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dimanche
24 septembre
Synthèse et clôture
par Hervé BOURGES
président
de l'Union internationale de la presse francophone
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Monsieur le Secrétaire général
de l'Organisation Internationale de la Francophonie,
Cher Président Abdou Diouf,
Monsieur le Secrétaire d'état chargé
de la Francophonie
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers Confrères,
Je tiens d'abord à vous remercier solennellement,
Monsieur le Secrétaire général, d'avoir
accepté d'anticiper votre arrivée à Bucarest
pour clôturer nos 38èmes assises, consacrées
à l'élan que donnent les nouvelles technologies
de communication au journalisme francophone.
En ouverture de ces assises, j'ai rappelé
en quelques mots la philosophie qui nous anime et l'action
que nous menons depuis plusieurs années. L'Union internationale
de la presse francophone a été créée
en 1950, ce qui en fait la plus ancienne association de la
Francophonie. Ses statuts stipulent que l'Union développe
"toutes relations professionnelles et toutes missions
d'entraide" entre ses membres, tous journalistes, tous
francophones.
On vient de vous communiquer, Monsieur le secrétaire
général, les principales conclusions et recommandations
élaborées à l'issue de nos travaux par
les modérateurs et les personnes-ressource.
Pour certaines d'entre elles, ces propositions rejoignent
tout particulièrement le thème que vous avez
souhaité donner au XIe Sommet de la Francophonie, qui
commencera ici même à Bucarest dans quelques
jours, sous le titre : "Les nouvelles technologies
de l'information et l'éducation".
Mutation des médias et adaptation
des métiers
Le métier de journaliste est entré
dans une phase de mutation rapide, parce que les médias
connaissent de profondes transformations : j'en citerai trois,
sur lesquelles nous nous sommes plus particulièrement
penchés
- l'exacerbation de la concurrence sous l'effet
de l'apparition de moyens d'information gratuits;
- l'internationalisation de la distribution
et donc de la consommation des médias;
-l'instantanéité de la reprise
de l'information soumise à la dictature des moteurs
de recherche en ligne.
L'enjeu de la gratuité de l'information
La Société de l'information s'est
construite d'emblée sur des dogmes de gratuité
et de liberté d'accès des internautes à
tout ce qui devenait de plus en plus aisément disponible
sur la Toile. Au cur de l'utilisation d'Internet, il
y a cette promesse d'une navigation facilitée entre
toutes les connaissances accessibles, l'idée d'une
bibliothèque universelle au sein de laquelle la collecte
et l'utilisation de l'information sont libres de droits.
Nous savons que la réalité est
différente, et que progressivement, en continuité
avec les autres modes d'utilisation des uvres et des
connaissances, les droits d'auteur et la propriété
intellectuelle s'imposent actuellement sur Internet. La jurisprudence
américaine de la Cour Suprême a ainsi imposé
aux sites de téléchargement de mettre en place
des outils de régulation du trafic assurant qu'à
aucun moment les droits légitimes des auteurs ne sont
détournés ou contournés.
De même en France la récente loi
sur le droit d'auteur dans la Société de l'information,
en continuité avec une directive européenne
portant sur le même thème, a confirmé
l'application des mêmes droits aux mêmes uvres,
qu'elles soient offertes par des modes de communication ou
de distribution classiques, ou qu'elles soient offertes en
ligne.
Mais pour ce qui concerne l'information, la
révolution de la gratuité n'a pas fini de faire
sentir ses effets : les médias gratuits ne sont pas
seulement en ligne, ils existent depuis longtemps dans l'audiovisuel,
en radio et en télévision, ils apparaissent
désormais sous forme imprimée, et c'est un séisme
pour les journaux de presse écrite payants qui se partageaient
jusque là le marché, et qui se voient doublement
concurrencés, par les quotidiens présents sur
Internet d'une part, par les quotidiens gratuits distribués
dans les lieux publics d'autre part.
Dans le même temps, les grandes agences
de presse elles-mêmes sont confrontées à
une concurrence nouvelle de la part de sites d'information
démultipliés qui émettent gracieusement
un grand nombre de dépêches, ou de "news"
présentées sous une forme assez proche des dépêches
d'agence, à destination de tous les internautes du
monde
C'est là aussi l'économie de l'information
qui est fragilisée et qui doit être confortée.
Bien sûr, la gratuité, c'est la
promesse d'un accès sans limite aux informations, et
dès lors c'est aussi une forme de démocratisation
de l'usage de l'information. Mais la gratuité ne doit
pas se traduire par une baisse de la qualité : la garantie
d'une information fiable et vérifiée repose
sur la déontologie et la rigueur de son traitement.
C'est de plus en plus sur sa "labellisation" que
l'on pourra valider le sérieux d'une information. Il
importe donc que, face au déferlement de faits, d'analyse
et de commentaires de moins en moins contrôlables, l'accent
soit mis sur la professionnalisation des médias authentiques,
qui doivent présenter une garantie de véracité
inattaquable.
L'enjeu d'une circulation médiatique
universelle
C'est une exigence de plus en plus forte désormais
qui pèse sur les agences de presse et les organes de
presse : ils ne doivent pas se laisser entraîner par
le déferlement universel des rumeurs et l'effet amplificateur
qu'elles créent.
C'est la raison pour laquelle il est essentiel
que les Etats francophones accordent leur soutien aux organes
de presse qui, dans la diversité des opinions qu'ils
peuvent exprimer, restent fidèles aux faits et à
leur examen rigoureux, sans donner prise aux agitations médiatiques
prématurées ou aventureuses. C'est un effort
collectif auquel j'appelle tous nos confrères, sur
tous les continents.
Au service de l'information, il faut de la rigueur,
du sang froid, de la distance. De plus en plus la mission
d'informer réclame une attention exacerbée aux
conséquences non plus seulement locales, mais aussi
internationales, de ce que l'on exprime. Les effets d'une
interprétation erronée ou maladroite peuvent
être catastrophiques, et se compter en vies humaines.
Il est essentiel que nos confrères francophones pratiquent
un journalisme exemplaire. Un journalisme de l'analyse et
de la mesure, plus qu'un journalisme du "scoop"
et de l'audience.
Au nom de notre Union, j'attire donc l'attention
des chefs d'Etat qui seront bientôt réunis dans
cette capitale roumaine, sur la nécessité de
soutenir dans tous leurs pays les agences de presse et les
grands médias francophones dont la déontologie
est éprouvée, pour les aider à reconquérir
leur place dans la circulation globale de l'information.
L'avenir de la "Société de l'information"
repose sur la qualité de l'information. Sinon, nous
risquons d'entrer dans une société de la "désinformation"
et de la rumeur dont nous connaissons par avance les dangers.
L'instantanéité et les moteurs
de recherche
J'ai déjà eu l'occasion d'analyser
les mutations actuelles du journalisme sous l'effet de l'accélération
de l'information, de sa fugacité, de sa brièveté
formelle. Aujourd'hui, nous en arrivons à une quasi-instantanéité
de l'exploitation des nouvelles par les journaux en ligne,
accentuée par l'usage systématique des "moteurs
de recherche" comme "Google", qui indexent
en permanence tout le contenu diffusé sur Internet.
L'appel que nous devons lancer aujourd'hui concerne
le pluralisme des sources et des méthodes d'indexation.
En effet, avec la croissance rapide de "Google",
tous les médias du monde subissent une nouvelle dictature
: celle de la hiérarchisation des nouvelles par leur
audience.
La méthode d'indexation retenue par "Google"
est en apparence démocratique et transparent : les
pages et les sites d'information les plus fréquentés
y sont présentés en premier, et les sujets les
plus traités dans la presse nationale ou internationale
sont les seuls à être repris dans les pages d'actualités
des moteurs de recherche. Cela entraîne, pour la plupart
des lecteurs, une grégarisation croissante, qui conduit
de plus en plus d'internautes à s'informer sur un nombre
décroissant de médias, et sur un nombre de plus
en plus réduit de sujets.
Or la logique de l'audience, rapportée
à l'information, présente tous les risques :
elle conduit à privilégier le sensationnel sur
l'analyse, et la pensée unique sur l'idée originale.
Cette logique conduit aussi à écarter les informations
qui émanent de communautés plus réduites,
ou moins bien dotées en termes de médias.
C'est en particulier le cas des Pays du Sud qui se voient
ainsi "couper la parole", sauf sur les rares sujets
sur lesquels un grand nombre de médias internationaux
s'expriment, et c'est alors rarement à leur avantage...
Il est donc de la responsabilité des
médias francophones de travailler étroitement
ensemble pour trouver une alternative à la logique
de "Google".
Cela signifie probablement un surcroît
d'exigence, dans toutes les rédactions, sur la hiérarchisation
et la recherche de l'information, qui ne doit pas être
moutonnière, mais réfléchie. Mais au-delà
de cet effort quotidien qui nous concerne tous, il est sans
doute de la responsabilité des Etats et de la Francophonie
de soutenir des initiatives alternatives capables de promouvoir
le pluralisme des sources et des méthodes d'indexation.
L'appel que nous lançons ici concerne
donc tous les grands groupes de presse et de médias
du monde francophone, afin qu'ils réfléchissent
à des outils comparables à "Google"
en termes d'efficacité, mais différents de la
grande gare de triage de la toile en termes de fonctionnement,
de hiérarchisation des sources et de croisement des
informations. Les initiatives qui seront prises en ce
sens doivent être soutenues et promues afin de privilégier
la diversité.
Inventer de nouveaux outils pour l'information
francophone
Dernières propositions, plus novatrices
encore, de cette remise en cause de nos pratiques et de nos
métiers, il apparaît indispensable d'inventer
de nouveaux outils pour soutenir et développer l'information
francophone dans le monde.
La Société de l'information
n'est pas une société de journalistes. Tel
est le constat, objectif, auquel nous conduisent nos réflexions,
quand nous observons, par exemple, l'explosion du phénomène
des "blogs", et des médias "directs".
Ce constat peut apparaître iconoclaste de la part de
notre Union, et pourtant c'est celui que font tous nos contemporains.
Dès lors une réflexion juridique
doit être menée pour que les principes du journalisme
francophone soient prolongés en direction des autres
modes d'information. Les problèmes qu'ils posent sont
en effet des problèmes classiques en "droit de
la presse" (diffamation, corruption, partialité
)
auxquels les médias classiques avaient trouvé
des solutions.
Il est indispensable que ces solutions soient adaptées,
sans restreindre la liberté d'expression, afin de provoquer
une responsabilisation de l'ensemble de ces nouveaux vecteurs
d'information, et une prise de conscience de leurs utilisateurs.
Parallèlement à cela, tous les
efforts doivent être faits pour accélérer
l'utilisation de ces nouveaux vecteurs d'information au service
de la Francophonie : la circulation de l'information francophone
doit en profiter, dans tous les pays qui ont le français
en partage. Cela passe par un développement rapide
d'Internet et de tous les réseaux qui permettent à
notre langue de circuler et de se diffuser dans le monde,
en offrant à ceux qui la parlent des outils plus nombreux
d'expression et d'information.
Toutes ces évolutions doivent aussi nous
conduire à remettre en cause nos cadres de pensée
habituels et les méthodes classiques d'intervention
des institutions nationales et internationales. Il faut repenser
les outils qui permettent aux Etats et aux organisations internationales
de soutenir la diffusion de l'information francophone.
L'Europe peut être, à travers certains
de ses programmes phares, comme le programme MEDIA, une force
d'innovation et de propulsion pour des projets francophones
exploitant les nouvelles technologies de communication. De
même de nouveaux types d'organisation peuvent voir le
jour, et c'est le cas du programme MEDIAF développé
sous l'égide de l'OIF.
Dernier enjeu, auquel nous accordons une
place toute particulière, la formation des journalistes
doit être soutenue, élargie, renforcée.
J'attire votre attention sur l'importance des écoles
et des institutions qui constituent le réseau "
Théophraste ", dont l'un des principaux animateurs
est le directeur général de l'Ecole supérieure
de journalisme de Lille, qui nous a fait l'amitié d'être
l'un des "modérateurs" de ces assises.
Dans l'esprit même du thème que
vous avez souhaité donner au XIe Sommet de la Francophonie,
je pense que les Etats membres doivent intégrer à
leur réflexion le soutien à l'utilisation des
nouvelles technologies pour permettre une amélioration
de la formation des journalistes. Il faut aider les écoles
qui existent à privilégier les formations en
réseau, qui permettent de mettre en commun les compétences,
et de mutualiser les moyens que nous mobilisons pour développer
la qualité du travail des journalistes.
Conclusion
Comme vous le voyez, Monsieur le secrétaire
général, chers confrères, ces 38èmes
assises furent particulièrement productives et nous
ferons de notre mieux pour que les conclusions auxquelles
nous parvenons soient utiles au développement et à
la diffusion de l'information en langue française,
ainsi qu'à la promotion des valeurs essentielles dans
lesquelles se reconnaissent, partout dans le monde, les journalistes
francophones.