38e Assises de la presse francophone
Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones
Bucarest, Roumanie
mardi 19 septembre 2006
Ouverture par
Doru COSTEA
président de la Section roumaine de l'UPF
Monsieur le Conseiller du Président de la
République, Mesdames, Messieurs,
J'ai le grand honneur d'ouvrir la séance
solennelle qui précède les travaux des 38e Assises
de l'Union de la presse francophone.
Permettez-moi d'adresser mes remerciements au conseiller
du Président, Monsieur Claudiu Saftoiu, par les bons offices
duquel nous voulons faire parvenir nos remerciements à
Son Excellence Traian Basescu, le Président de la Roumanie,
pour l'appréciation particulière accordée
à nos travaux, ainsi que pour l'invitation à organiser
les Assises en Roumanie.
La Roumanie se trouve sur la ligne d'une puissante
tradition en ce qui concerne les relations à l'intérieur
de la francophonie. Notre rencontre doit donc marquer un moment
important, grâce aux sujets abordés, voire la manière
dans laquelle les nouvelles technologies média influencent
la précision et la clarté de la transmission des
informations vers le public.
Une évaluation faite par "Internet World
Statistics", et reprise la semaine dernière par la
revue Dilema Veche met en évidence dans quel degré
l'Internet est entré dans la vie des citoyens des divers
pays. Cet indicateur est de plus de 23% pour la Roumanie, de 44%
pour la France, tandis que pour les Etats-Unis l'indicateur se
situe à plus de 68%. Les chiffres montrent également
l'évolution constamment ascendante de la communication
de presse par Internet.
L'espace virtuel est présent. Et il s'amplifie
d'un jour à l'autre. C'est alors qu'une nécessité
pressante s'impose : comment faut-il gérer cet espace virtuel
de manière que les repères déontologiques
restent en vue. Je ne me suis pas proposé d'insister sur
ces thèmes, ce sera à vous de le faire, au cours
des travaux.
Pour en finir, permettez-moi une anecdote. Un important
dirigeant syndical disait, dans la première moitié
du siècle passé, aux travailleurs d'une fabrique
de fusils, une chose qui reste tout à fait valable - à
mon avis - pour le métier de journaliste : «Vous
fabriquez des fusils, mais prenez garde car c'est toujours vous
qui êtes du côté dangereux des canons ».
Les choses n'ont pas changé, de manière dramatique,
depuis.
Dans le monde où nous vivons, la vitesse
de communication agit de manière à ce que la notion
de vérité devienne relative. Nous communiquons
tellement rapidement que nous avons à faire à des
« affirmations contestables » au lieu de « vérités
».
Un monde des communications où ce n'est plus la vérité
qui compte, mais la réponse plausible.
Un monde dans lequel la vérité est de moins en moins
validée par la réalité factuelle et de plus
en plus confirmée par les interlocuteurs.
Il en sort des conséquences majeures sur
la déontologie professionnelle, pensons seulement au fait
qu'à l'intérieur de cet espace virtuel vient de
naître un monde presque tangible, une « réalité
»virtuelle, dont la consistance tend à échapper
à tout contrôle.
C'est donc aux journalistes d'agir pour que la
liberté d'expression préserve ses repères
moraux et affectifs dont je parlais au début. Je tiens
à préciser que par la liberté d'expression
je n'entends pas exactement la liberté de dire "n'importe
quoi", mais surtout la liberté de dire "tout"
sur ce que l'on sait et ce que l'on croit.
Même la vérité...
Doru COSTEA
Bucarest, 19 septembre 2006