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Mardi
8 novembre
Clôture
par Hervé BOURGES
président
de l'Union internationale de la presse francophone
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Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers consurs et confrères,
Ces Assises ont été exceptionnelles
à plusieurs égards. D'abord par leur qualité
: je veux remercier immédiatement tous les intervenants
des quatre tables rondes, pour le travail de préparation
accompli et pour les exposés qu'ils nous ont présentés,
mais aussi plus généralement tous nos participants
qui, par le nombre et la pertinence de leurs questions ont
beaucoup contribué à faire de ces trois journées
de travail des moments d'échanges, de confrontations
de points de vues et d'expériences, de dialogue et
de réflexion.
Je tiens à souligner également
la qualité de l'accueil qui nous a été
réservé, tout d'abord pour ce qui concerne les
moyens techniques et humains mis à notre disposition
pour ces débats, merci à notre confrère
Lucien Messan qui a été l'organisateur infatigable
de ces journées !
Ces Assises ont été exceptionnelles
aussi par le nombre et la richesse des délégations
nationales présentes, ainsi que par la jeunesse et
la diversité des confrères qui sont venus au
rendez-vous de Lomé de toutes les parties du monde
francophone, de l'Amérique du Nord à l'Asie
du Sud-Est en passant par toute l'Afrique, le Monde arabe,
l'Europe de l'Est, l'Europe occidentale. 40 pays présents,
plus de 200 confrères de talent, des plumes confirmées
et des voix célèbres, des présentatrices
vedettes et des patrons de groupes de presse
Ces journées ont donné le signal
d'une véritable mobilisation qui traverse toutes les
classes d'âge et tous les types de médias. Je
ne peux que saluer les échanges bilatéraux très
nombreux qui sont nés à l'occasion de nos travaux,
en marge de nos discussions : accords sur des échanges
de journalistes entre des médias d'Europe de l'Est
et des médias d'Afrique, accords sur des invitations
réciproques pour des émissions de télévision,
accords pour la mise en commun de ressources de formation
ou de ressources documentaires, accords de coopération
entre médias différents
Jamais nos rencontres
n'avaient suscité autant d'initiatives et je serai
personnellement à votre disposition pour aider les
médias concernés à concrétiser
ces collaborations.
Je remercie très sincèrement le
Premier ministre du Togo, M. Kodjo, pour la très grande
disponibilité dont il a fait preuve à notre
égard, et à travers lui également, bien
sûr, le Président de la République togolaise,
M. Faure Gnassingbé, pour l'esprit d'ouverture avec
lequel il a répondu à nos questions, tenant
à rencontrer particulièrement chacun d'entre
nous. Avec eux, je remercie bien entendu le ministre de la
Communication, M. Tozoun, qui s'est largement impliqué
à nos côtés pour la réussite de
ces journées.
Ces travaux interviennent à un moment
important, peut-être crucial, de la vie internationale,
pour ce qui nous concerne plus particulièrement, nous
journalistes comme toutes les professions liées à
la culture et à la création intellectuelle.
Nous étions réunis à Lomé dix
jours après le vote à l'UNESCO de la Convention
sur la diversité culturelle, par la quasi-unanimité
des nations, et à quelques jours de la réunion
à Tunis du Sommet mondial sur la société
de l'information, qui constituera l'un des jalons essentiels
dans la définition des règles et des principes
que devra adopter notre profession, dans un univers médiatique
mondialisé.
Je cite ces deux moments essentiels de la vie
internationale qui concernent directement notre profession,
parce que le premier enseignement de ces trois journées
de débat est celui-ci : le journaliste fait face à
une mutation des médias mêmes au sein desquels
il travaille. Il est donc aux prises avec une modification
de ses méthodes, avec une transformation des techniques
et outils qu'il utilise pour remplir sa fonction sociale de
journaliste. Or nous nous sommes tous entendus pour reconnaître
au journaliste une fonction civique et démocratique
singulière, même si nous nous sommes beaucoup
interrogés sur les conditions dans lesquels elle est
exercée.
I. L'explosion des frontières de diffusion :
l'indispensable combat pour la diversité culturelle
La mutation de l'univers médiatique au
sein duquel nous travaillons peut être décrite
de manière très simple : il s'agit d'une explosion
des frontières de diffusion traditionnelles. Au sein
de chacun de nos pays, entre les cultures, entre les pays
ou entre les continents, les nouveaux moyens de diffusion
rendent les médias universels.
Cette évolution bien évidemment
comporte des aspects positifs : ainsi le mensonge et le silence
ne peuvent plus empêcher nos contemporains de connaître
les réalités sociales et politiques des pays
voisins : les drames qui affectent nos prochains nous touchent
de plus en plus, malgré la distance, les océans
et les massifs montagneux qui nous séparent.
Ainsi du Pakistan aujourd'hui plongé
dans une détresse qui justifie une mobilisation internationale
en sa faveur, comme cela avait été le cas peu
avant pour la Louisiane ou il y a près de deux ans
pour l'Algérie frappée par les tremblements
de terre. Le village planétaire est un autre mot pour
la " civilisation de l'Universel " : c'est la nécessité
pour tous les hommes d'élargir leur sensibilité
et leur action à l'ensemble de l'humanité, en
application de valeurs qui nous sont communes parce qu'elles
sont universelles.
Mais cette évolution médiatique
qui permet à toute information de faire instantanément
le tour du monde s'accompagne d'une unification des esprits
et d'une focalisation du regard qui, à juste titre,
préoccupe aujourd'hui l'ensemble des nations. Il est
vrai qu'il y a un risque quand tous les jeunes du monde regardent
les mêmes écrans de télévision,
avalent les mêmes "hamburgers" accompagnés
par la même boisson gazeuse de couleur marron, parce
qu'ils sont soumis aux mêmes diktats par des médias
et des entreprises de communication taillés à
la mesure du globe.
C'est aussi la grande leçon que nous
avons reçue de Léopold Sédar Senghor,
et je me souviens nettement de nos discussions à Dakar
au moment où il s'attachait justement à développer
une formation au journalisme pour les Sénégalais
et l'Afrique de l'Ouest : la lutte pour la reconnaissance
et l'indépendance politique commence toujours par la
culture. L'économie est importante, le partage et la
démocratie sont primordiaux, ce sont des éléments
qui permettent de construire la prospérité et
la justice. Mais l'essentiel, c'est d'abord la culture que
nous avons en commun.
Dans son étude intitulée "Pour
un humanisme de la Francophonie", Senghor déclare
notamment en réfléchissant aux enjeux du monde
contemporain : "Ce qui est en question, ce ne sont
pas des techniques, ni même des théories économiques,
mais un problème de justice dans tous les sens, c'est-à-dire
un problème de civilisation et, partant, de culture.
Il s'ensuit qu'en définitive, les solutions ne peuvent
être que culturelles."
Or, comme pour confirmer cette vision, nous
avons assisté en effet, au cours des deux dernières
décennies, à une mondialisation des communications
qui ne s'est pas accompagnée d'une promotion de toutes
les cultures, ni d'un effort délibéré
de toutes les cultures pour profiter des nouveaux médias
pour développer leur rayonnement.
Hamadou Hampaté Bâ voyait dans
chaque vieillard qui mourrait en Afrique une bibliothèque
qui brûlait. Aujourd'hui, c'est parfois une langue qui
disparaît au moment où s'éteint la dernière
personne qui la parlait. Cela arrive, nous disent les linguistes,
chaque jour, dans le monde. Cela signifie que le combat pour
la diversité des cultures humaines est une urgence
que nous ne pouvons plus différer.
La Francophonie a donc tout naturellement été
aux avant-postes de ce combat pour l'adoption de la Convention
sur la diversité culturelle à l'UNESCO, son
secrétaire général, le Président
Abdou Diouf, nous le rappelait en ouverture de ces Assises.
Le premier devoir de tous les journalistes francophones,
est aujourd'hui d'être les hussards multicolores de
cette diversité des cultures, de travailler au quotidien,
dans tous leurs médias, pour renforcer les expressions
culturelles dont ils sont naturellement l'expression, mais
aussi de permettre le dialogue entre les cultures, de
faciliter cette fécondation réciproque qui naît
des différences rapprochées et confrontées.
Que la Francophonie soit en tête de ce
combat, c'est d'autant plus naturel que la Francophonie elle-même
est l'expression de la diversité culturelle. Nous avons
bien ressenti au cours de nos débats, les différences
fondamentales qui existent entre nos visions du monde, nos
héritages, nos religions, nos convictions politiques.
Et nous avons aussi entendu notre diversité linguistique
à travers la profusion de nos accents. La Francophonie
n'est pas réductrice, elle est au contraire accueillante
pour la diversité culturelle, elle s'en nourrit en
exprimant un respect mutuel entre toutes ses composantes.
Je crois que tous les représentants de
la presse francophone ici présents ont exprimé
à travers leurs préoccupations et leurs paroles
la même foi dans la promotion de la diversité
culturelle et la même conviction que notre rôle
particulier de journaliste n'avait jamais été
aussi essentiels qu'aujourd'hui pour contribuer à la
construction de nos identités collectives de demain.
Au cur de ces identités collectives,
se trouve le problème des valeurs qui fondent le lien
social dans nos différents pays. Le thème de
nos Assises " Journalisme et déontologie "
nous a placés à de nombreuses reprises face
à cette question lancinante des valeurs collectives
d'une société. Nous avons réfléchi
sur les mots d'éthique et de morale, nous avons tenté
de fonder la déontologie sur des principes universels,
en nous trouvant très vite confrontés à
des problèmes d'interprétation des mots.
Je crois que la réalité est malheureusement
simple : le journaliste exerce sa mission dans un contexte
économique, politique et social déterminé,
qui lui donne plus ou moins de liberté. Lorsque les
journalistes d'un pays se laissent tenter par la complaisance
et les facilités, il y a fort à parier que la
société dans laquelle il exerce est elle-même
une société corrompue. Il faut pour lutter
contre la complaisance et les facilités un effort de
vertu qui doit être aidé collectivement par l'ensemble
de la profession.
Quand je dis que cet effort de vertu doit être
aidé par l'ensemble de la profession, je veux dire
que c'est par leur organisation, la construction de structures
représentatives de la profession, mais aussi par le
choix d'échapper à une économie informelle
et de codifier l'exercice de leur profession que les journalistes
peuvent échapper aux pressions économiques ou
politiques. Seul, un journaliste est faible, ou condamné
à l'héroïsme. Installé collectivement
dans une profession établie, dotée d'un statut
et d'une protection sociale et juridique, le journaliste est
fort, et sa liberté devient irrépressible.
Mais cette liberté, justement, n'est
pas celui d'un irresponsable ou d'un inconséquent.
Nous savons tous que, trop souvent, dans beaucoup de pays,
la presse succombe à la griserie de l'insulte. Ce n'est
pas acceptable. Il ne faut pas confondre opposition et diffamation,
expression d'idées contestataires et publication d'injures
ou d'atteintes à la personne. La liberté de
la presse ne doit pas servir de prétexte à une
licence, inconsciente de ses conséquences.
C'est tout le sens de la mise en place, par
la négociation, dans chaque pays, d'une " convention
collective " des journalistes :
- D'une part, en donnant plus de solidité
au statut des journalistes, elle donnera aux Etats et aux
gouvernants une sécurité, car ils ne seront
plus confrontés à un journalisme amateur dont
toute la déontologie tient dans son portefeuille.
- D'autre part, en codifiant les conditions d'emploi et de
travail des journalistes, elle leur donnera les moyens de
s'opposer aux pressions de toute nature et d'établir
leur crédibilité au sein de leur profession.
Dans ce cadre, les efforts d'autorégulation tels que
ceux que pratique l'OLPED en Côte d'Ivoire prennent
tout leur sens, car les journalistes hésitent à
voir leurs fautes déontologiques mises en exergue,
à la fois devant leurs confrères et devant leur
public. Cela devient un problème de crédibilité.
Nous avons constaté nous-mêmes
le succès de l'action que nous avions engagée
en faveur de la suppression des peines de prison pour les
délits de presse, action qui s'est traduite par la
modification du code pénal et du code civil d'un grand
nombre de pays francophones qui prévoyaient encore
des peines de prison pour certains délits de presse.
C'est le cas au Togo, depuis plus d'un an, et le pays a également
adopté un nouveau Code de la Presse qui va dans le
même sens.
Dans le même esprit, nous devons réfléchir
à la mise en place par notre Union d'une action concertée
en direction de tous les pays francophones afin d'appeler
à une telle autorégulation de la profession,
au sein de structures plus fortes permettant la négociation
de " conventions collectives " entre patrons de
presse et journalistes, sous l'égide des différents
Etats.
Je veux insister sur deux points : une telle
mobilisation devrait pouvoir bénéficier aussi
du soutien de l'Organisation internationale de la Francophonie,
dont je tiens à souligner et à saluer la large
participation à nos travaux, ici à Lomé.
Les débats que nous avons eus ont bien mis en évidence
les points de convergence de nos actions respectives et la
manière dont elles peuvent s'épauler ou se renforcer.
Comme sur la formation, qui est aussi un élément
essentiel de l'adaptation du journalisme à notre époque,
j'appelle aujourd'hui les différentes structures
agissantes de la Francophonie, secrétariat général
de l'Organisation et Agence intergouvernementale, à
engager avec nous une politique de promotion des accords professionnels
au sein des pays francophones qui n'en sont pas encore dotés.
Mais, et c'est le deuxième point que
je veux souligner, de tels accords ne peuvent être conclus
que si les journalistes parviennent à s'organiser et
à fédérer leurs forces. Il peut y avoir
plusieurs syndicats ou groupements de journalistes, la section
locale de l'Union peut dans certains pays jouer aussi ce rôle,
mais il faut nécessairement que les journalistes eux-mêmes
adoptent ces dispositions collectives, qui ne doivent pas
leur être imposées de l'extérieur, que
ce soit par les Etats ou par les patrons de presse.
Ce nouveau chantier que nous ouvrons est un
énorme chantier, et nous ne pourrons en voir l'aboutissement,
pays par pays, que s'il y a réelle mobilisation de
journalistes francophones au service de cet objectif.
L'effacement des frontières entre les médias.
L'impérieuse nécessité d'une régulation
d'Internet.
L'autre grande mutation qui met en danger la
déontologie du journalisme et les règles qui
concernent le pluralisme de la presse, c'est l'ensemble des
conséquences de la révolution Internet. On a
cité au cours de nos débats un livre récent
: " La presse sans Gutenberg ". Ce n'est pas seulement
la presse sans Gutenberg, mais aussi la radio sans Edison
et la télévision sans Hertz. Je veux dire que
la diffusion sur Internet ne concerne pas seulement des textes,
mais aussi des images, des reportages, des films, de la musique
et des concerts, ou mieux encore des chansons téléchargées
à l'unité
Ce qui n'est pas possible quand
on achète un album sur CD !
Il n'y a pas un secteur culturel qui puisse
se juger à l'abri d'une diffusion Internet, le plus
souvent gratuite pour le moment, et qui met en danger le cadre
économique qui lui permettait jusque là de se
développer. On voit les effets tragiques du piratage
sur la musique, qui bouleverse toute l'économie de
la création musicale. On entrevoit les mêmes
effets sur le cinéma, dont la fréquentation
en salles est en chute sensible dans tous les pays du monde,
cette année. Mais nous aurions tort de croire que la
presse est à l'abri d'une sévère remise
en cause de ses conditions de financement et d'existence !
Les premiers médias touchés sont
évidemment les agences de presse : comment faire pour
continuer à offrir leur service de manière onéreuse,
voire très onéreuse,
- dès lors qu'il est exposé gratuitement sur
Internet
- ou que des procédés automatiques permettant
d'indexer les informations publiées semblent produire
les mêmes effets ?
Pourtant les moteurs de recherche Internet tels
que Google ne font que répéter l'information,
et ils ne garantissent en rien contre l'inexactitude des éléments
recensés. Ils n'accomplissent pas un travail de tri,
mais d'accumulation, que leurs utilisateurs prennent pour
hiérarchisation intelligente, alors qu'il ne s'agit
que d'une prime à la fréquentation.
Au cours de nos discussions, nous avons longuement
évoqué les " blogs ", et surtout les
problèmes qu'ils posent en matière de déontologie,
ou plutôt d'absence de déontologie et de pluralisme.
Pas de régulation possible pour les blogs, évidemment,
sinon l'imposition des règles communes pour toute communication
publique, règles minimales qui concernent à
la fois la protection de la dignité humaine et de la
jeunesse, donc l'interdiction de la pornographie, et les délits
de base du journalisme, diffamation en particulier.
Mais bien évidemment, lorsque le fournisseur
d'accès Yahoo annonce qu'il met en place un service
d'information audiovisuel produit à partir des blogs
de ses internautes, nous sommes confrontés à
un service de télévision en ligne d'un type
nouveau, puisqu'il n'assume aucune responsabilité éditoriale
sur les contenus qu'il propose. Autant dire qu'il ouvre une
porte béante à n'importe quelle désinformation
qui pourra prospérer en ligne à la faveur de
son succès.
Ces questions devraient être au centre
des débats qui auront lieu à Tunis lors du Sommet
mondial sur la société de l'information. Internet
n'est pas un nouveau média, c'est un support de communication
nouveau sur lequel tous types de médias trouvent un
débouché, certains très classiques comme
la presse écrite ou la télévision, d'autres
encore inédits, comme les " blogs " ou de
nouveaux organes multimédias qui s'organisent sous
forme de portails d'information.
Mais tous ces médias, aussi neufs soient-ils,
doivent trouver un cadre de régulation commun, des
principes équivalents, qui s'adapteront bien sûr
à leurs spécificités, mais qui resteront
inspirés par les mêmes valeurs fondamentales.
Il ne s'agit pas pour les journalistes francophones
de peser pour une régulation " d'Internet "
en soi, mais de rappeler que l'exercice du métier de
journaliste correspond à une fonction particulière
au sein de nos sociétés, et que la constitution
des sociétés démocratiques a été
inséparable du fonctionnement de la presse comme foyer
des débats publics et d'expression des opinions. En
effet le fonctionnement démocratique ne réclame
pas seulement la liberté de l'expression des idées,
mais aussi l'existence d'outils intermédiaires permettant
de focaliser, de synthétiser, de classer et de hiérarchiser
les idées qui s'expriment. La presse n'est pas seulement
écho, elle est aussi tamis, filtre, outil d'approfondissement,
d'interprétation, de mobilisation et de confrontation.
Les ennemis de la liberté de la presse
sont de deux types : ceux qui empêchent l'expression
des journalistes ou la parution des opinions qui les gênent.
Mais aussi ceux qui noient l'information dans un déluge
de nouvelles non hiérarchisées et sans mise
en perspective. Il y a fort à craindre que la multiplication
des médias Internet provoque un tel étourdissement,
qui pourrait à terme être préjudiciable
au fonctionnement même du débat démocratique
tel que nous le connaissons.
Je tiens particulièrement, à l'issue
de nos assises, à exprimer avec force, à l'intention
des participants au Sommet de Tunis, la préoccupation
des journalistes face à un usage débridé
d'Internet. Il serait particulièrement important
que dans la foulée de la réflexion conduite
à Tunis, la régulation du réseau lui-même,
qui dépend aujourd'hui d'un seul pays, revienne à
l'Organisation des Nations Unies.
Ce serait cohérent avec l'engagement
de la communauté internationale toute entière,
au sein de l'UNESCO, en faveur de la " diversité
culturelle ". Internet est aujourd'hui un phénomène
planétaire qui menace directement les médias
traditionnels et les expressions culturelles de tous les pays
du monde. Il ne serait pas absurde que tous les pays du monde,
collectivement, mettent en place les conditions de la régulation
des grands organes fondamentaux qui structurent la navigation
sur la toile, tels que les moteurs de recherches, afin de
s'assurer qu'ils ne mettent pas en danger les principes du
développement culturel international qui viennent d'être
adoptés.
L'éthique, en matière de journalisme,
c'est tout simplement de bien faire son métier. Le
métier d'informer, par nature, c'est celui de livrer
les faits, et leur explication. Le commentaire, ensuite, est
libre.
Au terme de ces travaux exceptionnellement riches
sur la manière dont nous devons assurer déontologie
et pluralisme de l'information, nous pouvons donc affirmer
que ces enjeux sont plus que jamais des enjeux de société
majeurs, et que le travail des journalistes doit donc se comprendre
aujourd'hui comme un des éléments centraux de
la construction de la société de l'Information
dans laquelle nous entrons.
A nous de nous montrer à la hauteur du
défi qui nous est désormais collectivement posé.