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36e Assises de la presse francophone
16 - 21 novembre 2004, Ouagadougou, Burkina Faso

Union de la Presse Francophone

La protection des journalistes
un enjeu démocratique

CONCLUSIONS

L'Union internationale de la Presse Francophone (UPF) réunie à Ouagadougou du 16 au 21 novembre 2004 pour ses 36èmes Assises, consacrées à la "protection des journalistes", a conduit une réflexion sur les conditions d'exercice de la profession de journaliste dans les différents pays francophones et sur l'évolution des contraintes qui pèsent sur la pratique de ce métier.

1. Statut, rôle et formation des journalistes : une première protection.

Les participants aux 36èmes Assises ont d'abord mis l'accent sur l'importance d'une reconnaissance internationale de la qualité de journaliste, qui peut passer par une harmonisation des définitions nationales de cette profession, en considération du statut et du rôle particuliers qui sont les siens dans une société de l'information mondialisée.

L'Union internationale de la Presse Francophone tient à souligner que si une carte de presse est délivrée pour traduire l'appartenance d'un journaliste à cette profession, les dossiers d'attribution doivent être examinés par une Commission comptant un nombre significatif de journalistes professionnels reconnus par leurs pairs, et que de même le retrait de la carte de journaliste doit également être du ressort de cette même commission indépendante.

De même l'UPF réclame une prise en compte nationale et internationale de l'importance de la formation des journalistes, à la fois pour assurer un respect de la déontologie professionnelle et des principes fondamentaux du journalisme, et à la fois pour permettre l'adaptation permanente des journalistes aux nouveaux outils et aux nouvelles techniques qui facilitent l'exercice de leur métier et la circulation internationale des informations.

2. Protéger les journalistes contre les pressions des Etats

Face à la dégradation des conditions d'exercice de la profession de journaliste dans de nombreux pays de la planète, en proie à la violence ou plongés dans des situations de guerre, l'Union internationale de la Presse Francophone attire solennellement l'attention des Chefs d'Etat et de gouvernement francophones sur les atteintes graves survenues au cours des derniers mois à la sécurité et à l'intégrité physique de nombreux journalistes dans le monde.

Dans son "Appel aux chefs d'Etat", l'Union réclame une nouvelle fois, de tous les Etats francophones, l'abandon des peines d'emprisonnement pour délit de presse, ainsi que l'ont accordé plusieurs pays francophones au cours des dernières années.

En outre l'Union réaffirme sa solidarité totale avec les autres organisations signataires de la "Déclaration de Genève" du 22 septembre 2004 sur les mesures à prendre pour renforcer la sécurité et la protection des journalistes et autres personnels des médias en situation périlleuse. L'Union appelle également les Pays francophones à soutenir l'élaboration d'une nouvelle convention internationale spécifique sur la sécurité et la protection des journalistes, incluant, si nécessaire, l'adoption pour les journalistes d'un emblème de presse reconnu mondialement, pour garantir à plus long terme un exercice plus sûr et protégé de leur mission.

L'Union réclame aussi la création d'un outil juridique international spécifique pour dénoncer et condamner les "médias de la haine", c'est-à-dire les médias qui se rendent coupables d'incitation à la discrimination, à la violence ou à la haine en fonction de l'appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. Les Nations-unies doivent disposer en la matière d'un instrument efficace, respectueux de la liberté de communication, comme du principe de subsidiarité en matière de régulation des médias, mais capable de juguler le développement de médias haineux ou xénophobes.

A l'inverse, l'Union attire l'attention des Etats francophones sur la nécessité de protéger leurs journalistes contre les effets violents de tels discours, en particulier pour défendre les confrères journalistes ivoiriens contre les pressions violentes, les intimidations ou les agressions dont ils sont victimes d'un côté comme de l'autre de la ligne de pacification.

3. Protéger les journalistes face aux pressions économiques

L'Union appelle également à une meilleure prise en compte de l'intérêt des journalistes face aux pressions économiques multiples dont ils font l'objet, que ce soit à l'intérieur des entreprises de presse ou de la part d'intérêts économiques extérieurs à celles-ci.

Il est indispensable que soient assurés aux journalistes les moyens matériels d'un exercice indépendant de leur métier, en particulier à travers l'adoption de Conventions collectives protectrices et par la mise en place d'une juste rémunération du travail accompli.

L'Union internationale des journalistes francophones souligne la diversité des difficultés rencontrées par les journalistes, selon qu'ils exercent leur métier dans les Pays du Sud ou dans les Pays du Nord. Concernant les concentrations des entreprises de presse et la constitution de grands groupes multimédias, il apparaît nécessaire de protéger l'indépendance des rédactions et la capacité des journalistes à faire jouer les clauses de conscience ou de cession.

A l'inverse, face aux difficultés économiques de nombreux médias du Sud, diffusés sur des marchés publicitaires et médiatiques moins porteurs, il est indispensable de faire profiter les rédactions et les journalistes des effets bénéfiques qui peuvent être apportés par la constitution de réseaux plus larges, éventuellement transnationaux, ou de syndications publicitaires capables de dégager sur des audiences plus importantes des moyens supplémentaires au service de l'information. Pour aller dans ce sens, l'Union s'engage à faciliter, chaque fois qu'elle le pourra, les démarches de rapprochement et d'échanges entre médias francophones, qui seront de nature à les conforter et à renforcer leur rôle d'information.

Concernant l'appropriation croissante par les médias du Sud des nouvelles technologies, l'Union appelle l'ensemble des Etats francophones à faciliter l'acquisition par les médias et les journalistes des matériels informatiques nécessaires à l'utilisation des nouveaux réseaux, ainsi que le développement d'accès Internet haut-débit à coûts réduits pour les médias. L'Union se propose également de faciliter la mise en relation des médias avec les formateurs francophones capables d'accélérer l'acquisition des compétences nécessaires au développement des médias électroniques et de leur utilisation dans les Pays du Sud. Afin de favoriser le rééquilibrage des courants d'information entre le Sud et le Nord, l'Union soutiendra également auprès de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie tous les projets visant à renforcer l'usage des nouvelles technologies par les Médias du Sud.

4. Utiliser la Francophonie pour renforcer le pluralisme des médias.

L'Union internationale de la Presse Francophone rappelle les valeurs fondatrices du journalisme francophone, au service de la démocratie et du pluralisme dans tous les Pays du monde. Elle souligne les atouts propres de ce journalisme dans une époque marquée par la mondialisation des communications, qui expose toutes les cultures du monde à un danger d'uniformisation et de standardisation.

L'Union réaffirme son soutien aux grands médias francophones existants, à commencer par la chaîne francophone TV5, dont les journalistes francophones saluent le développement au cours des dernières années sous la présidence de Serge Adda, récemment disparu. L'Union salue aussi l'action de la radio française d'information internationale RFI, qui joue un rôle reconnu au service d'une expression francophone pluraliste au sein des médias internationaux, ou encore la radio Africa n°1, et la chaîne francophone Canal+Horizons, ainsi que la diffusion, en Europe et hors d'Europe, en particulier dans les pays francophones, de la chaîne européenne d'information continue Euronews.

L'Union appelle également de ses vœux le développement de nouveaux médias francophones internationaux, en particulier dans le domaine de l'information, afin de proposer au monde une vision francophone de l'actualité, marquée par son pluralisme, sa tolérance, son attachement aux valeurs de paix et de démocratie, et par son respect de la diversité culturelle.

C'est pourquoi l'Union appelle l'ensemble des pays francophones à soutenir le développement international des médias francophones, à faciliter leurs échanges et à favoriser une circulation plus grande des images francophones, qu'elles soient issues des pays du Sud ou des pays du Nord.

De même l'UPF demande aux gouvernements francophones d'exiger systématiquement la présence du français lors des grandes manifestations internationales, sportives ou culturelles, lors des grands rendez-vous diplomatiques ou économiques, ainsi que dans leur couverture médiatique.

Dans une époque où la mondialisation des communications modifie fortement notre rapport au monde, l'Union internationale de la Presse Francophone souligne l'importance de la défense des valeurs francophones et de la solidarité entre les journalistes francophones pour protéger le pluralisme médiatique et défendre partout les meilleures conditions d'exercice du métier de journaliste.