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Assemblée générale
de l'Union des radios et télévisions arabes (ASBU)

Alger, Algérie, lundi 20 décembre 2004

Discours d'Hervé Bourges
président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)

« Dialogue des civilisations et rôles des médias audiovisuels »

La culture n'est pas un élément extérieur, incident, qui viendrait se greffer sur une société. La culture est l'expression d'une société. C'est à travers sa culture qu'une société façonne sa représentation du monde, et d'elle-même, son identité au sens le plus profond du terme, c'est à dire ce en quoi elle se reconnaît singulière, différente.

Parler du dialogue des cultures et des civilisations, ce n'est pas seulement parler de la rencontre d' intellectuels ou de professionnels de la communication qui ensemble, dans un lieu tel que celui-ci, peuvent s'écouter réciproquement, se comprendre, et même, le plus souvent, s'entendre, dans un mutuel respect. Parler du dialogue des cultures, c'est aussi, inévitablement, parler des rapports de force qui structurent les relations entre les Etats, voire entre les grands ensembles culturels et humains.

Si l'on n'a pas en permanence en tête les conséquences du 11 septembre 2001 sur les relations entre les pays arabes et les pays occidentaux, on ne peut donc rigoureusement pas parler des rapports culturels qui existent ou doivent se développer entre le monde arabe et le monde occidental, l'Europe en particulier, et au sein de l'Europe, la France.

Une fois cette référence fondamentale posée, une deuxième considération entre en jeu, qui concerne le monde arabe lui-même, vu à travers le prisme des cultures occidentales : il n'est pas unique, pas plus que les arabes ne sont eux-mêmes unis lorsqu'il s'agit de leurs rapports avec l'Occident. Il y a plusieurs cultures arabes dans notre regard occidental et français, et elles ne renvoient pas toutes à la même image, aux mêmes valeurs ni aux mêmes émotions. Le monde arabe ne présente pas à nos yeux une façade unie : sa diversité fonde son traitement différencié y compris par nos intellectuels et nos hommes de culture.

I. Démêler le faisceau des regards occidentaux

Je commencerai donc par interroger le regard de l'Occident pour en percevoir la disparité, ses causes et ses conséquences.

Les cultures occidentales, insérées dans le tissu historique et idéologique de leurs pays respectifs, n'offrent pas toutes la même lecture des réalités politiques ou sociales arabes. Première grande ligne de fracture, la vision européenne face à la vision américaine. C'est sans doute un effet de la proximité géographique et historique, de l'existence d'un très long passé commun et d'échanges culturels et humains réguliers : les pays européens ont tous une histoire commune avec les pays arabes.

Regards européens

L'Allemagne et l'Autriche par exemple ont tissé avec la Turquie des rapports intimes, à travers des siècles d'affrontements, en Europe Centrale en particulier… L'Angleterre a pour certains pays du Moyen-Orient, ou encore pour l'Egypte, des yeux pleins d'attention ou de fraternité, résultats de décennies de combats solidaires, de rêves partagés ou de projets politico-diplomatiques communs. Dans le même temps la France a de longue date déployé une véritable "politique arabe", en direction de ses anciennes zones d'influence, Maroc, Algérie, Tunisie, Liban, Syrie… Cette politique s'accompagne évidemment d'une valorisation de ces pays, et d'une reconnaissance forte de leur identité culturelle et de leur héritage.

Nous héritons donc dans notre vision du monde arabe d'une longue tradition mariant objectivité et subjectivité. Dans l'inconscient collectif français l'image du monde arabe contemporain se construit aussi à partir d'une double source "mythologique" ou symbolique : d'une part les représentations médiévales du
"barbare" et de "l'infidèle", associées aux Croisades, d'autre part les analyses stratégiques et politiques de la fin de la Renaissance et de l'époque classique sur l'Empire turc, siège d'un état moderne et puissant.

L'historien Guy Turbet-Delof a décrypté dans sa thèse l'image de "l'Afrique barbaresque" dans les représentations littéraires françaises aux XVIe et XVIIe siècles : il distingue dans l'imaginaire collectif occidental deux pôles fondamentaux : d'abord la représentation médiévale de l'infidèle comme un "barbare" (intempérance, vénalité, brutalité, paillardise, perversions, cruauté). C'est une idéologie, celle qui nourrit la pratique des croisades. A la fin du XVIe siècle, elle cède la place à la représentation de l'arabe comme un "Romain", avec les qualités qui y sont associées traditionnellement : endurance, discipline, sobriété, simplicité, efficacité… C'est exactement le contraire.

Bon exemple de ce renversement dialectique, le diplomate savoyard René de Lucinge, analysant l'Empire turc à la fin du XVIe siècle, souligne que cette "superpuissance" de l'époque "a mieux fondé ses moyens et sa puissance que ne firent les Romains, lors même qu'ils furent dans leur plus grande et entière grandeur". Le compliment n'est pas mince, dans un texte qui date de 1588 ! Il témoigne d'un retournement de l'opinion publique française qui sera confirmée, quelques décennies plus tard, par l'alliance entre Louis XIV et celui qui représente alors le monde arabo-musulman, c'est-à-dire le Grand Turc.

Quelle leçon pouvons-nous tirer de cette analyse historique de l'image des Arabes et de leur culture dans le regard des créateurs et des politiques français du Moyen-Age et de la fin de la Renaissance ? La réception d'une culture est avant tout un fait idéologique, qui correspond à un jeu de rapports de forces et d'intérêts économiques et stratégiques. Là où il y a conflit politique et militaire, il n'y a pas d'écoute de l'autre, il n'y a pas d'estime possible pour sa culture, de respect possible pour son identité.

A l'inverse, lorsqu'il y a coexistence pacifique voire bonne entente entre les pays, on assiste à une valorisation culturelle de l'autre, à une réception attentive et respectueuse, à une valorisation des différences.

Dernière leçon de l'histoire, le regard sur une culture ne se renverse pas en un jour, mais il est fragile : on assiste à la fois à des phénomènes de continuité, à une répétition des images d'Epinal, à une inertie des représentations, et à des évolutions rapides et frappantes, au moment d'un conflit par exemple.

Il est parfaitement vrai que le regard de la France sur le monde et la culture arabes s'est cristallisé au cours de nombreux siècles de respect mutuel et de tolérance réciproque. Naguib Mahfouz, dans le discours qu'il a prononcé à Stockholm au moment de la remise de son Prix Nobel, évoque l'image très forte de ces conquérants arabes de Constantinople, réclamant en rançon de leurs prisonniers des livres, des œuvres d'art, des archives, hérités de l'Antiquité grecque via l'Empire Romain d'Orient, afin qu'ils puissent être étudiés et traduits.

Les Français savent qu'une très grande partie de ce qui a nourri leur Renaissance, la redécouverte des racines culturelles antiques de la civilisation européenne, a été retrouvé à partir de sources arabes, de bibliothèques et d'œuvres de savants qui honorent le monde arabo-musulman… C'est ce monde que nous restitue aujourd'hui, la très riche et très juste série documentaire de Mahmoud Hussein, "Lorsque le monde parlait arabe", diffusée par une chaîne française, France 5.

Il n'est pas sans importance que cet arrière-plan culturel existe en France, comme il existe, différemment, en Allemagne ou en Angleterre, au Portugal ou en Italie. Je tiens à souligner que les racines du regard français sur le monde arabe sont antérieures au XIXe siècle et qu'elles préexistent donc à l'épisode, à la parenthèse, que constitue l'époque coloniale, où l'expansion occidentale s'est faite pour partie aux dépens des pays et des régions qui étaient aux frontières de l'Europe et qui n'avaient pas connu jusque là leur révolution industrielle.

Aujourd'hui, nous assistons, que nous le voulions ou non, à un affrontement tragique entre des fondamentalistes fanatisés et un monde occidental qu'ils rejettent absolument, au premier rang duquel les Etats-Unis d'Amérique sont les premiers visés. Et cet affrontement rejaillit nécessairement sur les représentations collectives du monde arabe et de sa culture. Et ceci, même en France.

Bien sûr, nous savons tous que les cultures arabes, dans leur prodigieuse diversité, ne se résument pas à l'islam, mais nous savons tous aussi que l'islam est au cœur de toutes les cultures arabes, comme le christianisme a été pendant des siècles au cœur du vécu culturel occidental. Comme le confucianisme est inhérent aux structures mentales et même politiques qui se sont développées en Chine au cours des siècles.

Donc il n'est pas indifférent que ce soit au nom de l'islam que le combat anti-occidental soit mené, même s'il s'agit souvent d'un islam dévoyé, caricaturé, simplifié et radicalisé. L'effort à accomplir pour que les cultures occidentales s'ouvrent aux cultures arabes s'avère de jour en jour plus nécessaire.

Regard américain

Ceci est d'autant plus vrai dans la vision utilitariste et purement contemporaine de certains médias américains mais aussi occidentaux qui présentent du monde arabe une image caricaturale, et que je synthétiserais volontiers en un triptyque ramassé : pétrole, Islam, terrorisme.

D'abord, les Etats-Unis se sont essentiellement intéressés au monde arabe en général et au Proche-Orient en particulier à cause du pétrole et à l'élément fondamental qu'il représente dans le développement économique capitaliste dont ils sont le chef de file et le premier bénéficiaire. C'est le cas, très nettement, depuis la dernière guerre mondiale, et c'est plus que jamais le cas aujourd'hui.

Le discours culturel ou médiatique est aussi une arme de guerre

Le risque est grand aujourd'hui d'une assimilation, par le discours médiatique dominant, de tous les Arabes aux terroristes de la mouvance Ben Laden, et même de tous les musulmans aux intégristes islamistes. Ce risque n'est pas obligatoirement le résultat d'une volonté délibérée, d'une décision qui tendrait à manipuler l'opinion publique, d'un complot médiatique, que certains se complaisent à dénoncer… La vérité est plus simple : un média est d'abord le reflet d'une opinion publique et répond d'abord aux attentes de celle-ci : en période de guerre, c'est le corps social tout entier qui rejette les paroles discordantes !

Nous sommes donc en train de vivre une situation historique décisive pour les relations entre le monde arabe et le reste de l'humanité, parce que les représentations symboliques et imaginaires qui y seront associées dans les supports culturels de la plus grande puissance du monde occidental, seront, tant que durera la situation d'affrontement dans laquelle nous sommes placés, des images dépréciatives, caricaturales, des analyses simplificatrices, soupçonneuses, inquiètes.

Or cette guerre contre le terrorisme, si elle dure aussi longtemps que promis par le Président des Etats-Unis quand il l'a officiellement déclarée, c'est-à-dire une ou deux décennies, si elle garde les formes d'un affrontement du monde occidental avec l'image projetée d'une hydre islamiste disséminée sur tous les continents, va nourrir d'année en année l'imaginaire américain, et progressivement l'imaginaire occidental, d'une vision réductrice du monde arabe et de l'Islam à la fois.

Vous me pardonnerez ce diagnostic, qui peut paraître bien noir : sauf que depuis quelques années, les diagnostics les plus pessimistes se voient souvent non seulement vérifiés, mais dépassés.

Toutes les déclarations de principes et les protestations d'amitié n'y changeront rien : cette stigmatisation sera irrémédiablement entraînée par le rôle décisif de l'idéologie dans la conduite du combat engagé, a fortiori contre un ennemi mal identifié et peu reconnaissable.

Un risque réel de contagion idéologique

Dès lors l'Europe risque de subir une contagion idéologique préjudiciable au maintien de ses rapports privilégiées avec le monde arabe. Le pamphlet antimusulman de la journaliste italienne, Oriana Fallaci, La Rage et l'Orgueil, brasse dans une hostilité radicale et explicite tous les poncifs du racisme et de l'islamophobie dans un appel à un sursaut occidental qui prend une tonalité prophétique et menaçante en décrivant la guerre engagée par Al Qaïda: "Une guerre qui ne vise peut-être pas à la conquête de notre territoire, mais certainement à celle de nos âmes. A la disparition de notre liberté, de notre civilisation. A l'anéantissement de notre manière de vivre et de mourir, de prier ou de ne pas prier, de manger, de boire, de nous vêtir et de nous dévêtir…Vous ne comprenez pas ou vous ne voulez pas comprendre que si nous ne nous défendons pas, le Djihad vaincra…" Ce pamphlet d'une violence aveugle est-il publié par une maison d'édition marginale ou à petits tirages ? Pas du tout : traduit de l'italien, il est repris par Plon, l'un des principaux éditeurs parisiens…

Je veux ici aujourd'hui sonner l'alarme : nous sommes à un carrefour de l'histoire. La manière dont chaque nation, et chaque peuple, définit ses rapports avec le monde arabe, sa culture, et sa religion dominante, l'Islam, entraîne par la même occasion une prise de position dans un conflit à la fois idéologique, identitaire, et militaire. C'est exactement ce dont les extrémistes des deux bords rêvaient.

Une mobilisation culturelle est nécessaire

Face à ces évolutions qui peuvent apparaître irrémédiables, il est important de décréter une mobilisation culturelle afin que nous nous donnions les moyens de reconstruire l'image du monde arabe et de ses cultures, que nous nous dotions des outils de rayonnement culturels nécessaires à une meilleure connaissance et reconnaissance des valeurs et des atouts des cultures arabes, du Maghreb jusqu'au Proche-Orient.

Et nous pouvons nous appuyer pour cela sur plusieurs caractères particuliers de l'Europe et de la France contemporaines.

Première dimension profondément originale du regard que portent les français sur la culture arabe, c'est un miroir. Il renvoie aussi à une partie de la population de notre continent une image dans laquelle elle peut reconnaître son propre visage.

Il me paraît nécessaire de traiter ce thème de manière plus approfondie que je ne peux le faire aujourd'hui : la perception collective du monde arabe dans un pays comme la France est aussi un regard que nous jetons sur nous-mêmes, parce que nous sommes une société mixte qui comprend un grand nombre de citoyens dont les racines sont au Maghreb, au Proche-Orient ou en Afrique, en tous les cas dans des pays majoritairement musulmans. Le regard que les intellectuels, les créateurs et les médias français jettent sur le monde arabe et l'Islam est donc un regard partiellement spéculaire.

C'est une réalité qui m'a été très sensible, dans le cadre de "L'Année de l'Algérie" en France en 2003, dont les Présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika m'avaient fait l'honneur de me confier la présidence :

nous avons été chaque jour confrontés à une multiplicité de projets qui révèlaient l'imbrication entre les sociétés algériennes et françaises, la parenté profonde qui les unit, le profond désir de dialogue culturel qui les anime.

Une imbrication culturelle réciproque qui se traduit par la présence en France même de multiples artistes, créateurs, intellectuels d'origine algérienne, dans tous les domaines, comme par une réelle vitalité de la Francophonie en Algérie. La création algérienne francophone est riche, plurielle, libre. Elle joue un rôle dans l'animation intellectuelle et civique du pays.

On l'a vu en cette année 2003 avec des émissions de télévision qui furent parfois émouvantes : les fils n'ont jamais été rompus et la continuité de la relation culturelle n'a jamais été remise en cause.

Une pluralité de regards

Evoquant le cas spécifique de l'Algérie, j'en arrive évidemment à une autre caractéristique fondamentale du regard des français sur les cultures arabes. Aux yeux des créateurs français, et à juste titre, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Egypte, la Palestine, le Liban, la Syrie, l'Irak, les Pays du Golfe, constituent autant d'entités différentes non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan culturel, linguistique, et même religieux.

C'est la première parade contre une vision simpliste du monde arabe. Les traits qui rapprochent tous ces pays sont connus de nous, mais aussi les différences qui les séparent, voire les opposent.

On connaît la thèse développée en 1993 par le directeur des études stratégiques de Harvard, Samuel Huntington, dans son livre intitulé Le choc des civilisations. Il mettait en avant les conflits à venir entre les "huit cultures" entre lesquelles il partageait le globe, et en particulier entre trois d'entre elles : les cultures occidentale, confucéenne et islamique. Huntington concluait par ces mots : "Le monde n'est pas un. Les civilisations unissent et divisent l'humanité… Le sang et la foi : voilà ce à quoi les gens s'identifient, ce pour quoi ils combattent et meurent."

Cette vision du monde a sous-tendu la guerre contre le régime irakien. C'est elle qui porte le combat américain contre le terrorisme mondial depuis le 11 septembre, terrorisme essentiellement identifié comme islamiste et dont le chef de file est toujours l'introuvable Oussama Ben Laden. Aussi introuvable que les fameuses armes de destruction massive qui justifièrent l'occupation de l'Irak par les armées américaine, anglaise et polonaise. Aussi irréel que toute représentation d'un monde arabe unique et indifférencié.

II. Place et rôle des médias dans un contexte historique brouillé

Il n'est plus possible de regarder l'espace audiovisuel dans lequel nous nous situons comme nous le faisions jusqu'à la fin du XXe siècle. Vous y êtes sans doute aussi sensibles que moi : nos chaînes sont désormais mondiales. Au Maghreb, au Proche-Orient, comme en Europe et en Amérique, les programmes d'information sont retransmis sur internet mais également par satellite.

La radio et la télévision sont passées de l'ère de la rareté à l'ère de la profusion. On peut se moquer de la qualité de certaines diffusions, du parti pris des commentaires, de l'utilisation morbide et dégradante des images, mais le mouvement qu'elles engagent est profond, large, durable : nous sommes passés, avec armes et bagages, dans l'ère de la communication universelle. Des discours plus prudents ou frileux peuvent bien être tenus par ceux qui redoutent les conséquences de cette mutation : ils n'ont pas prise sur elle, et ils seront contraints demain, faute d'avoir anticipé les bouleversements en cours, à des révisions déchirantes.

Parlant de communication universelle, je ne parle pas seulement d'internet. Avec la numérisation des réseaux, les sources d'images tendent à se multiplier : la France émet d'ores et déjà plus de cent cinquante chaînes thématiques spécialisées, qui sont proposées aux câblo-opérateurs pour figurer sur leurs offres, et aux sociétés qui commercialisent des offres satellitaires payantes pour qu'elles les intègrent à leurs bouquets. Ces offres vont de plus en plus largement être reprises dans le monde et en particulier en Afrique par des opérateurs de bouquets.

Cela signifie que l'audiovisuel devient de plus en plus ouvert, contradictoire, pluraliste et pluriel : dans l'ordre, internet, le satellite, le câble et le numérique hertzien ouvrent les frontières et créent de nouvelles manières de consommer la télévision, de nouvelles communautés aussi, virtuelles, mais non moins fortes.

Ce qui doit nous amener à nous interroger sur la place de nos identités, sur la manière de les préserver, ou de les faire s'épanouir, dans un environnement culturel et un monde de références nouvelles.

Ce que nous serons demain, l'histoire par rapport à laquelle nous nous construirons, tout cela dépend de la manière dont nous organisons notre participation à la société de l'information qui est en train de se constituer autour de nous, insensiblement, sans que pour l'instant nous prenions véritablement garde à la fois aux principes qui la guident et aux conséquences qu'ils vont entraîner sur notre quotidien.

Ces conséquences ne sont pas seulement culturelles ou symboliques, elles sont aussi sociales et politiques. Il s'ensuit une double évolution : d'une partie heureusement croissante de la société, le sentiment qui prévaut est celui d'une impatience devant un changement en cours, qui ouvre des possibilités nouvelles d'activités, de déplacements, des accès nouveaux à la responsabilité et à la citoyenneté. Mais pour une part non négligeable de nos concitoyens, une angoisse naît de ces mutations dont il est difficile de mesurer a priori l'ampleur et les effets : angoisse de voir se diluer les proximités et les garanties qu'elles offrent dans un tout universel où rien n'est plus assuré.

Donc au cœur de la société de l'information nous sommes en permanence confrontés à cette angoisse : qui serons-nous demain, nous demandent les téléspectateurs, quels seront notre statut et notre place, quels moyens aurons nous de peser sur notre propre destin. D'où une inquiétude proprement démocratique qui s'exprime de diverses manières, mais qui traduit de plus en plus une défiance dans des élites politiques accusées à la fois d'impuissance et d'éloignement des réalités.

Ce n'est pas aux médias seuls d'apporter les éléments de réponse à cette angoisse. Mais c'est à eux, sans nul doute, de contribuer à un débat public qui permette d'orienter leurs lecteurs ou leurs téléspectateurs vers les bonnes pistes d'interprétation du monde contemporain.

C'est à eux notamment de leur faire admettre un point fondamental : la valeur de la diversité. Diversité des cultures et diversité des mœurs, diversité des traditions, des religions et des appartenances, décalages utiles et féconds entre les sensibilités et les perceptions historiques. C'est aux médias de devenir des écoles de tolérance et de travailler à l'ouverture des esprits, au lieu, comme il le font souvent, de conforter les conformismes et les conservatismes les plus étroits, travaillant ainsi à l'exclusion et à la division.

Dans une société de l'information mondialisée, dans une économie qui a désormais le globe terrestre entier pour marché, la politique elle-même et la démocratie doivent parvenir, par un effort considérable, à dépasser le cadre des frontières nationales. Ce mouvement, les médias ont commencé, il y a déjà plusieurs années, à l'engager. Ensemble, nous pouvons tisser ce nouvel espace de référence intellectuel et culturel qui permet un authentique dialogue politique entre les peuples.

Nos contemporains cherchent à comprendre et à connaître le monde dans lequel ils vivent. Or ce monde leur apparaît différent de tout ce que les outils de représentation dont ils disposaient traditionnellement figuraient. En France, nous sommes confrontés à la question européenne et les français refusent d'avoir une attitude d'aveuglement ou d'inconscience par rapport aux révisions que l'intégration européenne leur impose : les abandons partiels de souveraineté qu'ils ont acceptés, ils refusent aussi qu'ils se traduisent par une perte de contrôle démocratique.

Or les structures dans lesquelles la démocratie s'exprime jusque là au niveau européen sont encore frustrantes, imparfaites, mal connues ou non reconnues. D'où une insatisfaction légitime des Européens, qui ne voient pas encore clairement comment ils se gouverneront demain et comment leur liberté politique s'incarnera. C'est tout le chantier qui est aujourd'hui ouvert par les institutions européennes.

Ailleurs, dans d'autres régions du monde en particulier dans le monde arabe, les mêmes fièvres identitaires existent, qu'elles s'expriment par une volonté de renforcement de la présence sociale et politique de l'Islam considéré comme un référent commun, ou par la mise en valeur des traits culturels, linguistiques, historiques, considérés comme une forme de repère primordial auquel les effets de la mondialisation obligent chacun à se rattacher.

Toutes ces réactions sont compréhensibles, et pourtant leur coexistence paraît source de conflits nouveaux. Ainsi jamais l'expression médiatique de la réalité vécue n'a été aussi importante pour résoudre pacifiquement les oppositions, pour faciliter les transitions et les dialogues, pour empêcher la cristallisation de communautés antagonistes dans les logiques de violence et d'affrontement.

Médias et diversité culturelle

Nous savons tous que la manière dont nous conduirons la transition vers la société de l'information mondialisée est l'enjeu essentiel des prochaines années. C'est un enjeu clairement posé, notamment, par le président de la République française, Jacques Chirac, qui a fait de la défense de la diversité culturelle l'un de ses chevaux de bataille, et nous sommes parvenus à faire de cette préoccupation à la fois culturelle, démocratique et sociale une des causes communes que l'ensemble de nos partenaires européens s'accordent désormais pour défendre rejoints dans leur souci, sinon dans toutes leurs conclusions, par d'autres grands pays, comme l'Australie, certains pays d'Amérique latine, le Canada.

Qu'est-ce que signifie ce concept de "promotion des diversités culturelles", un peu étrange à l'heure où il semble si naturel de se féliciter tout bonnement de l'explosion des technologies de l'information qui font disparaître les frontières physiques et psychologiques ? Il signifie que toutes les cultures doivent se voir garantir leur accès aux réseaux mondiaux de diffusion des textes, des images et des sons.

Et il signifie qu'il existe une souveraineté des cultures, qui vaut bien les seules lois du marché, et qui en tous les cas devra être prise en compte à égalité tout au moins avec la logique libre-échangiste dans la construction et la régulation de notre paysage audiovisuel mondial de demain. Le progrès ne vaut, dit une formule fameuse, que s'il est partagé par tous. Ce que Péguy avait en son temps exprimé plus radicalement encore : "tant qu'elle laisse une personne au bord du chemin, une société n'est pas légitime". La société de l'information du IIIe millénaire ne sera viable que si le droit à l'information et l'accès à l'information sont assurés à tous.

La société de l'information ne sera donc légitime que si tous y ont accès dans les mêmes conditions, si tous les hommes, dans cet espace de communication sans frontières où nous entrons, où qu'ils se trouvent, disposent des mêmes capacités de consultation, de lecture, de visionnage et surtout d'expression.

Une culture, c'est une identité, c'est une manière de se situer et de comprendre son rapport aux autres, au sein d'une humanité qui tend à ne faire désormais qu'une seule communauté. Et c'est dans la mesure même où la communication devient mondiale, où l'information devient immédiate d'un bout à l'autre de la planète, que les cultures et l'éducation prennent une importance décisive dans la construction des identités de demain.

J'ai eu la chance d'être, à des moments très différents de ma vie, parfois un artisan du dialogue des cultures et des identités, parfois un témoin privilégié de leurs rencontres, alors même que leur co-existence était d'emblée vécue sur un mode d'hostilité ou tout au moins de concurrence vive.

Le monde entier ne peut pas se reconnaître dans le même miroir, même si ce miroir s'appelle CNN et qu'il prétend devenir un média d'information aux ambitions planétaires. Car la focale de CNN est centrée sur Atlanta. Lorsque l'on regarde la carte du monde que l'on distribue aux écoliers d'Atlanta, où se trouve l'Amérique du Sud et où se trouve l'Europe ? Lorsque l'on regarde la carte du monde dans un journal d'Asie du Sud-Est, le centre du monde est à Hong-Kong. En Europe occidentale, on considère encore le monde à partir du méridien de Greenwich… Vu d'Alger, c'est toute la diversité de l'Afrique qui frappe, et son dialogue avec l'Europe.

Une chaîne arabophone l'a compris : c'est "Al Jazeera", que la lutte contre le terrorisme et la traque de Ben Laden ont consacrée comme l'autre CNN, une chaîne internationale d'information qui est à même, en offrant une autre lecture des événements, de contrebalancer le règne de la vision américaine du monde. Mais Al Jazeera ne suffit pas à incarner le pluralisme à l'échelle planétaire ! La qualité professionnelle de ses journalistes et techniciens n'est pas en cause, mais simplement le fait qu'ils proposent eux aussi une vision du monde particulière, influencée par leurs propres valeurs, par leurs propres engagements.

Dans le même esprit, je milite depuis longtemps pour le développement d'une chaîne d'information française internationale, qui bénéficierait des mêmes efforts de diffusion par satellite que CNN, Fox News, BBC World Service, ou Al Jazeera. La décision a été prise par le président Jacques Chirac de créer cette chaîne dans des délais raisonnables.

Des premiers crédits, modestes, - 30 millions d'euros - ont été votés pour permettre au projet retenu, celui présenté par France Télévisions et TF1, de commencer à être opérationnel début 2006.

Si nous voulons que le village global soit partout à la fois, et nulle part tout entier, nous devons préserver cette diversité des regards, cet entrecroisement des univers de références. Même si toutes ces visions sont simultanées, si elles coexistent partout. Il faut que nos enfants puissent encore penser le monde à partir de ce qui forme leur environnement immédiat, à la fois physique et mental. Et pour cela il faut que la culture et les valeurs qui sont celles de leur univers de proximité soient toujours vivaces, présentes sur les nouveaux réseaux, toujours fécondes.

Car s'ils se sentent exclus du nouveau modèle de société qui se construit autour de l'information et par elle, un certain nombre de peuples, de philosophies ou de religions pourraient être entraînés vers des tentations passéistes, réactionnaires, qui seront plus ou moins violentes.

C'est aux hommes de communication de prouver que cette peur est injustifiée et que toutes les cultures peuvent trouver dans la société de l'information les moyens de leur affirmation.

Aujourd'hui la floraison d'une grande diversité de titres de presse ou de médias audiovisuels de beaucoup de pays du Sud les fait échapper au danger de l'assimilation intégrale, qui pouvait apparaître comme la contrepartie d'un développement économique calqué sur le modèle occidental.

C'est ce message de diversité, d'expansion partagée de toutes les expressions culturelles et de toutes les traditions que nous devons porter pour éviter les mouvements de repli, d'intégrisme, d'exclusion et de rejet de l'autre qui peuvent être le fait de toutes les cultures lorsqu'elles se sentent menacées.

Le travail de formation et d'adaptation aux réalités de proximité que nous jugions essentiel il y a vingt ans pour le journalisme classique, nous devons aujourd'hui le reporter sur les nouveaux enjeux de la communication planétaire, pour faire en sorte qu'elle permette de conforter les identités et de faire fructifier ce qui est actuellement l'inépuisable diversité des peuples et des inspirations.

Le véritable "village global" : une dimension politique

La société de l'information mondiale, c'est d'abord et avant tout, il n'est pas certain que cela ait été suffisamment dit, la possibilité pour l'opinion du monde entier de s'engager et de réagir, esquissant ainsi, même si ses concrétisations sont forcément encore fragiles et ses succès mesurés, l'ébauche d'un gouvernement démocratique du monde dont l'ONU pourrait être le cœur, et dont l'ensemble des organisations internationales de la galaxie onusienne seraient autant de bras diversement armés, les uns dans le domaine culturel, c'est l'UNESCO et la défense de la diversité culturelle, les autres pour le domaine commercial, c'est l'OMC, ou pour ce qui concerne la production agricole et l'approvisionnement, c'est la FAO et ainsi de suite…

Or il semble que l'évolution du monde vers un dialogue politique mondial mieux organisé soit actuellement en train de balbutier. L'exemple le plus significatif et le plus lourd de conséquences est sans doute aujourd'hui celui de la Palestine. Que penser de l'action, ou de l'inaction, de la communauté internationale, pour parvenir à imposer une solution négociée et équitable pour les deux parties ?

Que penser des conditions dans lesquelles les observateurs internationaux mandatés par le secrétaire général de l'ONU peuvent faire leur travail dans les territoires alternativement occupés, libérés, réoccupés par Israël, malgré toutes les mises en garde et les condamnations verbales exprimées… Que penser, puisque nous parlons avant tout de communication, des conditions dans lesquelles les médias peuvent travailler sur ce conflit, et je pense en particulier à tous nos confrères journalistes qui ont été blessés, ou tués, en couvrant les affrontements israélo-palestiniens ou la guerre d'Irak.

La première conséquence de la mondialisation des communications et des échanges culturels et audiovisuels, c'est donc l'élargissement de notre conscience aux dimensions du monde. En sommes-nous capables ? Sommes-nous capables de relever ce défi prodigieux ; nous situer dans un espace humain démultiplié par rapport au cercle réduit de notre expérience quotidienne ? Pouvons-nous imaginer que nous sommes tellement proches d'hommes et de femmes dont des continents ou des océans séparent et que l'éloignement géographique nous rend étrangers ?

Ce n'est pas la première fois que l'humanité va devoir s'accoutumer à une nouvelle dimension virtuelle du monde. Les étapes précédentes sont bien connues désormais, elles nous sont devenues familières : il y a l'étape de l'écriture, qui est une première virtualisation de ce qui existe autour de nous ; il y a l'étape de la technique, qui permet de virtualiser l'action et de la démultiplier ; il y a l'étape du contrat et du droit, qui est une seconde virtualisation, encore plus importante, des rapports de violence ou au contraire des rapports d'amitié. de même nous devons nous familiariser avec la nouvelle virtualisation, celle des nouveaux réseaux de communication, qui rendent la distance virtuelle, à la fois dans le temps et dans l'espace.

L'urgence de multiplier les échanges et passerelles

Je voudrais insister sur ce qui me paraît la première urgence : multiplier les passerelles et les échanges pour que la diversité soit réellement féconde et qu'elle se traduise par une tolérance renforcée.

La tolérance n'est pas une vertu "molle", ce n'est pas de la passivité devant autrui, c'est au contraire une mobilisation et un surcroît d'activité : car elle réclame aussi l'affirmation de soi, dans sa différence. Il ne suffit pas de subir et de se laisser aller à ressembler. Il faut au contraire se rassembler, se connaître, s'exprimer soi-même, pour faire mieux la part de ce qui est différent et qui nous enrichit.

La facilité, c'est la dispersion et l'assimilation aux formats majoritaires. Nous devons cultiver ce qui nous sépare, ce qui fait de chacune de nos cultures une aventure humaine singulière. Et les médias audiovisuels doivent contribuer à cette expression libérée de chaque peuple et de chaque histoire, dans toute leur diversité.

Mais nous devons y travailler ensemble, en développant par exemple une réelle communauté médiatique francophone, méditerranéenne, euro-arabe, des bouquets internationaux de programmes, par exemple, qui reflètent nos diversités, et qui nous permettent aussi d'exprimer ce qui nous rapproche, culture, références, confiance dans l'humanité et défense des droits fondamentaux aussi bien pour les peuples que pour les individus.

III. En se tournant vers l'avenir…

En conclusion, je veux me tourner vers l'avenir, en m'interrogeant sur les moyens qui pourraient exister d'influer sur l'image culturelle du monde arabe en France et plus généralement en Occident.

Les pays arabes doivent enrichir eux-mêmes le regard porté sur eux.

Comment ne pas penser que le meilleur regard sur le monde arabe, le regard le plus pertinent et le plus éclairant, c'est celui qu'il est à même de porter sur lui-même ? D'où une priorité sur laquelle j'insiste tout particulièrement, celle de développer des médias audiovisuels indépendants de bonne qualité au sein du monde arabe.

Il faut que le monde arabe se dote de moyens de production modernes afin d'alimenter les marchés de la communication de masse : les éditeurs occidentaux peuvent être aidés pour qu'ils proposent en traduction les œuvres les plus importantes de la tradition intellectuelle arabe. Des films de cinéma doivent être tournés de la manière la plus moderne par des réalisateurs et des acteurs arabes, sur des thèmes contemporains. Des fictions de télévision doivent être conçues pour pouvoir être reprises sur les grands réseaux audiovisuels occidentaux.

Il existe de nombreux projets, et cette volonté doit trouver à s'incarner dans une multiplicité de démarches de création individuelles. Mais il est indispensable que beaucoup de ces projets aboutissent, sur plusieurs territoires et en direction de plusieurs types de téléspectateurs différents. C'est indispensable afin que la représentation du monde arabe par lui-même, aux yeux du reste du globe, ne soit pas exclusivement occultée ou biaisée.

Le monde arabe doit se doter rapidement des outils de création dans le domaine culturel qui lui permettront d'exister comme émetteur d'informations, et comme foyer de création, en direction du reste du monde. Il est impossible de rejeter le regard de l'autre et la critique implicite qu'il peut exprimer si l'on ne se donne pas les moyens de lui proposer une autre image, un autre point de vue, une représentation artistique et culturelle alternative.

Pour conclure en une phrase, il ne s'agit pas aujourd'hui d'idéaliser le monde arabe, ni de le stigmatiser, il s'agit de travailler à lui rendre justice, à travers toutes ses composantes culturelles. Mais cela passe par un véritable élan culturel nouveau, un effort de soutien à la création arabe et à sa traduction, à son adaptation, à son ouverture, sur tous les supports culturels les plus modernes, en particulier le cinéma, la télévision, tout comme la peinture ou la littérature… En soutenant l'expression de leurs créateurs, c'est aujourd'hui leur identité et leur cohésion que les pays arabes doivent sauver. Le rôle d'un pays comme la France est évidemment de seconder cet effort et d'en prendre sa part.

Pardonnez-moi d'avoir tenu un discours de Cassandre avant de réclamer un effort partagé : nous sommes placés au cœur d'un conflit historique qui requiert à la fois lucidité et action. "Scepticisme de la raison et optimisme de la volonté", disait Gramsci. Les cultures du monde arabe doivent être accueillies, comprises, prolongées, diffusées, parce qu'elles contiennent toujours en germe ce que sera une partie essentielle de la culture mondiale de demain et qu'elles participent à la civilisation de l'universel.

Enfin il m'est impossible de passer sous silence la nécessité pour des médias dignes de ce nom de respecter des règles éthiques et déontologiques universelles.

Peut-on tout dire, faut-il tout montrer ? Violation de la personne humaine, dérives et manipulations de l'image, représentation de la violence, diffusion de programmes à caractère raciste : ou s'arrête l'information, le droit à l'interprétation et à la différence, où commence la propagande et l'incitation à la haine ?

La crise profonde et mondiale de la crédibilité des médias ne peut être compensée que par la diversité des sources et la vérification de l'information, pour faire obstacle à tous ceux qui misent sur les conflits de civilisation, le choc des cultures, les guerres de religion pour ici faire triompher, par la terreur, leur vision fondamentaliste de la société et là, imposer, par la force, leur hégémonie mondiale.

Hervé Bourges
président international de l'UPF
Alger, 20 décembre 2004