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37e Assises de la presse francophone

Pluralisme et déontologie : liberté et responsabilité des journalistes

Lomé, Togo
vendredi 4 - mardi 8 novembre 2005

Mardi 8 novembre
Clôture
par Hervé BOURGES

président de l'Union internationale de la presse francophone

Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers consœurs et confrères,

Ces Assises ont été exceptionnelles à plusieurs égards. D'abord par leur qualité : je veux remercier immédiatement tous les intervenants des quatre tables rondes, pour le travail de préparation accompli et pour les exposés qu'ils nous ont présentés, mais aussi plus généralement tous nos participants qui, par le nombre et la pertinence de leurs questions ont beaucoup contribué à faire de ces trois journées de travail des moments d'échanges, de confrontations de points de vues et d'expériences, de dialogue et de réflexion.

Je tiens à souligner également la qualité de l'accueil qui nous a été réservé, tout d'abord pour ce qui concerne les moyens techniques et humains mis à notre disposition pour ces débats, merci à notre confrère Lucien Messan qui a été l'organisateur infatigable de ces journées !

Ces Assises ont été exceptionnelles aussi par le nombre et la richesse des délégations nationales présentes, ainsi que par la jeunesse et la diversité des confrères qui sont venus au rendez-vous de Lomé de toutes les parties du monde francophone, de l'Amérique du Nord à l'Asie du Sud-Est en passant par toute l'Afrique, le Monde arabe, l'Europe de l'Est, l'Europe occidentale. 40 pays présents, plus de 200 confrères de talent, des plumes confirmées et des voix célèbres, des présentatrices vedettes et des patrons de groupes de presse…

Ces journées ont donné le signal d'une véritable mobilisation qui traverse toutes les classes d'âge et tous les types de médias. Je ne peux que saluer les échanges bilatéraux très nombreux qui sont nés à l'occasion de nos travaux, en marge de nos discussions : accords sur des échanges de journalistes entre des médias d'Europe de l'Est et des médias d'Afrique, accords sur des invitations réciproques pour des émissions de télévision, accords pour la mise en commun de ressources de formation ou de ressources documentaires, accords de coopération entre médias différents… Jamais nos rencontres n'avaient suscité autant d'initiatives et je serai personnellement à votre disposition pour aider les médias concernés à concrétiser ces collaborations.

Je remercie très sincèrement le Premier ministre du Togo, M. Kodjo, pour la très grande disponibilité dont il a fait preuve à notre égard, et à travers lui également, bien sûr, le Président de la République togolaise, M. Faure Gnassingbé, pour l'esprit d'ouverture avec lequel il a répondu à nos questions, tenant à rencontrer particulièrement chacun d'entre nous. Avec eux, je remercie bien entendu le ministre de la Communication, M. Tozoun, qui s'est largement impliqué à nos côtés pour la réussite de ces journées.

Ces travaux interviennent à un moment important, peut-être crucial, de la vie internationale, pour ce qui nous concerne plus particulièrement, nous journalistes comme toutes les professions liées à la culture et à la création intellectuelle. Nous étions réunis à Lomé dix jours après le vote à l'UNESCO de la Convention sur la diversité culturelle, par la quasi-unanimité des nations, et à quelques jours de la réunion à Tunis du Sommet mondial sur la société de l'information, qui constituera l'un des jalons essentiels dans la définition des règles et des principes que devra adopter notre profession, dans un univers médiatique mondialisé.

Je cite ces deux moments essentiels de la vie internationale qui concernent directement notre profession, parce que le premier enseignement de ces trois journées de débat est celui-ci : le journaliste fait face à une mutation des médias mêmes au sein desquels il travaille. Il est donc aux prises avec une modification de ses méthodes, avec une transformation des techniques et outils qu'il utilise pour remplir sa fonction sociale de journaliste. Or nous nous sommes tous entendus pour reconnaître au journaliste une fonction civique et démocratique singulière, même si nous nous sommes beaucoup interrogés sur les conditions dans lesquels elle est exercée.

I. L'explosion des frontières de diffusion :
l'indispensable combat pour la diversité culturelle

La mutation de l'univers médiatique au sein duquel nous travaillons peut être décrite de manière très simple : il s'agit d'une explosion des frontières de diffusion traditionnelles. Au sein de chacun de nos pays, entre les cultures, entre les pays ou entre les continents, les nouveaux moyens de diffusion rendent les médias universels.

Cette évolution bien évidemment comporte des aspects positifs : ainsi le mensonge et le silence ne peuvent plus empêcher nos contemporains de connaître les réalités sociales et politiques des pays voisins : les drames qui affectent nos prochains nous touchent de plus en plus, malgré la distance, les océans et les massifs montagneux qui nous séparent.

Ainsi du Pakistan aujourd'hui plongé dans une détresse qui justifie une mobilisation internationale en sa faveur, comme cela avait été le cas peu avant pour la Louisiane ou il y a près de deux ans pour l'Algérie frappée par les tremblements de terre. Le village planétaire est un autre mot pour la " civilisation de l'Universel " : c'est la nécessité pour tous les hommes d'élargir leur sensibilité et leur action à l'ensemble de l'humanité, en application de valeurs qui nous sont communes parce qu'elles sont universelles.

Mais cette évolution médiatique qui permet à toute information de faire instantanément le tour du monde s'accompagne d'une unification des esprits et d'une focalisation du regard qui, à juste titre, préoccupe aujourd'hui l'ensemble des nations. Il est vrai qu'il y a un risque quand tous les jeunes du monde regardent les mêmes écrans de télévision, avalent les mêmes "hamburgers" accompagnés par la même boisson gazeuse de couleur marron, parce qu'ils sont soumis aux mêmes diktats par des médias et des entreprises de communication taillés à la mesure du globe.

C'est aussi la grande leçon que nous avons reçue de Léopold Sédar Senghor, et je me souviens nettement de nos discussions à Dakar au moment où il s'attachait justement à développer une formation au journalisme pour les Sénégalais et l'Afrique de l'Ouest : la lutte pour la reconnaissance et l'indépendance politique commence toujours par la culture. L'économie est importante, le partage et la démocratie sont primordiaux, ce sont des éléments qui permettent de construire la prospérité et la justice. Mais l'essentiel, c'est d'abord la culture que nous avons en commun.

Dans son étude intitulée "Pour un humanisme de la Francophonie", Senghor déclare notamment en réfléchissant aux enjeux du monde contemporain : "Ce qui est en question, ce ne sont pas des techniques, ni même des théories économiques, mais un problème de justice dans tous les sens, c'est-à-dire un problème de civilisation et, partant, de culture. Il s'ensuit qu'en définitive, les solutions ne peuvent être que culturelles."

Or, comme pour confirmer cette vision, nous avons assisté en effet, au cours des deux dernières décennies, à une mondialisation des communications qui ne s'est pas accompagnée d'une promotion de toutes les cultures, ni d'un effort délibéré de toutes les cultures pour profiter des nouveaux médias pour développer leur rayonnement.

Hamadou Hampaté Bâ voyait dans chaque vieillard qui mourrait en Afrique une bibliothèque qui brûlait. Aujourd'hui, c'est parfois une langue qui disparaît au moment où s'éteint la dernière personne qui la parlait. Cela arrive, nous disent les linguistes, chaque jour, dans le monde. Cela signifie que le combat pour la diversité des cultures humaines est une urgence que nous ne pouvons plus différer.

La Francophonie a donc tout naturellement été aux avant-postes de ce combat pour l'adoption de la Convention sur la diversité culturelle à l'UNESCO, son secrétaire général, le Président Abdou Diouf, nous le rappelait en ouverture de ces Assises.

Le premier devoir de tous les journalistes francophones, est aujourd'hui d'être les hussards multicolores de cette diversité des cultures, de travailler au quotidien, dans tous leurs médias, pour renforcer les expressions culturelles dont ils sont naturellement l'expression, mais aussi de permettre le dialogue entre les cultures, de faciliter cette fécondation réciproque qui naît des différences rapprochées et confrontées.

Que la Francophonie soit en tête de ce combat, c'est d'autant plus naturel que la Francophonie elle-même est l'expression de la diversité culturelle. Nous avons bien ressenti au cours de nos débats, les différences fondamentales qui existent entre nos visions du monde, nos héritages, nos religions, nos convictions politiques. Et nous avons aussi entendu notre diversité linguistique à travers la profusion de nos accents. La Francophonie n'est pas réductrice, elle est au contraire accueillante pour la diversité culturelle, elle s'en nourrit en exprimant un respect mutuel entre toutes ses composantes.

Je crois que tous les représentants de la presse francophone ici présents ont exprimé à travers leurs préoccupations et leurs paroles la même foi dans la promotion de la diversité culturelle et la même conviction que notre rôle particulier de journaliste n'avait jamais été aussi essentiels qu'aujourd'hui pour contribuer à la construction de nos identités collectives de demain.

Au cœur de ces identités collectives, se trouve le problème des valeurs qui fondent le lien social dans nos différents pays. Le thème de nos Assises " Journalisme et déontologie " nous a placés à de nombreuses reprises face à cette question lancinante des valeurs collectives d'une société. Nous avons réfléchi sur les mots d'éthique et de morale, nous avons tenté de fonder la déontologie sur des principes universels, en nous trouvant très vite confrontés à des problèmes d'interprétation des mots.

Je crois que la réalité est malheureusement simple : le journaliste exerce sa mission dans un contexte économique, politique et social déterminé, qui lui donne plus ou moins de liberté. Lorsque les journalistes d'un pays se laissent tenter par la complaisance et les facilités, il y a fort à parier que la société dans laquelle il exerce est elle-même une société corrompue. Il faut pour lutter contre la complaisance et les facilités un effort de vertu qui doit être aidé collectivement par l'ensemble de la profession.

Quand je dis que cet effort de vertu doit être aidé par l'ensemble de la profession, je veux dire que c'est par leur organisation, la construction de structures représentatives de la profession, mais aussi par le choix d'échapper à une économie informelle et de codifier l'exercice de leur profession que les journalistes peuvent échapper aux pressions économiques ou politiques. Seul, un journaliste est faible, ou condamné à l'héroïsme. Installé collectivement dans une profession établie, dotée d'un statut et d'une protection sociale et juridique, le journaliste est fort, et sa liberté devient irrépressible.

Mais cette liberté, justement, n'est pas celui d'un irresponsable ou d'un inconséquent. Nous savons tous que, trop souvent, dans beaucoup de pays, la presse succombe à la griserie de l'insulte. Ce n'est pas acceptable. Il ne faut pas confondre opposition et diffamation, expression d'idées contestataires et publication d'injures ou d'atteintes à la personne. La liberté de la presse ne doit pas servir de prétexte à une licence, inconsciente de ses conséquences.

C'est tout le sens de la mise en place, par la négociation, dans chaque pays, d'une " convention collective " des journalistes :

- D'une part, en donnant plus de solidité au statut des journalistes, elle donnera aux Etats et aux gouvernants une sécurité, car ils ne seront plus confrontés à un journalisme amateur dont toute la déontologie tient dans son portefeuille.

- D'autre part, en codifiant les conditions d'emploi et de travail des journalistes, elle leur donnera les moyens de s'opposer aux pressions de toute nature et d'établir leur crédibilité au sein de leur profession. Dans ce cadre, les efforts d'autorégulation tels que ceux que pratique l'OLPED en Côte d'Ivoire prennent tout leur sens, car les journalistes hésitent à voir leurs fautes déontologiques mises en exergue, à la fois devant leurs confrères et devant leur public. Cela devient un problème de crédibilité.

Nous avons constaté nous-mêmes le succès de l'action que nous avions engagée en faveur de la suppression des peines de prison pour les délits de presse, action qui s'est traduite par la modification du code pénal et du code civil d'un grand nombre de pays francophones qui prévoyaient encore des peines de prison pour certains délits de presse. C'est le cas au Togo, depuis plus d'un an, et le pays a également adopté un nouveau Code de la Presse qui va dans le même sens.

Dans le même esprit, nous devons réfléchir à la mise en place par notre Union d'une action concertée en direction de tous les pays francophones afin d'appeler à une telle autorégulation de la profession, au sein de structures plus fortes permettant la négociation de " conventions collectives " entre patrons de presse et journalistes, sous l'égide des différents Etats.

Je veux insister sur deux points : une telle mobilisation devrait pouvoir bénéficier aussi du soutien de l'Organisation internationale de la Francophonie, dont je tiens à souligner et à saluer la large participation à nos travaux, ici à Lomé. Les débats que nous avons eus ont bien mis en évidence les points de convergence de nos actions respectives et la manière dont elles peuvent s'épauler ou se renforcer.

Comme sur la formation, qui est aussi un élément essentiel de l'adaptation du journalisme à notre époque, j'appelle aujourd'hui les différentes structures agissantes de la Francophonie, secrétariat général de l'Organisation et Agence intergouvernementale, à engager avec nous une politique de promotion des accords professionnels au sein des pays francophones qui n'en sont pas encore dotés.

Mais, et c'est le deuxième point que je veux souligner, de tels accords ne peuvent être conclus que si les journalistes parviennent à s'organiser et à fédérer leurs forces. Il peut y avoir plusieurs syndicats ou groupements de journalistes, la section locale de l'Union peut dans certains pays jouer aussi ce rôle, mais il faut nécessairement que les journalistes eux-mêmes adoptent ces dispositions collectives, qui ne doivent pas leur être imposées de l'extérieur, que ce soit par les Etats ou par les patrons de presse.

Ce nouveau chantier que nous ouvrons est un énorme chantier, et nous ne pourrons en voir l'aboutissement, pays par pays, que s'il y a réelle mobilisation de journalistes francophones au service de cet objectif.

L'effacement des frontières entre les médias.
L'impérieuse nécessité d'une régulation d'Internet.

L'autre grande mutation qui met en danger la déontologie du journalisme et les règles qui concernent le pluralisme de la presse, c'est l'ensemble des conséquences de la révolution Internet. On a cité au cours de nos débats un livre récent : " La presse sans Gutenberg ". Ce n'est pas seulement la presse sans Gutenberg, mais aussi la radio sans Edison et la télévision sans Hertz. Je veux dire que la diffusion sur Internet ne concerne pas seulement des textes, mais aussi des images, des reportages, des films, de la musique et des concerts, ou mieux encore des chansons téléchargées à l'unité… Ce qui n'est pas possible quand on achète un album sur CD !

Il n'y a pas un secteur culturel qui puisse se juger à l'abri d'une diffusion Internet, le plus souvent gratuite pour le moment, et qui met en danger le cadre économique qui lui permettait jusque là de se développer. On voit les effets tragiques du piratage sur la musique, qui bouleverse toute l'économie de la création musicale. On entrevoit les mêmes effets sur le cinéma, dont la fréquentation en salles est en chute sensible dans tous les pays du monde, cette année. Mais nous aurions tort de croire que la presse est à l'abri d'une sévère remise en cause de ses conditions de financement et d'existence !

Les premiers médias touchés sont évidemment les agences de presse : comment faire pour continuer à offrir leur service de manière onéreuse, voire très onéreuse,
- dès lors qu'il est exposé gratuitement sur Internet
- ou que des procédés automatiques permettant d'indexer les informations publiées semblent produire les mêmes effets ?

Pourtant les moteurs de recherche Internet tels que Google ne font que répéter l'information, et ils ne garantissent en rien contre l'inexactitude des éléments recensés. Ils n'accomplissent pas un travail de tri, mais d'accumulation, que leurs utilisateurs prennent pour hiérarchisation intelligente, alors qu'il ne s'agit que d'une prime à la fréquentation.

Au cours de nos discussions, nous avons longuement évoqué les " blogs ", et surtout les problèmes qu'ils posent en matière de déontologie, ou plutôt d'absence de déontologie et de pluralisme. Pas de régulation possible pour les blogs, évidemment, sinon l'imposition des règles communes pour toute communication publique, règles minimales qui concernent à la fois la protection de la dignité humaine et de la jeunesse, donc l'interdiction de la pornographie, et les délits de base du journalisme, diffamation en particulier.

Mais bien évidemment, lorsque le fournisseur d'accès Yahoo annonce qu'il met en place un service d'information audiovisuel produit à partir des blogs de ses internautes, nous sommes confrontés à un service de télévision en ligne d'un type nouveau, puisqu'il n'assume aucune responsabilité éditoriale sur les contenus qu'il propose. Autant dire qu'il ouvre une porte béante à n'importe quelle désinformation qui pourra prospérer en ligne à la faveur de son succès.

Ces questions devraient être au centre des débats qui auront lieu à Tunis lors du Sommet mondial sur la société de l'information. Internet n'est pas un nouveau média, c'est un support de communication nouveau sur lequel tous types de médias trouvent un débouché, certains très classiques comme la presse écrite ou la télévision, d'autres encore inédits, comme les " blogs " ou de nouveaux organes multimédias qui s'organisent sous forme de portails d'information.

Mais tous ces médias, aussi neufs soient-ils, doivent trouver un cadre de régulation commun, des principes équivalents, qui s'adapteront bien sûr à leurs spécificités, mais qui resteront inspirés par les mêmes valeurs fondamentales.

Il ne s'agit pas pour les journalistes francophones de peser pour une régulation " d'Internet " en soi, mais de rappeler que l'exercice du métier de journaliste correspond à une fonction particulière au sein de nos sociétés, et que la constitution des sociétés démocratiques a été inséparable du fonctionnement de la presse comme foyer des débats publics et d'expression des opinions. En effet le fonctionnement démocratique ne réclame pas seulement la liberté de l'expression des idées, mais aussi l'existence d'outils intermédiaires permettant de focaliser, de synthétiser, de classer et de hiérarchiser les idées qui s'expriment. La presse n'est pas seulement écho, elle est aussi tamis, filtre, outil d'approfondissement, d'interprétation, de mobilisation et de confrontation.

Les ennemis de la liberté de la presse sont de deux types : ceux qui empêchent l'expression des journalistes ou la parution des opinions qui les gênent. Mais aussi ceux qui noient l'information dans un déluge de nouvelles non hiérarchisées et sans mise en perspective. Il y a fort à craindre que la multiplication des médias Internet provoque un tel étourdissement, qui pourrait à terme être préjudiciable au fonctionnement même du débat démocratique tel que nous le connaissons.

Je tiens particulièrement, à l'issue de nos assises, à exprimer avec force, à l'intention des participants au Sommet de Tunis, la préoccupation des journalistes face à un usage débridé d'Internet. Il serait particulièrement important que dans la foulée de la réflexion conduite à Tunis, la régulation du réseau lui-même, qui dépend aujourd'hui d'un seul pays, revienne à l'Organisation des Nations Unies.

Ce serait cohérent avec l'engagement de la communauté internationale toute entière, au sein de l'UNESCO, en faveur de la " diversité culturelle ". Internet est aujourd'hui un phénomène planétaire qui menace directement les médias traditionnels et les expressions culturelles de tous les pays du monde. Il ne serait pas absurde que tous les pays du monde, collectivement, mettent en place les conditions de la régulation des grands organes fondamentaux qui structurent la navigation sur la toile, tels que les moteurs de recherches, afin de s'assurer qu'ils ne mettent pas en danger les principes du développement culturel international qui viennent d'être adoptés.

L'éthique, en matière de journalisme, c'est tout simplement de bien faire son métier. Le métier d'informer, par nature, c'est celui de livrer les faits, et leur explication. Le commentaire, ensuite, est libre.

Au terme de ces travaux exceptionnellement riches sur la manière dont nous devons assurer déontologie et pluralisme de l'information, nous pouvons donc affirmer que ces enjeux sont plus que jamais des enjeux de société majeurs, et que le travail des journalistes doit donc se comprendre aujourd'hui comme un des éléments centraux de la construction de la société de l'Information dans laquelle nous entrons.

A nous de nous montrer à la hauteur du défi qui nous est désormais collectivement posé.

Hervé Bourges
président international de l'UPF
Lomé, mardi 8 novembre 2005