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mardi
19 septembre
Ouverture
par Hervé BOURGES
président
de l'Union internationale de la presse francophone
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Monsieur le Président de la Roumanie,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Représentant du Secrétaire général
de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers Confrères,
En ouverture de ces 38èmes Assises de
notre Union, je voudrais rappeler en quelques mots la philosophie
qui nous anime et l'action que nous menons depuis plusieurs
années. L'Union internationale de la Presse Francophone
a été créée en 1950, ce qui en
fait la plus ancienne association de la Francophonie. Nos
statuts stipulent que l'Union développe " toutes
relations professionnelles et toutes missions d'entraide "
entre ses membres, tous journalistes, tous francophones.
Nous comptons plusieurs milliers d'adhérents
répartis sur 125 pays, avec des sections nationales
parfois très actives et mobilisées, parfois
moins nombreuses, mais toutes également convaincues
des valeurs que nous servons, celles du journalisme francophone.
A ce propos je souligne qu'au terme de ces 38èmes
assises nous renouvellerons samedi notre bureau international,
et que j'ai convoqué nos membres pour leurs assemblées
générales ordinaires et extraordinaires qui
se tiendront ici à Bucarest, pour élire leurs
représentants aux postes de président, vice-président,
trésorier et secrétaire général
de notre association. J'invite donc tous les candidats à
ces différents postes à me faire connaître
d'ici vendredi leur candidature. Comme à chaque renouvellement,
j'espère que ce sera l'occasion d'un nouveau souffle
pour notre organisation.
I. Le terme d'une réflexion pluriannuelle
sur les enjeux du journalisme
Les assises que nous tenons ici viennent au
terme d'un processus de réflexion que j'ai souhaité
conduire sur plusieurs années, au sein de notre Union,
depuis la première réunion de ce type que j'ai
présidée, à Beyrouth, en 2001, et que
nous avions intitulée " Communication et culture
face à la mondialisation ". Au fil des assises
successives, nous avons fait le tour des grandes problématiques
que doivent affronter les journalistes francophones dans la
société de l'information au cur de laquelle
ils se situent désormais.
Le thème de nos assises de Bucarest est
donc la conclusion logique de cet ensemble de débats,
et je tiens donc à vous les présenter dans cette
perspective plus large, qui leur donne tout leur sens.
En 2001 à Brazzaville, nous avons
tiré toutes les conséquences de nos assises
de Beyrouth, en examinant de quelle manière les
journalistes francophones peuvent être les soldats de
la " diversité culturelle ", au quotidien,
en assurant la défense de leurs identités, et
en les faisant rayonner au sein du monde francophone. La société
de l'information, avions nous dit, ne doit pas voir s'instaurer
un échange de communication inégal entre les
pays les plus développés et les pays en développement
!
Il est indispensable, avions nous conclu, que
les nouveaux outils de communication permettent au contraire
de renverser les termes de l'échange et de promouvoir
les cultures les plus menacées par la mondialisation.
Ce qui apparaissait alors comme un combat insolite a trouvé
depuis une formidable concrétisation dans l'adoption
par l'UNESCO de la Convention sur la diversité culturelle,
en cours de ratification dans tous les Etats du monde, et
nous ne pouvons qu'appeler, dans toute la Francophonie, à
sa ratification rapide.
Après nos assises de Genève,
en 2002, qui furent l'occasion d'examiner en détail
les particularité d'une presse francophone à
la fois moderne, vivace, ouverte sur le monde et largement
nourrie des spécificités de la culture suisse
romande, nous avons donc consacré nos assises de
Libreville en 2003 aux constantes et aux mutations des
conditions dans lesquelles sont assurés la formation
et le perfectionnement des journalistes.
C'est en effet l'une des grandes questions qui
se posent à nous : face aux nouvelles missions que
les journalistes se voient confiées, au sein de la
société de l'information mondialisée
que nous connaissons, quelle préparation leur donner,
quels outils intellectuels et quels principes leur fournir,
afin qu'ils soient efficaces et utiles dans leur métier
?
Je souligne qu'un grand nombre des propositions
et des recommandations que nous avions exprimées ont
été depuis reprises et ont commencé à
être mises en uvre, au sein des écoles
de journalisme, en particulier au sein du Réseau Théophraste,
qui regroupe un grand nombre des écoles et des institutions
qui sont chargées, dans toute la Francophonie, d'assurer
la formation professionnelle des journalistes, et je tiens
à saluer parmi nous l'un des animateurs de ce réseau,
M. Daniel Deloit, directeur général de l'Ecole
supérieure de journalisme de Lille, qui aura un rôle
majeur dans le déroulement de ces assises de Bucarest.
Le deuxième défi à relever
tient aux conditions dans lesquelles les journalistes peuvent
exercer leur mission. C'est pourquoi nous avons donné
pour thème à nos assises de Ouagadougou de
2004 : " La protection des journalistes, un enjeu
démocratique ". Nous le savons, le rôle
de la presse doit être reconnu et admis, au cur
des processus démocratiques, pour permettre l'expression
du débat des idées et du pluralisme des convictions.
Dans un monde violent, marqué par des affrontements
de plus en plus tendus, la presse est un indispensable outil
de régulation des différents idéologiques,
religieux, sociaux ou politiques. A condition qu'elle puisse
jouer son rôle et que son exercice soit protégé.
Dans la droite ligne des conclusions de nos
assises, j'avais écrit au nom de l'Union à tous
les chefs d'Etat francophones qui étaient réunis
à Ouagadougou, afin de leur demander de proscrire les
peines de prison pour tout délit d'opinion et pour
tout délit de presse. Cette demande a eu un écho
lors du Sommet des chefs d'Etat et un bon nombre d'entre eux
nous ont donné satisfaction, au cours des mois qui
ont suivi, en faisant adopter par leurs gouvernements et parlements
respectifs des modifications de leur code pénal ou
de leur code civil afin de faire disparaître les peines
de prison pour délits de presse, quand elles étaient
encore prévues.
Conséquence logique de cette évolution,
nous avons consacré nos assises de Lomé,
en 2005, aux principes professionnels essentiels qui encadrent
mais aussi qui légitiment notre profession sous le
titre: " Pluralisme et déontologie, liberté
et responsabilité des journalistes." Car il ne
suffit pas qu'un journaliste soit protégé, qu'il
soit bien formé, encore faut-il qu'il soit conscient
de ses responsabilités et qu'il joue ainsi pleinement
son rôle social et civique.
Nos assises de Bucarest, Monsieur le
Président de la Roumanie, viennent boucler en 2006
ce beau cycle de réflexion sur les moyens, les méthodes,
et les enjeux du journalisme contemporain, en examinant les
mutations que connaît aujourd'hui notre activité,
sous l'effet du développement rapide de nouveaux médias
qui remettent en question les habitudes et les routines de
notre profession.
Je me bornerai à tracer les grandes lignes
du débat à la fois riche et ouvert que nous
allons avoir au cours des prochains jours et dont je tracerai
une synthèse dimanche matin, devant le Président
Abdou Diouf, Secrétaire général de la
Francophonie.
II. De quoi parle-t-on lorsque l'on évoque les "
Nouveaux médias " ?
1. De nouveaux horizons pour les médias
classiques
En 2001, à Beyrouth, nous avions commencé
à parler d'Internet, qui apparaissait comme un nouveau
support de diffusion, capable de donner des ailes aux médias
classiques : en effet un journal papier pouvait désormais
être diffusé et lu, à travers Internet,
sur toute la planète, quel que soit le lieu où
travaille et compose sa rédaction. De même, au
fil des années, nous avons constaté que les
médias audiovisuels s'affranchissent désormais
des frontières, plus facilement encore par Internet
que par le satellite. Car le satellite autorise certaines
procédures de contrôle et impose des coûts
de diffusion très élevés, ce qui est
en soi une restriction. Par Internet au contraire, la radio
a désormais une diffusion mondiale, et les images de
télévision également.
Cette extension des horizons de diffusion de
l'information porte en elle des conséquences importantes
sur le plan de la liberté de l'information et du pluralisme
politique, au-delà des frontières classiques
de ces notions, et nous nous y intéresserons de près
dans notre table-ronde sur l'internationalisation des médias.
Il doit y avoir une prise en compte de cette dimension dans
le fonctionnement éditorial de chaque média,
qui doit considérer qu'il dispose d'une audience mondiale.
Il est d'ailleurs amusant de constater que les
politiques ou les intellectuels eux aussi s'y laissent prendre
en croyant pouvoir s'adresser avec un discours différent
aux journalistes étrangers : au moment où leurs
propos sont publiés, ils sont immédiatement
entendus dans leur propre pays ! C'est le cas lorsqu'un philosophe
habituellement mieux inspiré critique l'équipe
de France de football dans un journal israélien, ou
lorsqu'un ministre du gouvernement français prend ses
distances à Washington avec les positions diplomatiques
de Jacques Chirac
Leurs paroles créent la polémique
à Paris avant même qu'ils soient de retour de
leur séjour lointain
Pour ce qui concerne les journalistes, cette
situation nouvelle est une exigence supplémentaire
de rigueur et de précision, même si les sujets
traités sont apparemment éloignés
2. De nouveaux vecteurs d'information et
de nouvelles pratiques
Mais cette première mutation s'est très
vite doublée d'un phénomène beaucoup
plus profond : une véritable révolution qui
affecte désormais en profondeur la circulation, la
pratique, et la compréhension de l'information. Internet
apparaît aujourd'hui comme le vecteur privilégié
de nouveaux supports de communication qui ébranlent
les médias classiques dans leur économie et
dans leur fonctionnement même.
D'abord, de nouveaux journaux sont apparus,
qui ne sont distribués que par Internet. Souvent, ces
médias en ligne sont gratuits, et l'habitude de consommer
l'information à titre gratuit a tout de suite eu un
retentissement sur les attentes des lecteurs de la presse
écrite. L'économie des sites d'information
en ligne se fonda sur la publicité et les liens commerciaux,
non sur l'abonnement. Après quelques tâtonnements,
c'est la presse écrite qui a dû suivre cette
tendance lourde vers la gratuité des informations offertes,
d'où l'essor dans de nombreux pays d'une nouvelle génération
de titres, distribués gracieusement
Evidemment,
cela pose un problème de coexistence et de définition
éditoriale des journaux papier imprimés, et
la crise de la presse écrite s'est accentuée
ces dernières années dans tous les pays, en
s'élargissant même, au cours des derniers mois,
à la presse magazine.
Deuxième phénomène,
le rôle essentiel pour les utilisateurs d'Internet des
moteurs de recherche, utilisés pour trouver des informations
pertinentes sur n'importe quel sujet. Ce nouveau service
passe par l'indexation d'un maximum de données, d'informations,
de commentaires, de connaissances, de textes, qui sont ensuite
collationnés et délivrés en réponse
à toute demande. C'est un confort prodigieux offert
à tout internaute : il dispose d'un documentaliste
personnel dans son ordinateur ! Cela confère à
des " moteurs de recherche " comme " Google
" une fonction capitale dans la hiérarchisation
des informations, leur tri, et la démultiplication
de leur accessibilité.
Or les principes qui gouvernent les algorithmes
de Google sont simples : une information est privilégiée
à raison de l'intérêt qu'elle suscite
: c'est le taux de fréquentation d'une page qui en
mesure la pertinence et entraîne son classement et donc
sa visibilité. Cela conduit, en première analyse,
à une accentuation des phénomènes de
répétition de l'information, on pourrait presque
dire du comportement moutonnier des journalistes, ou à
une grégarisation des contenus en ligne
Parallèlement à cela, on observe
rapidement une convergence croissante des analyses et des
références, puisqu'à toutes les demandes
identiques Google tend à proposer les mêmes réponses,
qui déjà ont satisfait un maximum de requêtes
Sans à aucun moment que les informations concernées
n'aient fait l'objet d'une analyse ni a fortiori d'une vérification.
Cela donne évidemment prise à des exploitations
multiples, qu'il s'agisse de créer des rumeurs ou au
contraire de masquer certains faits
Troisième temps de ce bouleversement
du cadre de référence des pratiques d'information
: la libéralisation de la circulation des nouvelles,
des idées et des textes donne naissance à une
nouvelle génération de médias, qui sont
spontanés, autoproduits, sans cadre déontologique
ni principes journalistiques.
C'est le phénomène des "
blogs ", qui succèdent aux pages puis aux sites
personnels. Le " blog ", c'est l'information subjective
à l'état pur, sans effort d'objectivation ou
de mise en perspective pédagogique. C'est la capacité
pour tout un chacun de s'instituer tout à coup journaliste,
sans pour autant se soumettre aux règles qui encadrent
le droit de la presse
En première analyse, il s'agit bien sûr
d'une formidable démocratisation de l'expression de
l'information. Mais quels en sont les effets ? Quelles règles
imposer aux " blogs " ? Dans la mesure où
il s'agit d'une expression publique, les délits de
" respect de la vie privée " et a fortiori
la répression de la diffamation sont de droit. Mais
la jurisprudence est encore mince, et les dispositions du
Droit ne sont pas encore bien claires
Au-delà, pour tout ce qui concerne l'exactitude
de l'information, dans la mesure où elle ne touche
pas directement des personnes identifiées, rien ne
peut la garantir. Pourtant certains de ces " blogs "
atteignent des niveaux de fréquentation que beaucoup
de journaux imprimés leur envieraient ! La multiplication
des blogs, et plus généralement des sites d'information
non régulés par les principes déontologiques
du journalisme rendent de plus en plus floues les frontières
entre information et communication.
Dernier élément de la chaîne
médiatique à être touché par ses
nouvelles pratiques, les grandes agences d'information elles-mêmes
doivent réfléchir à l'évolution
de leur métier, confrontées à des concurrences
gratuites et à de nouveaux réseaux de diffusion
des nouvelles
Ce sont ces mutations et les évolutions
économiques et commerciales qu'elles commandent que
nous examinerons avec beaucoup de précision au cours
de deux tables rondes dont j'attends beaucoup.
III. De nouveaux outils pour soutenir l'information francophone
Enfin toutes ces évolutions doivent nous
conduire à remettre en cause nos cadres de pensée
habituels, et les méthodes classiques d'intervention
des institutions nationales et internationales. Il faut repenser
les outils qui permettent aux Etats et aux Organisations internationales
de soutenir la diffusion de l'information francophone.
L'Europe peut être, à travers certains
de ses programmes phares, comme le programme MEDIA, une force
d'innovation et de propulsion pour des projets francophones
exploitant les nouvelles technologies de communication. De
même de nouveaux types d'organisation peuvent voir le
jour, et c'est le cas du programme MEDIAF développé
sous l'égide de l'OIF.
Ce sont autant de pistes que nous évoquerons
également lors des dernières tables rondes de
nos assises, vendredi et samedi, avec la volonté de
déboucher sur des propositions et des solutions concrètes,
que nous pourrions proposer aux chefs d'Etat présents
la semaine prochaine à Bucarest.
Conclusion
Comme vous le voyez, Monsieur le Président
de la Roumanie, Mesdames et Messieurs, chers confrères,
ces 38èmes Assises sont particulièrement importantes
pour l'Union de la Presse Francophone et nous ferons de notre
mieux pour qu'elles soient productives et utiles au développement
et à la diffusion de l'information en langue française,
ainsi qu'à la promotion des valeurs essentielles dans
lesquelles se reconnaissent, partout dans le monde, les journalistes
francophones.