le cas, quand on observe où conduisent
les dérives de certains médias, qui prônent
la violence, la désunion et la haine. Nous avons,
au cours de ces assises, rendu hommage, à plusieurs
occasions, à la dernière victime injuste de
cette "haine au front bas", qu'attisent certains
organes de presse écrite ou radiophonique. Ce n'est
même pas la peine d'aller chercher jusqu'au Rwanda
et au génocide qu'il a connu, porté, amplifié
et accéléré par les appels au meurtre
de la fameuse Radio des Mille collines
De sombre mémoire.
Tout récemment, notre confrère Jean Hélène
a été tué, qu'on le veuille ou non,
parce que quotidiennement certains journaux ivoiriens désignaient
son pays, sa radio, et jusqu'à sa personne, à
la vindicte publique. Lorsque le journaliste lui-même
devient la cible de la haine, c'est que le fait d'informer
devient insupportable. Ce qui rend à nos yeux cet
assassinat encore plus inacceptable, c'est qu'il ait été
la conséquence tragique et ultime de la banalisation
d'un discours de haine, provoquée par d'autres médias.
Et cela dans un pays qui nous est cher, où nous avons
tous des amis, dont nous connaissons la sagesse, l'expérience,
la hauteur de vue. A quoi rime cette déraison élevée
au rang de doctrine ?
Il n'y a pas de médias irresponsables. Le journalisme
est d'abord et avant tout une responsabilité. Rien
de ce que l'on écrit n'est gratuit, rien de ce que
l'on publie n'est sans conséquence.
C'est la raison pour laquelle nous avons décidé
collectivement de réunir au printemps, à
Yaoundé, au Cameroun, des états généraux
de la presse francophone, autour de cette question de
la déontologie journalistique. Il est indispensable
en effet que notre profession se dote elle-même, collectivement,
de moyens d'auto-régulation admis par tous, garantissant
la qualité du travail fourni par les médias,
à la fois médias traditionnels et nouveaux
médias.
Quels seront ces moyens, ces garde-fous indispensables
? Il est trop tôt pour le dire. Nous connaissons les
erreurs à ne pas commettre, les précédents
à ne pas imiter. Mais la presse francophone doit
pouvoir s'honorer d'un rôle précurseur en la
matière. Ensemble, il ne nous est pas interdit d'être
exemplaires.
III. Le combat pour la liberté de la presse.
Comme vous le savez, l'Organisation des Nations Unies a
préparé, au début du mois de décembre
prochain, un Forum mondial des médias électroniques
en ouverture du Sommet mondial sur la société
de l'information dont nous avions eu l'honneur de réclamer
publiquement l'organisation lors du premier Sommet des régulateurs
sur l'Internet et les nouveaux services numérique
que nous avions organisé à l'UNESCO, en décembre
1999, par une collaboration étroite entre le Conseil
supérieur de l'audiovisuel français et le
Réseau des Instances Africaines de Régulation
de la Communication, le RIARC, qui était alors présidé
par mon ami le président du Conseil national de la
communication gabonais, Pierre-Marie DONG.
En tant que président de notre Union, il m'a été
demandé de participer à ce Forum mondial qui
se tiendra dans quelques semaines. Je serai heureux d'y
délivrer le message particulièrement fort
qui est le nôtre : la liberté de la presse
est un élément fondamental de la constitution
de cette nouvelle société de l'information,
et elle doit y être à la fois garantie et soutenue.
Premier point, la liberté de la presse et donc
du travail des journalistes doit y être garantie
: je tiens à saluer l'engagement du président
Omar BONGO, qui nous a publiquement assuré qu'il
interviendrait afin que la première résolution
du prochain Sommet francophone, qui aura lieu à l'automne
prochain à Ouagadougou, reprenne la demande officielle
que nous avons faite à tous les chefs d'Etat qui
y seront présents : les délits de presse ne
doivent plus pouvoir conduire à des peines de prison.
Même de manière préventive, il n'est
pas admissible qu'un journaliste soit emprisonné
pour la manière dont il accomplit son travail.
La reprise de ce principe par les chefs d'Etat francophone
fera de la Francophonie la première communauté
de nations à garantir solennellement la liberté
des journalistes. Il s'agit d'un signal extrêmement
fort. Le Président Omar BONGO l'a compris et il s'en
fait le défenseur. A cet égard aussi, ces
assises ont été utiles et sont à marquer
d'une croix blanche.
Notre demande était naturelle, venant de journalistes.
Elle devient essentielle, dès lors que des chefs
d'Etat marquent publiquement qu'ils partagent notre conviction
: la liberté de la presse est un des fondements de
la démocratie, et la démocratie est un des
moteurs pérennes du développement économique.
Dès lors, penser le journaliste comme "agent
du développement", selon une terminologie que
nous avons beaucoup employée en Afrique, signifie
qu'il est avant tout un "agent de la liberté
et de la démocratie", conditions nécessaires
au développement des nations.
Le principe est posé, reste la constatation de
la situation : elle se dégrade. Il ne suffit donc
pas de garantir un principe, il faut en soutenir l'application
!
Même si le cas de Jean Hélène est isolé,
singulier, il est aussi révélateur d'une réalité
que nous éprouvons tous : de jour en jour, les tensions
politiques nationales et internationales s'exacerbent. Et
ces passions rendent sans cesse plus difficile l'exercice
du métier de journaliste. Il ne se passe plus de
semaine sans qu'un journaliste soit ici expulsé,
là écarté de son média, ailleurs
menacé. Pour prendre encore une fois un cas français,
cela s'est vu récemment en Corse pour une journaliste
du Figaro qui avait osé parler librement de
ce qu'elle voyait autour d'elle.
Les correspondants de Radio France Internationale se voient
très souvent pris à parti par des acteurs
politiques qui ne supportent pas la relation objective qu'ils
proposent de la vie publique de leur pays. Plusieurs cas
viennent de défrayer la chronique et il ne nous paraît
pas possible d'accepter la remise en cause du professionnalisme
des intéressés. Nous réclamons la
libération immédiate de Rodrigo Angue Nguema,
correspondant de l'Agence France Presse en Guinée
Equatoriale, interpellé lundi après-midi
à Malabo, et qui n'a toujours pas été
libéré.
Comment justifier l'incarcération avant-hier
mercredi, à Niamey, du directeur de la publication
de l'hebdomadaire nigérien Le Républicain,
Abou Mamane ? Or notre confrère Abou Mamane est
aussi le propriétaire de la plus grande imprimerie
du Niger, qui tire de nombreux journaux indépendants
: craignons que cette arrestation soit une tentative de
réduire au silence tous ces titres. Je vous rappelle
qu'il y a une quinzaine de jours, Ibrahim Souley, directeur
de publication de l'hebdomadaire L'Enquêteur
a déjà été condamné à
Niamey à une an de prison avec sursis.
Enfin il nous faut également appeler solennellement
l'attention du Président Amadou Toumani TOURE sur
le sort de Chérif Haïdara, Mamoutou Traoré
et Gata Bâ, trois collaborateurs de la radio privée
Sido, à Ségou, au Mali : arrêtés
successivement les 20, 24 et 26 octobre derniers à
cause de la diffusion d'un reportage, ils n'ont toujours
pas été libérés, comme l'a
confirmé hier soir le Ministre de la culture malien,
le grand cinéaste Cheikh Oumar Sissoko. Cet exemple
est le dernier que je prendrai, et c'est le plus navrant,
puisqu'il se produit dans un pays, le Mali, où la
démocratie fonctionne, ou la liberté d'expression
est assurée, ou la presse peut à ce jour exercer
dans des conditions normales. Nous savons tous que le Mali
est un pays de liberté, attaché à sa
démocratie, et nous ne pouvons pas imaginer que cette
situation d'incarcération de trois journalistes et
responsables de presse audiovisuelle puisse durer.
J'arrête là mon énumération,
mais ces trois exemples tout récents nous confortent
dans l'orientation que nous souhaitons donner à notre
action au cours de la prochaine année. Il faut stopper
cette dérive !
Il est très important que les deux sommets qui se
profilent, et tout particulièrement le Sommet de
la Francophonie de Ouagadougou, prennent des positions fortes
pour défendre la liberté des journalistes
contre les contraintes que pourraient leur faire subir leurs
Etats (ou tout autre Etat d'ailleurs). Aucune force politique
ni économique ne doit pouvoir tenir la plume du journaliste.
Ni brider sa liberté de travailler.
Le désordre international croissant que nous vivons
depuis quelques années complique singulièrement
notre travail. Il faut impérativement qu'un coup
d'arrêt très ferme soit donné à
la dégradation des conditions d'exercice de notre
mission quotidienne. Un engagement formel des pays membres
de la Francophonie serait le moyen pour les journalistes
de chacun de nos pays de retrouver le plein exercice de
leur fonction démocratique.
Je me ferai évidemment le messager des attentes
légitimes qui sont les nôtres lors du Forum
mondial des médias électroniques de Genève
en décembre prochain. Mais d'ores et déjà,
je veux surtout annoncer notre décision de tenir
nos prochaines Assises à Ouagadougou, en levée
de rideau du Sommet de la Francophonie qui s'y tiendra en
2004, afin que nous puissions replacer nos demandes
précises, telles que nous les aurons alors synthétisées,
sur le bureau des chefs d'Etat, au moment même où
ils se réuniront.
La feuille de route est donc chargée, mais elle
est claire : sur les trois axes autour desquels nous organisons
le travail de notre Union, formation des journalistes, renforcement
de la déontologie, consolidation de la liberté
de la presse, nous faisons en sorte de progresser fortement,
tous ensemble, au fil des trois grands rendez-vous de cette
année.
Le premier des trois rendez-vous que nous nous sommes fixés
vient de se tenir, ici à Libreville, et il constitue
un plein succès. Nous venons d'acter une véritable
réorientation de nos attentes en matière de
formation, et nous allons pouvoir essayer de coordonner
l'action des bailleurs de fonds et des Etats, dans les prochains
mois, de manière à renforcer des formations
mieux adaptées, qui pourront se couler dans les besoins
ressentis à l'intérieur même des entreprises
de presse, au plus près des équipes.
Notre prochain rendez-vous sera celui de nos états
généraux de Yaoundé, au printemps 2004,
et je vous demande de commencer dès aujourd'hui à
préparer la réflexion qui y sera développée,
sur les moyens de redonner toute sa force à l'exigence
déontologique qui légitime et parachève
l'intervention des journalistes dans la société.
La Société de l'information ne peut pas être
la société de la désinformation. Cela
impose professionnalisme et rigueur, qualité des
hommes et connaissance des règles. Nous devons pouvoir
faire dans cinq mois des propositions nouvelles pour répondre
à cet enjeu décisif.
Enfin les 36e Assises qui nous réuniront dans un
an à Ouagadougou viendront couronner le travail entrepris
par une démarche cohérente auprès des
chefs d'Etat francophones pour qu'ils s'engagent eux aussi
de manière collective dans la défense de la
liberté des journalistes. En effet, les urgences
sont là, concrètes et impérieuses :
le désordre mondial s'accroît, et avec lui
les pressions qui s'exercent sur nos confrères, dans
tous les pays du monde, et les risques qu'ils courent.
La Francophonie n'est pas seulement le partage d'une langue,
mais aussi la fidélité à des valeurs
communes, que nous héritons de ceux qui ont combattu
pour la liberté d'expression dans notre espace francophone.
Ils sont notre mémoire commune.
Il y eut un moment où Victor Hugo dut choisir l'exil
contre le silence, en lançant sa fameuse exclamation
: "La liberté d'expression est supprimée
en France, au profit de la Belgique !" La liberté
d'expression des journalistes ne doit être remise
en cause dans aucun des pays francophones : à
l'heure d'Internet, les frontières sont transparentes
et les murailles entre lesquelles on voudrait la contenir
sont en verre.
La Francophonie peut avoir l'ambition d'être une
véritable communauté politique appuyée
sur des principes intangibles, au premier rang desquels
la protection de la liberté des journalistes
: au moment où elle cherche à redéfinir
sa place et son équilibre parmi les institutions
internationales, cette exigence radicale lui donnera un
surcroît de légitimité. C'est en tous
les cas un discours que le secrétaire général
actuel de l'Organisation, le président Abdou DIOUF,
doit pouvoir entendre, lui qui s'est adressé à
nous mardi par un message d'encouragement explicite, lui
qui a prouvé par l'exemple son respect scrupuleux
de la démocratie et son attachement aux valeurs que
nous soutenons.
Mesdames et Messieurs, chers confrères, ces assises
de Libreville nous ont permis de progresser fortement, de
rendre plus lisible notre combat commun, de dégager
les lignes de force de notre action pour la formation
des journalistes, le progrès de la déontologie,
les garanties inébranlables à apporter à
la liberté de la presse, au sein d'un espace francophone
fidèle à ses valeurs fondatrices. En deux
mots : nos assises se terminent, mais la lutte continue.
Hervé BOURGES
Président international de l'UPF
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