36e
assises de la presse francophone
Ougadougou,
Burkina Faso
mardi 16 - dimanche 21 novembre 2004
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Mardi
16 novembre
Discours d'ouverture
par Joseph G. Kahoun
ministre
de l'information du Burkina Faso
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« La protection des journalistes:
un enjeu démocratique »
M. le Président du Conseil supérieur
de l'information,
Mmes, MM. les membres du gouvernement,
MM. les ambassadeurs,
M. le Président de l'Union internationale de la presse
francophone (UPF),
Chers confrères,
Honorables invités,
Je voudrais avant toute chose saluer les personnalités
qui viennent de prendre la parole pour nous situer par rapport
à l'objet de ces importantes assises et dire combien le
gouvernement du Burkina Faso est heureux que les membres de l'UPF
avec à leur tête, leurs premiers responsables, aient
répondu présents a cette rencontre de Ouagadougou.
Ce pays qui accueille aujourd'hui vos assises a
compris depuis fort longtemps, que le renforcement d'une presse
pluraliste et libre est une des conditions indispensables au progrès
de la démocratie ; une démocratie qu'il bâtit
avec acharnement voilà quinze années déjà;
une condition sans laquelle, aucun développement durable
ne peut se concevoir.
Certes, les conditions mêmes du développement
d'une presse libre telle que nous l'appelons de tous nos voeux,
sont tributaires de nombreux facteurs difficilement maitrisables.
Ainsi, le coût des équipements, celui des matériels
de productions, les statuts de certains organes dans notre espace
francophone constituent souvent des obstacles à l'essor
d'une presse véritablement pluraliste, libre, économiquement
viable et par conséquent, apte à faire face à
ses charges.
Conscient de ces contraintes structurelles, le gouvernement
du Burkina Faso, pour atténuer un tant soi peu les difficultés
réelles auxquelles les médias doivent faire face,
octroie chaque année, une enveloppe financière de
150 millions de francs CFA pour soutenir le secteur privé
des médias. Nous sommes heureux que cet exemple ait été
suivi par de nombreux autres pays dont les conditions économiques
sont similaires aux notres.
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais avec votre autorisation, rendre un hommage particulier
au président Hervé Bourges pour le rôle émérite
qu'il a joué pendant de nombreuses années et continue
de jouer avec abnégation en faveur du développement
de l'information et de la communication dans notre espace francophone.
Nous ne pouvons en effet oublier son passage comme
directeur à l'Ecole supérieure de journalisme de
Lille d'où sont sortis des pionniers de la presse en Aftique
Subsaharienne.
Nous ne pouvons passer sous silence son rôle de fondateur
de l'Ecole supérieure de journalisme de Yaoundé
qui a également formé tant de cadres pour notre
continent.
Aujourd'hui, il est encore de tous les combats et reste, par sa
disponibilité, cette sève de haute valeur dont la
presse de notre espace a tant besoin pour croître et s'épanouir.
Monsieur le Président de l'UPF, je tenais
à le dire simplement parce que, les générations
qui montent dans notre métier doivent le savoir ; car,
je m'interroge parfois si nous assumons assez ce devoir de mémoire
envers ceux à qui nous devons beaucoup ; mais en fait,
c'est le propre de l'homme que résumait très bien
Ahmadou Kourouma en écrivant que «si tu portes
un vieillard depuis l'aube et que le soir tu le traînes,
il ne se souvient que d'avoir été traîné».
Que l'histoire nous épargne cette ingratitude.
Monsieur le Président, soyez donc remercié
pour tout ce que vous avez été et fait et, plus
particulièrement, pour ce que vous et vos plus proches
collaborateurs au sein de l'UPF faites. Merci pour la vision que
vous avez de la francophonie, vision que vous avez si ingénieusement
formulée lors des états généraux de
la presse francophone à Brazzaville, je cite : «nous
qui sommes aujourd'hui dans tous les médias auxquels nous
collaborons, les défenseurs d'une francophonie offensive,
symbole de rigueur journalistique, d'inventivité et de
créativité culturelle, de modernité dans
l'expression et dans la pensée, nous devons regarder notre
diversité comme une force. L'atout que nous donne la francophonie,
c'est d'être à la fois un et pluriel, d'appartenir
à une communauté qui se compte en millions de personnes
et de lui apporter en même temps «mon accent»,
selon le mot de Lopez», fin de citation.
Mesdames, Messieurs,
Le thème des présentes assises de
Ouagadougou porte sur la protection des journalistes. Bien qu'ayant
été retenu depuis longtemps, il apparaît au
regard de l'actualité de ces dernières semaines
comme prémonitoire; car, à l'heure où se
tiennent ces assises, de nombreux journalistes ne sont pas en
mesure de faire leur travail, d'exercer librement leur métier
parce que, pris en otage ou privés carrément de
leur outil de travail. C'est dire que votre thème vient
a point nommé. Sa pertinence ne souffre d'aucune ambiguïté,
que l'on se place du point de vue des pays développés
comme des pays en voie de développement; tout simplement
parce que, la protection du journaliste me semble être un
de ces engagements universels auxquels tout dépositaire
d'une autorité se doit de souscrire. Il est vrai qu'il
s'agit d'une tâche complexe, tant les aspects à considérer
ont des origines diverses.
Protéger le journaliste, ce n'est pas seulement arrêter
de le jeter en prison, c'est aussi le mettre à l'abri des
tracasseries non justifiées pour l'obliger à révéler
ses sources. Il arrive même comme disait François
Bourque, que «dans un monde d'entreprises privées,
la menace au droit d'expression et à la liberté
d'expression vient de l'intérieur de la boîte»
et ajoute que dans certains cas, les journalistes réussissent
a se menacer eux-mêmes. Par leur comportement, ils sapent
eux-mêmes leur crédibilité et ouvrent la porte
à de nouvelles intervention extérieures.
Il est donc évident que la protection du journaliste doit
se faire sur plusieurs fronts.
Cependant, il importe de reconnaître, que
la plus grande responsabilité de la protection du journaliste
incombe aux pouvoirs publics par l'adoption de textes régissant
la profession car comme le dit pertinemment l'intitulé
complet de notre thème, il s'agit d'un "enjeu démocratique".
Car vous le savez, c'est l'oeuvre quotidienne du journaliste,
à la radio, à la télévision et dans
les journaux, c'est la démocratie, qui permet aux citoyennes
et citoyens d'un pays d'être mieux outillés pour
les causes qui valent la peine d'être défendues.
Mesdames, Messieurs,
Dans cette optique, je voudrais vous assurer que le gouvernement
du Burkina Faso soutient le combat de l'UPF, pour un journalisme
de qualité et reste attentif aux recommandations qui seront
issues de vos travaux.
Sur ce, je déclare ouverts les travaux des 36èmes
assises de l'UPF que Ouagadougou a l'honneur d'abriter.
Je vous remercie.
Joseph G. Kahoun
ministre de l'Information
Ouagadougou, 16 novembre 2004