Union de la Presse Francophone
 
La francophonie
Résolution finale
Interventions
Messages
U.I.J.P.L.F. 1950-2000
Sites des 32e assises
Réunions internationales
Retour pagé précédente
Menu pricipal
Francophonie
La gazette
Pressothèque
Agence d'info UPF
Langue française


Lundi 27 novembre 2000

wpe120.jpg (15051 octets) Allocution de bienvenue

Jean-Charles Bourdier

président de la section française de l'Union internationale
des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF),
directeur du développement du quotidien Le républicain lorrain (Metz),
auteur du rapport "Réseaux à hauts débits : nouveaux contenus, nouveaux usages, nouveaux services" pour le secrétaire d'Etat à l'Industrie Christian Pierret (septembre 2000).

 

Des nouvelles technologies
pour une nouvelle francophonie

En tant que président de la section française permettez-moi chers amis, chers confrères de vous souhaiter la bienvenue à l'occasion de ces 32ème Assises de la Presse Francophone et bien sur du 50ème anniversaire de notre Union.

Par-delà l'organisation de ces manifestations, en ce moment fort de la vie de notre Union, je voudrais saluer en vous :
les ambassadeurs de la Francophonie
les forces vives de la Francophonie

Qui mieux que vous, par le métier que vous exercez, que nous exerçons : journalistes, la langue que vous utilisez, ont autant conscience que la puissance d'un Etat, parfois d'un groupe industriel, se mesure à sa capacité d'informer, aux moyens qu'il met en œuvre pour peser sur la chaîne de l'information.

Qui est mieux à même que le journaliste pour constater que les NTIC ont consacré ces dernières années le rôle déterminant de l'information en tant que matière première de l'économie aujourd'hui dans un très grand nombre de pays ?

Les thèmes de vos travaux : l'information économique et son apport au développement, témoignent de la justesse de vos analyses.

Il est banal de dire que les nouvelles technologies, avec l'arrivée d'Internet ont bouleversé les circuits traditionnels de l'information, il l'est moins de souligner que l'arrivée des hauts débits va nous faire faire un véritable saut dans l'histoire, comparable à la révolution industrielle, engendrant des modifications profondes dans l'organisation de nos pays, de nos sociétés et ceci à travers le monde.

Risque majeur pour l'équilibre de nos sociétés ?
Chance d'ouvrir de nouveaux espaces de partage de liberté ?

Le débat est ouvert. Même après avoir mené une mission pendant une année pour l'Etat, je ne prendrai pas le risque de faire de la prospective dans ce domaine.

Mon propos, en m'appuyant sur des faits sera d'essayer de vous démontrer qu'il s'agit là :

D'un défi pour les journalistes
D'un défi pour les défenseurs de la francophonie.

Pour mieux situer le cadre et les enjeux de ce défi, quelques mots sur les systèmes, les logiques qui sont en train de se mettre en place actuellement dans les pays occidentaux.

L'arrivée du numérique, et des multiples supports permettant son transport (fibre optique, ADSL, BLR, satellites UMTS, et demain fils électriques, et laser) ont ouvert une formidable concurrence entre les opérateurs issus du monde des télécommunications, de l'audiovisuel, de l'industrie informatique, etc.…

Les offensives pour conquérir les parts de marchés se font à coups de milliards de dollars dans une gigantesque bataille dont la planète en est le champ, les consommateurs les cibles.

Simple évolution un peu rapide du monde de l'économie ? Pas seulement.

Ce qu'il est convenu d'appeler nouvelle économie se caractérise par le fait que ces investissements, dans leur plus grande part, ont pour origine le secteur privé, mais vont avoir des conséquences sur l'organisation, le fonctionnement des pays des continents. En d'autres termes les gouvernements maîtrisent de moins en moins l'évolution des structures de leurs Etats.

Les investissements d'opérateurs sont considérables, pour les amortir ils développent presque tous des stratégies d'achat ou d'alliance reposant sur un modèle économique leur permettant de maîtriser simultanément les réseaux, les contenus et les services. En d'autres termes nous assistons à des mouvements de concentrations verticales.

Dans ces nouveaux espaces de communications qui sont en cours d'installation et ou l'image dominera, circulent sur les mêmes réseaux des contenus aussi diffèrents que les divertissements (sports, cinéma, jeux), les services, et l'information au sens éditorial.

Il serait hasardeux d'écarter l'hypothèse d'assister à une banalisation de l'information.

Il serait dangereux d'écarter l'idée qu'une information rédigée par un journaliste ne soit considérée au mieux comme une composante d'un service, au pire un produit d'appel distribué gratuitement pour séduire un consommateur que l'on voudrait inciter à faire du commerce électronique.

Ainsi au concept de liberté d'informer se substitue progressivement celui de liberté de savoir s'informer, dans un espace où le temps n'est plus une frontière, et où l'information n'est plus seulement un simple fait mais également l'ensemble des réactions qu'il a pu engendrer au sein d'une communauté.

Face à cette évolution il est intéressant de voir que dans un certain nombre de pays, en dehors du seul cercle des journalistes et des médias, commence à s'ouvrir un véritable débat sur l'information, son traitement, son utilisation, sa raison d'être dans des pays démocratiques.

Jamais dans notre société, n'a été posée avec autant d'acuité la question du rôle du journaliste.

Est-il toujours aux yeux du lecteur, du téléspectateur, de l'auditeur, aujourd'hui de l'internaute, celui qui doit être à même, du fait de son professionnalisme, de son éthique, d'être " mandaté " pour rapporter des faits marqués du sceau de la crédibilité ?

Qu'Albert Camus me pardonne, mais je ne crois plus aujourd'hui qu'à l'heure d'Internet, de l'interactivité et du numérique, le journaliste soit encore l'instituteur du plus grand nombre.

Je proposerai de lui donner comme fonction celle de conseiller, véritable référant, clairement identifié, permettant à chacun de donner un sens aux informations qu'il aura lui-même recueillies.

Tel est à mon sens le défi présenté aux journalistes.

Celui qui nous est proposé en tant que représentant de la francophonie n'est pas moins ambitieux.

Tous les Etats conscients du danger que fait peser une dérive des technologies de l'information et de la communication sur la cohésion de nos sociétés, tentent de trouver des moyens techniques ou réglementaires pour éviter ou tout au moins atténuer ce qu'il est convenu d'appeler la fracture numérique.

Il serait plus exact de parler de fractures au pluriel.

Fracture par le pouvoir d'achat
Fracture par l'âge
Fracture par la géographie
Fracture par le niveau culturel
Fracture par la différence linguistique

Quelques mots sur cette fracture linguistique. Il est bien connu que la culture d'Internet favorise les pays anglophones. Il y a fort à craindre qu'il n'en soit de même et à plus forte raison pour ce qui concerne les applications multimédia des hauts débits. A cela une raison : le coût de portage d'une application multimédia est d'autant plus important qu'il ne s'agit pas seulement de traduction, mais aussi de faire recours à des acteurs de la langue maternelle visée, de choisir des images appartenant au fond culturel commun.

Sait-on que plus de 50% des programmes de formation multimédia sont aujourd'hui, pour cette seule raison, disponibles seulement en anglais ?

Il y va de l'avenir même de notre culture.

Aujourd'hui pour être efficace il ne s'agit pas seulement sur ce plan de favoriser les connexions à des réseaux échappant aux poids des réseaux américains, mais de promouvoir la création d'un fond de catalogues de contenus francophones et de passer d'un univers de flux (cours de formation, émissions de télévision, représentations, etc.…) à un univers de stock (séquences pédagogiques, vidéo à la demande, produits culturels, etc.…).

Pardonnez-moi cette digression à caractère technique. Je voulais démontrer que même la défense d'une langue passe par une bonne connaissance des nouveaux modèles économiques, et des stratégies adaptées au monde des NTIC.

Les Etats essayent d'apporter des réponses a ces risques de fracture au sein de leurs frontières. Mais peu de tentatives de véritables réponses sont apportées à la fracture qui s'installe entre les pays riches et ceux en voie de développement.

L'arrivée des hauts débits ne fait qu'aggraver cette situation qui aboutit à ce que le nouvel ordre de l'information est aujourd'hui en quasi-totalité occidental, son épicentre se situant aux Etats Unis.

La question est de savoir qui peut apporter des réponses globales a cette fracture planétaire ?

La Francophonie peut, j'en suis convaincu, y contribuer. La Francophonie est en effet un espace ouvert dont la force est de s'appuyer sur une langue qui véhicule des valeurs universelles.

Des valeurs telles que la liberté, la fraternité, la démocratie, qui donnent un sens à une idée, un combat, celui des droits de l'homme.

Le défi de la Francophonie ne serait-il pas de présenter ces valeurs comme l'élément d'une alternative face aux effets du matérialisme qui ne cesse de se renforcer à l'heure de la dématérialisation de l'économie.

Je me tournerai vers M. Boutros-Ghali pour lui dire que l'UIJPLF et les hommes et les femmes qui font partie de cette Union, sont prêts à relever ce défi.

Encore faudrait-il que le rôle d'ONG, comme l'UIJPLF dans le domaine de la Francophonie, soit reconnu et puisse bénéficier des aides nécessaires à son action.

"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, librement " écrivait en 1789, les rédacteurs de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen.

Je suis de plus en plus convaincu en relisant cet article 10 que ses auteurs avaient pleinement conscience du fait que l'impossibilité d'accéder à un réseau d'information est la première forme de l'exclusion.

Une exclusion qui est à toujours à la source d'une fracture, même si en 1789 elle n'était pas encore numérique.

Jean-Charles Bourdier
président de la section française de l'UIJPLF
27 novembre 2000.