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4èmes Journées de la presse arabe francophone

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Après l'Egypte, le Liban et le Maroc, les 4èmes JOURNEES DE LA PRESSE ARABE FRANCOPHONE organisées par la section algérienne de l'UIJPLF présidée par Amer Oumalou,
se sont déroulées à ALGER le 3, le 4 et le 5 mai 2000, sur le thème

"Liberté de la presse et responsabilité des journalistes"

Intervention de M. Abdelmadjid Tebboun
ministre de la culture et de la communication de la République algérienne, à l'ouverture des 4èmes Journées de la presse arabe francophone, à Alger, le 3 mai 2000.

Excellence, M. l'ambassadeur de la République française,
Excellence, M. l'ambassadeur représentant M. Boutros Boutros-Ghali,
M. le président Hervé Bourges, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel français,
Mesdames, Messieurs,

Je commencerai mon intervention par un hommage et toutes mes félicitations à M. Omar Belhouchet, journaliste algérien, distingué pour la deuxième fois, ce qui honore, et la presse algérienne, et les journalistes algériens, et l'Algérie. (NDLR - Le journaliste algérien Omar Belhouchet figure parmi les 50 journalistes internationaux honorés par l'institut international de la presse, pour leur combat en faveur de la liberté de la presse, à Boston, le mercredi 3 mai, journée mondiale de liberté de la presse)

Je dirai aussi que l'évènement qui nous réunit aujourd'hui à Alger revêt une importance toute particulière, à plus d'un titre, en plus du fait que c'est la première fois que ce rendez-vous se tient en Algérie. Tout d'abord, c'est l'occasion de rappeler la détermination et le sacrifice de tous ceux qui ont lutté, ici et ailleurs, pour défendre le droit à la liberté d'expression en payant de leur vie leur attachement aux valeurs de la démocratie. C'est aussi l'occasion qui m'est offerte de saluer la mémoire des journalistes algériens victimes du devoir, et de tirer les enseignements du noble combat qui fut le leur. En faisant barrage à l'obscurantisme, ils ont contribué à éclairer la route conduisant à la démocratie et contribué à la restauration de la concorde civile.

La journée mondiale de la presse, initiée par l'UNESCO et célébrée le 3 mai de chaque année, constitue également une opportunité pour évaluer franchement et solennellement les avancées réalisées par notre pays dans ce domaine et pour débattre des conditions dans lesquelles s'exerce cette liberté. Car si la liberté de la presse est bel et bien un droit fondamental inaliénable, il reste toutefois que l'abus de cette liberté ne peut que lui être nuisible. 

C'est toute la problématique de la déontologie  qui se trouve ainsi posée, celle-là même qui donne à la profession ses lettres de noblesse, de responsabilité et d'objectivité, et qui constitue l'objet d'un débat intéressant que vous ne manquerez certainement pas d'ouvrir.

J'aimerais à cet égard soulever une question qui nous tient tous à coeur et qui est la suivante : quelles sont les conditions idéales d'exercice de la liberté d'expression ?

En la posant en ces termes, je ne veux nullement dire qu'il y aurait des restrictions à opposer à cette liberté et à ceux qui ont une conviction déjà établie sur les droits et les prérogatives du journaliste. Je veux simplement inciter à débattre sur le métier du journaliste au sens professionnel du terme dans les contextes qui sont les nôtres, c'est à dire ceux de démocraties naissantes dont le devenir dépend des efforts collectifs pour la conduire à maturité.

Le véritable journaliste est-il celui qui se contente de transmettre l'information au nom du droit des lecteurs à être informés, et uniquement à ce titre, en veillant constamment à s'assurer de l'authenticité des sources de l'information ?

Est-ce celui qui passe des analyses contribuant à écrire les opinions et à instaurer un authentique débat sur les grandes questions et les enjeux essentiels qui agitent les sociétés ?

Est-ce celui qui s'attachera à éviter toute manipulation de l'information à des fins partisanes ?

Est-ce celui qui se soumet exclusivement au droit de la "commercialité", sélectionnera et présentera cette information en fonction de ceux qui lui sembleraient les plus intéressants en terme de rentabilité ?

Est-ce enfin celui qui saura faire la part des choses entre les exigences de la déontologie et de la morale, et l'intérêt de l'entreprise au sein de laquelle il exerce et à laquelle il aura à rendre des comptes ?

Des réponses à ces questions ne manqueront certainement pas de surgir lors de vos travaux, mais il paraît que dans tous les cas de figures, au lieu de constituer une atteinte ou une restriction à la liberté de la presse et au droit du public à l'information, l'établissement d'un code de déontologie ou d'une charte constitue, au contraire, autant une garantie contre toute dérive qu'une reconnaissance des statuts de la profession de journaliste, en ce qu'il établit un régime de responsabilité du journaliste. Ceci nous amène donc à poser le problème de l'éthique des journalistes et d'une profession qui ne peut se concevoir sans la perspective de l'indépendance de la presse vis-à-vis des puissances d'argent, des puissances publiques et des groupes de pression qui font et défont les statuts des entreprises et des journalistes.

Dans le même ordre d'idées, peut-on parler en toute objectivité de liberté de la presse, lorsqu'on sait que maintes lois ont été établies de par le monde, il y a de cela une décennie, pour garantir davantage la mainmise de certaines puissances qui continuent d'appeler le libre flux de l'information, mais qui en fait se procurent un contrôle sans partage de l'information, c'est à dire un quasi monopole.

Certes le mouvement des non-alignés a dénoncé cette situation qui accroît la domination des pays riches à la faveur du développement des satellites de communication et autres moyens, tels que les banques de données. Mais ce que je pourrai dire, c'est que quelque soit la réaction du tiers-monde, tel qu'il apparaît en tout cas aujourd'hui, le contexte général dans lequel se pose à nos sociétés et particulièrement aux journalistes, la question des libertés, c'est bien le contexte d'un monde déséquilibré dans lequel les pays développés demandent aux pays sous-développés de réaliser immédiatement des performances démocratiques qu'eux-mêmes ont mis plus de deux siècles à atteindre.

Et c'est parce que l'Etat algérien est conscient de cette situation et des enjeux de notre époque qu'il a entrepris d'établir un ordre de priorité et de commencer par le commencement. La priorité aujourd'hui c'est de retrouver la paix, la sécurité, la stabilité. C'est de réhabiliter l'Algérie dans le concert des nations. C'est de créer les conditions requises pour le succès des réformes économiques et politiques. Ce mouvement de redressement national, objectivement perceptible, et rendu possible par la politique de concorde civile, largement appuyée par le peuple, n'a pas été toujours, il est vrai, accueilli favorablement par les médias. Pourtant aucune mesure restrictive à la liberté d'écrire, n'a été prise tant en ce qui concerne l'éthique, qu'en ce qui concerne le journaliste. Et l'Algérie note avec fierté que depuis l'élection du président de la République aucun journal n'a été saisi, aucun journaliste n'a été interpellé.

Nous noterons aussi avec une grande satisfaction que l'aide matérielle de l'état a toujours été acquise à la presse, non pour la domestiquer, mais pour lui permettre de s'exprimer.

En cela je reste persuadé que l'apprentissage est bien le ressort du progrès et que l'Algérie finira par consolider le projet démocratique et le régime de liberté qu'elle s'est assignée de construire. Elle le fera et progressivement dans tous les domaines et notamment dans celui de la presse. Mais elle le fera à la faveur d'un développement global qui seul peut réellement rendre irréversible le processus démocratique et confèrer un contenu concret aux libertés.

La proclamation formelle des droits et des libertés ne peut, à elle seule, suffire à les rendre effectives. Encore faut-il que s'établisse entre la démocratie et les libertés publiques d'une part, et le niveau de développement d'autre part, une adéquation qui seule est de nature à permettre valablement une pleine jouissance de la citoyenneté.

A cet égard c'est le droit à l'information, au sens du droit au savoir, qui exige une liberté d'expression sans contrainte et implique aussi, et peut-être surtout, un haut niveau professionnel et moral. L'adoption récente par la profession des journalistes algériens d'une déclaration d'éthique et de déontologie est un signe extrêmement encourageant en ce sens. Il serait souhaitable qu'elle suscite l'adhésion du plus grand nombre de journalistes afin que la pratique de la liberté de la presse soit constamment guidée par le principe de la responsabilité et de l'objectivité comme conditions essentielles au droit d'exercice de cette liberté.

Dans cette perspective, en définitive, le journaliste est celui qui, en même temps qu'il transmet l'information, apporte au public les moyens d'accéder aux mutations du monde et d'accompagner efficacement le processus démocratique, lent, laborieux et l'aboutissement d'un effort incontestablement apporté par chacun.

Il est vrai que le débat reste ouvert, complexe, sensible et égal à la diversité des opinions et des courants de pensées, Il sera certainement constructif à la fin de vos travaux auxquels je souhaite plein succès.
Je vous remercie de m'avoir écouté.

Abdelmadjid Tebboun
ministre de la culture et de la communication,
Alger, 3 mai 2000

 

Voir Déclaration d'Alger
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Voir Messages

Voir aussi l'intervention de Hervé BOURGES, président du CSA.