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Intervention,
lundi
1er août (après-midi)
par Hervé
Bourges
président
de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)
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" Comment moderniser les médias
publics audiovisuels ? "
Mesdames et Messieurs,
Cher confrères,
Cher amis,
Le thème qui nous réunit est bien
connu : tour à tour tous les pays du monde connaissent
la sortie d'un audiovisuel entièrement public, celui
des pionniers, pour qui la télévision était
une mission pédagogique et sociale, pour entrer dans
un univers plus commercial où les chaînes de
télévision constituent un marché
Avec l'arrivée des médias audiovisuels
privés, soudain la concurrence adopte d'autres règles
et d'autres murs : l'audience devient un sujet décisif,
à la fois financier, par la publicité qu'elle
rapporte, et social, par l'influence qu'elle permet d'acquérir
ou de maintenir sur l'esprit collectif.
Je dis "social", et non pas politique,
parce que nous faisons jour après jour l'expérience
des effets de la télévision et de la radio commerciales
sur les habitudes des téléspectateurs et des
auditeurs, dans des domaines extrêmement divers, et
qui ne se résument pas au champ de l'action et du discours
politiques. L'influence de la télévision sur
les modes, et inversement l'influence des modes de certains
groupes sociaux sur la télévision, l'influence
des radios privées sur les choix musicaux, aussi bien,
l'influence des chaînes d'information sur les sentiments
d'appartenance à tel ou tel bassin culturel ou religieux
Autant de phénomènes complexes que l'on ne peut
pas réduire à la simple question de l'influence
politique.
On peut même penser aujourd'hui que l'influence
politique des médias audiovisuels est le moindre de
leurs effets. Car nos sociétés sont habitées,
que ce soit en Occident, en Afrique, en Asie, par des mouvements
profonds, par des mutations sociologiques qui agissent comme
des lames de fond : invisibles d'abord, elles se révèlent
soudain irrépressibles, et emportent les individus
dans des choix collectifs imprévisibles.
Ces choix échappent à la raison
politique, voire la contrarient, et ce, quelle que soit l'action
délibérée que les médias tentent
d'avoir sur l'opinion. La France a connu récemment
un exemple électoral particulièrement éclairant
de ce point de vue : lors du récent référendum
sur la Constitution européenne, une lame de fond s'est
progressivement dessinée, qui a conduit à un
rejet massif de ce texte par les citoyens français.
La question n'est pas de savoir si leur vote était
ou non justifié : nous sommes démocrates, et
la France est une démocratie, le vote émis par
les citoyens est souverain. La question qui nous est posée,
à nous, hommes de médias, est celle de la discordance
manifeste entre ce vote et le discours médiatique dominant,
je dirais presque univoque, transversal aux appartenances
politiques, qui s'est exprimé dans la presse publique
et privée, sur les chaînes de télévision,
sur les radios.
Toute la France médiatique se prononçait
explicitement pour le "oui" à cette constitution
européenne. Bien sûr, les défenseurs du
"non" avaient naturellement le même accès
aux médias que les défenseurs du "oui",
sous le contrôle actif du Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) qui veillait à l'équité
entre les tenants des deux réponses
Mais les
prises de position des médias eux-mêmes, dans
leurs commentaires, dans leurs analyses, dans leur accompagnement
de l'actualité, étaient toutes en faveur du
"oui".
Et les Français ont rejeté le
projet de constitution à 55%, ce qui est considérable.
Ce "non" prouve que la force de conviction du système
politique français entier, alliée à la
force d'influence "consensuelle" de tous les médias
ne peuvent pas déterminer, aujourd'hui, un choix démocratique.
Autant l'efficacité commerciale d'une
publicité est mesurable, et largement utilisée
par l'industrie et le commerce, autant l'efficacité
d'un discours politique relayé par les médias
est impossible à apprécier aujourd'hui.
Le discours des médias, dans la société
de l'information mondialisée où nous sommes
entrés, est un discours décrédibilisé,
au sens où il n'est plus pris pour argent comptant.
Il est même systématiquement soupçonné
de relever du mensonge ou de la manipulation. Donc les auditeurs
et les téléspectateurs n'en retiennent pas l'orientation,
ils en suspectent les intentions cachées. Nous sommes
entrés, en matière audiovisuelle, dans une "ère
du soupçon".
Il faut alors se garder de deux sentiments :
le sentiment d'injustice, et le sentiment de renoncement.
L'injustice, c'est le refuge dans le passé, l'idée
que la télévision et la radio de papa étaient
plus belles, qu'elles seules répondaient aux missions
fondamentales des médias publics. Le renoncement, c'est
l'abandon de la recherche de l'audience, et l'idée
que si les téléspectateurs ne veulent plus croire
le discours des médias, c'est parce qu'ils sont trop
bêtes, et qu'il ne faut donc rien changer.
Ces deux attitudes sont également négatives.
Elles sont également inacceptables. La phase de décrédibilisation
que nous traversons peut au contraire être une chance
pour la télévision publique : c'est l'occasion
de remettre en cause des habitudes et des routines, c'est
l'occasion de prouver qu'il est possible de remplir autrement,
avec de l'imagination, les missions traditionnelles des médias.
Ce défi majeur doit être relevé en priorité
par les médias audiovisuels publics.
Il faut mettre à profit cette nouvelle situation pour
faire la différence, marquer autrement la spécificité
du média audiovisuel public, en conquérant,
dans un univers désormais concurrentiel, une nouvelle
crédibilité.
J'ajoute que personne n'a le choix : en effet
vous le savez bien, les concurrents sont déjà
là, et la libéralisation des paysages audiovisuels
nationaux ne fait que suivre celle de l'environnement audiovisuel
international. Satellite, MMDS, câble dans les grandes
villes ou les immeubles, désormais la concurrence internationale
oblige les chaînes publiques à se transformer.
Mais elles avaient tendance à se masquer la réalité
de cette concurrence, qui paraissait avoir son marché
propre.
Vous savez qu'au Maghreb, cette situation crée
une véritable schizophrénie audiovisuelle :
d'un côté les chaînes nationales, qui refusent
souvent de changer, de s'ouvrir, et de l'autre les téléspectateurs,
tournés vers les images qu'offrent les paraboles, qui
tiennent sur tous les sujets un autre discours et proposent
d'autres solutions aux problèmes cruciaux du monde
contemporain ! La concurrence de chaînes privées
nationales est donc salvatrice : elle permet de réveiller
les chaînes publiques qui s'endormaient sans réagir
à l'exode de leurs téléspectateurs. Et
elle invite les chaînes publiques à répondre
de manière nouvelle aux vraies questions que se posent
nos contemporains.
Réinventer l'information
Je viens d'évoquer la perte de crédibilité
de l'information audiovisuelle, telle qu'elle est aujourd'hui
pratiquée. Les raisons de cette perte de crédibilité
sont complexes, mais elles peuvent être identifiées
: au premier rang, la confusion croissante entre communication
et information. Dans le discours tel qu'il est tenu par
les élites politiques à destination des médias,
et tel qu'il est ensuite repris et retranscrit par les médias,
les mots semblent de plus en plus obéir à un
système d'expression, un langage, coupé des
réalités vécues par nos contemporains.
Les problèmes sociaux, culturels, existentiels, y sont
traités d'une manière théorique, abstraite,
comme si l'on avait affaire à des idées et non
à des faits vécus.
Or les faits vécus renvoient nos contemporains
à des interrogations fondamentales : la mondialisation
des communications et des échanges a des conséquences
majeures.
Economiques d'abord : fragilisation des situations
acquises, nouveaux rapports entre les nations, nouvelles concurrences
industrielles et commerciales, complexité croissante
des choix professionnels et des choix d'existence, démultiplication
des flux migratoires, changement de cadre de vie
Ecologiques aussi : les évolutions climatiques
paraissent déstabiliser l'environnement habituel, les
risques d'empoisonnement accidentels ou de mutations génétiques
semblent affecter la santé, les références
traditionnelles aux saisons semblent remises en cause
Culturelles également : le cadre historique
et intellectuel dans lequel la réflexion de chacun
pouvait se situer, le legs des générations passées,
les outils d'interprétation du monde, qu'il s'agisse
d'idéologie ou de morale, tout cela semble privé
de fondement et les jeunes générations ne savent
plus à quel saint se vouer ou à quel penseur
se raccrocher.
Ce sont là les problèmes auxquels
nos contemporains, en Europe comme en Afrique, cherchent légitimement
des réponses, et que les médias échouent
jusque là à traiter. Dès lors, les discours
tenus par les médias créent l'impatience et
la défiance, puisque ne sont pas abordées les
questions les plus importantes, qui paraissent aussi les plus
graves, les plus actuelles, les plus lourdes de conséquences.
Concevoir une modernisation des médias
audiovisuels publics aujourd'hui, c'est d'abord remettre en
cause leur mode de fonctionnement et leur mode d'implication
dans le fonctionnement médiatique. Et réclamer
d'eux une nouvelle prise en compte des réels débats
de société de notre époque, sans simplification,
sans langue de bois, sans a-priori. Désormais la télévision
publique a une mission essentielle à jouer, pour inventer
de nouveaux modes de traitement de l'actualité contemporaine,
chose que les médias privés ne peuvent pas faire,
puisqu'ils sont tout entiers gouvernés par la logique
du profit commercial.
J'ai traité d'abord l'information, parce
que c'est là le cur de l'interrogation qui nous
est portée aujourd'hui. Mais quelles sont désormais
les autres missions qui sont assignées au service public
dans un environnement concurrentiel ? D'être au cur
du combat pour l'affirmation des cultures, pour l'expression
des différences et pour la promotion de la tolérance
Le combat culturel
Il n'est plus possible d'avoir, à l'orée
du vingt-et-unième siècle, la même vision
de la culture qu'au moment où ont été
écrits les Cahiers des missions et des charges des
chaînes publiques qui définissent précisément
un certain nombre d'obligations en matière de programmes.
La culture, ce ne sont pas seulement les retransmissions
de théâtre ou de danse à la télévision.
La culture française par exemple, c'est un ensemble
flou de références partagées, de réflexes
immédiat, qui va du mot de Cambronne à Waterloo,
jusqu'au Vase de Soisson, de "La garde meurt mais ne
se rend pas" au "Courbe-toi fier Sicambre"
du baptême de Clovis
En passant par les fautes
de français de Françoise, dans La Recherche
du Temps Perdu de Marcel Proust.
A l'époque où les enfants passent
autant de temps devant la télévision (si l'on
compte les périodes de vacances) que devant leurs maîtres
d'école, la télévision publique est aussi
le média par lequel cette culture générale
doit passer.
Mais comment faire passer le message culturel,
comment parvenir à faire partager par la télévision
cette mémoire collective qui fonde une identité,
ce tissu de références historiques et littéraires
partagées qui constitue la conscience d'un "honnête
homme" au sens du XVIIe siècle ?
La télévision doit inventer pour
cela, sans cesse, de nouvelles mises en scène, de nouvelles
recréations, de nouvelles approches de la culture pour
lui donner vie à l'intérieur de ses propres
références et de ses propres cadres : la
télévision publique a dans ce domaine un rôle
de précurseur à jouer, afin que l'innovation
en matière de programmes y soit exemplaire et puisse
entraîner l'ensemble des chaînes.
Elle l'a fait dans beaucoup de pays, par tradition,
dans un domaine précis, qui est celui de la fiction.
Si aujourd'hui la fiction audiovisuelle est en France le genre
majeur de la télévision, c'est en particulier
grâce aux investissements délibérés
de la télévision publique pour lancer la production
audiovisuelle sur de nouvelles pistes. Il y a aujourd'hui
de grandes collections de fictions françaises qui sont
régulièrement nourries par les investissements
réguliers de la télévision publique.
Des auteurs, des acteurs, des réalisateurs, venant
pour les uns du cinéma pour les autres de la littérature,
constituent désormais un formidable vivier de talents
rangés au service de la création audiovisuelle.
Les télévisions publiques d'Afrique
francophone doivent aussi être au cur de l'affirmation
culturelle du continent à travers la production de
fictions africaines neuves. Nous savons que se développent
désormais grâce au numérique, dans toutes
les capitales africaines, des sociétés de production
indépendantes qui sont capables de fournir au marché
international des clips musicaux de grande qualité
ou des images pleine d'inventivité et d'originalité.
La grande exposition Africa Remix, qui se tient actuellement
à Paris au Centre Georges-Pompidou a dépoussiéré
la vision que l'on pouvait avoir de la scène artistique
africaine : les créateurs contemporains de ce continent
sont des vidéastes éprouvés, capables
d'intégrer dans leur démarche de création
les avancées les plus modernes. Il faut impérativement
que cette création neuve trouve aussi sa traduction
dans la fiction ! Les chaînes publiques africaines doivent
être les ferments de cette adaptation de la création
contemporaine à la télévision. Les cultures
africaines sont vivantes, fortes, fécondes, elles peuvent
désormais utiliser à leur profit les outils
de création numérique les plus divers.
La fiction, ce n'est pas seulement une expression
culturelle, c'est aussi une manière de traiter des
grands problèmes de l'époque en les présentant
sous un éclairage particulier. Face au défi
contemporain majeur, qui consiste à accepter et à
admettre l'individualité de chaque personne sans vouloir
la réduire à une règle commune, les héros
de la fiction télévisée à la française
sont les hussards noirs de la tolérance, ils transmettent
un message d'ouverture et de raison contre toutes les tentations
irrationnelles. Ce message de tolérance et de réconciliation
sociale est exprimé en particulier dans les fictions
des télévisions publiques. Il est impossible
de mesurer aujourd'hui l'impact de cette création culturelle
sur la consolidation de l'identité de nos sociétés,
sur la pérennisation de leurs traditions et de leurs
habitudes de pensée.
Mais si nous continuons de considérer
que la télévision est avant tout une "machine
à produire du consensus", il faut aussi considérer
que c'est à travers la diversité de ses programmes
et toute la gamme des genres d'émissions que s'opère
cette cristallisation de la conscience collective.
On sait à quel point la création
audiovisuelle hollywoodienne a joué un rôle au
vingtième siècle pour faire adopter un modèle
de société et des réflexes propres à
la société américaine dans le monde entier.
Demain, nous mesurerons notre dette à l'égard
de tout notre patrimoine de fictions, qui aura en partie assuré
la transmission à nos enfants d'un grand nombre de
repères culturels et sociaux que nous avions hérités
de nos parents.
Ce défi est le même pour toutes
les sociétés et toutes les traditions culturelles
: l'appel à une mobilisation du tissu de la création
est universel, si nous voulons conserver un monde pluriel,
un monde où les échanges culturels puissent
se construire sur un respect mutuel entre des sociétés
fières d'elles-mêmes et riches de tout leur héritage
de pensée. Nous sommes aujourd'hui à un carrefour
historique, et les télévisions publiques ont
un rôle déterminant à jouer pour assurer
la vitalité de nos cultures. C'est devenu, après
leur mission civique, leur première responsabilité.
Les valeurs fondamentales des télévisions
publiques
Quelles sont les valeurs premières des
médias audiovisuels publics : d'abord, la solidarité
humaine. Les chaînes publiques mettent en avant
des émissions de solidarité que ce soit au moment
de catastrophes naturelles, industrielles, ou d'épreuves
vécues par le corps social. Il est utile qu'une télévision
publique organise un "Téléthon", ou
un programme de solidarité de ce type, que ce soit
en Occident ou en Afrique, comme cela s'est fait à
l'initiative de la FAO ou pour lutter contre le SIDA.
Après la solidarité, le débat.
La télévision publique est une télévision
d'ouverture et de liberté de parole. C'est elle, je
l'ai dit, qui constitue la véritable place publique
sur laquelle s'échangent les idées lors des
grandes échéances électorales. Mais il
faut souligner que cette ouverture au débat est le
premier accès à la culture et qu'en France une
chaîne comme France 5 est aujourd'hui probablement la
chaîne la plus "culturelle" qui existe, par
l'incitation qu'elle produit à la réflexion
et à l'approfondissement
C'est cela aussi la
télévision publique : mettre le savoir faire
des hommes de télévision au service d'une pensée
en mouvement, d'une pensée qui se cherche et se confronte
au réel ! En toute liberté.
Cette deuxième valeur, la Liberté,
réclame des chaînes publiques indépendantes
de tous les pouvoirs, à commencer par le plus fort
d'entre eux, le pouvoir économique, mais sans oublier
le pouvoir politique, qui ne doit pas dicter sa loi aux journalistes
ou aux hommes de programme. Cela fonde à la fois
le besoin d'une télévision publique forte et
celui d'une instance de régulation authentiquement
indépendante des gouvernants : en France, le Conseil
supérieur de l'audiovisuel a joué et doit jouer
ce rôle. Les organes de régulation africains,
que j'ai encore souvent l'occasion de rencontrer, doivent
s'affirmer de plus en plus afin d'aider le renforcement du
pluralisme. Encore faudrait-il les doter de moyens suffisants
et conforter sans arrière pensée leur nécessaire
indépendance et impartialité.
Enfin l'avenir
Et dans un paysage audiovisuel en mutation,
les médias publics ont enfin une dernière responsabilité
: celle d'innover. Innover en matière technologique,
afin de trouver les meilleurs moyens de diffuser les plus
belles images en direction du plus grand nombre. La télévision
publique a toujours été un aiguillon pour développer
les nouvelles formes de télévision. L'innovation
se fait évidemment au niveau des programmes, et c'est
une innovation éditoriale qui est pour les chaînes
publiques une "ardente obligation". Mais elle se
fait aussi au niveau des techniques. L'importance croissante
de l'Internet dans les pays du Sud doit amener les pouvoirs
publics à réfléchir à l'intégration
des médias Internet dans le périmètre
du service public : en termes de transparence, de circulation
de l'information, d'ouverture, Internet est devenu un outil
indispensable.
Dans cette ouverture croissante des marchés
audiovisuels, les valeurs des télévisions publiques
sont indispensables et peuvent être doublement salvatrices,
à la fois contre la dilution culturelle qui constitue
le premier péril de la mondialisation, et contre le
repli identitaire stérile et dangereux, qui constitue
le deuxième écueil que nous devons franchir.
Enjeux technologiques
Il est souhaitable que cette réunion
consacrée à donner un nouvel élan aux
"médias audiovisuels public" marque un tournant
dans la manière dont la plupart d'entre nous, en Afrique
comme en Europe, regardent les mutations du paysage de la
communication. Aujourd'hui les enjeux technologiques ne doivent
pas nous apparaître comme effrayants, ils sont au contraire
les leviers rapides de l'adaptation des médias publics
à leurs nouvelles missions culturelles et sociales.
En fait, les enjeux technologiques tiennent
en un seul mot : la numérisation. La technologie numérique
offre de nouvelles perspectives de création, à
des prix accessibles, d'uvres capables de répondre
à des critères d'originalité et de qualité
qui feront leur succès. Il est possible de filmer avec
des caméras numériques et de monter sur des
tables de montage cent fois moins onéreuses que celles
qui existaient en Beta. L'Afrique doit produire sa culture
numérique, dont la conservation, l'échange,
la circulation sera plus facile qu'elle n'a jamais été
jusque là. Avec cette nouvelle création numérique
africaine, en matière audiovisuelle, il est possible
d'envisager de mutualiser les coûts et de faire circuler
les uvres d'un pays à l'autre. La constitution
d'un véritable marché des programmes africains
est à portée de main. Les télévisions
publiques doivent être innovantes en la matière,
parce qu'elles se connaissent bien entre elles, parce qu'elles
partagent les mêmes impératifs de qualité
et de rigueur.
Ce travail peut être fait dans tous les
domaines, sur les programmes musicaux,par exemple, parce que
de plus en plus les artistes africains circulent d'un pays
à l'autre, et même en direction de la diaspora
africaine dans le reste du monde. Mais aussi sur la fiction,
mais aussi sur les documentaires, parce que l'Afrique intéresse
les Africains !
Les nouvelles missions des médias publics
francophones sont aujourd'hui redéfinies en fonction
d'un monde en pleine évolution et il est nécessaire
d'engager une vraie mobilisation en leur faveur. Une mobilisation
qui passe sans doute par des investissements des Etats africains.
La communication, comme l'avait si justement pressenti Léopold
Sédar Senghor, fils de l'Afrique profonde, est un des
enjeux premiers de la reconquête par un peuple de son
identité et de sa souveraineté.
Nous devons nous tourner vers l'avenir des médias
publics avec en tête une claire conscience du rôle
majeur qu'ils sont appelés à jouer pour faire
exister leurs cultures et leurs pays dans cette "civilisation
de l'universel" que Senghor avait annoncée, et
qui devrait être la vraie mondialisation d'aujourd'hui.