Si la radio est un média gratuit,
la radio a, comme tout autre média une économie.
C'est cette économie qui conditionne tout à
la fois sa liberté éditoriale et ses moyens
de diffusion (de plus en plus contraints par les normes et
les technologies).
Un modèle francophone de média
citoyen ?
Comme les radios communautaires d'Afrique ou
du Canada, les 600 radios associatives françaises se
définissent comme un média du lien social,
un média citoyen (en référence à
la formule de Philippe Labarde, alors qu'il était chargé
de la Commission "radio" du CSA, sous la présidence
de M. Hervé Bourges).
Nées à la légalité
en 1981 grâce à François Mitterand, elles
ont fait le choix de vivre sans ou avec un minimum de publicité.
Elles remplissent des missions de "communication
sociale de proximité" en adéquation avec
leur mode de diffusion FM (sur rayon de 40 km environ).
Elles reposent sur un statut associatif à
but non lucratif et sur des équipes mixtes : des intervenant
à l'antenne généralement bénévoles,
encadrés par des professionnels salariés journalistes
et techniciens.
Les journalistes n'y ont pas l'exclusivité
du traitement de l'information (information essentiellement
locale), ils sont soutenus sur des formats "magazine"
par des bénévoles aguerris et appréciés.
A la différence du Canada et de l'Afrique,
les radios associatives françaises bénéficient
depuis leur création d'un Fonds de soutien qui repose
sur un principe de péréquation et de compensation.
Les régies publicitaires des médias commerciaux
payent une taxe qui leur est redistribuée sous forme
d'aides publiques.
Ce fonds est aujourd'hui de l'ordre de 25 M
d'euros et représente 40% de l'économie de ces
radios. (Il est aujourd'hui menacé)
C'est depuis la Loi Trautmann que leurs missions
sont définies avec précision et qu'une aide
quinquennale est prévue pour leur permettre de moderniser
leurs équipements.
C'est cette aide qui a permis l'accès
aux nouvelles technologies numériques au service de
leur cahier des charges et de la gestion de leur antenne.
Une distorsion éditoriale
Le premier effet a été la réorganisation
des régies autour de l'outil informatique.
Est venu ensuite l'affichage sur le Net (streaming,
diffusion simultanée) et la diversification du traitement
des contenus (téléchargement et PODcasting).
Faute de choix des pouvoirs publics, les radios
associatives n'ont pas encore été en mesure
de se positionner sur les modes de diffusion numérique.
Il y a là un risque de marginalisation, voir de disparition.
De l'hyperlocal au global, la radio associative
n'est alors exposée à une distorsion éditoriale
qu'en apparence. La radio associative est en effet en France
le média des communautés, le vecteur de diffusion
et de découverte des musiques du monde, celui des ONG
(Amnesty et autres), etc...
C'est à ce titre qu'elles ont été
à l'initiative d'une action de coopération décentralisée
sous forme de "jumelages" avec des radios de l'Afrique
de l'ouest avec le soutien du ministère des Affaires
étrangères autour d'un objectif partagé
de développement des médias indépendants.
(une dizaine de radios ont été impliquées
de part et d'autre au Sénégal, Mali, Burkina
Faso, Togo)
Après une formation initiale (assurée
par Thetys) ces jumelages ont consisté en des échanges
directs de savoir faire entre des radios du Nord, bien dotées
mais marginalisées par les médias audiovisuels,
et les radios du Sud, aux très faibles moyens mais
médias de masse par excellence.
La connaissance et la maîtrise des nouvelles
technologies ont été un temps fort de ces échanges.
Elles en sont le vecteur (outils codec pour assurer des duplex
Sud/Nord réguliers, etc..) malgré le désengagement
du ministère des Affaires étrangères.
Cousinage en francophonie
C'est ce cousinage en radiophonie, et en Afrique,
qui nous a permis de rencontrer, sur le terrain, nos confrères
de l'Alliance de Radios Communautaires - ARC du Canada (qui
développaient eux des "parrainages" Nord
Sud) et avec qui nous venons de signer, à l'été,
un accord de coopération internationale.
Basé sur des échanges de bonnes
pratiques, cet accord utilise les nouvelles technologies pour
dynamiser nos actions (modules de téléformation
partagés).
Il traduit une volonté commune de développement
des médias indépendants dans les valeurs éthiques
de la francophonie sur nos continents comme en Afrique où
nous espérons nous retrouver ensemble bientôt.