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37e
Assises de la presse francophone
4 - 8 novembre 2005, Lomé, Togo

Pluralisme
et déontologie :
liberté et responsabilité des journalistes
SYNTHESE
DES TABLES RONDES
Les 37èmes Assises de l'Union internationale
de la Presse Francophone (UPF) se sont tenues à Lomé,
au TOGO du 3 au 8 novembre 2005, sur le thème : «
Pluralisme et déontologie : liberté et
responsabilité des journalistes ».
Après les débats menés à
Libreville en 2003 et à Ouagadougou en 2004 sur la
formation au journalisme et sur les enjeux de la protection
des journalistes, la réflexion engagée à
Lomé sur la déontologie journalistique, confrontée
aux mutations actuelles de la presse, s'est répartie
en quatre temps forts, organisés sous forme de tables-rondes
auxquels plus de 200 journalistes présents, venus
de quarante pays, ont largement participé.
Table ronde n°1 (vendredi 4 novembre)
Ethique et déontologie : les droits et devoirs
des journalistes
Propos - La table ronde dressera le bilan des acquis
de la réflexion éthique depuis des décennies.
Etat des textes de référence dans le monde.
Codes et chartes professionnels, codes d'entreprises, M.a.r.s.,
principes reconnus, méthodes et pratiques.
Présidée par Lucien MESSAN, président
de la section togolaise de l'UPF, la première table-
ronde, articulée autour du thème des «
droits et devoirs des journalistes » a commencé
par un propos introductif de Yao AHADE, qui décrivait
l'importance de l'éthique, pour les journalistes
africains, des valeurs fondamentales des sociétés
traditionnelles.
Les participants furent ensuite conduits à s'interroger
sur les conditions mêmes d'une «éthique»
universelle applicable à tous les journalistes dans
tous les pays. C'est précisément dans les
principes professionnels réunis sous le terme «
déontologie » que se trouve la réponse,
l'éthique du journaliste consistant avant tout à
appliquer les principes fondamentaux du métier, vérification
des sources et respect des faits, exclusion de toute manipulation
de l'information et de toute désinformation volontaire...
Les différents orateurs ont évoqué
divers moyens possibles pour fonder cette éthique
journalistique, qu'elle réponde à une préoccupation
d'honneur social, de respectabilité des journalistes,
où qu'elle obéisse à un « code
» de déontologie précis, adopté
par un média, un ensemble de média, ou encore
un syndicat professionnel. Ils ont également mesuré
les limites du recours à la « morale »
au sein d'une société dont certains acteurs
peuvent être tentés d'utiliser les termes «
d'éthique » et de « décence »
pour justifier des actes de censure dans des cas non prévus
par la loi. D'où l'importance d'un authentique travail
de réflexion, et sans doute de formation, afin que
les problématiques déontologiques, qui se
ramènent à des problèmes de conscience,
soient assumées clairement et librement par les journalistes.
Table ronde n°2 (samedi 5 novembre)
Pluralisme : la responsabilité sociale des médias
Propos - La table ronde évoquera le contenu des
réflexions engagées par des médias
indépendants et privés sur leur responsabilité
sociale. Elle approfondira les différences de vocations
et de responsabilités complémentaires des
secteurs publics et privés de l'information. Par
ailleurs, une institution nouvelle encore peu répandue
sur le continent, a fait son apparition dans les pays anglo-saxons
d'abord, puis en Europe. A quoi sert l' "ombudsman",
devenu médiateur ?
La deuxième table-ronde a étudié le
problème particulier du pluralisme, considéré
comme une « responsabilité sociale des médias
», sous la présidence d'Antoine SCHWARZ, président
de Radio France internationale, le propos introductif ayant
été réalisé par Tidiane DIOH,
journaliste, chargé des médias à l'Agence
intergouvernementale de la Francophonie.
Les différents intervenants marquèrent nettement
la différence entre la nécessité du
pluralisme interne à un même média,
lorsque ce média exerce une influence très
forte sur l'opinion (qu'il s'agisse d'une télévision
en situation de quasi-monopole ou d'un journal public héritier
d'une situation de « média de référence
», comme par exemple dans les premières années
qui suivirent les indépendances en Afrique) et le
besoin d'un pluralisme externe au sein d'une même
catégorie de médias, la pluralité des
opérateurs et des organes garantissant alors une
réelle concurrence, et donc un certain pluralisme.
Le médiateur (ou ombudsman) de Radio Canada
présenta alors l'expérience originale qui
est la sienne, suivie par plusieurs autres médias
écrits ou audiovisuels en France par exemple : en
intervenant comme un tiers critique dans la relation entre
le public et le média, sans perdre de vue la dimension
éthique et déontologique qui doit être
prise en considération par le média, il apparaît
comme l'indispensable garant de l'impartialité et
du pluralisme des médias édités par
Radio Canada.
Table ronde n°3 (samedi 5 novembre)
Pluralisme : la régulation et le pluralisme politique
Propos - La table ronde fera le point des expériences
les plus récentes de régulation des médias,
à la fois écrits et audiovisuels, en Afrique
et dans le monde. Elle dégagera les principes et
modalités d'une " bonne " régulation,
rigoureuse mais respectueuse des libertés et des
initiatives.
La troisième table-ronde fut consacrée au
rôle de la régulation, et fut présidée
par le vice-président de la nouvelle Haute autorité
de l'audiovisuel et de la communication (HAAC), M. Dadja
WIYAO POUWI, qui s'appuya sur un propos introductif signé
par Alfred DAN MOUSSA, directeur des rédactions du
Groupe Fraternité Matin.
Les débats de cette demi-journée permirent
de confronter les expériences de régulation
de plusieurs pays africains, considérées alternativement
du point de vue des éditeurs et des instances de
régulation. Faisant ressortir les attentes parfois
encore insatisfaites des différents médias
à l'égard des instances existantes dans les
différents pays, les intervenants exprimèrent
tous la nécessité d'une régulation
indépendante des pouvoirs politiques et appuyée
sur des principes forts. L'exemple de l'autorégulation
exercée par la profession elle-même dans certains
pays fut examiné avec attention, l'indexation des
écarts déontologiques apparaissant comme une
bonne manière de jauger la crédibilité
d'un média ou d'un journaliste sur une longue période.
Pour autant il apparut clairement que l'autorégulation,
en raison même de son caractère confraternel
et non contraignant, ne put pas s'opposer à des dérives
contraires à l'esprit même du journalisme lorsqu'un
pays traverse une situation de crise ou de tension politique
extrême. De ce point de vue, les médias sont
un reflet, quand ils ne deviennent pas un acteur, comme
on l'a vu dans certains cas, de la violence civile. Il importe
donc que la démarche engagée dans tous les
pays du monde de régulation de l'audiovisuel (radio
et télévision) et parfois de la communication
en général, par des instances de régulation
indépendantes soit poursuivie en donnant aux instances
créées une réelle indépendance
et une autonomie de décision par rapport aux pouvoirs.
Table ronde n°4 (lundi 7 novembre)
Ethique : comment former les journalistes ?
Propos - Le journaliste professionnel est-il formé,
et comment, à ses responsabilités déontologiques,
aux enjeux éthiques de plus en plus complexes ? Ce
qui se fait dans les écoles, ou en formation continue.
Ce qui pourrait (ou devrait) se faire.
Nouveau média de masse, Internet fascine encore par
ses multiples facilités d'usage. Il pose de nouveaux
problèmes bien particuliers à la démarche
éthique. Inventaire des précautions d'usage.
La dernière table-ronde aborda la question de la
formation des journalistes à l'éthique, volet
à la fois essentiel et complexe de la formation au
journalisme. Le chef d'orchestre de cette demi-journée
de discussions fut M. Jean-Claude CREPEAU directeur du cinéma
et des médias à l'Agence intergouvernementale
de la Francophonie, et le propos introductif fut apporté
par M. Loïc HERVOUËT, directeur de l'Ecole supérieure
de journalisme de Lille.
Le large panel d'intervenants permit à la salle
d'échanger en profondeur pendant plus de quatre heures
sur les modalités de cette formation, qu'elle soit
initiale ou continue, sur les moyens à mettre en
oeuvre pour y parvenir, qu'il s'agisse d'une assistance
mise en place à l'intérieur des médias
ou d'un apprentissage dispensé en marge de ceux-ci,
et sur les nouveaux défis posés à la
formation des journalistes par les nouveaux usages des journalistes
utilisateurs d'Internet (qui ne peut pas apparaître
comme une source fiable et dont l'information doit être
soigneusement corroborée avant d'être utilisée).
En outre la dimension multimédia des travaux des
journalistes introduit une nouvelle forme de réfutabilité,
l'interactivité permettant aux lecteurs de remettre
en cause et de corriger les faits inexacts ou mal relatés.
D'autres effets pernicieux de l'utilisation d'Internet
furent identifiés, comme l'irrationalité de
l'indexation des informations ou encore la fragilisation
des agences de presse concurrencées par de nouveaux
modes d'accès aux nouvelles offerts dans des conditions
de gratuité totale par les principaux portails Internet,
tels Yahoo ou Google, sans qu'aucune préoccupation
d'ordre éthique ni même déontologique
puisse leur être imposées (leurs protocoles
étant présentés comme purement technique
et non éditoriaux). Autant d'éléments
qui plaident en faveur d'une rapide prise en compte de la
dimension éthique dans le cursus de formation au
journalisme, et d'un effort de sensibilisation de tous les
journalistes face aux nouveaux pièges qui peuvent
mettre en péril tant leur indépendance que
leur crédibilité, voire engager leur responsabilité
directe.
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