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38e Assises de la presse francophone

Nouveaux médias, nouvel enjeu européen,
nouveaux défis francophones

Bucarest, Roumanie
Mardi 19 - dimanche 24 septembre 2006

dimanche 24 septembre
discours de clôture par le président Abdou DIOUF

secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie

(seul le texte prononcé fait foi)


Monsieur le Président de l’UPF, mon cher Hervé,
Monsieur le Secrétaire général international,
Mesdames et Messieurs,

Je suis arrivé hier soir à Bucarest, et c’est avec un grand plaisir que je viens ce matin vous rejoindre, avant une semaine bien chargée, pour participer à la clôture de vos travaux.

Je souhaiterais avant tout adresser un hommage aux autorités roumaines qui nous accueillent avec autant de chaleur et d’amitié, et saluer en particulier Monsieur Traian Basescu, Président de la Roumanie, qui a adressé à l’UPF un message d’encouragement à l’occasion de ces Assises.

Cette séance qui nous rassemble ce dimanche à Bucarest vient donc clôturer vos fructueux travaux consacrés au thème riche que vous avez choisi : Nouveaux médias, nouvel enjeu européen, nouveaux défis francophones.

Vos Assises viennent utilement enrichir notre compréhension d’un sujet sensible, complexe mais essentiel. L’information et la communication conditionnent plus que jamais le monde dans lequel nous vivons. Elles viennent comme Janus nous offrir d’immenses opportunités nouvelles et en même temps nous imposer des contraintes fortes qui ne sont pas toujours aisées à maîtriser. Pendant trois journées, vous avez utilement réfléchi et débattu de ces problématiques qui marquent les évolutions rapides de nos sociétés mais aussi de l’action que nous nous efforçons de mener à l’OIF.

Certains d’entre vous vont rester encore quelques jours pour exercer leur métier et couvrir nos rencontres institutionnelles. Mes collaborateurs sont, bien entendu, à votre disposition pour vous donner toute l’information dont vous avez besoin. Je prendrai moi-même connaissance avec beaucoup d’intérêt, et même beaucoup de gourmandise, de vos productions éditoriales.

Je me garderai bien de vous donner une quelconque ligne ou une quelconque orientation pour la manière dont vous allez couvrir ce Sommet. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas mon genre ! Mais je voudrais malgré tout vous faire part d’une de mes préoccupations, à laquelle je l’espère, vous serez sensibles.
Cette préoccupation concerne le thème de ce grand rendez-vous de Bucarest : Les nouvelles technologies dans l’éducation. La question de l’éducation constitue sans doute le plus grand défi auquel nous sommes nous confrontés. La modernisation et la dynamisation de nos systèmes éducatifs, notamment grâce aux technologies de l’information détermine notre avenir, celui de notre jeunesse, celui de nos démocraties, celui de nos économies, celui de nos cultures. C’est un défi gigantesque, difficile, mais absolument vital. Nos équipes, nos experts ont travaillé pendant des mois pour que dans ce domaine, qui figure parmi les priorités majeures de la Francophonie, le Sommet de Bucarest puisse aboutir à des conclusions utiles, concrètes, qu’il puisse nous donner des indications précises sur les actions que vont mener l’OIF et les opérateurs de la Francophonie.

Je sais, parce que je suis attentivement vos médias, que beaucoup d’entre vous considèrent que ce sujet n’est pas un sujet de "Une", n’est pas assez "vendeur"pour mériter beaucoup de place. Mais je pense très sincèrement que quand nous avons affaire à des sujets aussi vitaux pour nos populations, pour nos enfants, pour notre avenir, votre responsabilité de journaliste est engagée. Gardez bien sûr votre liberté d’expression et votre esprit critique, mais soyez attentif à cette problématique, et aidez-nous à sensibiliser les opinions publiques et les décideurs.

Monsieur le Président, mon cher Hervé,
Mesdames et Messieurs,

La Francophonie vient de franchir une étape importante de son évolution. Nous avions reçu à Ouagadougou un mandat de nos chefs d’État et de gouvernement, assorti d’orientations claires, pour parachever notre réforme institutionnelle, renforcer et moderniser notre Organisation. Ce travail a été fait. Nous disposons depuis la fin 2005 d’une nouvelle Charte. Avec le Cadre stratégique décennal, nos axes de travail sont clairement établis. Nous avons assaini notre gestion en donnant une priorité absolue aux résultats et à la transparence. De nouveaux directeurs ont été nommés, des femmes et des hommes de grand talent et très motivés qui ont reçu la mission d’ouvrir l’OIF vers l’extérieur, d’impulser denouvelles méthodes de travail, de rendre plus performantes et plus novatrices nos capacités d’action.

Pour mieux faire rayonner notre langue, promouvoir la diversité culturelle et linguistique, agir en faveur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme, oeuvrer utilement dans le domaine de l’éducation, il nous fallait impérativement tourner cette page, être mieux en phase avec les évolutions politiques, économiques, culturelles et technologiques d’un monde qui bouge, et qui bouge beaucoup et très vite.

Dans mon esprit, cette réforme de l’OIF, que j’ai voulue claire et rapide doit aider nos opérateurs et nos partenaires à avancer dans la même direction.
La force de notre Communauté, et son histoire le démontre bien, c’est bien sûr la noblesse de ses ambitions, la valeur des idées qu’elle défend, mais aussi l’ardeur de l’engagement de ses forces vives, de ses acteurs non-institutionnels, de ses militants. Cette dynamique de rénovation, de modernisation, de clarification, de transparence que nous avons entreprise à l’OIF ne vaut que si elle est contagieuse !

Le travail que nous avons accompli ces derniers mois avec les OING est exemplaire à cet égard. Il nous permet des avancées prometteuses. Il nous engage nous-mêmes à nous mobiliser beaucoup plus fortement pour travailler avec les représentants de la société civile, pour prendre en compte leurs initiatives et les valoriser. Un débat sur ces évolutions, une réflexion sur l’avenir et l’actualité de nos engagements francophones, sur la transparence de nos modes de fonctionnement, sur l’utilité concrète de nos actions, sur leur capacité mobilisatrice et leur visibilité a été engagée par beaucoup de nos partenaires. Je m’en réjouis et je les encourage en permanence. C’est cette démarche qui renforcera nos échanges et nos partenariats.

Vous l’avez compris, c’est un appel que je vous lance. Ce débat vous devez vous en emparer dans vos sections, y associer vos jeunes confrères, et pourquoi pas vos lecteurs ? Vos médias sont un moteur de la Francophonie, pour la langue, pour le débat d’idées, pour les valeurs, pour nos visions du monde. Vous devez agir pour en renforcer la place et la crédibilité dans le paysage médiatique mondial qui présente aujourd’hui un rapport de force qui ne nous est pas favorable. L’UPF, si elle se rénove, peut être à cet égard un outil important d’échange, de partage, de solidarité. Je serais très attentif à ce que vous entreprendrez, je resterai à votre écoute pour avancer dans cette direction.
Vous m’avez fait parvenir récemment un document riche et très intéressant sur " le renforcement de la protection des journalistes et la liberté d’expression dans les conflits armés" réalisé par l’Association Campagne pour un emblème de presse et activement soutenue par de nombreuses organisations dont la vôtre. J’apporte mon soutien à cette initiative qui se situe bien dans le prolongement de la Résolution sur le sujet adoptée par le Sommet de Ouagadougou. J’appuie votre idée d’ouvrir le débat avec le nouveau Conseil des droits de l’Homme à Genève et vous pouvez compter sur notre Représentation permanente pour vous aider. Je vous encourage à poursuivre ce travail et à amplifier encore la mobilisation des organisations des droits de l’Homme et des opinions publiques.

J’ai systématiquement condamné au nom de la Francophonie les enlèvements, les meurtres, les agressions inacceptables contre les journalistes, dans nos pays bien sûr, mais également ailleurs dans le monde. Du Liban à Haïti, du continent africain au Proche-Orient et à l’Asie, nous devons tout mettre en oeuvre pour réduire les risques contre ces actes odieux dont les journalistes sont trop souvent victimes… et qui viennent s’ajouter à la répression parfois brutale qui s’exerce encore, je le dis avec tristesse mais sans résignation, dans beaucoup de pays francophones.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

La présence des chefs d’État et de gouvernement francophones à Bucarest est un événement important pour la Roumanie qui le mérite bien, mais également pour tous les francophones et les francophiles d’Europe centrale et orientale. Je suis vraiment heureux de voir, à travers cet événement, l’intérêt renaissant des médias roumains pour la Francophonie. Depuis les États généraux de la Francophonie organisés le 20 mars dernier à l’initiative du secrétaire d’État Cristian Preda et de l’ambassadeur de France Hervé Bolot, et auxquels ils ont activement participé, les journalistes roumains redécouvrent, après une longue période de censure, de propagande, de désinformation, la richesse de l’engagement historique de leur grand pays francophile et francophone, de cette période pendant laquelle la presse francophone était ici florissante. Je ne suis pas nostalgique. Je veux rester optimiste. La liberté revient, l’entrée dans l’Union Européenne ouvre de formidables perspectives, la Francophonie se rajeunit et se reconstruit ici et jouera son rôle de vecteur d’ouverture et de solidarité. Ce Sommet de Bucarest sera, j’en suis certain, le point de départ d’une nouvelle aventure pour les médias francophones de Roumanie.

Abdou DIOUF
secrétaire général de l'OIF
Bucarest, 24 septembre 2006