Paris,
jeudi 20 juin 2002
Djazaïr
Une année de l'Algérie en France
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Présentation pour la
presse quotidienne régionale
par
le
Président
de Djazaïr-Une année de l'Algérie
en France,
Hervé BOURGES
président
de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)
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Mesdames et Messieurs,
Chers confrères,
L'année 2003 sera en France l'Année
de l'Algérie. Cette décision conjointe des présidents
Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika a été prise
lors de la visite officielle du président algérien
en France en 2000, et nous travaillons depuis cette date à
faire de cette « annéc culturelle » une manifestation
sans commune mesure avec les autres saisons culturelles, telles
qu'elles sont traditionnellement organisées par l'AFAA,
l'Association française d'action artistique.
Le nom de baptême de cette année est
«Djazaïr» c'est-à-dire « l'Algérie
», et elle couvrira, fait rare pour une saison culturelle,
douze mois complets, c'est-à-dire quatre saisons, à
partir du 1er janvier 2003. Pourquoi avoir voulu donner une dimension
hors du commun a cette année, quels en sont les enjeux
et la philosophie ?
L'Algérie et la France ont une longue histoire
commune, qui ne commence pas au XIXème siècle et
ne s'interrompt pas en 1962. Quarante ans d'indépendance
nous autorisent aujourd'hui à regarder l'Algérie
avec des yeux neufs, et à reconnaître un grand pays,
un de nos voisins immédiats avec lequel nous avons les
liens les plus profonds, une des nations qui peut apporter le
plus à la vitalité de la Francophonie dans un contexte
international marqué par la mondialisation des communications
et des échanges.
Le premier pas, celui qui a été accompli
en cette année anniversaire de l'Indépendance algérienne,
consistait à regarder en face nos blessures respectives,
nos responsabilités dans les drames qui se sont joués
au moment de ce qu'il est officiellement permis d'appeler aujourd'hui
« la guerre d'Algérie ». De nombreux documents
ont été exhumés, les mémoires se sont
déliées, les aveux et les doutes se sont exprimés,
les amertumes réciproques... Ce travail de mémoire,
de deuil, ou tout simplement d'histoire a été fait,
avec courage et avec justesse.
Nous pouvons maintenant passer à la suite.
La suite, c'est 1'avenir que nous construisons ensemble, autour
de la Méditerranée, et dans lequel nos deux peuples
ont une partie commune à jouer.
Respect du passé,
construction de l'avenir
Le gouvernement qui vient d'être constitué
marque symboliquement la volonté de la France d'assumer
désormais son passé, et ce qui fait aujourd'hui
sa force : I'héritage multiculturel qu'elle en tire. Pour
la première fois deux ministres de la République
sont des Français originaires d'Algérie. Il n'est
pas indifférent qu'ils résument à eux deux
à la fois notre passé commun et notre avenir.
M. Hamlaoui Mekachera, jusque là président
du Conseil national des Français musulmans, est chargé
des « anciens combattants ». Cela honore tous les
fils de l'Algérie qui sont tombés au service de
la France, sur tous les champs de bataille où ils défendaient
notre drapeau.
Mme Tokia Saïfi, Pour sa part est chargée
du « Développement durable », et elle représentera
la France dans toutes les réunions internationales qui
sont consacrées à cette nouvelle approche du développement
économique partagé et respectueux de l'environnement
mondial, qui est l'un des enjeux majeurs des prochaines décennies.
Inutile de souligner l'efficacité symbolique de cette double
référence, à notre passé commun et
à l'avenir que nous partageons désormais.
C'est dans cet esprit du respect du passé
et de construction de l'avenir que nous nous sommes d'emblée
placés pour préparer l'ensemble des événements
qui marqueront 2003
Une mobilisation
sans précédent
Depuis plus d'un an maintenant, nous travaillons
ensemble, avec un Commissariat français conduit par Françoise
Allaire, commissaire générale, installé à
Paris, à l'AFAA, dont les services sont dirigés
par Olivier Poivre d'Arvor, avec un commissariat algérien
conduit par Mohamed Raouraoua, commissaire général,
et Ahmed Bedjaoui, commissaire général adjoint,
installés dans la splendide Villa Pouillon, sur les hauteurs
d'Alger.
De part et d'autre de la Méditerranée,
un appel à projet a été lancé, il
est d'ailleurs toujours ouvert, et un même travail systématique
a été entrepris, pour identifier d'abord les artistes
et les oeuvres qui seront présentés au public français,
pour susciter les initiatives, les projets, les propositions.
Jour après jour, semaine après semaine, nous avons
été submergés par des dossiers qui montaient
de toutes les régions de France, d'associations, de collectivités,
d'institutions publiques ou privées. Dans le même
temps une remobilisation de tous les secteurs culturels algériens
s'opérait, dont le double commissariat devenait le foyer.
Françoise Allaire a réalisé
un véritable Tour de France pour coordonner et fédérer
les énergies autour de projets importants. Nous sommes
ainsi allés à la rencontre des partenaires locaux
à Marseille, Strasbourg, Lille, Nantes, Rennes, Toulouse,
Bordeaux, Montpellier, Limoges, Nancy, Metz, Lyon... Et la Région
Ile-de-France n'a évidemment pas été oubliée,
pas plus que la capitale elle-même qui s'impliquera fortement
dans certains des événements majeurs de l'Année.
A chaque fois, l'ensemble des interlocuteurs culturels,
les directions régionales d'action culturelle (les DRAC),
bien sûr, mais aussi les musées, les cinémathèques,
les festivals, les théâtres, les principales scènes,
les nouveaux lieux culturels, tous ont répondu présent
et à chaque fois également nous avons trouvé
des interlocuteurs politiques conscients de l'importance de cette
année et de la nécessité d'y accorder les
moyens adaptés.
Résultat: plus de cent villes importantes
sont d'ores et déjà partenaires et je peux citer
pèle-mêle: Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux,
Toulouse, Montpellier, Aix-en-Provence, Strasbourg, Arles, Pau,
La Rochelle, Saint-Denis, Limoges, Angoulême, Vienne, Montreuil,
Grenoble, Rouen, Nantes, Brest, Saint-Etienne...
Il est temps aujourd'hui de vous présenter
un premier tableau de Djazaïr Une Année de l'Algérie
en France : plus de 300 opérations labellisées,
qu'il s'agisse d'expositions, de mises en scène, de concerts,
de colloque... Plus de 600 dossiers sont encore étudiés,
dont beaucoup intégreront l'agenda officiel de l'année.
Une culture
multiple et vivante
Première leçon de cet inventaire à
la Prévert que vous trouverez dans les dossiers de presse
provisoires que nous avons réalisés à votre
intention : la culture algérienne est multiple, foisonnante,
incarnée par un très grand nombre de créateurs.
Deuxième certitude : le patrimoine algérien est
extrêmement riche, depuis les fresques préhistoriques
du désert du Tassili jusqu'aux peintres de l'Ecole d'Alger,
depuis les sept sites classés au patrimoine mondial par
l'UNESCO jusqu'aux musiques traditionnelles ou contemporaines.
C'est toute cette diversité des cultures algériennes,
fruit d'héritages multiples et entrecroisés que
nous nous sommes donné pour but de mettre en lumière.
L'Algérie, terre de dialogue culturel, terre
de création, marquée par la diversité de
ses langues, l'arabe bien sûr, mais aussi l'amazigh et le
français, marquée par la diversité de ses
paysages et de ses traditions aussi. Pendant une année,
la France va inviter l'Algérie à s'exprimer, se
mettre à son écoute, pour mieux la connaître,
et la reconnaître, dans ce qu'elle apporte à la culture
contemporaine, en Afrique comme au sein de l'Europe.
Nous allons donc nourrir pendant un an l'actualité
culturelle à travers toutes les régions de France,
avec des événements qui permettront à nos
concitoyens de découvrir ou de redécouvrir aussi
bien les merveilles naturelles du Sahara que les oeuvres des grands
écrivains algériens contemporains.
Littérature
Sans revenir sur les temps forts qui vont vous être
détaillés, je voudrais seulement mentionner des
gestes symboliques: l'entrée de Kateb Yacine au répertoire
de la Comédie française par exemple, à
la fois Salle Richelieu, au Théâtre du Vieux Colombier,
qui dépend aussi du Théâtre français,
et au Studio Théâtre, ce qui permettra une présence
de ses oeuvres tout au long du premier semestre 2003, accompagnée
d'une exposition itinérante sur l'écrivain qui sillonnera
la province. Mais les dramaturges algériens seront
également
présents sur de nombreuses scènes, parmi lesquelles
le Théâtre Gérard-Philipe, le Théâtre
de La Colline, le Théâtre des Amandiers... Pour ne
citer que les théâtres parisiens les plus importants.
Avec des commandes d'écriture, des résidences de
dramaturges, des créations...
Musique
Pour la musique, outre un grand concert d'ouverture
animé par de grands artistes algériens contemporains,
un cycle sur les musiques d'Algérie aura lieu à
l'Institut du monde arabe, un cycle de concerts de la Grande Halle
de La Villette, un très grand concert public et gratuit
lors de la fête de la musique sur l'une des principales
places parisiennes... Sans compter évidemment l'accueil
exceptionnel des musiques d'Algérie par tous les grands
festivals de l'année, depuis les Francofolies de La Rochelle
jusqu'à la Fiesta des Suds à Marseille, en passant
par le Festival de Saint-Denis et le Festival d'Automne à
Paris... Là-encore, je passe sur la programmation de toutes
les salles de concert qui s'ouvriront à la musique algérienne,
comme l'opéra et l'Auditorium de Lyon, par exemple.
Danse
Pour la danse, des créations contemporaines
remarquables, comme celles sur lesquelles travaillent Mourad Merzouki
et Kader Attou, avec leurs compagnies respectives, ou celle que
concocte Kader Belarbi, danseur étoile à l'Opéra
de Paris, ou encore le Ballet national de Marseille, le Ballet
Atlantique de Régine Chopinot, Naccra Belaza, et ainsi
de suite..
Peinture
Pour la peinture, des événements
qui feront date là aussi, avec par exemple les grandes
expositions « Renoir en Algérie » à
l'Institut du monde arabe ou « Eugène Fromentin
» au Musée des beaux-arts de La Rochelle, «
Les peintres de l'Ecole d'Alger » au Musée
des beaux-arts de Bordeaux et l'exposition « Baya
» au Musée Réattu d'Arles... Et j'allais oublier
l'exposition exceptionnelle au Musée du Louvre, à
Paris., des « Dessins du Musée des beaux-arts
d'Alger » à l'automne 2003.
Photographie
Je passe sur les expositions photographiques
à la fois les photographies historiques comme celles qui
seront exposées à l'Hôtel de Sully, et les
photographes contemporains, la place consacrée au design
algérien, plusieurs grandes expositions sur l'architecture
en Algérie dont certaines circuleront en France et à
l'étranger.
Patrimoine
Enfin la découverte de la culture algérienne
c'est aussi la connaissance de son patrimoine naturel et
humain. L'UNESCO accueillera une grande exposition sur les sites
algériens classés au patrimoine mondial, les Archives
Nationales accueilleront une grande exposition Abd El Kader,
à partir de l'été 2003, le Musée de
l'Homme accueillera une grande exposition sur l'Algérie
des Années 30 à travers le parcours de Germaine
Tillion notamment, la calligraphie sera à l'honneur
au Musée de l'Imprimerie à Lyon, « les premiers
peuplements de l'Algérie » seront exposés
à Marseille, enfin le Muséum national d'histoire
naturelle sera l'hôte d'une spectaculaire exposition
« Sahara » d'avril à septembre 2003.
En fait, la question n'est pas pour nous de savoir
quels grands établissements culturels accueillent l'Algérie
en 2003, mais plutôt de trouver lesquels restent en marge...
Et j'en aurai finî quand j'aurai souligné que l'année
connaîtra aussi une formidable mobilisation intellectuelle
autour de l'Algérie, avec plus de 100 conférences
consacrées à l'histoire, au territoire algérien,
aux arts et aux cultures, dont un colloque-hommage national
à Mobamed Dib à la Bibliothèque nationale
de France, qui accueillera également des Journées
d'étude sur la littérature algérienne et
un colloque « Mémoire et histoire »
au Centre Georges-Pompidou.
Je m'étais promis de ne citer que les événements
majeurs, je voulais vous donner l'eau à la bouche, je l'ai
fait, mais je veux ajouter que pour la première fois cette,
mobilisation de toutes les institutions culturelles françaises
pourra bénéficier de plusieurs partenariats médiatiques
nationaux - en particulier le partenariat des groupes France Télévision
et Radio France, à travers leurs antennes nationales comme
leurs réseaux de stations locales, mais également
le partenariat de BEUR FM et de plusieurs titres de presse magazine.
Ces partenaires ont engagé une politique de production
audiovisuelle qui va leur permettre de mettre à l'antenne
pendant l'année toute une série de regards croisés
sur la culture algérienne, à la fois en fictions,
en films et en documentaires.
Pour nous, l'énorme travail accompli en France et en Algérie
par toutes les équipes, qui depuis des mois, de réunions
en réunions, animent la préparation de l'Année
de l'Algérie en France est en train de cristalliser en
une floraison de manifestations qui vont changer l'image que nous
avions jusque là de l'Algérie, lui rendre toute
sa richesse et toute sa diversité.
J'ajoute que personne, ne sera exclu de ce grand
feu d'artifice culturel où alterneront les grandes fêtes
collectives, principalement musicales, les émissions de
télévision, et les expositions au conférences
sérieuses. Toutes les associations sont les bienvenues,
toutes les initiatives sont accueillies, étudiées,
encouragés, soutenues ! Et nos portes resteront ouvertes
jusqu'au dernier moment !
D'ores et déjà il est possible de
dire que jamais jusque là un effort aussi large n'avait
été fédéré sur tout le territoire
national autour d'une saison culturelle. Je tiens à remercier
tout particulièrement Françoise Allaire pour son
efficacité et Olivier Poivre d'Arvor pour l'effort considérable
consenti par l'AFAA.
L'aventure de l'Année ne nous laissera
pas de répit jusqu'en décembre 2003. Et c'est très
bien ainsi !
Hervé BOURGES
Président de l'année 2003
Djazaïr Année de l'Algérie en France