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Yamoussoukro,
jeudi 6 décembre 2007
Texte lu par
Hamèye CISSÉ
président
de la section malienne
de l'UPF
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RÉCEPTION DU PRIX DE LA LIBRE EXPRESSION
attribué aux journalistes
emprisonnés au Mali en juin 2007
Monsieur le Ministre de la Communication
Monsieur le Président International de l'UPF,
Monsieur le Vice Président International
Monsieur la Secrétaire Général International
Mesdames Messieurs les membres du bureau et du Comité
International
Chers consoeurs chers confrères de notre auguste organisation
largement quinquagénaire ;
Permettez moi de m'adresser humblement à
vous au nom de mes cinq confrères. Nous sommes
très émus et très fiers de l'honneur
que vous nous faites.
En effet c'est un grand honneur que l'UPF fait
à la presse malienne, à son peuple, au Mali
tout court. Le Mali que nous aimons tant, le Mali que vous
aimez tant. Le Mali que nous plaignons tous face au recul
et à la dérive caractérisés par
notre arbitraire arrestation dans l'exercice de notre noble
métier d'information.
Monsieur le Président International de
l'UPF,
Monsieur le Vice Président International
Monsieur le Secrétaire Général International
Mesdames Messieurs les membres du bureau et du Comité
International
Chers consoeurs et confrères ;
Nous ne saurons mieux dire que la lettre
commune RSF/UPF, appuyée par les coups de fils
du président international de l'UPF, adressée
à " Monsieur Amadou Toumani TOURÉ Président
de la République- Palais de Koulouba- Bamako- Mali.
" Monsieur le Président de la République
" Reporters sans frontières et l'Union
internationale de la presse francophone (UPF) attirent votre
attention sur les conséquences néfastes pour
le Mali de l'incarcération récente de cinq journalistes
et d'un enseignant, accusés d' " offense au chef
de l'État ".
" Nos deux organisations ont eu l'occasion
de saluer les accomplissements positifs du Mali depuis plusieurs
années en termes de liberté de la presse. Votre
pays était même devenu, pour beaucoup de journalistes
africains, un modèle de transition réussie et
un exemple de relations pacifiées entre les autorités
et les journalistes.
" Or, l'incarcération, les 14 et
20 juin 2007, de Seydina Oumar Diarra, journaliste d'Info-Matin,
Bassirou Kassim Minta, professeur de lettres et censeur du
lycée Nanaïssa Santara, Sambi Touré, directeur
de publication d'Info-Matin, Ibrahima Fall, directeur
du Républicain, Alexis Kalambry, directeur des
Échos et Haméye Cissé, directeur
du Scorpion et président de la section Mali
de l'UPF, nous semble particulièrement inquiétante,
dans ce contexte.
" Le procureur de la République,
Sombé Théra, s'est autosaisi d'une plainte à
leur encontre pour "offense au chef de l'État"
après la publication d'un article intitulé "Lycée
Nanaïssa Santara : la maîtresse du président
de la République !". Le texte, paru le ler juin
dans Info-Matin puis repris dans quatre journaux, reprenait
et commentait un sujet de dissertation au ton satirique donné
par l'enseignant à ses élèves de 10e
Lettres, dans lequel une "étudiante, prostituée
économique" tombait enceinte d'un chef d'État
et se battait pour la reconnaissance de son enfant. Les cinq
hommes doivent comparaître le 26 juin devant le tribunal
correctionnel de première instance de Bamako 3.
" D'une part, il nous semble que l'une
des vertus d'une démocratie est précisément
que les citoyens disposent de la liberté d'être
critiques, voire irrévérencieux envers une personnalité
publique, fût-elle le chef de l'État. D'autre
part, nos deux organisations ne comprennent pas que des
mandats de dépôt aient été demandés
pour des journalistes, en contradiction avec tous les
standards démocratiques prônés par l'ONU
et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF),
et avec les principes élémentaires du droit,
selon lesquels la sanction doit être proportionnée
au délit et que tout accusé est présumé
innocent tant qu'il n'est pas déclaré coupable.
De plus, dans le cas d'espèce, nous estimons que l'incarcération
n'est pas une réponse adaptée et juste à
l'éventuel délit de presse qui pourrait avoir
été commis. Enfin, nous vous rappelons que le
placement en détention de nos confrères préjuge
du verdict de la justice, en sanctionnant les prévenus
d'une peine privative de liberté avant même qu'ils
aient été jugés.
Sur un plan politique, il nous semble que cette
affaire ternit l'image du Mali et endommage gravement les
indispensables relations de confiance entre la presse et votre
gouvernement. Loin de maintenir l'ordre public, elle le trouble
au contraire, en mettant les autorités dans la situation
où elles doivent assumer le fait d'avoir fait incarcérer
cinq professionnels de l'information et un enseignant pour
un crime de lèse-majesté.
" Reporters sans frontières et l'UPF
vous demandent par conséquent de faire tout ce qui
est en votre pouvoir pour que les poursuites soient abandonnées
ou, à défaut, qu'au moins les cinq journalistes
et l'enseignant bénéficient d'une mise en liberté
provisoire et comparaissent libres à leur procès.
" En espérant que vous donnerez
une suite favorable à notre requête, je vous
prie d'agréer, Monsieur le Président de la République,
l'expression de notre très haute considération.
"
Ont signé :
Robert Ménard, secrétaire général
Reporters sans frontières.
Georges Gros, secrétaire général
international, Union internationale de la presse francophone.
Chers confrères non seulement votre appel
n'a pas été entendu parce que nous sommes restés
en prison jusqu'à notre mascarade de jugement, mais
mieux ou pis (c'est selon), vous avez bien dit et vu juste
en affirmant "
nous vous rappelons que le placement
en détention de nos confrères préjuge
du verdict de la justice, en sanctionnant les prévenus
d'une peine privative de liberté avant même qu'ils
aient été jugés ". C'est exactement
ce qui s'est passé et nous sommes encore sous le
coup de condamnation ferme de 13 jours contre Seydina Oumar
DIARRA (équivalents à son temps de détention),
2 mois de prison contre l'enseignant Bassirou Minta et une
interdiction d'exercer la profession, 8 mois avec sursis et
400 000 F CFA d'amende pour Sambi TOURE, 4 mois avec sursis
et 200 000 F CFA d'amende pour Birama FALL, la même
peine pour Alexis KALAMBRY et Mahamane Hamèye CISSE.
Une première au Mali depuis 1960, date
de notre accession à la souveraineté nationale.
Le collectif de nos avocats, en accord avec nous, a immédiatement
interjeté appel et nous attendons depuis bientôt
6 mois pour notre procès en appel.
C'est vous dire chers confrères que l'épée
de Damoclès reste suspendue au-dessus de nos têtes
pour nous intimider ou nous amener à la boucler (passez-moi
l'expression). Mais rassurez-vous chers confrères nous
tenons bon et nous nous acquittons, à votre satisfaction,
j'en suis sûr, de notre sacerdoce.
Chers consoeurs et confrères, c'est enfin
le lieu de remercier l'AMJ (Association Mondiale des
journaux) et le forum des éditeurs de presse
tout comme le FORMAO (Forum des responsables des médias
de l'Afrique de l'Ouest), le CPJ (Comité de
protection des journalistes), le collectif de nos avocats,
les confrères et les démocrates maliens
qui n'ont ménagé aucun effort pour nous soutenir
et demeurer à nos côtés dans l'épreuve.
Nous ne saurons terminer sans avoir une pensée
émue et solidaire pour Moussa KAKA du Niger et son
confrère et vous remercier, tous et chacun, en
vos qualités et représentations. Vos soutiens
ont été un réconfort moral et un rempart
contre l'arbitraire.
Le combat continue car rien n'est définitivement
acquis en la matière.
Ont signé :
Mahamane Hamèye Cissé
Sambi Touté
Alexis Kalambry
Birama Fall
Seydina Oumar Diarra
lu à Yamoussoukro, Côte d'Ivoire,
jeudi 6 décembre 2007