Union de la Presse Francophone
 
La francophonie

38e assises Roumanie
37e assises Togo
36e assises Burkina
35e assises Gabon
34e assises Suisse
33e assises Liban
32e assises Paris
Histoire de l'UPF

Retour pagé précédente
Menu pricipal
Francophonie
La gazette
Pressothèque
Agence d'info UPF
Langue française

39e Assises de la presse francophone

Médias, démocratie et paix

Côte d'Ivoire
Dimanche 2 - samedi 8 décembre 2007

Abidjan, lundi 3 décembre 2007
Discours
d'Hervé BOURGES

président de l'Union internationale de la presse francophone

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Conseil économique et social
Monsieur le Représentant personnel du Secrétaire général de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Ministre de la Culture et de la Francophonie,
Monsieur le Ministre de la Communication,
Monsieur le Président du Conseil national de la Communication Audiovisuelle,
Messieurs les Représentants du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs, chers consoeurs et confrères,

Je tiens à vous dire d'abord, Monsieur le Président de la République, combien notre Union et l'ensemble de ses membres sont sensibles à l'honneur que vous nous faites en participant personnellement à nos travaux et en marquant aussi fortement l'attention que vous leur portez.

Je tiens également à remercier particulièrement M. Ousmane Paye, conseiller spécial de Son Excellence Monsieur Abdou Diouf, que le secrétaire général de la Francophonie a chargé de le représenter ici.

La tenue de nos 39èmes assises en Côte d'Ivoire est un événement hautement symbolique, et je voudrais souligner les liens profonds et anciens que notre Union entretient avec ce pays. Le meilleur exemple en est la présence parmi nous d'un de mes prédécesseurs, M. Laurent Dona-Fologo, ancien président international de l'UPF, aujourd'hui Président du Conseil économique et social de Côte d'Ivoire, que je salue fraternellement. Je veux également évoquer la figure d'un autre de mes prédécesseurs, Auguste Miremont. Et c'est avec une joie toute particulière que je cite également celui qui me succèdera dans quelques jours dans cette fonction, M. Alfred Dan Moussa, actuel président de notre section ivoirienne et vice-président international.

Comme vous le savez, lorsque j'ai été réélu en septembre 2006 pour deux ans par nos 38èmes assises à Bucarest, en Roumanie, j'ai annoncé que je souhaitais quitter la Présidence de notre Union à la fin de cette année, après avoir préparé dans les meilleures conditions ma succession. Notre ami et confrère Alfred Dan Moussa me succèdera donc naturellement pour la fin de mon mandat.

Qu'il me soit permis d'exprimer une nouvelle fois notre reconnaissance au Président Laurent Gbagbo et au Premier ministre Guillaume Soro pour l'aide qu'ils nous ont apportée dans la préparation et l'organisation de ce rassemblement en Côte d'Ivoire.

Un paysage médiatique en mutation

En ouverture de ces 39èmes assises, je veux rappeler le sens de nos travaux et les inscrire dans la continuité de l'action que nous avons, tous ensemble, menée, pour faire de nos réunions des moments forts de réflexion et d'engagement professionnel. Le journalisme est à la fois un métier et une vocation. Le rôle des journalistes, dans le monde entier, est indissociable de certaines valeurs fondamentales que nous avons la responsabilité de servir et de consolider, à commencer par les valeurs fondamentales que sont la liberté d'expression, le droit à l'information, la vitalité démocratique, la consolidation de la diversité culturelle et du pluralisme.

Ce rôle essentiel des journalistes est aujourd'hui confronté à des mutations technologiques et géopolitiques sans précédent. Il est de plus en plus difficile à assumer, parce que la mondialisation des communications brouille les frontières et gomme nos repères traditionnels, suscitant en réaction des réflexes communautaires et des crispations identitaires…

Le métier de journaliste lui-même est confronté à des évolutions spectaculaires : apparition de nouveaux médias, transformation des modèles de constitution de l'information, redistribution des cartes entre agences de presse, portails Internet, "blogs", sites personnels. Alors que l'écrit se marie de plus en plus au son et à l'image pour constituer un environnement multimédia proliférant, la presse écrite est en crise, partout dans le monde, et les équilibres économiques qui s'étaient progressivement établis entre audiovisuel, radios, journaux imprimés, sont fondamentalement ébranlés.

Sept ans de réflexion et d'action au service du journalisme francophone

C'est dans ce contexte que, nous avons essayé de donner un sens et une utilité pratique à chacune de nos réunions : le programme de travail que nous nous étions fixé comprenait plusieurs étapes, que je tiens à rappeler.

Première étape : le renforcement des principes fondamentaux qui donnent à notre métier sa colonne vertébrale, avec d'abord l'importance de la formation des journalistes et en son cœur une réflexion renouvelée sur la responsabilité qui leur est propre. Le journalisme est un exercice permanent de déontologie, il doit se situer à égale distance des pressions politiques et des pressions économiques, il doit maintenir son indépendance malgré les contraintes qui pèsent sur lui. Je ne reviendrai pas sur les conclusions des assises que nous avons réunies sur ce thème. Elles avaient conclu à la responsabilité des Etats pour soutenir la formation, à commencer par les écoles de journalisme qui doivent avoir les moyens d'affronter leur mission.

L'enjeu premier de la formation des journalistes

C'est, vous le savez, un thème qui me tient particulièrement à cœur, et je sais que nous sommes nombreux à nous y impliquer personnellement : ce n'est pas Jérôme Diegou Bailly qui me contredira, lui qui est un ancien élève de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille, et aujourd'hui président du Conseil national de la communication audiovisuelle ici même à Abidjan.

Cette grande aventure de la formation au journalisme, je m'y consacre depuis quarante ans, en particulier sur le continent africain ! J'y ai contribué en Algérie, dans les années 1963-1967, quand j'ai fait venir à Alger, pour participer à la formation accélérée de la première génération de journalistes algériens, des personnalités éminentes de la presse francophone, depuis le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry jusqu'à Jean Marin, président de l'AFP, en passant par Béchir Ben Yahmed, fondateur du groupe Jeune Afrique

J'y ai surtout contribué à partir des années 1970, en créant l'Ecole internationale de journalisme de Yaoundé, aujourd'hui Ecole supérieure des sciences et techniques de l'information et de la communication, et en aidant au fonctionnement du Centre d'enseignement des sciences et techniques de l'information de Dakar, le CESTI. Ce furent pour moi des années extrêmement fructueuses, et je continue aujourd'hui encore cette bataille de la formation au journalisme, à partir de l'ESJ de Lille, qui noue des partenariats dans l'ensemble du monde francophone pour consolider le fameux réseau Théophraste entre toutes les institutions qui partagent cette mission d'enseignement.

Notre combat pour la protection des journalistes

Au-delà de la formation, de la déontologie et de la responsabilité des journalistes, notre Union s'est engagée avec force, au cours des dernières années, au service de la protection des journalistes, en particulier dans le monde francophone. Année après année, nous constatons en effet que les conditions d'exercice de notre profession se dégradent : des centaines de journalistes sont morts, en particulier dans les régions où ils doivent couvrir des conflits armés, qu'il s'agisse de guerres extérieures ou de guerres civiles.

C'est pourquoi lors de nos 36èmes assises, organisées à Ouagadougou en novembre 2004, lors du Xe Sommet de la Francophonie, nous avions attiré solennellement l'attention des chefs d'Etat et de gouvernement francophones sur les " atteintes graves à la sécurité et à l'intégrité physique des journalistes " en leur demandant une nouvelle fois de " faire évoluer leurs législations pour mettre fin aux peines d'emprisonnement pour délits de presse ". J'avais à cette occasion spécialement écrit à chacun des chefs d'Etat concernés. Comme vous le savez, nous avons largement obtenu satisfaction sur ce dernier point : rares sont désormais les pays francophones dans lesquels un journaliste peut encore être emprisonné pour " délit de presse ".

Mais il reste beaucoup à faire sur l'autre chantier : la protection des journalistes dans l'exercice de leur métier, contre toutes les tentatives d'intimidation ou contre toutes les violences visant à les bâillonner. Les défenseurs de la liberté d'expression sont souvent au premier rang des victimes lorsqu'on veut masquer la vérité ou faire taire les divergences d'opinion. Les Etats doivent s'engager de manière inflexible pour dissuader ceux qui les agressent, car en protégeant les journalistes, c'est leur propre liberté qu'ils assurent.

Je sais que le Président Laurent Gbagbo, qui est un homme de culture, connaît l'importance de la presse et de la communication dans la constitution des opinions publiques. A l'heure où l'information est mondiale, elle n'est crédible que si elle est libre. Elle ne peut jouer son rôle que si elle est diverse, plurielle, ouverte.

Au terme de ce programme de travail qui s'est déroulé sur plusieurs années et qui a été jalonné par des prises de conscience salutaires, nous allons donc nous attacher à la mise en pratique de tout ce que nous avons mis en évidence jusque là : comment les médias, au cœur des conflits de notre époque, peuvent jouer un rôle pacificateur. Comment ils peuvent éviter d'être des ferments de crise et de déchirement, et prendre toute leur part dans un processus de paix.

" Médias, journalisme, conflits et processus de paix "

Nous sommes tous heureux de pouvoir organiser cette réflexion essentielle sur le sol ivoirien, et de pouvoir le faire aujourd'hui à Abidjan, demain à Bouaké, après-demain à Yamoussoukro… En quelques mois, votre beau pays, Monsieur le Président, a montré au monde qu'il était capable de surmonter ses déchirements et ses divisions, pour se rebâtir un avenir véritablement démocratique.

Nous savons tous combien la démocratie est fragile, et combien la tentation de la violence est toujours présente, dans les pays qui paraissent les plus stables et les plus solides. L'équilibre est toujours délicat à maintenir entre les communautés. Plusieurs pays européens ont vu récemment leur unité se défaire, parfois dans le sang, comme dans l'ex-Yougoslavie, où les plaies restent vives, parfois au terme d'un processus démocratique, comme dans l'ex-Tchécoslovaquie… Et Bruxelles, capitale de l'Union européenne, vit en ce moment même une période de profonde incertitude, qui pourrait se traduire par une partition du Royaume de Belgique, entre flamands et wallons… L'histoire des hommes est une longue succession de déchirements, entre lesquels les époques d'équilibre apparaissent comme des parenthèses de bonheur et de prospérité pour les peuples ! C'est souvent a posteriori que l'historien pose sur ces évolutions une logique que le recul seul permet de saisir. Les acteurs des bouleversements ignorent souvent où leurs actions les entraînent.

L'un des exemples les plus douloureux de la fin du vingtième siècle a été la décennie de terrorisme qu'a traversée l'Algérie, et dont elle est finalement sortie victorieuse. Les journalistes, précisément, ainsi que les intellectuels, ont été les premières cibles de la violence terroriste : plus de 200 de nos confrères sont morts, parce qu'ils ne renonçaient pas à informer leurs concitoyens. Leur courage mérite d'être cité en exemple, car ils n'ont renoncé à aucun moment à accomplir leur mission, de manière pluraliste, permettant ainsi à leur pays de garder la tête froide sous l'assaut des islamistes fanatiques.

Nous aurons l'occasion, au cours de nos débats, d'étudier plus précisément un grand nombre de situations, toutes différentes, où les médias ont porté une part de responsabilité dans les évolutions politiques et les troubles civils. Nous avons tous en tête les exemples les plus tragiques, comme celui de la trop fameuse radio "Mille Collines" au Rwanda, qui appelait au génocide, et qui amplifia probablement la crise de folie meurtrière qui ravagea ce pays. Mais j'ai aussi personnellement constaté en République démocratique du Congo le rôle bénéfique de Radio Okapi créée par les Nations Unies qui, par une information impartiale suscite le dialogue et contribue à la paix civile.

Il existe des remparts contre les dérives médiatiques. Nous avons souvent développé ensemble le thème de la régulation et de l'autorégulation. Les Etats gagnent à se doter d'organes de régulation indépendants capables de faire prévaloir quelques principes afin d'éviter les dérives radicales. La liberté de la presse ne se comprend pas sans la responsabilité de ceux qui l'exercent, et il est essentiel que les médias puissent être rappelés à cette responsabilité.

Le combat pour la tolérance et le respect mutuel

L'indépendance du journaliste n'autorise ni la diffamation, ni la désinformation, ni la manipulation, ni l'appel à la violence. Toute société doit se défendre contre les excès d'une communication qui oublierait ces principes. J'ai eu l'occasion, il y a quelques mois, en République Démocratique du Congo, d'accompagner un processus électoral complexe qui a permis à ce grand pays de renouer avec un fonctionnement démocratique normal, après des années de division et d'affrontements, qui le soumettaient à des forces centrifuges et lui faisaient courir le risque de l'explosion ou du démembrement.

Les médias ont leur rôle pour conforter au contraire la cohésion des nations, et la reconnaissance mutuelle et pacifique des différences qui peuvent exister en leur sein. Il ne s'agit pas de nier les oppositions, mais de donner un cadre équilibré et pacifique à leur dialogue, voire à leur confrontation. Le pluralisme existe dans toutes les sociétés, les journalistes doivent donc l'exprimer. Dans un cadre normalement régulé, l'expression du pluralisme est la meilleure garantie contre le recours à la violence. Mais il faut toujours se garder des dérives qui conduisent à la haine et au rejet d'autrui.

C'est aussi la responsabilité première qui revient aujourd'hui aux journalistes ivoiriens. Ce sont les Ivoiriens eux-mêmes qui doivent administrer la preuve que le dépassement de la violence est possible, dans la pratique quotidienne de la démocratie.

De toutes les définitions de la démocratie, la meilleure est sans doute celle qui dit qu'elle est " la constitution civile qui permet de résoudre les conflits sociaux et communautaires sans recours à la violence ". L'expression de l'opinion publique permet de dégager l'intérêt général au-delà de la somme des intérêts particuliers. A un moment donné, le consensus se fait, parce que la communauté humaine que forme une nation a plus à gagner si elle se projette collectivement et pacifiquement dans l'avenir que si elle se déchire et se désorganise.

Ni angélisme ni excès d'orgueil

Mais je ne voudrais pas que nos travaux se laissent emporter par l'angélisme. Ce n'est pas en bêlant le beau mot de paix qu'on l'établit dans les esprit et les cœurs. A l'aube de la Deuxième Guerre mondiale la "paix de Munich" n'a pu s'opposer à la montée du nazisme.

La vérité est que les journalistes ne sont pas les architectes de la paix sociale ou de la guerre civile : ils peuvent prendre leur part à cette construction, mais ils ne sont pas seuls. Le courage politique des dirigeants compte pour beaucoup, la responsabilité de chaque citoyen et de chaque homme public est engagée.

Je suis très sensible par exemple à l'action engagée dans ce domaine par un grand nombre de sportifs, parce que les valeurs du sport rejoignent les valeurs de respect mutuel et de tolérance qui fondent la démocratie. Je remercie notamment mon ami Basile Boli de sa participation à notre troisième table-ronde, ainsi que M. Pascal Akouala, responsable du programme olympique africain pour la Paix par le Sport. Les valeurs de l'Olympisme sont synonymes de confrontation fraternelle et pacifique. Les cités de l'Ancienne Grèce mettaient fin à leurs conflits pendant les jeux Olympiques, parce qu'elles se retrouvaient dans cette émulation loyale. Nous avons tous à apprendre de ce message de paix délivré par des sportifs qui n'hésitent pas à s'engager dans l'arène civile pour faire prévaloir ces valeurs qu'ils partagent. Et désigné par le Président Abdou Diouf comme "Grand témoin de la francophonie" aux jeux Olympiques d'Athènes en 2004 j'ai pu constater que l'esprit olympique transcendait les individus.

Pourtant un autre facteur essentiel entre en jeu, qu'il ne faut pas oublier, au-delà des forces en présence et de la bonne volonté des acteurs : c'est le hasard.

La paix est parfois à la merci d'un coup de main brutal qui peut suffire à déstabiliser un lent processus de détente… On a vu récemment dans la banlieue parisienne comment un accident mortel de la circulation pouvait cristalliser des émeutes ! Nous ne serions probablement pas là en ce moment si le Premier ministre Guillaume Soro avait succombé, il y a quelques semaines, lors de l'attaque dont il fut la cible à son atterrissage à Bouaké ! Qui sait quels accès de violence cet attentat réussi aurait pu déchaîner ?

La tâche des journalistes est donc aussi de résister parfois à l'événement, et de donner une cohérence et un recul aux soubresauts de l'actualité. La manière dont la Côte d'Ivoire, par elle-même, fait aujourd'hui la preuve de sa maturité politique et de sa capacité à reconstituer son unité doit aussi nous amener à nous interroger sur l'engagement qui doit être celui des médias pour soutenir la paix.

Le sens des événements ne naît pas tout seul. Tout " fait ", disait Roland Barthes, est déjà une " interprétation ". Car un " fait " rapporté ne peut pas être isolé de ce qui l'introduit et de ce qui le suit. La manière dont on parle de ce qui vient de se produire peut changer du tout au tout la perception qu'on en donne.

Notre responsabilité de journaliste est de replacer chaque fait dans une juste succession de causes et de conséquences, sans privilégier les causes immédiates et en prévoyant les conséquences possibles de ce que nous décrivons. Un même événement peut déclencher une haine vengeresse ou une condamnation unanime, selon la manière dont il est présenté. Il faut faire preuve de discernement, donc de distance et de mesure.

J'ai évoqué en commençant cette introduction les mutations médiatiques en cours : il est possible aujourd'hui d'en tirer le meilleur parti pour donner plus de profondeur à l'événement, et donc mieux le saisir. Cela impose d'échapper à la dictature de l'instant, de renoncer à la brièveté des formulations à l'emporte-pièce, d'échapper à l'accélération des nouvelles, amplifiée par les phénomènes de reprise et de réitération, de savoir s'arrêter pour considérer les évolutions dans leur durée. Considérer la maturation plutôt que le surgissement des faits, observer le bourgeonnement plutôt que la floraison rapide. Apprendre à se rendre maître du temps, pour lire les changements structurels, et non se laisser entraîner par lui dans une succession d'instantanés incohérents.

Considérer l'Afrique sans préjugés…

En conclusion, je voudrais essayer d'appliquer cette lecture à l'évolution de l'Afrique au cours de la dernière décennie : elle conduit à dire que les pays en paix y sont bien plus nombreux que les pays en guerre, que les évolutions démocratiques y sont lentes, mais sensibles, que les progrès de l'éducation et de la santé y sont perceptibles, que la croissance économique y est structurellement plus soutenue que dans le reste du monde, parce que l'Afrique maîtrise mieux la valorisation de ses richesses, pour les mettre au service de son propre développement. Dit-on suffisamment que le total des capitaux africains investis ailleurs dans le monde dépasse de très loin le total de la dette cumulée de tous les pays d'Afrique, et ceci malgré le scandale que constitue cette dette perpétuée par ses propres intérêts ?

La responsabilité des journalistes occidentaux et africains coïncide aujourd'hui sur un point : nous avons le devoir de reconsidérer les évolutions économiques, sociales, culturelles, des différents pays africains avec plus d'objectivité, en abandonnant les certitudes trop faciles que véhiculent des médias occidentaux souvent condescendants. L'Afrique vit actuellement un tournant, que quelques conflits à la fois tragiques et très médiatiques masquent encore aux yeux du monde. Le chemin du développement est long, mais l'accélération est réelle : l'essor des téléphones portables l'a révélé, les pays africains peuvent franchir les étapes technologiques à pas de géant.

Pour découvrir qu'elle change de visage !

Le développement de la communication, des médias et des réseaux, à commencer par Internet, constitue la prochaine mutation décisive. Elle a des conséquences en termes de développement rapide des opinons publiques et d'aspirations démocratiques, sociales et économiques renouvelées. Les journalistes sont au centre de ces processus historiques majeurs. A nous de prouver que nous en sommes collectivement et individuellement conscients. L'Afrique tourne la page sur son passé, il faut aussi, pour bien comprendre et accompagner ce qui se produit aujourd'hui, l'aborder avec un esprit vierge, attentif, rationnel, débarrassé de tout préjugé.

Ce n'est décidément pas par hasard que nos 39èmes assises se tiennent à Yamoussoukro : les évolutions que connaît la Côte d'Ivoire sont révélatrices du grand frémissement qui traverse aujourd'hui toute l'Afrique, et elles nous obligent, nous journalistes, à en rendre compte de manière impartiale pour ne pas trahir la réalité africaine. Il n'y a plus place pour l'afro-pessimisme. L'Afrique n'est plus le continent de tous les désespoirs ou de toutes les promesses, c'est un continent qui réalise et qui se réalise. J'espère que notre présence ici nous permettra de prendre conscience de cette nouvelle réalité et de la faire connaître partout dans notre monde bouleversé !

Hervé BOURGES
président international de l'UPF
Abidjan, 3 décembre 2007