38e Assises de la presse francophone
Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones
Bucarest, Roumanie
Vendredi 22 septembre 2006
Deuxième
Table Ronde
Nouveaux
médias : quelles mutations économiques?
Introduction
de Serge Théophile BALIMA
directeur du Centre d'expertise et de recherche africain
sur les médias et la communication (CERAM), Burkina Faso
L'avènement de la société de l'information
entraîne des conséquences profondes dans les domaines
de l'espace, du pouvoir, des relations humaines et de l'économie.
Au-delà du retard pris par les pays du Sud
dans le secteur de la numérisation, tout le monde est confronté
à la même réalité : l'apparition des
nouveaux médias nous oblige à nous conformer à
un nouvel impératif, celui du savoir. Le savoir est devenu
une ressource décisive de l'économie. Non seulement
il réduit les besoins en matières premières,
en travail, en temps, en espace et en capital, mais il est, contrairement
aux ressources physiques, inépuisable.
Dans ce nouveau contexte de la société
de l'information, la compétitivité ou la survie
de l'économie des médias passe par l'acquisition
des nouveaux savoirs. Ce sont les inégalités
d'accès à ces nouveaux savoirs qui détermineront
les forces et les faiblesses des mutations économiques.
Si l'on observe le cas de la presse écrite,
on voit apparaître déjà un nouveau modèle
économique. Beaucoup de titres, surtout les grands titres,
voient dans l'internet, une opportunité économique
en ce qu'il permet d'améliorer leurs ressources publicitaires,
de créer de nouveaux produits, et même de nouveaux
titres. Ce fait peut sembler paradoxal parce que les journaux
ont investi à perte dans leur site internet mais le web
leur a offert de formidables opportunités de recettes publicitaires.
Ainsi, le secteur de la presse écrite connaît
une mutation accélérée avec l'arrivée
des magazines internet (presse internet) qui se créent
de plus en plus.
Le plus grand défi, dans ce domaine, réside
dans la gratuité de l'information. Cette gratuité
est devenue une donnée économique fondamentale pour
les journaux. Les étudiants de l'Université de Ouagadougou
lisent la presse quotidienne burkinabé sur le net sans
débourser le moindre centime. Cette nouvelle habitude de
cette catégorie de lecteurs constitue un risque majeur
pour l'avenir. Ces internautes s'habituent à cette gratuité
de l'information. Cette donnée économique est une
variable déterminante pour les journaux qui ont besoin
de fonctionner sur deux leviers de recettes : celui des lecteurs
et celui des annonceurs.
Cependant, peut-on désespérer de
la survie économique de la presse ?
Les journaux ont généralement peu
de moyens face aux grands opérateurs du réseau internet.
Mais ces petites et moyennes entreprises de la presse ne manquent
pas d'atout. Les supports des journaux et les supports internet
ne nécessitent pas les mêmes niveaux d'investissement
et ils sont de nature différente.
La presse écrite tient à la qualité
de sa ligne éditoriale et à la crédibilité
de ses informations ; la logique publicitaire des journaux dépend
de ces deux éléments dont les conséquences
s'évaluent en terme d'audience qualitative. Il appartient
donc aux éditeurs de presse de trouver les arguments qui
permettent aux journaux de faire la différence par rapport
à des problématiques de taille gigantesque comme
les opérateurs de télécommunication par exemple.
Sur les problèmes de sous-capitalisation
de la presse, on peut imaginer que les journaux se positionnent
sur deux axes
- établir des accords de partenariat avec de grands groupes
- ou être partie prenante de ces mêmes groupes qui
fournissent tuyaux et contenus à la fois.
On peut tout aussi bien envisager que sur les sites
des journaux des services annexés soient offerts aux internautes
tels que les offres d'emploi et les petites annonces. En d'autres
termes, la presse écrite magazine de demain devra inventer
de nouvelles mises en valeur, de nouvelles maquettes multimédia
en intégrant animation flash, vidéo et son, pour
être opérationnelle. Il s'agit donc de faire de l'intéraction
entre les éditions papier et les sites web. A condition,
bien sûr, de ne pas dupliquer sur l'écran ce que
l'on a fait sur le support papier. Autrement dit, il faut apporter
à l'internaute une valeur ajoutée, un complément
d'information.
En observant la situation de la presse francophone,
on constate qu'elle a consenti beaucoup d'efforts pour investir
dans l'internet. Ainsi plusieurs titres de la presse africaine
existent sur la toile. Cependant, on constate par ailleurs que
le modèle économique de la presse n'a pas changé.
La logique de la vente d'espaces pour accueillir la publicité
reste la même.
Alors quelles règles du jeu pour la presse
?
Avec la généralisation progressive
des hauts débits, la presse va devoir composer avec de
nouveaux acteurs qui ne viennent pas du monde de la communication.
Et ce qui attire les hauts débits ce sont les jeux, les
films, le sport, le sexe et la musique. L'information à
caractère éditorial à laquelle nous sommes
attachés ne revêt pas beaucoup d'intérêt
parmi les usagers de consommation d'internet.
Ce panorama rapide nous conduit eu cur de
notre atelier - Nouveaux médias : quelles mutations économiques
?
- quel est le rôle du journaliste dans
un contexte où la multiplication des sources d'information
fait de chaque citoyen un producteur et diffuseur potentiel de
l'information ?
- est-il réaliste d'envisager une presse
gratuite payée par les annonceurs dans tous les contextes
d'évolution de nos journaux ?
- l'accès à l'information gratuite
sur internet a-t-il des conséquences sur l'économie
de la presse ?
- quel rôle faut-il assigner aux agences
de presse francophones dans le nouveau contexte ?
- l'expérience de la radio en matière
de diffusion gratuite de l'information peut-elle servir à
la presse écrite ? et dans quelles conditions socio-économiques
?
Voilà autant de questionnements qui vont
nourrir nos échanges ce matin.
J'espère que nous parviendrons à des
pistes de solutions pour les entreprises de presse du monde francophone.
Serge Théophile
Balima
directeur du CERAM, Burkina Faso
Bucarest, 22 septembre 2006