Union de la Presse Francophone
 
La francophonie
Résolution finale
Interventions
Messages
Revue de presse
U.I.J.P.L.F. 1950-2000
Sites des 32è assises
Photos des assises
Retour manifestations
Retour pagé précédente
Menu pricipal
La francophonie
La gazette
Pressothèque
Agence d'info - U.P.F.
Langue Française

Agence intergouvernementale de la Francophonie

"Vers une nouvelle génération de médias audiovisuels publics
en Afrique de l'Ouest ?"

Réunion de Bamako, Mali, 1er - 3 août 2005

Intervention, lundi 1er août (après-midi)
par
Hervé Bourges

président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF)

" Comment moderniser les médias publics audiovisuels ? "

Mesdames et Messieurs,
Cher confrères,
Cher amis,

Le thème qui nous réunit est bien connu : tour à tour tous les pays du monde connaissent la sortie d'un audiovisuel entièrement public, celui des pionniers, pour qui la télévision était une mission pédagogique et sociale, pour entrer dans un univers plus commercial où les chaînes de télévision constituent un marché…

Avec l'arrivée des médias audiovisuels privés, soudain la concurrence adopte d'autres règles et d'autres mœurs : l'audience devient un sujet décisif, à la fois financier, par la publicité qu'elle rapporte, et social, par l'influence qu'elle permet d'acquérir ou de maintenir sur l'esprit collectif.

Je dis "social", et non pas politique, parce que nous faisons jour après jour l'expérience des effets de la télévision et de la radio commerciales sur les habitudes des téléspectateurs et des auditeurs, dans des domaines extrêmement divers, et qui ne se résument pas au champ de l'action et du discours politiques. L'influence de la télévision sur les modes, et inversement l'influence des modes de certains groupes sociaux sur la télévision, l'influence des radios privées sur les choix musicaux, aussi bien, l'influence des chaînes d'information sur les sentiments d'appartenance à tel ou tel bassin culturel ou religieux… Autant de phénomènes complexes que l'on ne peut pas réduire à la simple question de l'influence politique.

On peut même penser aujourd'hui que l'influence politique des médias audiovisuels est le moindre de leurs effets. Car nos sociétés sont habitées, que ce soit en Occident, en Afrique, en Asie, par des mouvements profonds, par des mutations sociologiques qui agissent comme des lames de fond : invisibles d'abord, elles se révèlent soudain irrépressibles, et emportent les individus dans des choix collectifs imprévisibles.

Ces choix échappent à la raison politique, voire la contrarient, et ce, quelle que soit l'action délibérée que les médias tentent d'avoir sur l'opinion. La France a connu récemment un exemple électoral particulièrement éclairant de ce point de vue : lors du récent référendum sur la Constitution européenne, une lame de fond s'est progressivement dessinée, qui a conduit à un rejet massif de ce texte par les citoyens français. La question n'est pas de savoir si leur vote était ou non justifié : nous sommes démocrates, et la France est une démocratie, le vote émis par les citoyens est souverain. La question qui nous est posée, à nous, hommes de médias, est celle de la discordance manifeste entre ce vote et le discours médiatique dominant, je dirais presque univoque, transversal aux appartenances politiques, qui s'est exprimé dans la presse publique et privée, sur les chaînes de télévision, sur les radios.

Toute la France médiatique se prononçait explicitement pour le "oui" à cette constitution européenne. Bien sûr, les défenseurs du "non" avaient naturellement le même accès aux médias que les défenseurs du "oui", sous le contrôle actif du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) qui veillait à l'équité entre les tenants des deux réponses… Mais les prises de position des médias eux-mêmes, dans leurs commentaires, dans leurs analyses, dans leur accompagnement de l'actualité, étaient toutes en faveur du "oui".

Et les Français ont rejeté le projet de constitution à 55%, ce qui est considérable. Ce "non" prouve que la force de conviction du système politique français entier, alliée à la force d'influence "consensuelle" de tous les médias ne peuvent pas déterminer, aujourd'hui, un choix démocratique.

Autant l'efficacité commerciale d'une publicité est mesurable, et largement utilisée par l'industrie et le commerce, autant l'efficacité d'un discours politique relayé par les médias est impossible à apprécier aujourd'hui.

Le discours des médias, dans la société de l'information mondialisée où nous sommes entrés, est un discours décrédibilisé, au sens où il n'est plus pris pour argent comptant. Il est même systématiquement soupçonné de relever du mensonge ou de la manipulation. Donc les auditeurs et les téléspectateurs n'en retiennent pas l'orientation, ils en suspectent les intentions cachées. Nous sommes entrés, en matière audiovisuelle, dans une "ère du soupçon".

Il faut alors se garder de deux sentiments : le sentiment d'injustice, et le sentiment de renoncement. L'injustice, c'est le refuge dans le passé, l'idée que la télévision et la radio de papa étaient plus belles, qu'elles seules répondaient aux missions fondamentales des médias publics. Le renoncement, c'est l'abandon de la recherche de l'audience, et l'idée que si les téléspectateurs ne veulent plus croire le discours des médias, c'est parce qu'ils sont trop bêtes, et qu'il ne faut donc rien changer.

Ces deux attitudes sont également négatives. Elles sont également inacceptables. La phase de décrédibilisation que nous traversons peut au contraire être une chance pour la télévision publique : c'est l'occasion de remettre en cause des habitudes et des routines, c'est l'occasion de prouver qu'il est possible de remplir autrement, avec de l'imagination, les missions traditionnelles des médias. Ce défi majeur doit être relevé en priorité par les médias audiovisuels publics.

Il faut mettre à profit cette nouvelle situation pour faire la différence, marquer autrement la spécificité du média audiovisuel public, en conquérant, dans un univers désormais concurrentiel, une nouvelle crédibilité.

J'ajoute que personne n'a le choix : en effet vous le savez bien, les concurrents sont déjà là, et la libéralisation des paysages audiovisuels nationaux ne fait que suivre celle de l'environnement audiovisuel international. Satellite, MMDS, câble dans les grandes villes ou les immeubles, désormais la concurrence internationale oblige les chaînes publiques à se transformer. Mais elles avaient tendance à se masquer la réalité de cette concurrence, qui paraissait avoir son marché propre.

Vous savez qu'au Maghreb, cette situation crée une véritable schizophrénie audiovisuelle : d'un côté les chaînes nationales, qui refusent souvent de changer, de s'ouvrir, et de l'autre les téléspectateurs, tournés vers les images qu'offrent les paraboles, qui tiennent sur tous les sujets un autre discours et proposent d'autres solutions aux problèmes cruciaux du monde contemporain ! La concurrence de chaînes privées nationales est donc salvatrice : elle permet de réveiller les chaînes publiques qui s'endormaient sans réagir à l'exode de leurs téléspectateurs. Et elle invite les chaînes publiques à répondre de manière nouvelle aux vraies questions que se posent nos contemporains.

Réinventer l'information

Je viens d'évoquer la perte de crédibilité de l'information audiovisuelle, telle qu'elle est aujourd'hui pratiquée. Les raisons de cette perte de crédibilité sont complexes, mais elles peuvent être identifiées : au premier rang, la confusion croissante entre communication et information. Dans le discours tel qu'il est tenu par les élites politiques à destination des médias, et tel qu'il est ensuite repris et retranscrit par les médias, les mots semblent de plus en plus obéir à un système d'expression, un langage, coupé des réalités vécues par nos contemporains. Les problèmes sociaux, culturels, existentiels, y sont traités d'une manière théorique, abstraite, comme si l'on avait affaire à des idées et non à des faits vécus.

Or les faits vécus renvoient nos contemporains à des interrogations fondamentales : la mondialisation des communications et des échanges a des conséquences majeures.

Economiques d'abord : fragilisation des situations acquises, nouveaux rapports entre les nations, nouvelles concurrences industrielles et commerciales, complexité croissante des choix professionnels et des choix d'existence, démultiplication des flux migratoires, changement de cadre de vie…

Ecologiques aussi : les évolutions climatiques paraissent déstabiliser l'environnement habituel, les risques d'empoisonnement accidentels ou de mutations génétiques semblent affecter la santé, les références traditionnelles aux saisons semblent remises en cause…

Culturelles également : le cadre historique et intellectuel dans lequel la réflexion de chacun pouvait se situer, le legs des générations passées, les outils d'interprétation du monde, qu'il s'agisse d'idéologie ou de morale, tout cela semble privé de fondement et les jeunes générations ne savent plus à quel saint se vouer ou à quel penseur se raccrocher.

Ce sont là les problèmes auxquels nos contemporains, en Europe comme en Afrique, cherchent légitimement des réponses, et que les médias échouent jusque là à traiter. Dès lors, les discours tenus par les médias créent l'impatience et la défiance, puisque ne sont pas abordées les questions les plus importantes, qui paraissent aussi les plus graves, les plus actuelles, les plus lourdes de conséquences.

Concevoir une modernisation des médias audiovisuels publics aujourd'hui, c'est d'abord remettre en cause leur mode de fonctionnement et leur mode d'implication dans le fonctionnement médiatique. Et réclamer d'eux une nouvelle prise en compte des réels débats de société de notre époque, sans simplification, sans langue de bois, sans a-priori. Désormais la télévision publique a une mission essentielle à jouer, pour inventer de nouveaux modes de traitement de l'actualité contemporaine, chose que les médias privés ne peuvent pas faire, puisqu'ils sont tout entiers gouvernés par la logique du profit commercial.

J'ai traité d'abord l'information, parce que c'est là le cœur de l'interrogation qui nous est portée aujourd'hui. Mais quelles sont désormais les autres missions qui sont assignées au service public dans un environnement concurrentiel ? D'être au cœur du combat pour l'affirmation des cultures, pour l'expression des différences et pour la promotion de la tolérance…

Le combat culturel

Il n'est plus possible d'avoir, à l'orée du vingt-et-unième siècle, la même vision de la culture qu'au moment où ont été écrits les Cahiers des missions et des charges des chaînes publiques qui définissent précisément un certain nombre d'obligations en matière de programmes.

La culture, ce ne sont pas seulement les retransmissions de théâtre ou de danse à la télévision. La culture française par exemple, c'est un ensemble flou de références partagées, de réflexes immédiat, qui va du mot de Cambronne à Waterloo, jusqu'au Vase de Soisson, de "La garde meurt mais ne se rend pas" au "Courbe-toi fier Sicambre" du baptême de Clovis… En passant par les fautes de français de Françoise, dans La Recherche du Temps Perdu de Marcel Proust.

A l'époque où les enfants passent autant de temps devant la télévision (si l'on compte les périodes de vacances) que devant leurs maîtres d'école, la télévision publique est aussi le média par lequel cette culture générale doit passer.

Mais comment faire passer le message culturel, comment parvenir à faire partager par la télévision cette mémoire collective qui fonde une identité, ce tissu de références historiques et littéraires partagées qui constitue la conscience d'un "honnête homme" au sens du XVIIe siècle ?

La télévision doit inventer pour cela, sans cesse, de nouvelles mises en scène, de nouvelles recréations, de nouvelles approches de la culture pour lui donner vie à l'intérieur de ses propres références et de ses propres cadres : la télévision publique a dans ce domaine un rôle de précurseur à jouer, afin que l'innovation en matière de programmes y soit exemplaire et puisse entraîner l'ensemble des chaînes.

Elle l'a fait dans beaucoup de pays, par tradition, dans un domaine précis, qui est celui de la fiction. Si aujourd'hui la fiction audiovisuelle est en France le genre majeur de la télévision, c'est en particulier grâce aux investissements délibérés de la télévision publique pour lancer la production audiovisuelle sur de nouvelles pistes. Il y a aujourd'hui de grandes collections de fictions françaises qui sont régulièrement nourries par les investissements réguliers de la télévision publique. Des auteurs, des acteurs, des réalisateurs, venant pour les uns du cinéma pour les autres de la littérature, constituent désormais un formidable vivier de talents rangés au service de la création audiovisuelle.

Les télévisions publiques d'Afrique francophone doivent aussi être au cœur de l'affirmation culturelle du continent à travers la production de fictions africaines neuves. Nous savons que se développent désormais grâce au numérique, dans toutes les capitales africaines, des sociétés de production indépendantes qui sont capables de fournir au marché international des clips musicaux de grande qualité ou des images pleine d'inventivité et d'originalité. La grande exposition Africa Remix, qui se tient actuellement à Paris au Centre Georges-Pompidou a dépoussiéré la vision que l'on pouvait avoir de la scène artistique africaine : les créateurs contemporains de ce continent sont des vidéastes éprouvés, capables d'intégrer dans leur démarche de création les avancées les plus modernes. Il faut impérativement que cette création neuve trouve aussi sa traduction dans la fiction ! Les chaînes publiques africaines doivent être les ferments de cette adaptation de la création contemporaine à la télévision. Les cultures africaines sont vivantes, fortes, fécondes, elles peuvent désormais utiliser à leur profit les outils de création numérique les plus divers.

La fiction, ce n'est pas seulement une expression culturelle, c'est aussi une manière de traiter des grands problèmes de l'époque en les présentant sous un éclairage particulier. Face au défi contemporain majeur, qui consiste à accepter et à admettre l'individualité de chaque personne sans vouloir la réduire à une règle commune, les héros de la fiction télévisée à la française sont les hussards noirs de la tolérance, ils transmettent un message d'ouverture et de raison contre toutes les tentations irrationnelles. Ce message de tolérance et de réconciliation sociale est exprimé en particulier dans les fictions des télévisions publiques. Il est impossible de mesurer aujourd'hui l'impact de cette création culturelle sur la consolidation de l'identité de nos sociétés, sur la pérennisation de leurs traditions et de leurs habitudes de pensée.

Mais si nous continuons de considérer que la télévision est avant tout une "machine à produire du consensus", il faut aussi considérer que c'est à travers la diversité de ses programmes et toute la gamme des genres d'émissions que s'opère cette cristallisation de la conscience collective.

On sait à quel point la création audiovisuelle hollywoodienne a joué un rôle au vingtième siècle pour faire adopter un modèle de société et des réflexes propres à la société américaine dans le monde entier. Demain, nous mesurerons notre dette à l'égard de tout notre patrimoine de fictions, qui aura en partie assuré la transmission à nos enfants d'un grand nombre de repères culturels et sociaux que nous avions hérités de nos parents.

Ce défi est le même pour toutes les sociétés et toutes les traditions culturelles : l'appel à une mobilisation du tissu de la création est universel, si nous voulons conserver un monde pluriel, un monde où les échanges culturels puissent se construire sur un respect mutuel entre des sociétés fières d'elles-mêmes et riches de tout leur héritage de pensée. Nous sommes aujourd'hui à un carrefour historique, et les télévisions publiques ont un rôle déterminant à jouer pour assurer la vitalité de nos cultures. C'est devenu, après leur mission civique, leur première responsabilité.

Les valeurs fondamentales des télévisions publiques

Quelles sont les valeurs premières des médias audiovisuels publics : d'abord, la solidarité humaine. Les chaînes publiques mettent en avant des émissions de solidarité que ce soit au moment de catastrophes naturelles, industrielles, ou d'épreuves vécues par le corps social. Il est utile qu'une télévision publique organise un "Téléthon", ou un programme de solidarité de ce type, que ce soit en Occident ou en Afrique, comme cela s'est fait à l'initiative de la FAO ou pour lutter contre le SIDA.

Après la solidarité, le débat. La télévision publique est une télévision d'ouverture et de liberté de parole. C'est elle, je l'ai dit, qui constitue la véritable place publique sur laquelle s'échangent les idées lors des grandes échéances électorales. Mais il faut souligner que cette ouverture au débat est le premier accès à la culture et qu'en France une chaîne comme France 5 est aujourd'hui probablement la chaîne la plus "culturelle" qui existe, par l'incitation qu'elle produit à la réflexion et à l'approfondissement… C'est cela aussi la télévision publique : mettre le savoir faire des hommes de télévision au service d'une pensée en mouvement, d'une pensée qui se cherche et se confronte au réel ! En toute liberté.

Cette deuxième valeur, la Liberté, réclame des chaînes publiques indépendantes de tous les pouvoirs, à commencer par le plus fort d'entre eux, le pouvoir économique, mais sans oublier le pouvoir politique, qui ne doit pas dicter sa loi aux journalistes ou aux hommes de programme. Cela fonde à la fois le besoin d'une télévision publique forte et celui d'une instance de régulation authentiquement indépendante des gouvernants : en France, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a joué et doit jouer ce rôle. Les organes de régulation africains, que j'ai encore souvent l'occasion de rencontrer, doivent s'affirmer de plus en plus afin d'aider le renforcement du pluralisme. Encore faudrait-il les doter de moyens suffisants et conforter sans arrière pensée leur nécessaire indépendance et impartialité.

Enfin l'avenir…

Et dans un paysage audiovisuel en mutation, les médias publics ont enfin une dernière responsabilité : celle d'innover. Innover en matière technologique, afin de trouver les meilleurs moyens de diffuser les plus belles images en direction du plus grand nombre. La télévision publique a toujours été un aiguillon pour développer les nouvelles formes de télévision. L'innovation se fait évidemment au niveau des programmes, et c'est une innovation éditoriale qui est pour les chaînes publiques une "ardente obligation". Mais elle se fait aussi au niveau des techniques. L'importance croissante de l'Internet dans les pays du Sud doit amener les pouvoirs publics à réfléchir à l'intégration des médias Internet dans le périmètre du service public : en termes de transparence, de circulation de l'information, d'ouverture, Internet est devenu un outil indispensable.

Dans cette ouverture croissante des marchés audiovisuels, les valeurs des télévisions publiques sont indispensables et peuvent être doublement salvatrices, à la fois contre la dilution culturelle qui constitue le premier péril de la mondialisation, et contre le repli identitaire stérile et dangereux, qui constitue le deuxième écueil que nous devons franchir.

Enjeux technologiques

Il est souhaitable que cette réunion consacrée à donner un nouvel élan aux "médias audiovisuels public" marque un tournant dans la manière dont la plupart d'entre nous, en Afrique comme en Europe, regardent les mutations du paysage de la communication. Aujourd'hui les enjeux technologiques ne doivent pas nous apparaître comme effrayants, ils sont au contraire les leviers rapides de l'adaptation des médias publics à leurs nouvelles missions culturelles et sociales.

En fait, les enjeux technologiques tiennent en un seul mot : la numérisation. La technologie numérique offre de nouvelles perspectives de création, à des prix accessibles, d'œuvres capables de répondre à des critères d'originalité et de qualité qui feront leur succès. Il est possible de filmer avec des caméras numériques et de monter sur des tables de montage cent fois moins onéreuses que celles qui existaient en Beta. L'Afrique doit produire sa culture numérique, dont la conservation, l'échange, la circulation sera plus facile qu'elle n'a jamais été jusque là. Avec cette nouvelle création numérique africaine, en matière audiovisuelle, il est possible d'envisager de mutualiser les coûts et de faire circuler les œuvres d'un pays à l'autre. La constitution d'un véritable marché des programmes africains est à portée de main. Les télévisions publiques doivent être innovantes en la matière, parce qu'elles se connaissent bien entre elles, parce qu'elles partagent les mêmes impératifs de qualité et de rigueur.

Ce travail peut être fait dans tous les domaines, sur les programmes musicaux,par exemple, parce que de plus en plus les artistes africains circulent d'un pays à l'autre, et même en direction de la diaspora africaine dans le reste du monde. Mais aussi sur la fiction, mais aussi sur les documentaires, parce que l'Afrique intéresse les Africains !

Les nouvelles missions des médias publics francophones sont aujourd'hui redéfinies en fonction d'un monde en pleine évolution et il est nécessaire d'engager une vraie mobilisation en leur faveur. Une mobilisation qui passe sans doute par des investissements des Etats africains. La communication, comme l'avait si justement pressenti Léopold Sédar Senghor, fils de l'Afrique profonde, est un des enjeux premiers de la reconquête par un peuple de son identité et de sa souveraineté.

Nous devons nous tourner vers l'avenir des médias publics avec en tête une claire conscience du rôle majeur qu'ils sont appelés à jouer pour faire exister leurs cultures et leurs pays dans cette "civilisation de l'universel" que Senghor avait annoncée, et qui devrait être la vraie mondialisation d'aujourd'hui.

Hervé Bourges
président international de l'UPF
Bamako, 1er août 2005