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33èmes
Assises de la presse francophone
22 - 23 octobre 2001, Beyrouth, Liban

"Communication
et culture face à la mondialisation"
ALOUETTE
Numéro 4 - Décembre 2001
Bulletin de l'Association suisse des
journalistes de langue française
Sommaire
1. - La presse francophone est de retour au Liban
par Jean-Louis BERNIER
2. - L'UIJPLF devient l'UPF par Daniel FAVRE
3. - 1992-1994-2001: trois visions de Beyrouth
par B. ROSAZZA
1. - La presse francophone
est de retour au Liban
par Jean-Louis BERNIER
La presse francophone connaît bien
le Liban: c'est la quatrième fois qu'elle s'y réunissait,
du 18 au 24 octobre, à Beyrouth. C'est dire que le
Pays du Cèdre ne lui est pas étranger. Avoir
maintenu ces assises-là, dans le contexte international
que l'on sait, alors que le Sommet de la francophonie des
chefs d'Etat et de gouvernement sur le « dialogue
des cultures » était reporté, a cependant
touché nos hôtes, qui nous ont exprimé
remerciements et gratitude.
Un programme bien rempli pour les quelque 130 participants
de 33 pays. Un thème, «Communication et culture
face à la mondialisation, sur lequel nous n'avons
pas fini de discourir; des réceptions, de belles
découvertes touristiques, le centre d'une capitale,
ancienne ville de Phénicie, puis colonie romaine,
qui renaît de sa destruction due à une très
longue guerre civile; un pays, disons-le, où la présence
syrienne - mais où est le péril intérieur?
- est bien visible; une presse locale francophone qui se
meurt doucement: voilà ce qu'il nous a été
donné de voir « sur le terrain ».
Des discours, il y en eut. Retenons, dans le désordre,
ces quelques propos du ministre de la Culture, Ghassan Salamé,
qui a salué dans le journalisme « un humanisme
qui trahirait sa vocation en cessant de tendre vers l'objectivité
ou en ne faisant pas place aux valeurs ». Et le
ministre de déclarer: « ( ... ) vous prenez
moins de risques en vous réunissant à Beyrouth
qu'en marchant dans certaines capitales du monde ( ... )
votre héroïsme doit par conséquent être
modérément revisé ».
De Camille Menassa, directeur administratif de L'Orient
- Le Jour et président de la section libanaise
de l'Union: « Un sociologue américain critique
ceux qui vantent les bienfaits de la mondialisation et qui
prétendent qu'elle offre au consommateur ( ... )
une grande liberté de choix.» Et d'illustrer
son propos par l'exemple d'une publicité en faveur
d'une chaîne de fabrique de pommes de terre du Middle
West: « Nous vous offrons la liberté parce
que nous vous donnons le choix de la sauce d!accompagnement.»
Il est à craindre que, dans un monde mondialisé,
la liberté ne ressemble de plus en plus au choix
de la sauce d!accompagnement... du seul plat disponible.
A Koraytem, nous étions accueillis, avec un luxe
de mesures de sécurité, par le premier ministre
Rafik Hariri et par la députée du Sud Bahia
Hariri. Après avoir condamné les attentats
du 11 septembre, « des actes terroristes que l'Islam
ne justifie pas », M. Hariri a indiqué
que ces actes terroristes « ont porté préjudice
à l'islam ».
Dans son discours de clôture, le président
de l'Union, Hervé Bourges, a relevé que «
la liberté de l'information est toujours le premier
ennemi de ceux qui ne souhaitent pas voir triompher la démocratie,
la tolérance, l'ouverture ». Et de poursuivre:
« Souvenons-nous des centaines de journalistes
assassinés en Algérie ( ... ) par des terroristes
islamistes, formés dans les mêmes camps afghans
que ceux qui viennent de frapper l'Amérique.»
Le président l'a rappelé: « Nos confrères
doivent pouvoir circuler librement pour faire leur travail
de journalistes. Et dans le même ordre d'idée,
il est également regrettable qu'ils doivent aujourd'hui
changer de passeport pour se rendre au Liban s'ils sont
passés auparavant, dans le cadre de l'exercice de
leur métier, par Israël. A quoi riment ces hypocrisies?»
Du tourisme
Ce petit pays (10 452 krn2, 4 millions d'habitants) aux
racines orientales, mais qui manifeste, dans les villes,
un attrait pour l'Occident, est riche de sites, de vestiges,
témoins de civilisations et de cultures qui se sont
succédées. Il faut voir Baalbek (Heliopolis)
et ses trois temples dédiés à Jupiter,
Bacchus et Vénus, Tyr (Sour), patrimoine mondial
de l'Unesco, à 79 km au sud de Beyrouth, qui affronta
Nabuchodonosor et Alexandre le Grand, Sidon (Saïda),
capitale administrative et économique du Sud; Byblos
(Jbeil) parmi les sites archéologiques les plus riches
du pays; Tripoli (Trablos), deuxième ville du pays
et la colline où se dresse le château croisé
de Raymond de Saint-Gilles.
Un mot sur la cuisine. Le mezzé est un festival
de hors-d'oeuvre, l'arak un alcool de raisin parfumé
à l'anis (c'est fort... mais bon). Viande de mouton
ou d'agneau, poissons, constituent des plats délicieux.
Légumes et fruits sont abondants. Les vins sont de
bonne qualité... et on peut manger à toute
heure du jour et de la nuit.
Jean-Louis Bernier
2. - L'UIJPLF devient
l'UPF
par Daniel FAVRE
Notre section appartient désormais à l'UPF,
c'est-à-dire à I'Union internationale de la
presse francophone ... une dénomination et un sigle
plus faciles à prononcer que l'horrible «UIJPLF»!
Ce changement ne se borne pas à un jeu d'étiquettes
et de logos sur nos documents officiels. Hervé Bourges,
président de l'Union, attend de cette modification
qu'elle corresponde à un véritable acte de
relance de notre association. Il espère être
entendu par toutes les sections, y compris par ses confrères
français si faiblement représentés
à Beyrouth.
Redonner un nouvel élan
Si l'UPF est cinquantenaire, si elle s'est élargie
à toute la planète, elle doit se remettre
en question et améliorer son efficacité. Le
comité international constate que d'autres organisations
bénéficient d'une plus grande présence
médiatique et que les préoccupations des journalistes
d'Afrique et d'Europe de l'Est ont de la peine à
être entendues. Afin de «bouger», le comité
intemational a créé un organe «stratégique»,
chargé de dynamiser les liens avec les sections,
de mieux faire entendre la voix de l'UPF et de trouver le
financement de nouvelles activités. Il a également
accepté notre projet de congrès
international en Suisse, accompagné d'aides permettant
à de jeunes journalistes de venir découvrir
les particularités de notre pays.
A retenir des recommandations finales
- Les nouveaux défis dus à la mondialisation
des communications et le risque de déboucher sur
une forme de pensée unique à l'échelle
de la planète.
- L'avenir de l'internet au service des médias africains.
- La place prioritaire de la formation. Un plan d'action
sera discuté lors des prochains états généraux
en février 2002 à Libreville au Gabon.
Présence palestinienne et irakienne
Lors des réunions du comité international
à Beyrouth, Hervé Bourges a, pour la première
fois, rencontré ses vice-présidents et les
délégués. Tous n'étaient malheureusement
pas au rendez-vous en raison du report du sommet des chefs
d'Etat de la francophonie ou par crainte d'attentats.
A noter la participation insolite d'une délégation
de l'Irak qui ne parlait pas le français!
En revanche, nous avons noué de fructueux contacts
avec les membres de la section palestinienne venus rappeler
que leur presse est la cible quotidienne de menaces et d'agressions.
Afin de mieux comprendre leurs angoisses, ils nous invitent
d'ailleurs à venir découvrir la réalité
sur le terrain.
Dans ce contexte, le congrès a dénoncé
les actes de violence et de détention arbitraire
à l'encontre de nos confrères au Proche-Orient,
également en Afghanistan et au Togo. Les participants
ont d'ailleurs appelé les chefs d'Etat de la francophonie
à mettre tout en oeuvre pour favoriser l'adoption
de dispositions légales dans tous les pays francophones
excluant les peines de privation de liberté et d'emprisonnement
pour les infractions de presse, et de répondre à
l'appel pour «une amnistie générale
de l'ensemble des condamnés pour délits de
presse».
Des dossiers... à suivre.
Daniel FAVRE
3. - 1992 - 1994 - 2001:
trois visions de Beyrouth
par B. ROSAZZA
La première vision de Beyrouth fut pour nous un
choc. C'était en 1992, peu après la fin des
conflits qui ont mis la ville à feu et à sang.
La vue des ruines modernes avait quelque chose de poignant,
sentiment encore exacerbé par le silence environnant:
pas de cris d'enfants, peu de voiturcs, les rues entourant
la place des Martyrs barrées par des gravats pour
éviter des accidents dus aux mines. Les immeubles
de caractère du centre ville étaient pratiquement
tous touchés par l'impact des obus, blessés,
mutilés. Des herbes folles, des figuiers sauvages
émergeant des ruines, plus aucune vitre aux fenêtres,
mais des lambeaux de toile et, çà et là,
la lueur d'une bougie.
Puis, en 1994, ce fut également un choc: revisitant
le centre de la ville, nous nous y sommes trouvés
au moment où les immeubles s'effondraient par implosion,
où la poussière prenait à la gorge,
où l'on sentait le sol trembler sous les chocs. Quelques
jours plus tard, nouvelle surprise: la place avait été
rasée, les bulldozers avaient accompli leur oeuvre
de nettoyage, on pouvait déjà voir les bordures
des futurs trottoirs de cet endroit voué à
une prochaine reconstruction.
Les années ont passé... De retour à
Beyrouth en octobre dernier, nous avons redécouvert
le centre ville tel qu'il était probablement autrefois,
mais encore sans vie: net, pimpant, trop bien arrangé,
ripoliné. Cependant, les immeubles qui ont pu être
sauvés ont été restaurés dans
le respect de leur style, ceux qui étaient trop touchés
ont été rasés, puis reconstruits d'après
les plans originaux. Il reste à espérer qu'après
avoir retrouvé ses églises, mosquées
et autres bâtiments prestigieux, tels celui de la
municipalité ou le Grand Sérail, le coeur
de Beyrouth retrouve également une âme et ...
le goût de la vie! Sur ce dernier point, on peut faire
confiance aux Beyrouthins!
B. ROSAZZA
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