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Jeudi 30 novembre 2000

wpe120.jpg (3694 octets) Intervention à la séance solennelle de clôture

Boutros Boutros-Ghali

Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Discours prononcé à Paris, hémicycle du Conseil régional d'Ile-de-France.

 

Je suis d'abord venu vous souhaiter un bon anniversaire.
Puisque vous célébrez, en cette année 2000, votre cinquantième anniversaire !

C'était à Limoges, en 1950. Ils étaient alors quelques uns, réunis autour de Dostaler O'Leary. Vous êtes, aujourd'hui, près de 3.000, dans 115 pays.
C'est dire que l'idée était bonne !
C'est dire aussi, que nous ne devons jamais oublier que la Francophonie est née à la base.
Et que sans la Francophonie des militants, la Francophonie des Etats et des gouvernements n'aurait peut-être pas vu le jour.
A cet égard, l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française fait figure de pionnier !

Mais je respecte suffisamment la liberté de ton et d'esprit qui vous caractérise, et qui est au fondement même de votre profession, pour vouloir poursuivre plus avant ces éloges. Je voudrais plus simplement saisir l'occasion que vous m'offrez pour vous faire partager quelques réflexions.
Et tout d'abord, pourquoi est-il plus que jamais nécessaire de communiquer en français ?

La communication est devenue mondiale. Mais la société de l'information n'aura de légitimité que si tous, partout, quelle que soit leur langue, quelle que soit leur culture, y ont accès dans les mêmes conditions.
Et de la bataille que nous sommes disposés à livrer, aujourd'hui, dépendra le sort de la communication de demain ! C'est à dire le contenu de ce que nous recevrons, de ce que nous produirons, de ce que nous échangerons.
Et c'est en cela que la bataille du son, de l'image et de l'information est, d'abord, une bataille pour la sauvegarde de la diversité linguistique et culturelle.

Je le dis clairement : la liberté de communiquer doit se conjuguer avec le droit pour chacun de défendre et de faire entendre ce qui lui appartient, ce qui fait sa spécificité, ce qui fait son identité.
La liberté de communiquer doit se conjuguer avec le droit pour chacun de préserver son histoire, sa culture, sa langue, en un mot sa mémoire.
C'est dire que vous êtes engagés, que la Francophonie est engagée, que nous sommes tous engagés, dans une bataille décisive. Je dis bien tous, car vos préoccupations rejoignent directement celles de la Francophonie.

A cet égard, la Francophonie reste encore mal connue, mal aimée, mal interprétée. Elle ne serait pour certains que l'avatar d'un impérialisme d'antan. Elle incarne pour d'autres, la défense sourcilleuse d'une  langue figée.

Et pourtant la Francophonie dépasse de beaucoup le combat pour la promotion de la langue française.
Elle est, plus largement, je le répète, un combat pour le respect de la diversité linguistique et culturelle.
Elle est aussi, par là même, un combat pour la démocratisation des relations internationales.
Elle est, pour toutes ces raisons, enfin, un combat pour la paix.

Dans le même temps, la Francophonie bouge, change, s'adapte aux défis d'aujourd'hui.
La Francophonie, aujourd'hui, c'est aussi la volonté de renforcer l'espace de coopération économique francophone, en faveur, notamment des pays les moins avancés.
La Francophonie, aujourd'hui, c'est aussi la volonté de faire progresser la démocratie, les droits et les libertés dans l'espace francophone.
Et le Symposium tenu à Bamako, en novembre dernier, a constitué une étape décisive dans l'affirmation de la mission politique de la Francophonie.

La Francophonie aujourd'hui, c'est aussi, la volonté de promouvoir la paix à travers une activité diplomatique soutenue.
L'Organisation internationale de la Francophonie entend ainsi transcender la conscience politique, au sens large du terme.
Celle de la Communauté vouée à la Coopération Nord-Sud.
Celle de la Communauté soucieuse de faire entendre la voix de ses membres dans le concert des nations.
Celle d'une Communauté résolue à porter leurs intérêts dans les instances internationales de décision.

C'est dire combien les médias ont un rôle majeur à jouer pour l'émergence d'une telle conscience, tant dans l'esprit et dans le coeur des peuples francophones, que dans l'opinion publique internationale.
C'est dire qu'ils ont un rôle majeur à jouer pour rendre cette Francophonie véritablement populaire, bien loin de l'image institutionnelle dans laquelle elle est encore trop souvent confinée.
Parce que la Francophonie ne se limite pas à tenir des conférences ou des symposiums. Elle a, d'abord, pour vocation de répondre, concrètement, aux besoins et aux aspirations des populations de ses pays membres.

Mais il faut reconnaître que nous portons, sans doute, une part de responsabilité, dans la perception que le grand public a de la Francophonie. Et je suis le premier à reconnaître que la Francophonie a trop longtemps donné l'image d'une nébuleuse, d'un enchevêtrement de structures dans lesquelles on se perd. C'est un problème auquel je me suis attaqué, dès mon entrée en fonction. Mais il nous faut encore progresser !
Il nous faut aussi être plus imaginatif, plus persuasif. Et je crois que, là aussi, les médias peuvent utilement nous aider. Car vous savez mieux que quiconque que le "faire savoir" est aussi important que le "savoir faire".

Voilà, Mesdames , Messieurs, les quelques réflexions que je voulais vous soumettre, aujourd'hui. Et que nous devons, tous ensemble, approfondir.

Car j'ai la conviction que nous devons inscrire notre stratégie dans l'avenir. Que nous devons affronter, sans complexe et sans complaisance, les écueils qui se dressent encore, ici ou là, mais aussi les défis qui se présentent sans cesse. C'est le prix à payer pour une Francophonie, audacieuse, moderne et efficace. C'est en tout cas dans cet esprit que je conçois ma mission.

Encore bon anniversaire !

Et vive la Francophonie !

Boutros Boutros-Ghali
le 30 novembre 200