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38e Assises de la presse francophone
18 - 24 septembre 2006, Bucarest, Roumanie


Union de la Presse Francophone

Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones

CONCLUSIONS

Conclusions des 38èmes Assises internationales de la presse francophone réunies à Bucarest (Roumanie) du 18 au 24 septembre 2006.

L'Union internationale de la presse francophone (UPF), réunie à Bucarest du 18 au 24 septembre 2006 pour ses 38èmes Assises, a consacré ses travaux aux enjeux et aux défis nés de l'émergence des nouveaux médias et du développement de nouveaux modèles économiques, dans un contexte de globalisation de la communication.

Les participants à ces assises ont tout d'abord esquissé les contours de la nouvelle donne technique qui permet de répondre en masse aux attentes d'un large public, lui offrant l'impression de circuler en toute liberté au sein des sphères médiatiques. Grâce à ces outils, et les blogs en particulier, le citoyen se veut éditeur, diffuseur voire prescripteur.
Cette capacité modifie son positionnement dans la société, trace de nouveaux itinéraires de consommation et bouscule le schéma habituel du rapport à l'autorité, y compris les rôles généralement dévolus à la presse et aux journalistes. Ces réalités méritent d'être nuancées entre le Nord et le Sud.

Le contexte actuel est marqué par une double culture technique et le doute - voire la méfiance - préside aux relations entre les médiateurs, les intermédiateurs (le journaliste bien sûr mais aussi le politique) et un citoyen détenant les moyens techniques d'une nouvelle exigence de transparence.

De ce point de vue, les participants constatent qu'il existe une opposition entre l'enthousiasme technologique (le monde en poche, accessible d'un simple " clic ") et un modèle social stagnant. Il y a urgence à réaffirmer le pacte de co-responsabilité sociale entre le journaliste et le citoyen parce que les rapports temps - espace existent différemment au sein de sociétés selon l'état de leur développement social et économique et leur réalité culturelle, parce que l'interconnectivité ne signifie pas l'intercommunication et aussi parce que, sans réelle plus value de contenu et de sens, les principes d'égalité, de dignité et de solidarité n'émergent pas sensiblement de ces nouvelles pratiques.

De ce point de vue, l'UPF appelle à des engagements clairs, responsables et conscients des professionnels de l'information au service d'un progrès collectif, inscrit au cœur d'un rapport d'humanité, pour une société démocratique, pluraliste et multiculturelle.

Pour ce qui concerne la toile en particulier, lieu d'expression de tous les contraires, cette confiance nouvelle peut notamment s'instaurer par des processus volontaires de labellisation des sites, en accord avec une charte générale des comportements professionnels et l'UPF serait sans doute l'un des lieux pionniers pour faire progresser cette réflexion déontologique.

Par ailleurs, les participants à ces 38èmes Assises, considérant le foisonnement, sur tous les continents, des initiatives publiques, privées et associatives au service de la connaissance mutuelle des valeurs et des pratiques de la presse francophone et de la langue française, estiment qu'il est indispensable d'en renforcer la reconnaissance, la cohésion et le soutien, dans une perspective d'internationalisation de l'ensemble de nos actions. Cette priorité doit être prise en compte dans la politique des institutions et des organisations liées à la francophonie ou de celles qui en sont les partenaires régionaux ou mondiaux.

En particulier, il importe de soutenir la volonté, et sans doute la vocation des médias, à s'inscrire dans l'accompagnement actif des processus d'éducation et de formation, dès le plus jeune âge, afin que les citoyens des pays francophones évoluent harmonieusement vers la maîtrise de leur environnement informatif, donc vers la liberté de leurs choix.

Quant aux modèles économiques, bousculés par l'apparition du phénomène de gratuité au Nord et rendus instables par les réalités en terme d'équipement et de formation au Sud, les participants aux assises redoutent que les politiques des groupes de presse ne soient déterminées au détriment du nécessaire investissement qualitatif au sein des rédactions.
Au regard d'une reconcentration des capitaux des groupes multimédias et une politique de réduction des coûts de fabrication et de diffusion de l'information, les participants observent une fragmentation des pratiques professionnelles et l'apparition de mode de management favorisant la précarité sociale des journalistes.

Or, chacun constate que les rôles et fonctions du journaliste n'ont jamais été autant nécessaires pour construire, patiemment, le tryptique presse - information - démocratie. Encore faut-il favoriser partout une formation professionnelle rigoureuse alliant le savoir-faire technique et la culture de l'universel, notamment par ses exigences éthiques. Sur ce plan, la francophonie offre des repères exceptionnels qui, alliés à la liberté et à la solidarité, permettent d'accorder la primauté à ce qui est moral sur ce qui est matériel et au progrès sur l'obscurantisme.

Recommandations

Les participants aux 38èmes Assises de la presse francophone soumettent aux pays membres de la francophonie et à ses instances représentatives les recommandations qui suivent.

1. Le soutien à un programme global de développement des nouvelles technologies afin
- de favoriser l'égalité de fait de l'accès des citoyens aux nouveaux véhicules médiatiques,
- de réduire de ce fait la fracture numérique grandissante entre le Nord et le Sud,
- d'améliorer les systèmes qualitatifs de production, de traitement et de diffusion de l'information.

2. Le soutien aux programmes nationaux et régionaux de formation initiale et continue pour, selon les situations locales, développer l'expertise professionnelle et la réflexion déontologique à travers l'espace francophone.

3. Le soutien à toute action favorisant les rapprochements ou les synergies entre la presse et la chaîne de l'éducation nationale des pays de la francophonie.

4. Le soutien aux vecteurs médiatiques qui proposent en permanence une information plurielle, ouverte et déontologiquement responsable, par l'étude préalable d'un processus de labellisation ou de certification francophone, sur une base exclusivement volontaire.

5. le soutien aux actions qui pourraient être menées par les groupes de presse du monde francophone dans la recherche et l'application d'un outil alternatif au monopole de Google sur les critères de recherche, d'indexation et de hiérarchisation des informations.

Et enfin, aux côtés de ces recommandations, l'UPF insiste sur deux vœux déjà exprimés lors d'assises antérieures.

1. L'UPF propose la création, au Conseil des droits de l'Homme, à Genève, d'un groupe de travail à composition ouverte, visant à étudier les moyens de renforcer la protection des journalistes et la liberté d'expression dans les zones de conflits armés.
2. L'UPF demande solennellement à tous les représentants officiels et aux journalistes de la francophonie d'exiger l'utilisation de la langue française lorsqu'elle est reconnue comme langue de travail au sein des organisations internationales.