|
33èmes
Assises de la presse francophone
18 - 24 octobre 2001, Beyrouth, Liban

"Communication
et culture face à la mondialisation"
Message de M. Boutros
BOUTROS-GHALI
Secrétaire général
de l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF)
lu par S.E. M. Claude BOUCHER,
ambassadeur.
Beyrouth,
Hôtel Phoenicia, lundi 22 octobre 2001
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général international,
Mesdames, Messieurs et ChersArnis,
Je voudrais, tout d'abord, vous féliciter de votre
présence, ici, à Beyrouth.
Nous savons tous dans quelles circonstances a dû être
reporté le lXème Sommet des chefs d'Etat et
de gouvernement qui devait se tenir au Liban.
Mais j'ai fait, aux autorités libanaises, deux promesses.
La première est de tenir ce Sommet, à l'automne
prochain, à Beyrouth.
La seconde promesse est de maintenir, et même d'amplifier,
durant toute cette année, les manifestations francophones
dans la capitale du Liban, de manière à marquer
la solidarité de la Francophonie toute entière,
à l'égard de nos amis libanais. De manière
aussi à entretenir la belle flamme militante qui
est celle du Liban tout entier à l'égard de
la langue française.
Vous êtes, ici même, par votre présence,
l'expression de la solidarité francophone. Les Ambassadeurs
de la Francophonie. Et je veux vous en remercier.
A vrai dire, il n'est pas étonnant que ce soit les
journalistes et le monde de la presse qui aient, les premiers,
répondu présents à cet appel de la
solidarité.
Vous êtes, par définition, non seulement des
hommes et des femmes de terrain, non seulement les observateurs
attentifs des affaires du monde, mais vous êtes aussi
les témoins et les porteurs de valeurs fondamentales
qui ont pour noms : la liberté, la tolérance,
la communication, c'est-à-dire le rapprochement entre
les peuples.
Ce devoir d'information, vous savez le porter au plus haut
niveau et dans les conditions les plus difficiles.
Et je voudrais, à cet égard, en tant que
Secrétaire général de la Francophonie,
vous suggérer d'adopter une motion pour la libération
de Michel Peyrard et de ses confrères, injustement
retenus !
Il en va de l'idée commune que nous nous faisons
du lien entre information et démocratie. Cela rejoint
d'ailleurs la vaste réflexion que la Francophonie
a menée cette année autour de l'idée
démocratique, et qui a donné naissance à
la Déclaration de Bamako.
L'ensemble des ministres de la Francophonie a pris, à
cette occasion, l'engagement solennel de «veiller
au respect effectif de la liberté de la presse et
assurer l'accès équitable des différentes
forces politiques, aux médias publics et privés,
écrit et audio-visuel, selon un mode de régulation
conforme aux principes démocratiques.»
La Déclaration de Bamako a, dans cet esprit, affirmé
que la liberté de la presse était l'une des
conditions essentielles de ce qu'elle appelle encore «
une vie politique apaisée ».
J'ai eu l'occasion de le dire à maintes reprises.
Et je veux encore le déclarer aujourd'hui devant
vous : la Francophonie ne situe pas son combat dans une
perspective défensive. Il ne s'agit pas de défendre
la langue française contre je ne sais quel ennemi,
mais bien au contraire, de l'ouvrir aux autres, de l'ouvrir
au monde.
À travers la défense du français,
nous voulons défendre le plurilinguisme et, dans
cet esprit, notre défense du plurilinguisme est aussi
un combat pour la diversité culturelle.
Ce combat pour la diversité culturelle a trouvé
son aboutissement récent en Francophonie avec la
Déclaration de Cotonou, autre grand pilier normatif
de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Cette exigence de la diversité culturelle est aussi
la vôtre. Et elle signifie notamment que, dans le
domaine de la presse, la diversité ne peut avoir
de sens que si deux conditions sont réunies : une
liberté de penser et d'informer sans entraves,
une capacité économique à exercer cette
liberté.
C'est bien là, aussi, un obstacle réel auquel
vous avez raison de réfléchir. Les inégalités
de développement sont des entraves à la liberté
de la presse aussi redoutables que celles qu'instaurent
les régimes non démocratiques. Les unes et
les autres vont, hélas, souvent de pair.
Il faut donc mener en permanence un double combat : combat
politique au nom de la démocratie, combat économique
au nom de l'égalité.
Nous connaissons tous les difficultés de la presse
du Sud. Nous craignons tous le mur numérique qui
menace de diviser le monde.
Je vous demande donc non seulement de réfléchir
à ces problèmes, mais encore, et surtout,
de suggérer les réponses que nous pourrions
ensemble y apporter.
Vous êtes, depuis longtemps, un partenaire essentiel
des institutions multilatérales francophones.
C'est au nom de ce long compagnonnage que je souhaite que
vous me fassiez parvenir vos propositions - les plus concrètes
possible - pour que la Francophonie puisse mieux aider la
presse à remplir sa mission.
Je souhaiterais que ces assises soient l'occasion, pour
vous, d'établir un ensemble de priorités que
vous pourriez me soumettre et que je m'engage, dès
à présent, à présenter à
nos opérateurs en vue de leur mise en oeuvre.
Depuis longtemps, et par expérience, je sais que
c'est en s'appuyant sur la société civile,
que c'est en rencontrant les praticiens, que c'est en écoutant
les professionnels que les organisations internationales
trouvent les meilleures méthodes pour sortir de ses
pesanteurs bureaucratiques et de ses programmes traditionnels.
J'ai, depuis longtemps, une certaine aptitude à
bouleverser les habitudes des organisations internationales.
Je compte bien continuer dans cette voie.
Mais j'ai besoin de vous. De la connaissance que vous avez
de ces dossiers. Du militantisme dont vous avez toujours
témoigné. De l'originalité de vos analyses.
Ce n'est donc pas, vous le voyez, un simple message d'encouragement
et de soutien que je souhaite aujourd'hui vous faire parvenir.
Mais un véritable programme de travail que je voudrais
vous suggérer.
C'est, me semble-t-il, la meilleure manière de vous
dire l'importance que j'attache à votre existence
et à vos travaux. La meilleure manière de
vous dire l'espoir que je mets dans ces 33èmes Assises
de la Presse francophone.
Vive la Francophonie !
Boutros BOUTROS-GHALI
Secrétaire général de l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF)
Hôtel Phoenicia, Beyrouth, lundi 22 octobre 2001
|