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Note
d'Hervé BOURGES
ancien président du Conseil supérieur
de l'audiovisuel (CSA), président de l'Union internationale
de la presse francophone (UPF).
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La recomposition nécessaire de l'audiovisuel
français, doit, pour être efficace, avoir des
effets rapides sur trois points majeurs : la mise en uvre
d'une politique de distribution cohérente au niveau
mondial, la création d'une grande rédaction
couvrant l'actualité mondiale pour différents
médias, la mise en place d'un portail d'information
continue sur Internet capable de concurrencer les grands sites
d'information de référence.
Pour constituer ces trois atouts maîtres
du rayonnement médiatique aujourd'hui, il paraît
judicieux de donner une meilleure cohérence aux efforts
actuels et en pratique de les rapprocher dans une même
entité, à même d'effectuer des choix stratégiques
portant sur l'ensemble des entreprises concernées,
TV5, France 24, RFI, Euronews, France Télévisions
(via AITV et RFO).
Cette synthèse s'articule ainsi en quatre
points concrets : distribution, rédaction, portail,
holding.
* Distribution conjointe
Cela n'a aucun sens aujourd'hui d'éditer
une chaîne, quelle qu'elle soit, sans savoir sur quels
réseaux elle sera reprise et à qui elle pourra
effectivement s'adresser. Partout dans le monde, une nouvelle
chaîne isolée arrive dans un paysage éparpillé
entre des centaines de chaînes locales ou internationales
distribuées par voie hertzienne numérique, satellite,
câble, ADSL, Internet
Le fait qu'il existe aujourd'hui un bouquet
de chaînes françaises ou francophones disponibles
pour une distribution mondiale est un atout, non une faiblesse.
Il faut assurer une meilleure reprise de toutes nos chaînes
tournées vers l'international, chaînes d'information
multilingues (Euronews, France 24), ou chaîne généraliste
francophone (TV5), ou même chaînes culturelles
franco-européennes (ARTE) en rapprochant leurs équipes
de distribution, afin que toutes les chaînes arrivent
ensemble pour démarcher leurs clients potentiels, bouquets
satellites, ADSL ou câblo-opérateurs, dans le
monde entier. C'est un ensemble de chaînes qu'il faut
proposer aux opérateurs, non une chaîne isolée.
Chaque société fera ainsi des
économies sur son démarchage international,
et toutes gagneront du temps en assurant mieux leur reprise
dans tous les pays du monde
La mise en commun des moyens
logistiques de distribution permettra des économies
matérielles (satellites, etc) et une plus grande efficacité
humaine. La manière la plus rationnelle d'assurer cette
mutualisation des moyens entre les sociétés
de l'audiovisuel extérieur est de créer une
holding, qui détiendra l'ensemble des actifs publics
dans les sociétés concernées, sur le
modèle de la holding France Télévisions.
La holding pourra également travailler de manière
étroite avec les équipes de distribution internationale
du Groupe Canal+, qui assurent déjà la distribution
de toutes les chaînes francophones en Afrique, par exemple.
* Rédaction unique
L'information internationale est évidemment
au cur de la refondation de l'audiovisuel extérieur
français. S'il y a une action audiovisuelle internationale,
cela n'a de sens que dans un double but : l'influence (pour
ce qui concerne l'information) et le rayonnement (pour ce
qui concerne la langue et la culture). Il faut donc optimiser,
en matière d'information, les outils de l'influence
française dans le monde.
Aujourd'hui l'éparpillement des moyens
se traduit par une grande faiblesse des rédactions
de l'audiovisuel extérieur français, qui manquent
toutes de moyens pour couvrir en temps réel les principaux
théâtres de l'actualité mondiale. D'où
une situation d'infériorité éditoriale
face aux grandes chaînes internationales anglo-saxonne.
Or il serait possible, en mettant en commun toutes les forces
de notre audiovisuel extérieur, de constituer une grande
rédaction plurimédia capable de servir plusieurs
médias (radio / télévision / Internet)
en s'organisant en " équipes " chargées
de couvrir les différentes régions ou pays du
monde.
Il serait absurde que chaque média d'information
développe les structures lourdes indispensables au
traitement de l'actualité internationale (bureaux à
l'étranger
équipes de reportage parallèles
lancées sur le même événement)
alors que tous devraient travailler de concert.
Sur l'affaire " Arche de Zoé "
au Tchad, les images diffusées par France 24, TV5,
Euronews, TF1, LCI, I>télé
sont les
images de l'agence AITV qui appartient à
RFO.
En effet, l'agence AITV dispose d'une présence en Afrique
qui lui permet de couvrir un événement d'actualité.
Il serait logique que cette agence constitue le noyau audiovisuel
" africain " au sein de l'ensemble de la grande
rédaction plurimédia de l'audiovisuel français.
Il faut pour cela réfléchir à son détachement
de RFO
Pour construire une synergie réellement
efficace entre les rédactions qui existent (RFI, France
24, TV5, AITV
) il est nécessaire de concevoir
une série de réorganisations : les deux médias
d'information en continu, RFI et France 24, doivent se rapprocher
pour constituer une unique " agence d'information audiovisuelle
" capable de constituer des équipes plurimédia
efficaces. Il faudra ensuite détacher l'AITV de
RFO pour l'intégrer à cette grande rédaction
radio/TV/Internet. C'est ce nouvel ensemble qui devra alors
hériter d'une part de la participation de France Télévisions
dans Euronews afin que les images produites puissent profiter
aussi à Euronews (et réciproquement) en "
deuxième fenêtre ".
* Chantier Multimédia prioritaire
Le vrai média mondial d'aujourd'hui est
le multimédia, et il implique une utilisation cohérente
et simultanée de l'écrit, du son et de l'image.
Aujourd'hui le site Internet www.afrik.com (entièrement
indépendant et autofinancé) diffuse plus efficacement
l'information en France et en Afrique que tous les magazines
d'information panafricains réunis. En effet, il touche
des centaines de milliers de lecteurs partout en Afrique,
alors que la presse écrite internationale traditionnelle
ne peut pas pénétrer le continent.
La BBC a su s'adapter à cette nouvelle
donne médiatique et elle propose un site Internet très
pratique et très consulté avec une information
fouillée et multimédia région par région,
pays par pays. Ce n'est pas le cas des médias internationaux
français qui abordent Internet en ordre dispersé,
comme un vecteur accessoire de leur diffusion.
Il est indispensable que la France se dote
d'un portail d'information internationale de référence,
qui soit aussi fouillé, aussi précis, aussi
complet qu'une encyclopédie géographique mondiale,
et qui suive en même temps tous les développements
de l'actualité. Nous en avons les capacités
éditoriales et les compétences journalistiques.
C'est une priorité absolue, car c'est sur ce support,
plus encore que par leur diffusion satellite, que les images
de la rédaction plurimédia à constituer
seront vues dans le monde, derrière une marque forte
: MFI par exemple (Médias France International, marque
que j'ai créée
en 1982 et qui appartient
à RFI).
C'est le chantier dynamique qui doit
être engagé d'emblée au sein d'une holding
de l'audiovisuel extérieur qui se doterait d'une réelle
ambition d'influence et de rayonnement à l'échelle
de la planète. A lui seul, ce chantier urgent justifie
la réorganisation de l'audiovisuel extérieur
français. Il imposera en outre de réels choix
budgétaires et des arbitrages qui permettront à
ce chantier d'être financés par les économies
réalisées sur le reste de la structure.
* Holding
La mise en uvre de la holding publique
(Médias France International, MFI, pourquoi pas ?)
doit se faire par le transfert immédiat à cette
nouvelle structure du capital détenu par les médias
publics ou l'Etat français dans RFI, France 24, TV5,
AITV, partiellement sans doute Euronews. Chaque cas est évidemment
particulier. Il faut noter que pour France 24, ce premier
transfert devra logiquement s'accompagner d'un rachat à
TF1 de la moitié du capital de France 24 qui lui avait
été confiée.
Il est souhaitable de constituer une véritable
" équipe " de médias, donc de mettre
à sa tête un " président " entouré
de quatre directeurs généraux (pour RFI ; France
24 ; TV5 ; le portail Internet MFI) ; le rapprochement RFI-France
24 simplifiant rapidement cette structure et la ramenant à
3 DG, un pour les médias d'information (radio et TV)
un pour le média généraliste francophone
(TV5) et un pour l'Internet qui s'appuiera pour son développement
éditorial sur l'ensemble des ressources journalistiques
du Groupe. Le directeur général de RFI-France
24 ayant vocation à prendre la direction de l'AITV
après rapprochement aussi.
La constitution de la holding, compte tenu des
freins existants, doit être réalisée par
un chef d'entreprise bon connaisseur des subtilités
des médias et des rédactions. Ce travail sera
extrêmement délicat et réclame compétence
et précision. Ce sera un travail complexe, fastidieux,
qui passera par de multiples négociations internationales
(statut de TV5) et syndicales (réorganisation de RFI,
plan social, remise à plat des équipes de France
24 et AITV après rapprochement avec RFI). Mais c'est
justement parce que ce travail est difficile et oblige à
dépasser de nombreuses pesanteurs qu'il est nécessaire.