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Abidjan,
lundi 3 décembre 2007
Message d'Abdou DIOUF
secrétaire général de la Francophonie
lu
par Ousmane PAYE
conseiller spécial
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Excellence Monsieur le Président de la
République
Mesdames et Messieurs;
Permettez-moi, à l'entame de mon propos,
de dire combien le Président Abdou Diouf regrette de
ne pouvoir être dans cette salle pour célébrer
aux côtés de son ami et frère, le Président
Laurent Gbagbo, les présentes assises de l'Union internationale
de la presse francophone, il m'a également demandé
de lui exprimer toute la gratitude des États et gouvernements
membres de l'Organisation internationale de la Francophonie,
d'avoir accepté d'accueillir la presse francophone
en Côte d'Ivoire.
Pour la cérémonie d'ouverture
des 39èmes assises de la doyenne des associations francophones,
l'UPF, il m'a demandé de vous délivrer le message
suivant :
Je voudrais, devant la presse francophone réunie
en cette occasion, souligner l'excellence de la coopération
entre l'OIF et la Côte d'Ivoire; coopération
exemplaire que nous devons à une volonté politique
clairement exprimée, mais également à
la constante sollicitude du Président de la République,
Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo et de son gouvernement.
Aussi, le fait que les journalistes francophones
puissent se réunir ici à Abidjan ne surprend
personne, mais constitue en soi un signal fort de l'excellence
de cette coopération et un indice qui rassure.
La crise politique survenue dans ce pays avait
jeté la consternation dans la famille francophone.
Le temps d'abord, mais aussi la volonté et la détermination
des hommes ont permis de franchir bien des obstacles qui se
dressaient sur le chemin de la réconciliation. Lentement
mais sûrement le pays retrouve sa stabilité.
Quelle formidable expérience pour la Côte d'Ivoire
que de retrouver toute sa place dans le concert des nations
!
Le thème qui nous réunit aujourd'hui
- «Médias, paix et démocratie» -
trouve toute sa pertinence en Côte dIvoire, dans
ce «cur de l'Afrique de l'Ouest», qui fut:
longtemps le concentré de toutes les osmoses réussies
et qui est en train de le redevenir...
Certes, la cohabitation harmonieuse des médias,
de la paix et de la démocratie reste cependant toujours
un objectif difficile à atteindre et cette réalité
n'est pas l'apanage de la Côte dIvoire.
Sans remonter au matin du monde, nous savons
que les médias ont parfois servi la guerre comme ils
ont souvent contribué à restaurer la paix dans
Ies contrées en proie à des troubles politiques.
Pour ma part, j'aimerais partager avec vous
quelques réflexions issues de ma triple expérience
d'homme d'État, d'observateur attentif des médias
depuis près d'un demi-siècle et de secrétaire
général de la Francophonie.
Mon opinion, qui est en fait une conviction
enracinée, est qu'il n'y a pas de paix sans démocratie
et qu'il n'y a pas de démocratie sans journalistes
libres, crédibles et professionnels.
Un journaliste libre, est celui qui peut
exercer son métier en toute sécurité.
Nous constatons pourtant que la violence contre les journalistes
est encore trop souvent présente dans les pays en transition.
Dans certains États, les journalistes
ont l'impression qu'ils ne pourront jamais exercer leur métier
correctement. On ne peut parler de journaliste libre lorsque
sa sécurité n'est plus garantie.
Pour être totalement libre, le journaliste
ne doit pas avoir peur. En mai dernier, à l'occasion
de la journée mondiale de la liberté de la presse,
j'ai insisté, dans une déclaration publique,
sur l'importance de garantir la pleine protection des journalistes
dans l'exercice de leur mission. J'ai aussi exprimé
ma solidarité avec tous les journalistes emprisonnés
arbitrairement dans le monde parce qu'ils ont exercé
leur profession, y compris sur internet. Dans le même
ordre d'idée, je crois que la résolution des
Nations Unies de décembre 2006 concernant la protection
des journalistes en temps de guerre est un geste important,
car elle est le produit d'une remarquable mobilisation de
nombreux États et gouvernements, ainsi que des organisations
militant pour le droit à l'information et à
la liberté d'expression.
En évoquant la liberté de la presse,
la responsabilité de protéger et le refus de
limpunité, ce texte rejoint clairement les engagements
de la Francophonie tels qu'ils sont mentionnés dans
les dispositions de la déclaration de Bamako ainsi
que celle de Saint Boniface en mai 2006.
Un journaliste crédible est un journaliste
qui a l'ambition d'informer et d'écrire juste.
Un journaliste professionnel est celui qui
vit dans son temps et qui ne se trompe ni d'époque
ni de moment. C'est celui qui saisit les grandes problématiques
qui agitent la planète. Il est de la nature de ce journaliste
de transcender les barrières de religion, de race et
d'idéologies politiques. Il est celui qui veille au
caractère sacré des faits.
J'ai dit précédemment qu'il n'y
avait pas de paix sans démocratie et qu'il n'y pas
de démocratie sans médias libres, crédibles
et professionnels !
J'aurai pu ajouter qu'il n'y a pas de paix
sans Droits de l'homme. Les Droits de l'homme, vous le
savez, sont une composante essentielle de la démocratie.
Qu'on la perçoive comme une utopie ou
comme un ensemble de principes rationnels et millimétrés,
la démocratie répond partout aux mêmes
exigences; un État fort et légitime, des médias
libres et professionnels, des organes de régulation
et d'autorégulation stables, chacun jouant sa partition.
Ces trois types d'institutions, pourtant très différentes
doivent cohabiter et non s'ignorer. C'est précisément
le manque de dialogue que l'on ressent plus vivement ces derniers
temps dans certains pays francophones qui peut conduire à
des situations extrêmes. Nous devons favoriser ce dialogue
fécond entre les médias et l'Etat et permettre
aux mécanismes de régulation de jouer pleinement
leur rôle.
Notre Organisation, il y a bien longtemps, a
pris rendez-vous avec les médias. Nous avons soutenu
plus de cent publications francophones à travers le
monde, installé près de soixante-cinq radios
communautaires, formé des centaines de journalistes,
accompagné partout les instances de régulation
et d'autorégulation en temps de paix comme en temps
de guerre. Nous avons apporté notre éclairage
propre, à travers des dizaines de colloques, séminaires
de formation et rencontres sur des questions cruciales touchant
aux différents genres journalistiques. Nous avons,
enfin, numérisé les archives de nombre de télévisions
et publications publiques.
La Francophonie accompagne ainsi donc depuis
de nombreuses années et dans le même élan,
les institutions démocratiques et les médias
sous toutes leurs formes. Dans quelques heures vous entamerez
vos débats, songez toujours aux infinies ressources
qu'offrent les médias pour construire la Paix.
A Bucarest, à l'occasion du XIe Sommet
de la Francophonie, je vous avais dit que la force de notre
Communauté, c'est la noblesse de ses ambitions, la
valeur des idées qu'elle défend, mais aussi
l'ardeur des engagements de ses forces vives, de ses acteurs
non institutionnels, de ses militants. Le travail que nous
menons avec les OING nous permet des avancées prometteuses.
Il nous impose de travailler avec les Représentants
de la Société civile pour prendre en compte
leurs initiatives et les valoriser. Votre association constitue
à cet égard, un partenaire de premier plan.
Je ne saurai terminer mon propos sans saluer
le travail remarquable accompli à la tête de
l'Union internationale de la presse francophone (UPF) par
mon ami Hervé Bourges, dont l'expérience dans
le domaine des médias est sans équivalent. L'UPF,
sous sa présidence et la coordination de son brillant
secrétaire général permanent M. Georges
Gros a atteint une envergure exceptionnelle. Mon ami Hervé
Bourges a décidé de quitter ses fonctions; mais
je le sais habité d'une foi toujours inébranlable
qui le fera réagir, chaque fois qu'il s'agira de défendre
les journalistes. Lui qui s'est tellement habitué à
épouser le rythme du monde, continuera, autrement certes,
à mettre sa vitalité au service de la presse
internationale et de la Francophonie.
Abdou DIOUF
secrétaire général de l'OIF
Je vous remercie de votre attention
Ousmane
PAYE
conseiller special
Abidjan, 3 décembre 2007
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