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Cérémonie
d'ouverture, lundi 1er août,
par
Hervé
Bourges
président
de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)
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" Les télévisions publiques,
vecteur de renouvellement médiatique "
Monsieur le ministre,
Monsieur le représentant du directeur général
de l'AIF,
Monsieur le président de l'ORTM,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens à vous remercier de m'avoir
demandé d'intervenir en ouverture de cette réunion
de Bamako au cours de laquelle l'Agence intergouvernementale
de la Francophonie nous propose de réfléchir,
ensemble, à l'indispensable modernisation des médias
audiovisuels publics et à leur inscription dans un
paysage audiovisuel ouvert et pluraliste.
Le thème qui nous réunit est complexe
: les médias sont au sein des sociétés
contemporaines à la fois un miroir et une lentille
déformante. Ils reflètent certes les émotions
et les conceptions dominantes des populations, mais ils travaillent
également en profondeur les représentations
collectives. Ils sont des outils de connaissance mais ils
mettent aussi en uvre, par facilité ou conformisme,
des caricatures et des simplifications. Les préjugés
des peuples se renforcent parfois dans les images que les
médias leur présentent.
Penser l'avenir de la télévision
publique, c'est avant tout penser la fonction de ce média
dans notre société et s'interroger ensuite sur
la manière particulière dont il peut remplir
cette fonction.
Quelle est donc la première fonction
de la télévision ? La télévision
est une machine à produire du consensus. Je ne
reviendrai ni sur les analyses de Mac Luhan sur les médias
de masse, ni sur les théories bien connues du "lien
social". Le vingtième siècle a été
le siècle des masses, et la télévision,
dont la parfaite expansion coïncide avec la fin du vingtième
siècle, est la fille naturelle de cette massification
des sociétés et des évolutions historiques.
Elle constitue l'outil idéal pour la construction d'une
conscience collective à l'échelon d'un pays
voire d'un continent.
- Les deux âges des médias publics
Mais une fois ce premier pas franchi, il faut
se demander de quelle nature est le consensus produit par
la télévision. S'agit-il d'un consensus totalitaire,
dans lequel une seule manière de penser serait imposée
à tous ? Ou s'agit-il d'un consensus démocratique,
dans lequel le regard critique, mis à l'épreuve
des images, déjoue les prises de position trop partiales
?
La télévision est passée
en quarante ans du premier état au deuxième.
Après avoir été un instrument de transmission
idéologique entre les mains des gouvernants, elle est
aujourd'hui un moyen de communication ouverte, c'est-à-dire
qu'elle est obligatoirement pluraliste, parce qu'elle dépasse
les frontières et les intérêts des Etats,
parce que les programmes qu'elle propose sont devenus l'objet
d'un véritable marché mondial des images dont
les seules règles sont celles du marché.
Dans cet environnement nouveau, la télévision
publique européenne s'est trouvée, il y a une
quinzaine d'années, aux prises avec un dilemme simple
: soit elle se trouvait marginalisée, décrédibilisée,
de moins en moins regardée donc rapidement inutile,
incapable de remplir sa fonction ; soit elle acceptait de
changer pour continuer à remplir son rôle social
en luttant à armes égales contre les concurrences
nouvelles qui apparaissaient. C'est ce choix qui a été
fait.
Cette orientation fondamentale peut être
interprétée de deux manières : pour
les nostalgiques de la "télévision totalitaire",
tout d'abord, la télévision publique a alors
renié sa vocation pédagogique. Et il est
vrai qu'elle était jusque là ce véhicule
"d'endoctrinement culturel et idéologique"
qu'ont décrit les sociologues et les philosophes des
années 1970, à commencer par Pierre Bourdieu.
En acceptant de jouer le jeu de la concurrence,
la télévision publique cessait d'être
au service d'un pouvoir : et il est très révélateur
que l'évolution qui a conduit en France à l'apparition
des chaînes commerciales ait été engagée
en 1982 par la loi qui créait le Conseil supérieur
de l'audiovisuel et visait à "couper le cordon
ombilical" entre télévision et Etat. Libre
expression démocratique et ouverture au pluralisme
commercial sont simultanées.
Pour ceux qui, comme moi, pensent que cette
libéralisation des ondes et des médias, que
la technologie rendait inévitable à terme, fut
avant tout une chance pour l'épanouissement du débat
démocratique et de la libre expression, la rénovation
en profondeur que les télévisions publiques
européennes ont alors subies leur a été
profondément bénéfique : elles ont
appris à se préoccuper du public, de ses réactions,
de ses attentes, de ses besoins.
- Une nouvelle manière de remplir
leur rôle social
Cela signifie que les télévisions
publiques n'ont pas perdu de vue, en s'adaptant à la
concurrence, leurs missions sociales, mais qu'elles
ont appris au contraire à les remplir mieux, en réponse
à d'authentiques besoins de la part des téléspectateurs.
L'exemple le plus probant concerne le suivi
des débats politiques, l'expression à l'antenne
de la télévision publique des différents
courants et des opinions diverses qui constituent, en France,
la vie publique des institutions républicaines. La
télévision publique joue, tout au long de l'année,
un rôle de tribune pour les différentes sensibilités.
En période d'élection, cette tribune devient
encore plus large et pluraliste, selon des équilibres
savamment calculés.
Si les télévisions commerciales
ne jouent pas ce rôle de tribune politique à
l'égal des télévisions publiques, c'est
tout simplement parce que ce n'est pas leur vocation !
L'information télévisée,
qui est au cur du fonctionnement démocratique
des sociétés occidentales, parce que la télévision
est devenue au cours des dernières décennies
le premier foyer de formalisation et de compréhension
collective du monde contemporain, est le premier enjeu sur
lequel la télévision publique se doit de marquer
sa différence.
Or nous sommes avec l'information au cur
de la dialectique du service public : en effet si un journal
d'information ne recueille pas une audience significative,
s'il n'est pas suivi, il perd son objet, son efficacité
sociale et politique, au sens noble du terme, il ne sert plus
à nourrir le consensus démocratique, qui est
un consensus éclairé par l'affrontement de la
diversité des opinions.
Mais cela veut dire aussi que l'espace du Journal
télévisé requiert une certaine écriture,
une réalisation qui obéit à des règles
strictes, de concision, de netteté, de rythme. Faute
de s'y conformer, le Journal d'information d'une chaîne
publique aujourd'hui verrait les téléspectateurs
fuir vers d'autres rendez-vous, notamment vers les chaînes
d'information en continu, nationales ou internationales.
Donc le Journal est un programme exemplaire
de la tension qui existe, dans tout le travail sur l'antenne
des chaînes publiques, entre un marketing de l'information
qui est en partie dicté par la concurrence (parce qu'il
est impossible d'ignorer les techniques et les moyens des
chaînes commerciales dans la mise en scène télévisée)
et d'autre part une mission de service public au service
de l'information, qui lui impose de traiter des sujets
différents, de faire une place à l'information
internationale ou à l'information de proximité,
de traiter les sujets sociaux et culturels, même s'ils
risquent d'ennuyer ou de contrarier un public volatil
La mission d'information des chaînes
publiques est donc constante, mais elle a changé de
sens : désormais elles sont les garantes de la libre
expression de toutes les opinions et de toutes les écoles
de pensée.
C'est parce qu'ils ont ce rôle à
jouer que nous devons accorder une attention particulière
à la modernisation des médias audiovisuels publics.
J'aurai l'occasion d'y revenir de manière plus détaillée
lors de notre séance de cet après-midi. Qu'il
me suffise ce matin de marquer avec netteté l'importance
de l'enjeu de notre réunion et le fait que la santé
des télévisions publiques est, pour les Pays
africains en particulier, une des conditions majeures de leur
vitalité démocratique.