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"Recomposer l'audiovisuel extérieur français"
SYNTHÈSE

Jeudi 1er novembre 2007

Suite à la première note remise le 10 août 2007 par M. Hervé BOURGES à M. Georges-Marc BENAMOU et à l'audition organisée par le "Comité de pilotage de la Réforme de l'Audiovisuel extérieur ", réuni à l'Elysée le 2 octobre 2007.

Note d'Hervé BOURGES
ancien président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF).

La recomposition nécessaire de l'audiovisuel français, doit, pour être efficace, avoir des effets rapides sur trois points majeurs : la mise en œuvre d'une politique de distribution cohérente au niveau mondial, la création d'une grande rédaction couvrant l'actualité mondiale pour différents médias, la mise en place d'un portail d'information continue sur Internet capable de concurrencer les grands sites d'information de référence.

Pour constituer ces trois atouts maîtres du rayonnement médiatique aujourd'hui, il paraît judicieux de donner une meilleure cohérence aux efforts actuels et en pratique de les rapprocher dans une même entité, à même d'effectuer des choix stratégiques portant sur l'ensemble des entreprises concernées, TV5, France 24, RFI, Euronews, France Télévisions (via AITV et RFO).

Cette synthèse s'articule ainsi en quatre points concrets : distribution, rédaction, portail, holding.

* Distribution conjointe

Cela n'a aucun sens aujourd'hui d'éditer une chaîne, quelle qu'elle soit, sans savoir sur quels réseaux elle sera reprise et à qui elle pourra effectivement s'adresser. Partout dans le monde, une nouvelle chaîne isolée arrive dans un paysage éparpillé entre des centaines de chaînes locales ou internationales distribuées par voie hertzienne numérique, satellite, câble, ADSL, Internet…

Le fait qu'il existe aujourd'hui un bouquet de chaînes françaises ou francophones disponibles pour une distribution mondiale est un atout, non une faiblesse. Il faut assurer une meilleure reprise de toutes nos chaînes tournées vers l'international, chaînes d'information multilingues (Euronews, France 24), ou chaîne généraliste francophone (TV5), ou même chaînes culturelles franco-européennes (ARTE) en rapprochant leurs équipes de distribution, afin que toutes les chaînes arrivent ensemble pour démarcher leurs clients potentiels, bouquets satellites, ADSL ou câblo-opérateurs, dans le monde entier. C'est un ensemble de chaînes qu'il faut proposer aux opérateurs, non une chaîne isolée.

Chaque société fera ainsi des économies sur son démarchage international, et toutes gagneront du temps en assurant mieux leur reprise dans tous les pays du monde… La mise en commun des moyens logistiques de distribution permettra des économies matérielles (satellites, etc) et une plus grande efficacité humaine. La manière la plus rationnelle d'assurer cette mutualisation des moyens entre les sociétés de l'audiovisuel extérieur est de créer une holding, qui détiendra l'ensemble des actifs publics dans les sociétés concernées, sur le modèle de la holding France Télévisions.
La holding pourra également travailler de manière étroite avec les équipes de distribution internationale du Groupe Canal+, qui assurent déjà la distribution de toutes les chaînes francophones en Afrique, par exemple.

* Rédaction unique

L'information internationale est évidemment au cœur de la refondation de l'audiovisuel extérieur français. S'il y a une action audiovisuelle internationale, cela n'a de sens que dans un double but : l'influence (pour ce qui concerne l'information) et le rayonnement (pour ce qui concerne la langue et la culture). Il faut donc optimiser, en matière d'information, les outils de l'influence française dans le monde.

Aujourd'hui l'éparpillement des moyens se traduit par une grande faiblesse des rédactions de l'audiovisuel extérieur français, qui manquent toutes de moyens pour couvrir en temps réel les principaux théâtres de l'actualité mondiale. D'où une situation d'infériorité éditoriale face aux grandes chaînes internationales anglo-saxonne. Or il serait possible, en mettant en commun toutes les forces de notre audiovisuel extérieur, de constituer une grande rédaction plurimédia capable de servir plusieurs médias (radio / télévision / Internet) en s'organisant en " équipes " chargées de couvrir les différentes régions ou pays du monde.

Il serait absurde que chaque média d'information développe les structures lourdes indispensables au traitement de l'actualité internationale (bureaux à l'étranger… équipes de reportage parallèles lancées sur le même événement) alors que tous devraient travailler de concert.

Sur l'affaire " Arche de Zoé " au Tchad, les images diffusées par France 24, TV5, Euronews, TF1, LCI, I>télé… sont les images de l'agence AITV qui appartient à… RFO. En effet, l'agence AITV dispose d'une présence en Afrique qui lui permet de couvrir un événement d'actualité. Il serait logique que cette agence constitue le noyau audiovisuel " africain " au sein de l'ensemble de la grande rédaction plurimédia de l'audiovisuel français. Il faut pour cela réfléchir à son détachement de RFO…

Pour construire une synergie réellement efficace entre les rédactions qui existent (RFI, France 24, TV5, AITV…) il est nécessaire de concevoir une série de réorganisations : les deux médias d'information en continu, RFI et France 24, doivent se rapprocher pour constituer une unique " agence d'information audiovisuelle " capable de constituer des équipes plurimédia efficaces. Il faudra ensuite détacher l'AITV de RFO pour l'intégrer à cette grande rédaction radio/TV/Internet. C'est ce nouvel ensemble qui devra alors hériter d'une part de la participation de France Télévisions dans Euronews afin que les images produites puissent profiter aussi à Euronews (et réciproquement) en " deuxième fenêtre ".

* Chantier Multimédia prioritaire

Le vrai média mondial d'aujourd'hui est le multimédia, et il implique une utilisation cohérente et simultanée de l'écrit, du son et de l'image. Aujourd'hui le site Internet www.afrik.com (entièrement indépendant et autofinancé) diffuse plus efficacement l'information en France et en Afrique que tous les magazines d'information panafricains réunis. En effet, il touche des centaines de milliers de lecteurs partout en Afrique, alors que la presse écrite internationale traditionnelle ne peut pas pénétrer le continent.

La BBC a su s'adapter à cette nouvelle donne médiatique et elle propose un site Internet très pratique et très consulté avec une information fouillée et multimédia région par région, pays par pays. Ce n'est pas le cas des médias internationaux français qui abordent Internet en ordre dispersé, comme un vecteur accessoire de leur diffusion.

Il est indispensable que la France se dote d'un portail d'information internationale de référence, qui soit aussi fouillé, aussi précis, aussi complet qu'une encyclopédie géographique mondiale, et qui suive en même temps tous les développements de l'actualité. Nous en avons les capacités éditoriales et les compétences journalistiques. C'est une priorité absolue, car c'est sur ce support, plus encore que par leur diffusion satellite, que les images de la rédaction plurimédia à constituer seront vues dans le monde, derrière une marque forte : MFI par exemple (Médias France International, marque que j'ai créée… en 1982 et qui appartient à RFI).

C'est le chantier dynamique qui doit être engagé d'emblée au sein d'une holding de l'audiovisuel extérieur qui se doterait d'une réelle ambition d'influence et de rayonnement à l'échelle de la planète. A lui seul, ce chantier urgent justifie la réorganisation de l'audiovisuel extérieur français. Il imposera en outre de réels choix budgétaires et des arbitrages qui permettront à ce chantier d'être financés par les économies réalisées sur le reste de la structure.

* Holding

La mise en œuvre de la holding publique (Médias France International, MFI, pourquoi pas ?) doit se faire par le transfert immédiat à cette nouvelle structure du capital détenu par les médias publics ou l'Etat français dans RFI, France 24, TV5, AITV, partiellement sans doute Euronews. Chaque cas est évidemment particulier. Il faut noter que pour France 24, ce premier transfert devra logiquement s'accompagner d'un rachat à TF1 de la moitié du capital de France 24 qui lui avait été confiée.

Il est souhaitable de constituer une véritable " équipe " de médias, donc de mettre à sa tête un " président " entouré de quatre directeurs généraux (pour RFI ; France 24 ; TV5 ; le portail Internet MFI) ; le rapprochement RFI-France 24 simplifiant rapidement cette structure et la ramenant à 3 DG, un pour les médias d'information (radio et TV) un pour le média généraliste francophone (TV5) et un pour l'Internet qui s'appuiera pour son développement éditorial sur l'ensemble des ressources journalistiques du Groupe. Le directeur général de RFI-France 24 ayant vocation à prendre la direction de l'AITV après rapprochement aussi.

La constitution de la holding, compte tenu des freins existants, doit être réalisée par un chef d'entreprise bon connaisseur des subtilités des médias et des rédactions. Ce travail sera extrêmement délicat et réclame compétence et précision. Ce sera un travail complexe, fastidieux, qui passera par de multiples négociations internationales (statut de TV5) et syndicales (réorganisation de RFI, plan social, remise à plat des équipes de France 24 et AITV après rapprochement avec RFI). Mais c'est justement parce que ce travail est difficile et oblige à dépasser de nombreuses pesanteurs qu'il est nécessaire.

Hervé Bourges
ancien président du CSA,
président international de l'UPF

Paris, 1er novembre 2007