HISTOIRE
DE L'UNION DE LA PRESSE FRANCOPHONE
Alors
raconte...
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A
l'origine de l'UPF
Le
Congrès de Limoges 1950
par Roger QUEYROI
ancien directeur et rédacteur en chef du Populaire
du Centre (Limoges)
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Samedi 13 mai 1950. 20 H.
Le
somptueux Salon des maréchaux de la préfecture de la Haute-Vienne.
Une table en fer à cheval, deux cents couverts. Le Congrès du
Syndicat national des journalistes commence à l'envers. Par un
banquet.
- Tu y étais ? m'a demandé le secrétaire général
Georges Gros.
- J'y étais.
- Alors, raconte...
Cinquante
ans ! Sous des flashes fatigués, des instantanés sépia passés.
Très passés. Souvenirs de jeunesse qui surgissent, flous, puis
moins flous, remontent le temps et dégourdissent la mémoire. Le
décor s'anime.
La
table d'honneur : le ministre de l'information Pierre-Henri Teitgen
entouré d'Eugène Morel, président du Syndicat national des journalistes
(SNJ) et du préfet de la Haute-Vienne Pierre Rix; le sénateur-maire
de Limoges, Léon Betoulle, petit et rond, barbiche rousse, qui
fêtait justement ce jour-là le cinquantième anniversaire de sa
première élection.
- J'ai été journaliste, lance Léon Betoulle qui,
de fait, créa, en 1905, Le Populaire du Centre.
- Moi aussi, enchaîne, au milieu des rires, le
préfet Rix.
Atmosphère détendue, confraternelle, bon enfant. Le ton
est donné.
Vient
le tour de Dostaler...
Vient
le tour de Dostaler O'Leary de "jaser". Poutine et sirop
d'érable dans la voix, devant tant d'inattendus confrères, le
Québécois des rives du Saint-Laurent, des plaines glacées et des
forêts de bouleaux et de mélèzes, emporté par la traditionnelle
et communicative chaleur des banquets, est émouvant de lyrisme,
emphatique dans son hommage à la France et lors de son évocation
du massacre d'Oradour; théâtral lorsqu'il embrasse le ministre
après lui avoir offert le drapeau de sa Belle Province; pathétique
et convaincant dans une conclusion parodiant Karl Marx : "Journalistes
francophones de tous les pays, unissez-vous !"
A
l'heure de la vaisselle, quelle désillusion ! Si l'assemblée avait
bien reçu le message, la presse -locale et nationale- l'ignora
complètement, préférant retenir du discours de Teitgen l'annonce
de la création prochaine d'un Conseil supérieur des Journalistes
"chargé de codifier les règles de la profession et de sauvegarder
sa dignité". Et qui plus est "habilité à prononcer des
sanctions" ! Le Conseil supérieur est resté dans les cartons
d'un ministère inutile aujourd'hui disparu.
La
petite graine
Mais
le message de Dostaler O'Leary, petite graine semée à Limoges,
soigneusement recueillie et entretenue, a germé, poussé, grandi.
L'UIJPLF l'a reçue en héritage. Elle est devenue, à force d'attentions
et d'imagination, d'obstination et de dévouement, un arbre solide
aux racines profondes, étendant ses ramures sur la planète entière.
Du
Canada au Vietnam, du Mali à l'Azrerbaïdjan, du Sénégal au Liban,
de l'Algérie à la Californie... Un jour peut-être, impossible
n'étant pas français, de la Patagonie à la Terre Adélie, rien
que pour faire mentir les vilains prophètes de l'abandon et de
la perdition.