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Introduction
par
René GNALEGA
directeur
de la Francophonie et de la coopération culturelle
du ministère de la Culture et de la Francophonie
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L'ENGAGEMENT DES MÉDIAS POUR LA
PAIX
Introduction
Avant tout propos, je voudrais présenter
les excuses de M. Augustin KOUADIO KOMOE le ministre de la
Culture et de la Francophonie qui, tenu par les exigences
de sa fonction n'a pu faire le déplacement de Yamoussoukro
pour nous entretenir sur le thème qui nous rassemble
ce matin à savoir " l'engagement des médias
pour la paix. "
Je m'emploierai à faire quelques réflexions
rapides sur le thème choisi en partant surtout de la
Côte d'Ivoire, étant entendu que je suis moi-même
extérieur au métier de journaliste.
Le thème de ce matin est d'importance
et je me rappelle que l'un des intervenants, je crois que
c'est le Président Fologo, en a souligné la
pertinence surtout pour les pays en situation de crise ou
de post-crise.
Un mot retient mon attention dans le triptyque
" engagement / médias / paix " Et c'est le
mot " engagement " celui-ci porte, pour ainsi dire,
à bras le corps la substantifique moelle du thème
à nous soumis.
Tout est dans l'engagement. Car c'est l'engagement
qui est de mon point de vue, le vrai déclic, le détonateur,
l'embrayeur de la paix.
Qu'est alors que l'engagement ?
L'engagement sous-entend, présuppose que l'individu
lié par un contrat, une promesse, une convention ne
peut s'y soustraire de quelque façon. Sur la base,
le substrat de ce contrat, de cette promesse, de cette convention,
l'individu agit conformément, strictement par rapport
aux prescriptions émises. Mais si l'on s'en tient à
la définition précédente, l'individu
ne fait qu'exécuter les recommandations inscrites dans
le document de départ auquel il est lié servilement.
Or il me semble que la notion d'engagement implique le libre
choix de l'individu à s'investir dans le domaine choisi
mais à s'y investir totalement, complètement,
absolument sans obligation extrinsèque, lui-même
ayant compris, intériorisé et accepté
les règles du jeu.
L'engagement du journaliste pour la paix est
de mon point de vue, la résultante ou le résultat
d'une prise de conscience, celle qui a fait comprendre au
journaliste que la paix est un bien précieux, inestimable.
Et qu'en tant que maillon fort de l'État, 4e pouvoir
pour certains puisqu'il m'a semblé hier que tout le
monde n'était pas d'accord à ce sujet, les médias
devraient peser de tout leur poids pour faire de la paix non
pas une réalité évanescente mais réelle
et effective.
Par quoi devrait se traduire l'engagement
des médias pour la paix ? quel peut être l'engagement
des médias pour la paix ?
En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, je
dirai que l'avènement du multipartisme en 1990 a engendré
la naissance de plusieurs journaux. On a même parlé
du printemps de la presse avec la floraison (le thème
est justement en adéquation avec le printemps) de journaux
de toutes les tendances avec les fortunes diverses. Même
si les médias ont été décriés,
ils ont uvré à la formation et à
l'information de la population permettant l'émergence
d'une certaine conscience politique. Puis s'est déclenchée
en septembre 2002 la crise politico militaire. Moyen de communication
et de formation d'opinion, les médias ont été
cités dans cette crise comme acteur majeur de par le
traitement des informations souvent tendancieuses et non équilibrées.
Ils ont été souvent l'expression de prise de
position en faveur des partis politiques dont ils émanent,
incitant sans retenue à la haine, à la violence
et à la division. La venue de la démocratie
a donné libre court à la pensée débridée.
L'essentielle était d'abattre l'adversaire politique
en utilisant les médias.
C'est même encore bien souvent le cas
aujourd'hui malgré un code de déontologie et
des instances d'autorégulation. Le constat est sans
ambiguïté et s'impose à nous : les médias
défendent les chapelles et les leaders politiques au
détriment de la quête d'information, au détriment
d'un professionnalisme vrai au-dessus de tout soupçon
d'amateurisme puéril et avilissant.
L'évolution de notre démocratie
a été faite d'épreuves et de difficultés
de toute nature. Les médias ont accompagné ce
processus démocratique au rythme des événements
survenus. Si dans l'ensemble la liberté de la parole,
d'écrire ou de lire est donnée à tous,
il faut malheureusement se rendre à l'évidence
que nos médias ont contribué à l'exacerbation
des tensions entre les Ivoiriens. J'en veux pour preuve, les
différents conflits nés de la désinformation,
les atteintes à la vie privée des personnalités
qui se soldent souvent par des procès. Notre presse,
certes jeune a commis beaucoup de dérapages et les
structures mises en place par les journalistes eux-mêmes,
ont à travers des communiqués, dénoncé
la non application de la déontologie régissant
le métier. Or une presse est avant tout, un moyen d'information
et de communication. Le journaliste, élément
essentiel du milieu social ou il vit devrait avoir pour souci
prioritaire dans ses écrits, la création des
conditions idoines, de concorde, d'harmonie et de sérénité
du milieu ou il se trouve.
Le journaliste devrait faire un effort pour
éviter de faire des commentaires désobligeants
en déformant les faits qui sont sacrés même
si ces faits sont dès le départ comme le disent
certains, une interprétation.
Je le redis avec force, si la crise que nous
avons vécue en Côte d'Ivoire a des origines politiques
et économiques indéniables, force est de reconnaître
que les médias ont largement contribué à
son aggravation. En effet, avant que la guerre ne survienne,
et avant les élections d'octobre 2000, bien des journaux
étaient déjà en guerre. Cette époque
a vu des prises de position allant jusqu'à l'extrémisme.
C'est ce qu'a reconnu le ministre SY Savané lorsqu'il
écrivait sur le site africulture : " la violence
extrême des lignes éditoriales a paru parfois
comme un prolongement des combats se déroulant derrière
l'autre ligne, celle du front militaire au plus fort de la
crise, les Nations Unies avec le vote de la résolution
1572 du 15 novembre 2004 demandaient aux autorités
ivoiriennes de " faire taire les voix incitant à
la haine, à l'intolérance et à la violence.
"
C'est à ce stade que le thème
de ce matin prend tout son sens sous sa forme interrogative
: Est-ce que nos médias sont engagés pour
la Paix ?
Je n'en suis pas du tout convaincu. Est-ce que les médias
ont intériorisé comme un " modus vivendi
" l'obligation de faire la paix à l'exclusion
des querelles partisanes inhérentes à la nature
humaine comme le reconnaissait Spinoza ?
Je dis encore que je n'en suis pas convaincu. Sans me présenter
à vous comme un donneur de leçons, je ne suis
qu'un observateur extérieur au métier qui est
le vôtre. La presse devrait s'engager résolument
dans la recherche de la paix et de la concorde entre les populations.
Car elle a une emprise sur les populations en tant que vecteur
de la communication entre le pouvoir et le peuple, entre les
détenteurs de l'information, donc du savoir et celui
qui est en quête de cette information.
Si la presse ne peut se détacher des chapelles politiques
qui luttent pour la quête du pouvoir d'État,
elle doit au moins s'abstenir de créer des conflits.
Ce que le Président Hervé BOURGES
a dit lors de la cérémonie d'ouverture est d'importance
à ce propos.
" Les médias ont leur rôle pour conforter
au contraire la cohésion des Nations, et la reconnaissance
mutuelle et pacifique des différences qui peuvent exister
en leur sein".
Il ne s'agit pas de nier les oppositions, mais
de donner un cadre équilibré et pacifique à
leur dialogue, voire à leur confrontation. Le pluralisme
existe dans toutes les sociétés, les journalistes
doivent donc l'exprimer. Dans un cadre normalement régulé,
l'expression du pluralisme est la meilleure garantie contre
le recours à la violence. Mais, il faut toujours se
garder des dérives qui conduisent à la haine
et au rejet d'autrui.
L'engagement du journaliste pour la paix
doit se traduire par la recherche incoercible, permanente,
pérenne de la cohésion sociale ; car étant
lui-même élément de la société.
Donc acteur social et économique qui ne peut prospérer
que lorsque la Nation est en paix. Les écrits et les
émissions doivent contribuer à former la Nation,
à resserrer les liens entre les citoyens, à
forger un type de citoyen nouveau soucieux de la préservation
du climat. Cette prise de conscience du journaliste en faveur
de la paix dans la nation devrait être effective et
se traduire par le respect des règles de courtoisie,
de bienséance et le rejet de tout extrémisme.
Cet appel au respect de la déontologie
pour la paix n'est nullement une invite à la promotion
de la pensée unique, au totalitarisme ou encore à
l'embrigadement de la presse pour qu'elle épouse systématiquement
les points de vue du pouvoir en place. Mais il est davantage
un cri du cur lancé en direction d'une profession
sensible qui peut défaire et refaire l'actualité
et les opinions. Ernest Renan ne disait-il pas " la Nation
est une âme, un principe spirituel ? " Cette assertion
montre que bâtir une Nation, c'est forger un être
à partir de plusieurs entités. Or la presse
est au cur de cette entreprise. Elle a sa place dans
le processus de réconciliation des populations de la
Côte d'Ivoire. L'accord de Ouagadougou nous permet d'entrevoir
un horizon où l'espoir est permis. Les chapelles politiques
invitent de façon souterraine à mettre à
mal cet accord même s'ils affichent un certain soutien
qui n'est en fait que de façade. Or quoi qu'on dise
la situation est encore fragile. Sans vendre son âme
au diable en jetant par-dessus bord les appartenances politiques
ou les convictions intimes ou politiques, il est possible
de s'entendre sur la paix, sur la nécessité
de la consolider, de la construire pierre par pierre. Cette
paix a été loin de nous pendant cinq ans, les
médias devraient cultiver des thèmes rassembleurs
mettant en relief l'unité nationale, le dialogue entre
les peuples divers mais unis par un même vouloir de
vivre ensemble.
Il est possible, dis-je, de mettre en éveil les insuffisances,
les limites, les tares de tel ou tel parti politique sans
s'en prendre aux fondamentaux, c'est-à-dire aux éléments
concourant à l'équilibre de l'État. Nos
États sont faibles.
Aussi, l'engagement des médias pour la paix devrait-il
être une préoccupation de tous les instants.
CONCLUSION
Pour conclure, je dirai que les médias
ont un rôle plus qu'important à jouer pour la
paix. Ce rôle est décuplé en situation
de crise et de post-crise. Il faut peut-être mettre
en uvre des processus qui permettent aux journalistes
de prendre davantage conscience de leur rôle déterminant
pour créer les conditions d'une vie apaisée
dans les États pour qu'ils ne soient ni pyromanes ni
médecins après la mort.
Je vous remercie.
René
GNALEGA
directeur de la Francophonie et de la
coopération culturelle
du ministère de la Culture et de la Francophonie
Yamoussoukro, jeudi 6 décembre 2007