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Brazzaville,
samedi 2 février 2008
Discours
d'Hervé BOURGES
président
d'honneur de l'UPF
chargé de mission pour la Francophonie
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Journalisme, conflits armés, État
de droit
Les médias ont, au sein des sociétés
modernes, une responsabilité particulière. Cette
responsabilité répond à deux évolutions
fondamentales : la fluidité de l'information, qui a
bien du mal à s'exercer en période de conflits
armés, et le besoin de transparence ressenti par nos
contemporains comme un des piliers de l'Etat de Droit.
I. La fluidité de l'information versus
les conflits armés
La fluidité de l'information est de tout
temps un élément stratégique en période
de conflit armé. Inutile de revenir sur les expériences
historiques les plus mémorables : au moment du déclenchement
de la Première Guerre mondiale, en 1914, le déchaînement
de la propagande et de la désinformation est encore
accentué par la mise en place d'une sévère
censure militaire. Après quelques escarmouches avec
la censure, Georges Clémenceau (qui n'est pas encore
président du conseil) débaptise son journal,
"L'Homme Libre", qui devient "L'Homme
enchaîné". Il faut noter que lorsqu'il
prendra la direction des opérations politiques et militaires
en novembre 1917, "le Tigre" ne cassera pas "les
ciseaux d'Anastasie", et qu'il laissera en place le dispositif
de censure sur la presse.
L'histoire plus récente permet aussi
d'identifier deux grandes dérives de l'information
et du journalisme dans les conflits armés : la propagande
et la manipulation par la censure.
1) La propagande, d'abord, peut conduire
aux pires excès parce qu'elle légitime dans
son exagération même le rabaissement de l'adversaire
et donc le massacre. En dégradant l'ennemi de son humanité,
on s'autorise les pires débordements, qui sont apparemment
admissibles puisqu'ils s'exercent à l'endroit d'êtres
que l'on considère, non comme des prochains, mais comme
des inférieurs, non comme des égaux, mais comme
des individus d'une autre sorte
Le sol de l'Afrique a connu à plusieurs
reprises au cours des dernières décennies des
explosions de violence appuyées par des médias
communautaires qui allaient jusqu'à l'appel au meurtre.
Ainsi, la Radio des Mille Collines, au Rwanda, de sinistre
mémoire, parce qu'elle a joué un rôle
important dans le déclenchement et le déroulement
du génocide. " Les médias de la haine "
ainsi que les ont baptisé de multiples études,
jouent un rôle de légitimation et d'accompagnement
des affrontements interethniques, ils montent les communautés
les unes contre les autres, ils déconstruisent le lien
social et cassent l'unité d'une société.
Or l'exemple actuel du Kenya nous montre à
quel point l'unité sociale est fragile dans des pays
partagés entre plusieurs communautés de langues,
de cultures, d'histoires différentes. La violence couve
toujours, réactivant soudain d'anciennes fractures
oubliées entre des peuples de murs et de pratiques
sociales hétérogènes. La chance du Kenya
tenait justement, jusque là, dans l'adhésion
des structures médiatiques à une structure nationale
démocratique, aujourd'hui plongée dans la tourmente.
Le drame du Rwanda, ce fut, catalysé par une action
violente visant le chef de l'Etat, un déchaînement
de haine que certains médias à forte audience
amplifièrent de jour en jour.
On pourrait d'ailleurs observer en Europe des
phénomènes d'explosion nationale par la réactivation
d'anciennes identités communautaires ou linguistiques
encore vivaces, que ce soit à l'Est de l'Europe avec
la progressive décomposition de la Yougoslavie, qui
est passée par des phases brutales et violentes, largement
relayées dans la presse des différentes communautés,
et en particulier la presse serbe nationaliste, ou que ce
soit au cur même de l'Europe unie avec l'exemple
belge dont on voit mal comment il ne finirait pas, à
plus ou moins long terme, par une partition du pays, à
laquelle une bonne partie de la presse d'expression flamande
appelle explicitement.
On voit bien que dans toutes ces phases historiques, la propagande
joue un rôle essentiel dans la manipulation des peuples.
Ce rôle s'accentue en période de conflit ouvert,
lorsque la violence se déchaîne, car le discours
médiatique partisan constitue l'argument, la légitimation
et l'encouragement à la violence.
2) La manipulation par la censure. Les
grands conflits actuels ont largement innové dans l'usage
de la censure. La dissimulation de l'information et sa manipulation
sont passées de plus en plus par le tarissement des
sources. En effet, dans un univers médiatique bouleversé
par le numérique et les nouveaux moyens de diffusion,
dès lors qu'une information existe, elle est susceptible
d'être connue, exploitée, amplifiée, transmise
tout autour du globe. Donc la seule parade efficace à
la fluidité de l'information, c'est de l'étouffer
avant qu'elle n'existe.
Lors de la première Guerre du Golfe en
1991, de multiples observateurs furent ainsi stupéfait
de constater que l'information sur la guerre était
totalement sous le contrôle de l'état-major américain,
que les seuls journalistes à pouvoir en rendre compte
étaient des journalistes "embarqués"
à bord des véhicules militaires américains
et que les seules images qu'ils étaient autorisés
à divulguer de ce qu'ils en voyaient étaient
tout d'abord passées au tamis de la censure militaire
américaine. Et toute les télévisions
du monde affichaient ainsi à la même seconde
la même image parce qu'il n'y en avait pas d'autre,
délivrant évidemment un seul son de cloche,
une seule vision de l'avancée triomphale des armées
américaines dans le sable du désert.
La situation n'a pas été sensiblement
meilleure lors de la guerre en Irak, et elle ne l'est toujours
pas vraiment, car les journalistes ne sont pas les bienvenus
dans le conflit, ni d'un côté ni de l'autre.
On peut s'interroger sur la manière dont ils sont considérés,
même aujourd'hui, par les belligérants, quand
on constate que l'Irak est un conflit sanglant qui décime
chaque année la profession de journaliste. Plusieurs
dizaines de reporters ou d'auxiliaires de presse meurent chaque
années sur le sol irakien, simplement parce qu'ils
ont voulu rendre compte en toute indépendance du conflit
en cours. Ils ne jouissent alors plus d'aucune protection
et sont à la merci des balles qui sifflent
Un journaliste suisse du nom de Blaise Lempen
a signé l'année passée un livre qui dénonce
cette situation : Massacres sans témoins, évoquant
le sort des journalistes dans les pays en guerre. A cause
du danger que représente, vis-à-vis de l'opinion
publique internationale, la relation des atrocités
qui ont court pendant les conflits armés, les journalistes
sont de plus en plus menacés dans l'exercice même
de leur fonction de témoin et de reporter. Ils deviennent
" martyrs ", c'est-à-dire " témoins
" au sens étymologique du terme, martyrs de l'information
et de sa circulation. Il faut donc les empêcher de voir,
de parler, de faire savoir
Ils sont les premiers hommes
à abattre des conflits modernes.
Alors que peut le Droit dans ce cadre ?
Evidemment, il peut réaffirmer les principes essentiels
du Droit international en matière de conflits armés,
les conventions internationales de Genève, les résolutions
des Nations Unies sur la protection des civils dans les zones
de conflits armés (résolutions 1265, 1296, 1674,
1738 par exemple). La résolution 1738 condamne ainsi
explicitement " les attaques délibérément
perpétrées contre des journalistes, des professionnels
des médias et le personnel associé visés
ès qualité en période de conflit armé
" et demande " à toutes les parties de mettre
fin à ces pratiques "
Cette résolution 1738 qui date du
23 décembre 2006 est venue au terme de plusieurs
années d'efforts de l'Union internationale de la presse
francophone (UPF), qui, à partir du sommet de Ouagadougou
en 2004, n'a cessé de saisir les chefs d'État
francophones, avec la bienveillante complicité du président
Abdou Diouf secrétaire général de l'Organisation
internationale de la francophonie, pour que des mesures soient
enfin prises pour assurer la protection des journalistes qui
couvrent les conflits ou les situations périlleuses.
Il faut saluer le rôle majeur de l'association Reporters
Sans Frontières dans ce même domaine.
Pour autant, sommes-nous tirés d'affaire
? Au contraire, les mois qui ont suivi la résolution
1738 ont connu une nouvelle dégradation de la situation
des journalistes avec une hausse du nombre de confrères
tombés dans des conflits : près de 30 d'entre
eux ont vu ainsi leur carrière et leur vie fauchées,
au cours de l'année 2007.
3) Une hécatombe vaine ! Le pire,
c'est que cette hécatombe est vaine ! En quelques décennies,
l'actualité a changé de nature, et de rythme,
elle a changé aussi de " consistance ". Nous
baignons désormais dans un flux d'informations inlassablement
renouvelé et l'existence de nos contemporains ne se
conçoit pas coupée de ce bain permanent d'une
information mondialisée qui circule par des canaux
démultipliés. Là où l'information
était locale, au mieux nationale, elle est devenue
internationale par essence, elle dépasse les frontières
et ses enjeux sont également continentaux, voire mondiaux.
Tous nos contemporains vivent désormais
dans un univers où ils ont conscience de toutes les
évolutions sociales ou politiques internationales qui
sont susceptibles d'influer sur leur propre existence. Ce
n'était pas le cas, malgré l'impact douloureux
de deux guerres mondiales, jusqu'à la fin du vingtième
siècle. On répète souvent que les attentats
du 11 septembre 2001 à New-York ont inauguré
le vingt-et-unième siècle. Pourquoi ? Parce
qu'ils ont suscité l'ère de l'information mondiale.
Et donc de la visibilité universelle des conséquences
internationales en chaîne d'un événement
particulier, ponctuel, qui mettait face à face l'Etat
le plus puissant du monde, et un réseau terroriste
international.
A la mondialisation des rapports économiques
répond la nécessité pour les journalistes
de mondialiser leur approche des problématiques qu'ils
doivent aborder. Un phénomène ne se comprend
plus localement, il doit être envisagé en fonction
de paramètres complexes, il est nécessaire de
l'expliquer au public en tenant compte de toutes ses causes
et de toutes ses conséquences, qui peuvent être
proches ou lointaines.
Les médias, dans ce contexte, ne sont
plus seuls à jouer leur rôle d'informateurs.
Car Internet et la démocratisation des technologies
numériques permettent aux images de circuler, même
si elles ne bénéficient pas de l'audience privilégiée
des grands médias internationaux.. aujourd'hui l'information
est sur Internet avant d'être à la télévision
et a fortiori dans la presse écrite. Ainsi lorsque
quelqu'un est témoin d'un fait, il a la possibilité
de le capter aisément et de le transmettre instantanément
à la terre entière.
Mais les bloggeurs ne sont pas des journalistes,
et l'immédiateté de l'information n'entraîne
pas une meilleure intelligibilité. Au contraire, elle
ouvre la voie à de nouvelles formes de manipulation,
nées de la reprise incontrôlée de rumeurs
fantaisistes nourries par des bloggeurs plus ou moins bien
intentionnés.
Tout le problème est de maintenir intacts
les principes de déontologie et de responsabilité
d'une profession confrontée aux contraintes de l'abondance,
de la rapidité, de la caducité, de la brièveté
de l'information ; concurrence aidant, ces contraintes temporelles
peuvent conduire, faute de culture suffisante, de savoir faire
et de conscience professionnelle, à la manipulation
involontaire, au mensonge par erreur, aux dérives de
toutes sortes.
Face aux défis de communication qui se
dressent devant notre époque, les enjeux liés
à l'orientation que prendra le développement
des moyens de communication sont aujourd'hui cruciaux. Or
la clef d'un développement utile et harmonieux de la
Société de l'Information, c'est avant tout la
qualité des hommes et des femmes qui en sont les agents,
et cette qualité dépend avant tout de leur formation.
4) L'enjeu majeur de la formation au journalisme
Il se trouve que la grande aventure de la formation
au journalisme, je m'y suis consacré depuis quarante
ans, sur le continent africain : en Algérie, dans les
années 1963-1967, et en faisant venir à Alger,
pour participer à la formation accélérée
des nouveaux journalistes algériens, des personnalités
éminentes de la presse francophone, du fondateur du
Monde Hubert Beuve-Mery, de Jean Marin président
de l'AFP, à Béchir Ben Yahmed père de
Jeune Afrique.
De la même manière, je fus, à partir des
années 1970, à l'initiative d'une réflexion
plus globale sur l'essor de la presse en Afrique, qui se traduisit
notamment par le lancement de l'École internationale
de journalisme de Yaoundé, aujourd'hui École
Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information
et de la Communication
et ma participation au fonctionnement
du Centre d'Enseignement des Sciences et Techniques de l'Information
(CESTI) de Dakar.
Autant le dire tout de suite : la récolte
est insuffisante par rapport aux besoins nouveaux suscités
par l'éclosion de la presse privée née
dans les années 90 avec l'ouverture démocratique.
Et il est important de donner un second souffle au développement
de la formation des journalistes africains, si l'on ne veut
pas laisser l'Afrique dans une situation de dépendance
médiatique vis-à-vis des pays développés.
Même au Nord, aux États-Unis, au
Canada, en Suisse, en Belgique, en France, l'enseignement
du journalisme traverse une période difficile, confronté
à ces nouveaux enjeux, à ces nouvelles techniques,
à ces nouvelles attentes.
Nous sommes réunis ici avec l'ensemble
des barreaux francophones, pour lancer des pistes, et contribuer,
autant que faire se peut, à trouver des solutions aux
dysfonctionnements sociaux actuels, et aux difficultés
nées des mutations médiatiques.
De ce point de vue, il est crucial de donner
à la formation des journalistes un nouvel élan.
C'est d'autant plus important que le développement
de la société de l'information doit être
l'occasion pour les professionnels francophones d'imposer
un certain nombre de principes qui puissent apparaître
comme les références partagées de tous
les journalistes de notre planète. Nous avons en héritage
une déontologie, une pratique, des méthodes
de travail : à nous de les faire prévaloir dans
les médias mondiaux tels qu'ils se constituent. Car
de la manière dont les citoyens du monde seront informés
demain, dépend une bonne partie de ce qui constituera
" la conscience collective " de l'humanité.
II. Le besoin de transparence dans l'Etat de Droit.
Les sociétés actuelles se définissent
comme des " sociétés de l'information ",
et en effet, tous les comportements que nos contemporains
adoptent, toutes les idées qu'ils défendent,
leurs sont aujourd'hui proposés par les médias.
Les habitudes sociales, culturelles, les revendications identitaires,
sont pour une bonne part des constructions collectivement
assumées par les médias.
Dès lors, la seule manière pour
les citoyens de ne pas se sentir profondément aliénés
au sein de leur environnement, c'est de pouvoir exercer un
contrôle sur ceux qui construisent cette représentation
collective, ainsi que sur ceux qui en sont les acteurs, c'est-à-dire
en premier lieu les responsables politiques. Pour ne pas se
trouver dans la situation d'être de simples " jouets
" de phénomènes économiques, sociaux,
politiques, culturels qui les dépassent, nos contemporains
doivent, au minimum, être certains de les connaître.
Cela se traduit par une forte et permanente
revendication de " transparence ". Cette revendication
ne doit pas être ignorée, elle est essentielle
à nos sociétés. Elle est évidemment
inconfortable pour les pouvoirs politiques et économiques
qui préféreraient s'exercer dans une certaine
opacité. Mais nos sociétés peuvent d'autant
moins y renoncer que la légitimité de leurs
structures politiques et sociales passe de plus en plus par
leur fonctionnement démocratique et l'observation de
procédures claires et légales, acceptées
de tous.
La " bonne gouvernance " est ainsi
intrinsèquement liée à la communication
des gouvernants, à la transparence des modes de décision
politiques, à l'évidence de la séparation
des pouvoirs et au bon contrôle que chacun peut exercer
sur les autres, sous les yeux du " quatrième pouvoir
", celui des médias, c'est-à-dire sous
les yeux de tous.
Ainsi la revendication de la liberté
de la presse et la nécessité de la protection
comme de l'indépendance des journalistes dans l'exercice
de leur mission, ne sont pas des revendications corporatistes
ou catégorielles, mais des exigences démocratiques,
universelles, dont tout citoyen aujourd'hui doit pouvoir bénéficier.
Transparence des modes de fonctionnement des structures de
l'Etat, visibilité des modes d'action du pouvoir exécutif
en particulier, et réalité du contrôle
exercé sur lui par les pouvoirs législatif et
judiciaire : telles sont les exigences de la " bonne
gouvernance " qui réclament toute l'attention
des médias et les obligent à jouer un rôle
très important pour animer la sphère civique,
le débat politique, et faciliter la participation des
citoyens à la prise des décisions et au choix
des orientations majeures des États.
Cette exigence se trouve aujourd'hui confrontée
à un monde médiatique lui-même en pleine
mutation.
Il est indispensable qu'avec la consolidation
de la liberté de la presse, les médias puissent
trouver les ressources nécessaires au développement
d'une pratique journalistique rénovée, notamment
par un style de journalisme directement utile à la
transparence civique, et dont l'expression est aujourd'hui
à la mode, le " journalisme d'investigation ".
Cette pratique du journalisme qui veut pousser plus loin la
quête professionnelle réclame des principes déontologiques
encore plus rigoureux que toute autre pratique médiatique
: car il peut être sujet à manipulation, volontaire
ou involontaire, il peut déformer la réalité
à travers un prisme sensationnaliste ou un angle préétabli.
Regarder les événements à la loupe, c'est
aussi prendre le risque de grossir ce qui ne mérite
pas de l'être et de causer ainsi des dégâts
irréparables.
D'où l'importance d'un professionnalisme
éclairé, d'une expérience acquise à
l'issue d'une formation rigoureuse. Mais une fois ces préalables
assurés, il faut souligner à quel point, dans
tous les pays du monde, le journalisme d'investigation est
l'un des principaux remparts démocratiques contre les
abus de pouvoir, de droit, de position dominante
Le
journaliste d'investigation n'est ni un juge ni un redresseur
de torts incontrôlé ni un perroquet qui répète
et répand la rumeur : c'est un éveilleur de
conscience, et la peur qu'il suscite, autant que la peur du
gendarme, peut éviter les dérives et remettre
chacun dans la voie de la vertu.
On sait depuis Aristote que la " vertu
" est le principe fondamental de la démocratie,
celui sans lequel le fonctionnement même d'un État
démocratique est sapé, dans sa légitimité
et dans son efficacité. Le journaliste d'investigation
est aujourd'hui, dans la Société de l'Information,
celui qui force à la vertu ceux qui pourraient, sinon,
trop facilement, l'oublier. Il est donc indispensable que
la sécurité et la liberté de travail
des journalistes soit reconnue et garantie, comme la protection
de leurs sources, ainsi que s'y est d'ailleurs engagé
récemment le Président Sarkozy.
Enfin, la recommandation fondamentale qui doit
être faite aux nouvelles générations de
journalistes est sans doute de résister à une
mondialisation aveugle qui gommerait les différences
et ferait taire les identités multiples de chaque pays
au profit d'un flux d'informations communes.
D'une part, les critères de la qualité
du travail journalistique sont universels : rigueur dans l'établissement
des faits, croisement des sources, effort de qualité
de l'expression qui permet de rendre compte de l'actualité
sans approximation ni parti pris mensonger. D'autre part,
les sujets à traiter sont multiples, riches de leur
diversité, et ne doivent pas être dictés
par des considérations économiques ou politiques
extérieures. Car un système médiatique
qui fonctionnerait en rupture avec la société
à laquelle il s'adresse s'exposerait à de graves
déconvenues, à une perte de crédibilité,
qui frapperait rapidement l'ensemble du système politico-social
dont il rend compte et au bon fonctionnement duquel il concourt.
Le journalisme contemporain, au centre des échanges
d'information internationaux instantanés, doit s'attacher,
paradoxalement, à répondre aux spécificités
des nations, des cultures et des peuples du Sud aussi bien
que des nations du Nord.
Nous devons nous souvenir que la modernité
numérique a deux visages : elle est souriante au premier
abord, quand elle prend les aspects d'une liberté croissante
des discours
Mais elle est grimaçante quand elle
se retourne, et qu'on y reconnaît l'imposition unilatérale
d'un discours dominant. Gardons nous de la laisser prendre
cette voie.
Les nouvelles technologies sont susceptibles
de multiples usages. Les réseaux de diffusion numérique
qui se déploient aujourd'hui progressivement sur l'Afrique
peuvent, comme la langue d'Esope, être la meilleure
et la pire des choses. La pire, si les chaînes diffusées,
les informations reprises, les musiques entendues en Afrique
sont désormais systématiquement celles d'une
culture occidentale homogénéisée et sans
attaches africaines immédiates. La meilleure, si chaque
pays peut faire entendre dans le monde sa voix discordante,
sa singularité, ses uvres et ses artistes originaux,
sa vision des évolutions politiques, économiques
et écologiques globales.
La " diversité culturelle "
aujourd'hui revendiquée par de très nombreux
pays n'est pas un gadget intellectuel : c'est une nécessité
absolue au moment où chacun de nos actes politiques
engage l'avenir de l'humanité telle que nous la connaissons
et telle que nous voulons la protéger. Dans cette perspective,
les journalistes doivent être conscients de leur rôle
et suffisamment bien formés pour qu'ils puissent le
jouer pleinement. Des journalistes dignes de ce nom qui, dans
le monde entier, s'efforcent de pratiquer librement leur métier
sans céder à l'injure, à l'incitation
à la violence, au tribalisme, à la xénophobie
et en respectant l'impartialité dans l'information
et l'esprit de confraternité.