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39e Assises internationales de la presse francophone
1 - 8 décembre 2007, Abidjan-Yamoussoukro, Côte d'Ivoire

Union de la Presse Francophone

Médias, démocratie, paix

RAPPORT GÉNÉRAL

Environ 200 journalistes, venus de 48 pays de tous les continents ont participé aux 39èmes assises de la presse francophone organisées par l'Union internationale de la presse francophone (UPF) à Abidjan et Yamoussoukro du 2 au 7 décembre.

Au cours de cette assemblée, marquée de la présence, à l'ouverture, du président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo et, à la clôture, du premier ministre Guillaume Soro, le comite international de l'UPF a procédé au renouvellement de sa présidence pour une durée d'un an, jusqu'aux prochaines assises prévues en automne 2008 au Canada (Québec).

Alfred Dan Moussa (Cote d'Ivoire) a été élu président. Il succède à Hervé Bourges, élu président d'honneur, après un hommage unanime du comité.
Hervé Bourges avait annoncé à Bucarest son intention de se retirer un an avant la fin de son mandat, au terme de sept années de présidence.

Les deux vice-présidents sont désormais Abdelmounaim Dilami (Maroc) et Alain-Blaise Batongué (Cameroun).

Le comité a accepté la proposition de la délégation de l'Algérie d'organiser des assises intermédiaires en juin 2008 à Alger.

Les assises organisées à Yamoussoukro portaient sur le thème central "médias, démocratie et paix", un sujet directement en relation avec le processus de réconciliation et de paix engagé en Côte d'Ivoire.

Les tables rondes ont donné lieu à de multiples réflexions et débats entre analystes et journalistes, basés sur des témoignages directs des conflits ou des situations de crise dont ont souffert l'Europe centrale (Serbie, Croatie..), le Proche-Orient (Palestine) et l'Afrique (Darfour, Tchad, Niger, Rwanda..) ou dont souffrent actuellement des régions comme le Kivu (Congo) ou la Somalie dans l'indifférence des grands médias.

Les mille et unes difficultés et en particulier les conditions de précarité rencontrées par les journalistes pour faire leur métier de façon fiable et professionnelle dans les zones en conflit ou dans les pays en voie de l'être, ont abouti à la mise au point, avec l'appui de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), d'un projet de convention internationale pour la protection des journalistes dans les pays en guerre (ICPJ).

Le texte de la résolution préparée par la section suisse de l'UPF sera notamment élaborée en concertation avec la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Reporters sans frontières (RSF) et des organisations professionnelles des régions concernées (Proche-Orient..). Elle sera ensuite soumise aux autorités politiques des États en situation de conflits.

Une initiative analogue auprès des États pour condamner toute violence et tout emprisonnement à l'encontre des journalistes avait déjà été prise par l'UPF lors des 36èmes assises à Libreville (Gabon) à la suite de l'assassinat du journaliste Jean Hélène.

Les assises de Yamoussoukro ont dénoncé l'actuel emprisonnement à Niamey de deux journalistes, le correspondant de RFI Moussa Kaka, et le directeur d'Aïr-Infos Ibrahim Manzo Diallo, par les autorités du Niger pour avoir rencontré les opposants touareg, en rébellion armée.

La délégation de Serbie a également souligné le peu d'empressement du pouvoir serbe à retrouver les assassins de trois journalistes tués entre 1994 et 2001 durant la guerre civile en ex-Yougoslavie.

Le prix UPF de la " libre expression ", de 1, 5 millions CFA chacun, a été remis à cinq journalistes du Mali condamnés " à huis clos " à la prison pour avoir relaté l'histoire d'un enseignant de Bamako qui avait donné à ses élèves un exercice sur " la maîtresse du président ".

Les 39èmes assises ont également mis en évidence les actions menées par la Fondation Hirondelle, avec l'aide de l'Union européenne et de l'OIF notamment, pour implanter des radios locales dans les zones de conflits (Rwanda, Kosovo, Timor, Liberia, Sierra Leone, RD Congo..), et diffuser, parfois 24H/24, aux populations sinistrées, endeuillées ou meurtries des informations de proximité, des informations pratiques et ainsi restaurer leur dignité humaine.

De même, elles ont abordé avec Basile Boli, ancien footballeur international franco-ivoirien, reconverti dans les médias et dans les actions de co-développement en faveur de l'Afrique, le rôle pacificateur du sport, en évoquant en particulier les dernières initiatives prises par le Comité international olympique (CIO) devant l'ONU puis avec l'Union africaine à Brazzaville.

L'essentiel des autres interventions ont donné lieu à un débat très riche et animé autour du rôle du journaliste comme " acteur de la paix ", tout en dégageant un large consensus sur un rôle plus conforme à son métier, celui d'être d'abord un "témoin fiable" des évènements, pour créer du "lien social" et participer ainsi à l'émergence de la démocratie.

" Pas de paix sans démocratie et pas de démocratie sans médias ", " pas de presse sérieuse sans pouvoir politique sérieux ", " une information peut donner la mort " : ces quelques formules de plusieurs participants peuvent résumer les multiples témoignages des problèmes divers et parfois insoupçonnés rencontrés par les journalistes dans l'exercice de leur profession.

Il a été mis en évidence le rôle positif que peuvent avoir des sites internet d'information dans des zones de guerre privées de liberté, comme en ex-Yougoslavie.

Mais il a également été souligné que l'impact mondial des réseaux internet s'accompagnait souvent d'une " instrumentalisation croissante " des journalistes de tous pays, non seulement par les pouvoirs politiques ou économiques mais aussi par des organisations de la société civile, comme certaines ONG, dont les communiqués, parfois très orientés, sont utilisés par les médias sans être vérifiés sur le terrain.

Sur un plan plus général, les assises ont ainsi souligné les difficultés de plus en plus grandes pour les médias d'accéder aux sources premières et la "dictature" des communiqués élaborés par des intermédiaires pour conditionner l'opinion ou la maintenir dans l'ignorance (Darfour, Kivu, Somalie..).

Pour permettre aux journalistes d'avoir un " comportement citoyen " et non plus " pyromane " et qu'ils ne soient pas tentés de " faire le lit " d'un homme politique ou d'un financier, plusieurs experts et journalistes ont estimé que la protection des droits fondamentaux de l'homme et de la liberté d'expression était étroitement liée à la pérennité des entreprises de presse, particulièrement fragiles en Afrique francophone.

Les assises ont ainsi fait valoir que si les journalistes avaient des responsabilités et des devoirs vis-à-vis des citoyens et de tout pouvoir, les États avaient, de leur côté, le devoir de leur assurer un cadre statutaire d'entreprise indépendante et ouverte aux investisseurs.

Ils ont aussi le devoir de leur créer un environnement favorable au plan démocratique, économique, technique, juridique et qui soit adapté à l'évolution du droit international relatif aux médias et en particulier à l'usage des réseaux internet.

Yamoussoukro, vendredi 7 décembre 2007.