38e Assises de la presse francophone
Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones
Bucarest, Roumanie
Jeudi 21 septembre 2006
Première
Table Ronde
Nouveaux
médias et déontologie
contribution
de Alfred DAN MOUSSA
président de la Section ivoirienne, vice-président
international de l'UPF,
directeur des rédactions du Groupe Fraternité Matin.
Les principes déontologiques qui fondent
le journalisme, les principes de vérification et de traitement
de l'information sont-ils respectés, face à la diversification
de l'offre éditoriale et des supports, face à la
multiplication des émetteurs ?
Nous voudrions baser ces propos introductifs sur
le vécu d'un groupe de presse, le groupe Fraternité
Matin, en Côte d'Ivoire. Ce groupe de presse est éditeur,
en plus des magazines qui vont de l'hebdomadaire au trimestriel,
d'un quotidien qui paraît six fois par semaine.
Tous les jours, à partir de minuit, ce quotidien
est visible et lisible sur le site web du groupe. En raison des
décalages horaires, il arrive que le consommateur de l'information
vivant aux Etats-Unis, en France ou en Roumanie soit informé
du contenu de ce quotidien bien avant celui qui vit en Côte
d'Ivoire où le journal est imprimé et distribué.
En plus de la mise sur le site de ce quotidien,
le groupe Fraternité Matin a lancé un journal en
ligne qui publie l'information trois fois par jour : à
11H, à 16H et à 20H.
Par son rythme de production, le journal en ligne
est plus proche de la radio et de la télévision
que du quotidien papier. En même temps qu'il est plus
rapide, plus "pressé" que le quotidien, il est
moins à l'aise sur le terrain du recoupement des sources,
de la vérification et de l'information, parce que d'une
édition à l'autre, il s'écoule 4 à
5 heures, pour aller collecter l'information, la sélectionner,
la traiter et la diffuser.
Contrairement au journal-papier, le journal en ligne
n'a pas toujours et forcément le temps de collecter toute
l'information, de procéder à une sélection
rigoureuse de l'information, de traiter l'information avant publication.
La course contre la montre est un piège permanent pour
le journal en ligne.
La concurrence que la presse en ligne livre et au
journal-papier et à la radio et à la télévision
est un autre piège permanent. Il faut aller vite à
la rencontre des internautes, mais il faut y aller prudemment.
Il faut donner la primeur de l'information aux consommateurs de
l'information, mais il faut avoir le souci de l'équilibre
dans le traitement de l'information et le souci de l'information
juste.
Or, les difficultés d'accès aux sources,
du moins à certaines sources d'information, demeurent des
réalités incontournables, malheureusement.
En même temps que le rythme de production,
de publication ou de diffusion de l'information met le journaliste
professionnel face à ses responsabilités, en même
temps, il constitue un atout majeur dans l'accès libre
du consommateur à l'information. Dès que l'information
est maîtrisée, dès que l'information est traquée,
elle se retrouve à la portée du public.
La presse en ligne échappe, mieux que
les autres supports, aux menaces sur la diffusion des journaux,
pour toutes sortes de raison : saisie de journaux, interdiction
de paraître, destruction de journaux, difficultés
de distribution, limitation de tirage
Les nouveaux médias
assurent une large diffusion voire une diffusion illimitée
de l'information. Quelle personne physique ou morale, gravement
mise en cause dans un quotidien ou dans un hebdomadaire papier,
perdra désormais le temps et l'argent à vouloir
racheter tout un tirage pour freiner la divulgation de ladite
information ? Peine perdue parce que la nouvelle sera connue par
le biais de l'internet.
Le monde francophone, qui a une histoire de la
liberté de la presse et du droit du public à l'information,
a un grand défi à relever. Il s'agit pour lui
de mettre les nouveaux médias à la portée
et des rédactions et du public, à la portée
et des journalistes et des consommateurs, par la sensibilisation,
par la formation, par l'acquisition gratuite ou à moindre
coût des émetteurs, supports et récepteurs.
Pour mieux se comprendre et mieux profiter des nouveaux
médias, les différentes subdivisions du monde francophone
doivent être au même niveau d'éducation, de
connaissance et d'information, dans ce domaine. Faute de quoi,
un langage de sourds entre les différentes composantes
du monde francophone contribuera à fragiliser celui-ci.
Et ce serait dommage.
Questions :
- Combien sont-ils, les journalistes et assimilés,
francophones ?
- Combien d'entre eux disposent d'une adresse électronique
?
- Combien sont-elles, les rédactions francophones
?
- Quel est le pourcentage de celles qui disposent
d'un site web ?
- De ces personnes physiques et morales, combien
prennent le temps suffisant ou nécessaire d'accéder
aux boîtes électroniques ?
- Combien sont-ils, les foyers capables de se doter
d'un ordinateur et qui en disposent effectivement, pour lire le
journal en ligne ?
Que de questions, sans réponses, pour la
plupart d'entre elles.
Questions d'éthique et de déontologie,
question de liberté de la presse, question de droit à
l'information et d'accès à l'information.
Ce sont autant de centres d'intérêt
qui ont motivé la création en Côte d'Ivoire,
en début de ce mois de septembre 2006, d'une association
dénommée Réseau des professionnels de la
presse en ligne de Côte d'Ivoire, un réseau qui a
fait parvenir aux présentes assises de l'UPF une contribution
intitulée : " Presse en ligne, des enjeux vitaux
pour les pays en voie de développement ".
C'est vrai, les nouveaux médias représentent
et constituent des enjeux vitaux, non pas seulement pour une parcelle,
mais pour l'ensemble du monde francophone.
Alfred DAN MOUSSA
vice-président international de l'UPF
Bucarest, 21 septembre 2006