38e Assises de la presse francophone
Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones
Bucarest, Roumanie
samedi 23 septembre 2006
Première
Table Ronde: Nouveaux
médias et déontologie
rapporteur Alain-Blaise
BATONGUE
rédacteur en chef du quotidien Mutations,
Cameroun.
Les intervenants à cette première
table ronde ont décrit les principales caractéristiques
de ces nouveaux médias qui impliquent une rapidité
dans la transmission des informations, une multiplication des
émetteurs et un éclatement des sources d'information,
dans une espèce de course contre la montre, dans le rapport
concurrentiel qu'ils ont désormais avec les médias
classiques. C'est d'ailleurs plus qu'un phénomène
de mode, qui semble avoir désormais "formaté"
un nouveau profil de journaliste dont la source principale d'information
est la toile, en même temps qu'il développe de nouveaux
itinéraires de consommation.
Mais les principes déontologiques de la
profession sont-ils respectés ? Pour les panélistes,
ce n'est pas toujours le cas. Parce que, explique Alfred Dan
Moussa qui part de l'expérience personnelle de son
journal, Fraternité Matin, la course contre la montre
les met peu à l'aise sur le terrain du recoupement et de
l'équilibre des informations mises à la disposition
des publics. Parce que, relève Iona Avadani, cette
information, plus souvent imposée aux consommateurs sans
traitement avec discernement, est la négation de plus en
plus volontaire de la protection de la vie privée, dès
lors que les acteurs de ces nouveaux médias prennent des
compromis avec les fonctions classiques des médias qui
sont d'informer, d'éduquer et de divertir, puisque l'abondance
d'informations sur Internet finit par en diluer la fonction informative.
Conséquence, indique Séverine Laurent
en écho aux autres intervenants, un accroissement de la
méfiance des informations déversées par les
autoroutes du numérique et, même, un discrédit
sur toute la profession de journaliste. Le citoyen doute désormais
de la pertinence de ces informations, renchérit Daniel
Deloit qui indique que le triptyque presse-informations-démocratie
ne se décrète pas, il se construit, avant de relever
l'exigence d'un contrôle, d'un filtre même si, pour
l'instant, personne n'en maîtrise les fusibles.
D'où l'idée, développée par l'ensemble
des panéliste, d'une meilleure professionnalisation des
médias classiques : défendre un label, développer
des contenus, revenir sur la pertinence, la probité et
la crédibilité des médias, agents rigoureux
de l'intérêt public
Mais comment y arriver alors que les principaux
acteurs des nouveaux médias, qui impriment des pages sur
Internet sont aussi considérés comme des journalistes
? Quelles sont les propositions à faire pour sortir de
la spirale d'une information certes diversifiée mais trop
souvent incontrôlable et parfois dangereuse ?
Chaque intervenant est allé de ses propositions et recommandations,
même si elles se rejoignent en quelques points transversaux
:
- La valorisation d'un modèle humaniste
francophone qui pourrait passer, selon Séverine Laurent,
par la rédaction et l'adoption d'une Convention internationale
francophone de déontologie journalistique (en y
ressortant des interdictions et surtout des valeurs et principes
fondamentaux auxquels les journalistes francophones devraient
se conformer) ;
- L'élaboration, après échanges
et débat, de ce que Daniel Deloit appelle un pacte de
co-responsabilité sociale entre le journaliste et le citoyen,
à l'effet de labéliser certains sites et de permettre,
après un apprentissage propre à tout nouveau métier,
de trouver une chaîne identique de référence
du journaliste au cube à travers son savoir faire, son
savoir penser et son savoir être ;
- Dans la même veine, Alfred Dan Moussa et
Iona Avadani proposent, chacun à sa manière, la
solution de l'éducation : un même niveau d'éducation,
de connaissance et d'information dans ce domaine si difficile
des nouveaux médias, souligne l'un ; l'éducation
du consommateur, dès le bas âge, de l'utilisateur
(modération et respect de l'autre), et du journaliste traditionnel
qui doit se repositionner sur la crédibilité institutionnelle,
indique l'autre ;
- Cyrille Kileba, qui a axé son intervention
sur la fracture numérique et les aléas du journaliste
et des nouvelles technologies dans les pays pauvres, coincés
par d'autres contraintes, plaide pour une véritable
démocratisation des nouvelles technologies, pour éviter
l'oppression des uns sur les autres.
Si, dans la salle, quelques participants ont tenu
à nuancer des affirmations parfois radicales de certains
panélistes, ils ne se sont pas spécialement éloignés
des propositions faites par les uns et les autres, en se demandant
toutefois comment faire pour les réaliser concrètement
pour que, par-delà la révolution technologique,
et surtout en s'enrichissant d'elle, vive le journalisme tout
court.
Alain-Blaise
Batongué
Rapporteur
Bucarest, 23 septembre 2006