Le
Parisien, dimanche 28 septembre 2003
"Bouteflika sera vendredi à Paris..."
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L'invité
du dimanche: Hervé Bourges
ancien
président du Conseil supérieur de l'audiovisuel
(CSA), président de l'Année de l'Algérie
en France, interrogé
par Catherine TARDREW
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Chaque semaine «Le Parisien Dimanche»
donne la parole à une personnalité. Aujourd'hui:
Hervé Bourges, ancien président du CSA et président
de l'Année de l'Algérie en France qui connaît
dans toute la France un succès croissant: déjà,
plus de 2.500 manifestations dans 300 villes. En attendant
le « final » prévu le 30 décembre
à Paris.
- Abdelaziz Bouteflika est de retour à
Paris...
Hervé Bourges. Vendredi prochain, Jacques Chirac
et lui vont effectivement inaugurer ensemble, à l'Institut
du monde arabe, deux expositions, «L'Algérie en héritage,
art et histoire» et «L'Algérie des peintres,
de Delacroix à Renoir»: nos plus grands peintres
ont tous été fascinés par l'Algérie.
Le fait que le président Bouteflika soit présent
auprès de Jacques Chirac marque une nouvelle fois l'importance
que les deux hommes accordent à l'année de l'Algérie
en France. C'est en effet une «année» historique,
dont le succès principal aura été la redécouverte
de notre fraternité, qui va de nos racines romaines au
partage aujourd'hui par notre jeunesse des mêmes références
musicales. Avec, au premier rang, le raï et le rap. Les liens
culturels et humains qui unissent l'Algérie à la
France sont profonds, complexes mais indiscutables. On peut s'aimer
ou se haïr: on ne reste pas indifférents parce qu'on
est trop semblables, au fond...
- Les relations Algérie-France sont-elles
au beau fixe ?
H.B. Elles sont désormais décrispées;
nous sommes deux grands pays, de part et d'autre de la Méditerranée,
et nous pouvons dialoguer sans être obsédés
par les blessures du passé. Cela ne veut pas dire que nous
en faisons table rase: le président Chirac, qui reçoit
à nouveau Abdelaziz Bouteflika après lui avoir rendu
une visite d'Etat mémorable et émouvante en mai
dernier, est aussi celui qui va s'incliner chaque année
devant le Mémorial des soldats français morts en
Afrique du Nord. Ils étaient ses camarades, comme ils étaient
les miens.
- Le FLN, ancien parti unique, est, dit-on,
en pleine crise...
H.B. Je me garderai de toute intrusion dans les
affaires nationales algériennes. Mais, si c'est en tant
qu'historien que vous m'interrogez, je peux vous répondre:
les pays, passent par des phases successives, où les idéologies
se renforcent ou s'affaiblissent, où les équilibres
politiques se structurent et se désagrègent. Il
y a cinq ans, l'Algérie était encore en proie à
la terreur islamiste. On ne donnait pas cher de l'Etat algérien,
et le déchaînement de la violence annonçait
l'époque que nous vivons aujourd'hui, avec la mondialisation
de la guerre contre le terrorisme. Eh bien, la nation algérienne
a tenu, et la spirale terroriste s'est inversée. Mais n'épousons
pas les querelles de notre si proche voisin: l'Algérie
est indépendante depuis plus de quarante ans.
- Comment, président de l'Union de
la presse francophone, jugez-vous l'évolution
de la presse en Algérie ?
H.B. La presse quotidienne algérienne qui ne compte
pas moins de 40 titres (une moitié en arabe, l'autre en
français) est remarquablement libre multiple, contradictoire.
Toutes les sensibilités politiques y sont représentées,
y compris celles qui critiquent tous les partis et celles derrière
lesquelles se cachent des képis. Mais il faut admettre
que, souvent certains journaux privilégient la dénonciation
sur l'information. D'où certaines réactions disproportionnées
du pouvoir. Cela dit, la liberté de ton et de parole de
la presse algérienne est un acquis sur lequel on ne pourra
revenir.
- Il n'y a pas eu, à l'ONU, de vraie
réconciliation Bush-Chirac...
H.B. Elle était impossible : leurs positions respectives
sont pour l'instant trop divergentes. La France a tenu, depuis
le début de l'affaire irakienne, un ligne constante. C'est
sa force. Elle ne tire pas orgueil d'avoir eu raison de prédire
une guerre injuste et compliquée, là où le
président Bush prêchait une guerre juste et facile.
Les lien historiques fondamentaux qui unissent la France aux Etats-Unis
et les valeurs que les deux pays ont en commun ne peuvent conduire
à ignorer les réalités.
«Une CNN à la française,
c'est une priorité»
- Vous avez été président
de TF 1, de France Télévision et du CSA. Pour vous,
y a-t-il de la place pour une chaîne française d'information
en continu vers le reste du monde?
H. B. Oui, évidemment. C'est même une priorité.
Mais à une condition : qu'elle soit faite par des professionnels
qui bénéficient d'une vraie latitude pour faire
de cette chaîne une agence d'images internationale. Il faudra
faire preuve d'imagination et dégager des moyens suffisants
pour envoyer des équipes aux quatre coins du monde. Considérables.
Au bas mot de 100 à 150 millions d'euros par an.
«Pourquoi ne pas réhabiliter l'uniforme
à l'école ?»
- Deux jeunes filles viennent d'être
exclues, à titre conservatoire, de leur lycée d'Aubervilliers
pour avoir refusé de retirer leur voile islamique...
H. B. C'est un sujet sensible entre tous. Faut-il encore
légiférer, au risque de susciter des réactions
passionnelles ? Ou appliquer la réglementation actuelle,
qui interdit tout signe religieux ostentatoire à l'école
? Je suis en faveur de cette seconde option. Mais, dans ce cas,
il faut également interdire aux élèves le
port de tenues vantant ou célébrant les vertus de
Lucifer, de la drogue ou, pis encore de la xénophobie et
de l'antisémitisme. Pourquoi ne pas réhabiliter
l'uniforme scolaire, symbole d'égalité qui gomme
les différences sociales ?
Marie, la mère de Vincent Humbert,
vient de mettre fin à la vie de son fils...
H. B. Il faut instaurer un vrai débat Le droit de rnourir
ne doit pas comporter celui de faire mourir. Non à l'acharnement
thérapeutique, mais non aussi à une légalisation
de l'euthanasie, qui, poussée ce l'extrême, permettrait
de se débarrasser de sa belle-mère. Oui, en revanche,
à «l'exception d'euthanasie» définie
par le comité d'éthique, donc décidée
au cas par cas. Avec la règle absolue que l'on agisse à
la demande du patient, et seulement pour abréger d'intolérables
souffrances.
Propos recueillis par Catherine TARDREW
Le Parisien, dimanche 28 septembre 2003