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Colloque international du 30ème anniversaire de Cameroon Tribune
Yaoundé, lundi 28, mardi 29 juin 2004

« Enjeux et contraintes de la presse de service public
à l'ère de la concurrence »

Introduction générale par Hervé Bourges
président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF), ancien directeur fondateur de l'Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé ESIJY)

« La presse de service public en Afrique :
constantes et mutations »

Je tiens d'abord à vous remercier de m'avoir invité à présider ce colloque anniversaire qui me fait revenir trente ans en arrière à l'époque de la création de Cameroon Tribune, et même avant… Nous allons retrouver ensemble en ce début de XXIe siècle la réflexion que j'ai engagée, voici près de quarante ans, lorsque je me suis trouvé chargé de mettre sur pied, en particulier au Cameroun, mais en fait pour un ensemble plus large de pays africains, des formations au journalisme…

Trente ans de vie, pour un média, c'est une Odyssée. C'est un longue traversée de l'actualité, à laquelle un équipage renouvelé vient participer, c'est une aventure quotidienne qui construit une crédibilité de long terme.

Je tiens à dire que c'est avec émotion que je participe, et même que je préside à ce colloque qui constitue pour Cameroon Tribune le brevet d'une réussite éditoriale remarquable. Tous ceux qui y ont participé de près ou de loin gardent de ces trente ans une image vivante. J'en ai connu beaucoup, jusqu'à l'excellente Marie-Claire Nnana, qui dirige aujourd'hui la SOPECAM… J'en évoquerai quelques uns au cours de ces deux journées !

Je veux d'abord insister, en ouverture de cette réunion, sur les mutations qui ont affecté l'information et la délivrance de l'information depuis les années 1970. C'est à la lumière de ce parcours, de cette histoire, dont nous avons été ensemble les acteurs, en Afrique et dans le reste du monde, c'est à la lumière de cette expérience que nous pouvons envisager les formes actuelles des missions de service public, au service du pluralisme politique et de la formation de l'opinion publique.

Le rôle de l'information

Le rôle de l'information, qui était déjà prépondérant dans la vie sociale et politique des pays avancés, dans les années 1970, était plus décisif encore dans les pays du Sud. L'information catalyse, amplifie, répercute, mobilise, mais aussi elle explique, elle classe, elle simplifie et justifie. Elle est au centre de tout processus de transformation sociale.

Lorsque les pays africains eurent conquis leur indépendance, ils se trouvèrent placés devant la nécessité d'inventer, chacun pour ses besoins propres, les outils d'expression et de réflexion sociale qui pourraient leur permettre un authentique fonctionnement politique, économique, démocratique. C'est à cette tâche que j'ai moi-même modestement contribué avec la fondation de l'Ecole supérieure interétatique de journalisme de Yaoundé, aujourd'hui l'ESSTIC, les sciences et techniques de l'information et de la communication complétant désormais la seule discipline journalistique à laquelle nous devions alors nous consacrer de manière prioritaire. Je tiens à saluer le directeur scientifique de notre colloque, mon ami et ancien élève Marc Joseph Omgba, qui dirige aujourd'hui cette institution du journalisme en Afrique qu'est l'ESSTIC, après mon autre ami Jacques Fame-Ndongo, aujourd'hui ministre de la communication, homme de culture tout à la fois universitaire et professionnel de l'information.

I. La légitimité d'une intervention active de l'Etat dès l'origine.

Le premier outil d'information et de communication qu'il apparaissait indispensable de développer, dans les années 1970, c'était évidemment la presse écrite. Une presse écrite digne de celle des anciennes métropoles.

L'implication directe des Etats, dans cette entreprise, fut indispensable. Au-delà de notre volonté de former immédiatement de bons professionnels des médias, des esprits indépendants et compétents capables de faire preuve à la fois d'acuité et de responsabilité, de justesse de vue et de mesure dans l'expression, nous savions que ces journalistes de la première génération de la presse africaine authentique auraient un rôle tout à fait particulier dans la construction de leurs nouveaux Etats.

Les journalistes africains des premiers médias publics qui naquirent au soleil des Indépendances furent aussi des "agents du développement" de l'Afrique, conscients de leur fonction supplémentaire dans l'accession du continent à une prise de conscience de ses identités historiques et culturelles. On n'édite pas impunément un nouveau journal, dans un pays qui n'a connu que ceux de la métropole ou les journaux des colons. Ce journalisme doit inventer, en même temps qu'il défriche les techniques de la profession, sa déontologie, ses règles, une manière originale de toucher le public, en adéquation avec ses attentes particulières et ses besoins.

Ce que nous attendions collectivement de cette première génération de journalistes africains, une fois qu'ils seraient lancés dans le monde du travail, je l'ai dit en 1972 à Yaoundé lors d'une conférence intitulée "Pour une conception africaine de l'information" : "Parce qu'aucun développement n'est possible sans la participation effective des masses, que cette participation ne peut s'obtenir que par les relais des moyens d'information, on peut considérer que l'information en Afrique doit assumer trois types de fonctions : sociale, politique et éducative".

Vous me pardonnerez de me citer moi-même à trente ans de distance : il s'agit d'illustrer pratiquement l'attitude qui a été la nôtre, ensemble, lorsque que nous avons travaillé à ce que j'appellerais volontiers "les premiers médias" de l'Afrique indépendante.

On mesure l'ampleur de la tâche que se voyaient assigner les jeunes journalistes : ils devaient devenir les acteurs du développement de leurs pays, établir prudemment les bases d'une expression démocratique au sein des nouvelles structures sociales qui se mettaient en place, influencées par les idéologies du temps, développer en même temps et surtout une opinion publique… Dans des pays auxquels leurs articles contribuaient, dans le même temps, à forger une identité voire à assurer une cohérence territoriale, culturelle et humaine.

A nos yeux les journalistes africains devaient être formés à la prise de décision, et à l'exercice direct des responsabilités : professionnellement aptes à appréhender et à décrypter des situations historiques ou politiques compliquées par les héritages ethniques et les réalités du sous-développement, nous voulions nos jeunes confrères capables de s'engager pour faire évoluer les contextes politiques et sociaux où ils se trouvaient, sans pour autant y laisser, ni leur âme, ni leur vie.

A chaque époque sa phraséologie : "agent du développement", est-ce une bonne définition pour un journaliste ? Je souligne qu'il y a trente ans, le développement était, dans tous les esprits, le moteur indispensable de la réussite économique et sociale des nouveaux Etats indépendants. Aujourd'hui nous savons que la démocratie, la liberté des marchés et la défense de l'exception culturelle sont aussi indispensables que les grands chantiers, les plans quinquennaux et le protectionnisme douanier…

François Mitterrand, lors de son discours fameux prononcé lors du Sommet des chefs d'Etat de France et d'Afrique organisé à La Baule, le 20 juin 1990, liait intrinsèquement le développement et la démocratie.

De fait les travaux des historiens, des philosophes et des sociologues convergent de plus en plus pour lui donner raison, en liant les mécanismes propres au développement économique avec la capacité pour un peuple à réclamer sa part du développement et des richesses d'un pays, c'est-à-dire avec les outils de revendication politique et médiatique que seule autorise la démocratie.

J'ai tendance à penser que cet ensemble de réflexions doit nous amener à conforter d'urgence le rôle d'une presse indépendante et pluraliste en Afrique.

Je voudrais si vous le permettez évoquer une grande figure de ces années-là, pour ce qu'il a pu apporter au journalisme africain, et aussi plus simplement parce qu'il était un ami. J'ai connu Henri Bandolo en 1968, deux ans avant la création de l'école de Yaoundé, au moment où j'avais entrepris un travail de recensement des besoins en formation des pays africains.

Henri Bandolo avait été formé à l'Office de coopération radiophonique (OCORA) et était diplômé de l'Institut français de presse. Il a d'abord été un homme de radio, animant une émission hebdomadaire, "Dominique", dans laquelle il parlait sans ambages de la société camerounaise, de ses travers, de ses responsables politiques ou administratifs, de leurs incompétences le cas échéant… Il fut parfois l'objet de tentatives d'intimidation, mais comment capturer l'intelligence, quand elle captive elle-même un auditoire très large, dans son pays et au-delà de ses frontières ?

Henri Bandolo fut aussi, retrouvant ses premières amours et retrouvant véritablement le métier, le directeur de Cameroon Tribune, et donc l'un des prédécesseurs de Madame Marie-Claire Nnana. C'est dans Cameroon Tribune que j'ai moi-même écrit, au lendemain de sa mort prématurée, le 16 juillet 1997, "qu'il était sans doute le meilleur professionnel d'Afrique".

Dans les années 90, Henri Bandolo devint ministre de la Culture et de l'information, apportant dans ce nouveau rôle, directement politique cette fois, le même amour de la culture et du travail bien fait, s'attachant à développer la presse, à éveiller de nouveaux talents au service du journalisme.

De ce parcours, il ressort que la fonction qui est la vôtre n'est pas une fonction comme une autre. La responsabilité d'un journal quotidien qui, au fil des années, incarne une nation, est une responsabilité tout à fait singulière : finalement il n'existe pas de fonction équivalente dans la presse écrite des pays développés, il n'existe pas en France de poste de responsabilité, dans la presse écrite, sur lequel pèse un tel poids.

Même le directeur de la rédaction ou de la publication du Monde n'a pas une telle responsabilité dans le système de la communication en France. Parce que Le Monde n'appartient pas à l'Etat, et qu'un article sensible du Monde ne sera donc pas considéré par le lecteur comme une version "autorisée", mais comme un bon article de journaliste indépendant, susceptible d'être contredit, ou rejeté, ou de contrarier l'Etat. La situation serait différente, bien entendu, si Le Monde était propriété de l'Etat.

Dès lors la presse écrite publique, et Cameroon Tribune en particulier, se trouve dans une position institutionnelle originale, qui ne peut pas s'expliquer aisément hors du cadre médiatique africain, et sur laquelle nous devons essayer de réfléchir en utilisant des outils originaux.

A commencer par une mise en perspective des évolutions historiques qui ont modifié le paysage global dans lequel la presse écrite publique s'insère aujourd'hui.

II. L'explosion des paysages médiatiques africains

Depuis le début des années 1990 la presse africaine a connu de profondes transformations. Jusqu'à cette date en effet le monopole de l'information politique par les Etats était la norme dans la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne. Mais plusieurs phénomènes sont venus remettre en cause cet état de fait : l'apparition d'une presse privée indépendante dans de nombreux pays africains, l'explosion des radios, et dans ce domaine le Mali fut indéniablement précurseur avec l'envol des radios rurales, et enfin le difficile accouchement d'un pluralisme audiovisuel.

Je commencerai par le premier phénomène auquel nous sommes tous sensibles : l'apparition d'une presse privée, plus ou moins dérégulée, souvent virulente à l'égard des pouvoirs en place, qu'il s'agisse de presse satirique ou de presse politique.

Lorsque La Gazette du Golfe paraît au Bénin en 1988 par exemple, c'est avec l'ambition de contester la législation en place et de faire éclater le monopole de l'information… Ce surgissement du pluralisme dans la presse écrite ne peut pas être séparé du cheminement du pays vers l'alternance politique pacifique. C'est de la même manière qu'au Mali, à Madagascar, au Congo-Brazzaville, mais aussi au Sénégal, bien entendu, l'existence d'une presse plurielle et indépendante a accompagné des processus d'alternance politique qui furent soit rigoureusement démocratiques, soit vigoureusement démocratiques, comme on pourrait dire dans les cas où le succès des urnes a dû être confirmé par la pression de la rue.

On pourrait presque dire que dans la tenue des conférences nationales ou des mutations politiques allant dans le sens d'une acceptation du pluralisme et de l'alternance, l'existence d'une presse plurielle a joué un rôle plus grand que les grands journaux "de service public" hérités des Indépendances, et qui étaient indissolublement liés, jusqu'au dernier moment, avec les partis ou les mouvements historiquement au pouvoir...

Le pluralisme de la presse est venu de l'élargissement du nombre de journaux plus que d'une ouverture croissante des journaux historiques. Et j'ajoute que la liberté de la presse fut souvent un mouvement qui se prouvait en marchant, plus qu'il n'était organisé.

Si l'on voulait souligner quelques étapes importantes, il faudrait sans doute mentionner le séminaire de Windhoek, fin avril 1991, organisé sous l'égide de l'ONU et de l'UNESCO, et dont la déclaration finale sonnait comme une proclamation auto-affirmée de la liberté de la presse sur le continent africain.

C'est à la fin du mois de décembre 1991 qu'ont été organisées les journées nationales de l'information et de la communication au Mali, après les événements qui mirent fin au pouvoir de Moussa Traoré. Les responsables de l'Union des journalistes ouest-africains, des éditeurs de presse, des représentants des syndicats et des associations de journalistes se retrouvèrent à Bamako pour esquisser ce que pourrait être un cadre législatif adapté à la presse malienne.

Il n'est pas indifférent que l'un des directeurs de la coopérative d'éditions Jamana ait été l'universitaire Alpha Oumar Konaré, qui serait plus tard le Président du Mali, et qui préside la Commission de l'Union Africaine.

Un an plus tard, le 24 décembre 1992 exactement, le Mali adoptait une nouvelle législation du la communication portant sur le régime de la presse, les délits de presse, et créant en particulier le Conseil supérieur de la communication, organe de régulation indépendant, qui venait rejoindre, dans le système d'organisation malien du journalisme, la Commission de la carte créée peu avant par décret. Ce qui a été mis en place à cette date au Mali, c'est un cadre juridique moderne permettant d'encadrer et de favoriser à la fois le développement des médias.

On comprend bien comment le Mali a pu enregistrer la naissance de 143 titres entre 1991 et 1996… Mais aussi comment la plupart d'entre eux disparurent après quelques numéros...

L'exubérance de la presse écrite privée dont la floraison date des années 1990-1992 dans la plupart des pays francophones du continent, s'est immédiatement traduite par une remise en question des gouvernants, la dénonciation permanente de scandales réels ou supposés, d'incompétences, réelles ou exagérées, mettant en œuvre une critique à la fois unilatérale et peu vérifiée de toutes les autorités.

Nous connaissons tous, dans tous les pays d'Afrique, des titres dont la virulence, le manque de déontologie journalistique, la confusion systématique entre vie privée et affaires publiques, caractérisent plutôt une certaine légèreté dans le traitement de l'information, plutôt qu'une véritable volonté de contribuer à un bon fonctionnement des institutions de la société.

Ce sont ces indéniables dérives professionnelles qui sont parfois à l'origine de regrettables régressions dans la liberté de la presse, et ce sont les débordements de certains titres de la presse écrite indépendante qui expliquent les réticences qui existent aujourd'hui encore, dans de nombreux pays, de la part des gouvernants, quels qu'ils soient, à accepter l'ouverture du monde de la radio et de la télévision au secteur privé et au pluralisme des médias.

L'autre dérive que l'on observe est la trop forte interdépendance entre journaux et partis politiques : ce que la jeune presse de la révolution française avait également connu, dès lors que la barrière de la censure s'était levée, c'était l'identification entre les partis politiques et les journaux qui en exprimaient les vues, les grands orateurs politiques se retrouvant également directeurs de journaux : ainsi le montagnard Marat pour L'Ami du Peuple ou le girondin Brissot pour Le patriote français, ainsi également de Camille Desmoulins, Mirabeau, Hébert…

Cette manière de placer toute une sensibilité sous l'inspiration d'un journal a des conséquences lourdes : elle peut aggraver les tensions, fanatiser les discours, fragiliser un authentique fonctionnement politique collectif en radicalisant les antagonismes. Le journalisme ne peut et ne doit pas devenir le lieu de la surenchère politicienne, et le bon journalisme ne peut pas être trop unilatéral ni partisan.

Défendre la liberté de penser, et la liberté d'informer, c'est aussi la défendre contre ses déviations, que sont l'esprit de chapelle, la tentation de faire de la presse un moyen de pression ou d'intimidation, l'usage de la désinformation ou de la manipulation.

A l'inverse, il faut remarquer aussi que dans plusieurs pays africains, au Sénégal, en Afrique du Sud, au Kenya, la presse indépendante contribue au débat politique, accompagne les processus électoraux et empêche tout détournement de leur issue, dénonce les abus contraires au droit, en particulier aux droits de l'homme, quand il s'en produit, contribuant à moraliser les activités des Etats en plaçant sous les projecteurs de la presse les errements éventuels des détenteurs du pouvoir. Cela tient à l'existence de groupes privés qui ont réussi, le plus souvent en s'appuyant sur plusieurs médias complémentaires, à conquérir leur place sur le marché. Comme le groupe Sud Communication au Sénégal, né en 1986, peu après le quotidien Wal Fadjri, qui paraît depuis 1984...

Enfin je ne veux pas terminer ce panorama de l'évolution de la presse sans mentionner la place singulière qu'occupent, dans plusieurs pays africains francophones, les journaux satiriques. C'est dès 1977 que naît au Sénégal Le Politicien, dirigé par Mame Less Dia, que viendra concurrencer à partir de 1988 Le Cafard Libéré, ouvertement anti-Diouf dans les joutes électorales de l'époque... Indéniablement fils illégitime du Canard Enchaîné français, Le Cafard Libéré pratique un journalisme satirique de qualité, mêlant français et wolof, textes et caricatures…

Mon ami René Dossa, qui fut le président de la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication du Bénin, et qui est un sage du journalisme africain, remarquait en 1998, lors d'une visite au Gabon que "la satire est très difficile et très dangereuse dans le monde de la presse. Pour un rien, les hommes politiques n'hésitent pas à traîner les journalistes de cette presse devant les tribunaux." Et l'indépendance relative des tribunaux vis-à-vis des pouvoirs politiques et administratifs fait le reste : au Niger, Le Canardo, interdit, renaîtra sous les traits du Canard Libéré

Nous connaissons tous les déboires de La Griffe gabonaise, et le fondateur du Lynx de Guinée Conakry, Souleymane Diallo a donné un récit circonstancié de ses difficultés dans un numéro spécial des Cahiers du Journalisme, édités par l'Ecole supérieure de journalisme de Lille à l'automne 2001. Il faut noter que dans un paysage de presse écrite souvent sinistré, les journaux satiriques se vendent plutôt bien : Le Lynx tire à 5000 exemplaires, ce qui est respectable, et Le Journal du Jeudi, au Burkina Faso, revendique des tirages de 15 000… La Griffe, avant son ultime interdiction, tirait à 12 500 exemplaires.

Cette paradoxale santé des journaux satiriques est sans doute le pendant à ce qui est ressenti comme un excessif "sérieux" des grands journaux d'information. Très justement, le journaliste camerounais Eyoum Nganguè signalait le niveau de langue des journaux satiriques comme l'un des premiers motifs de leur succès. Ils sont écrits comme tout un chacun parle dans la rue, avec des alliages de langues diverses…

Le Messager-Popoli du Cameroun parle ainsi ce pot-pourri de français, d'anglais et de langues camerounaises que l'on entend aussi dans les bars de Yaoundé ou de Douala. Du coup se trouve enjambée la grande frontière linguistique qui retient malheureusement une bonne partie de la population des pays d'Afrique francophone hors du lectorat potentiel de la presse écrite.

En effet l'exercice effectif de la fonction sociale de la presse écrite suppose l'existence d'un lectorat large, régulier, solvable. Comme on le sait, ce sont là les principaux freins au développement des journaux en Afrique, et à leur capacité de jouer un vrai rôle politique. Et vous me permettrez de rappeler les limites dont toute réflexion sur la presse en Afrique doit garder conscience :

- Première limite : la connaissance de la langue utilisée par les journaux d'information politique par la population. Au Cameroun, où nous sommes aujourd'hui réunis, comme au Niger, ou au Burkina Faso, quelle proportion de la population est-elle capable de lire un journal d'information générale en français ? 20% au maximum, c'est-à-dire un cinquième. Evidemment, des pays comme le Congo Brazzaville, le Gabon ou le Sénégal présentent une proportion beaucoup plus importante de leur population alphabétisée en français. Mais il n'empêche que dans aucun de ces pays la presse francophone ne peut toucher la totalité de la population.

Or dans le même temps la presse en langues africaines reste peu développée, elle reprend rarement les débats politiques nationaux, et elle est plutôt axée vers des débats plus locaux, ou des problématiques politiques ou sociales plus régionales, dans un contexte où le plurilinguisme complique sa diffusion.

- Deuxième limite : la faiblesse de tirages des journaux africains. Dans de nombreux pays, les tirages des journaux indépendants n'atteignent pas un millier d'exemplaires… C'est le cas en Centrafrique, par exemple, ou en République Démocratique du Congo, ou encore au Cameroun. Vous savez comme moi que l'apparente variété de nos paysages médiatiques africains ne doit pas faire illusion : rares sont les titres dont le tirage réel permet une diffusion très large…

A la faiblesse des tirages il faut ajouter une circonstance qui la justifie et renforce encore ses effets : la difficulté de la distribution. Dans peu de pays il existe un système de messageries, ou un office de distribution de la presse, qui permette au territoire d'être à peu près couvert par les journaux distribués dans la capitale. L'absence de distribution organisée sur l'ensemble du territoire ne rend pas seulement difficile la circulation des journaux, elle rend aussi problématique le retour vers l'éditeur des recettes de vente… Il existe une véritable inégalité dans l'accès à l'information selon les zones territoriales, et en particulier, comme le soulignait encore récemment le professeur André-Jean Tudesq, entre les zones urbaines (à commencer par les capitales) et les zones rurales…

- Troisième limite : l'étroitesse du marché des médias, à la fois en termes d'annonceurs et d'acheteurs. C'est le problème le plus difficile à résoudre, car il tient au double effet de la faiblesse des pouvoirs d'achat de la majorité des lecteurs potentiels, et de l'inexistence d'un marché publicitaire vigoureux porté par la concurrence effective entre des fournisseurs de biens ou de services.

Comme on le sait, les effets de la dévaluation du franc CFA ont été lourds pour le lectorat naturel de la presse, que ce soient les fonctionnaires, les étudiants, les employés, qui ont vu le prix des biens et des services de première nécessité grimper, de même d'ailleurs que le prix de revient des journaux, tandis que leurs salaires, bourses, pensions, stagnaient irrémédiablement.

Pour autant, la plupart des pays africains n'ont pas vu se développer une concurrence exacerbée entre des groupes ou des entreprises désireuses de s'arracher les marchés locaux. Dès lors la manne publicitaire qui nourrit largement la presse ou les autres médias dans certains pays du monde ne gonfle toujours pas. Or cet appétit publicitaire encore faible se répartit entre une pluralité de supports nouvellement créés entre lesquels le choix est rarement rationnel ou économique, étant donnée la faiblesse des outils d'analyse exacts des marchés médiatiques.

Le problème se pose d'ailleurs dans tous les pays du monde, même en France, où l'Etat a dû créer un fonds d'aide spécifique pour la presse d'opinion, lorsque ni le marché publicitaire ni le produit des ventes au numéro ou à l'abonnement ne permettent d'équilibrer les comptes de journaux indispensables à l'expression du pluralisme politique, idéologique ou religieux.

Un journal comme L'Humanité, qui n'est plus aujourd'hui l'organe du Comité central du Parti communiste français, mais qui a gardé cette orientation fondamentale, est fortement subventionné par ce fonds d'aide à la presse, et ce quelle que soit l'orientation politique du gouvernement…

Il faut peut-être s'interroger : si dans de nombreux pays africains, le rôle de l'Etat en matière de presse passe par le financement et le soutien donné à une presse de référence, qui par force en vient à apparaître un jour ou l'autre comme la presse "du gouvernement", il serait peut-être bon d'élargir le nombre de journaux aidés, sans modifier leur ligne éditoriale, et en confiant à un fonds d'aide distribuée selon des critères objectifs le soin de mettre en œuvre ce financement.

- La quatrième limite que l'on peut identifier quand on s'interroge sur la capacité de la presse écrite à jouer son rôle démocratique au service du pluralisme, c'est (si vous permettez à un ami la franchise et la rudesse du propos) le défaut de déontologie dont elle fait souvent preuve.

Que ce soit en bradant ses colonnes pour argent comptant, non via des publicités avouées, mais via des publi-reportages que la rédaction semble assumer. C'est ainsi qu'au Togo, on a vu des hommes politiques acheter des tirages entiers en échange de la publication d'une interview… Dont ils se chargeront ensuite de répandre l'édition !

Et lorsqu'un journal ne vend pas ainsi ses colonnes, il peut aussi, à l'inverse, monnayer ses silences, en retenant sous le boisseau des immolations médiatiques parfois forgées de toute pièce mais dont la malheureuse victime est trop heureuse d'obtenir l'extinction, sans en discuter le prix. On est à la limite du chantage et de l'extorsion de fonds… Mais telle est grande la pauvreté du journaliste africain qu'il y est parfois réduit.

Mais comment, dans ces conditions, parler de déontologie ? La survie économique du journal (voire du journaliste) tient parfois à des pratiques aussi contestables !

C'est donc avec à l'esprit cette réalité concrète du pluralisme médiatique dans la presse écrite africaine que nous devons réfléchir au thème du séminaire qui nous réunit aujourd'hui : quel rôle pour un journal de presse écrite financé par l'Etat, quelles missions spécifiques et quel cadre juridique et économique adapté.

Il est trop facile de dire que ces journaux publics sont simplement les reliques d'un état dépassé du développement médiatique africain, de ce premier stade de l'expression journalistique dont ils sont directement issus. Il est dangereux de considérer que leurs missions sont révolues, maintenant qu'ils sont concurrencés par de nouveaux titres, privés ceux-là. Il est nécessaire de concevoir la manière dont leurs missions doivent évoluer, afin qu'ils jouent un rôle novateur et précurseur dans le développement d'une nouvelle génération de journalistes africains.

III. L'expérience de la régulation

A ce stade de la réflexion, je crois qu'il faut aborder aussi l'expérience des autres médias, en particulier audiovisuels, radio et télévision, et les mécanismes originaux qui ont été mis en place pour permettre leur développement ou leur adaptation.

En effet, si le pluralisme des titres de presse est aujourd'hui un fait, avec une dizaine de quotidiens à Dakar, Abidjan ou Cotonou, le fait le plus spectaculaire a été l'explosion des radios : l'Afrique de l'Ouest compte près d'une centaine de radios, et leur rôle pour délivrer une information de proximité est évidemment essentiel.

Si l'on prend dans toute sa rigueur la définition d'un média de masse (mass media) on est obligé de constater que sur le continent africain, le seul média de masse digne de ce nom est la radio. Or la radio n'est plus un monopole gouvernemental que dans un seul pays francophone, à ma connaissance, la Guinée.

Face aux radios publiques, on trouve désormais en FM dans les grandes villes des radios commerciales et des radios internationales, et dans les zones rurales des radios locales dont l'importance sociale est extrême, car elles participent à la modernisation et à l'ouverture en profondeur des sociétés africaines. J'ai parlé des radios rurales maliennes, mais il en existe aussi au Niger, à Madagascar ou en Ouganda (à ce propos leur existence marque bien toute la distance parcourue depuis la fin de la dictature d'Idi Amin Dada…)

Au Cameroun et au Togo, les radios rurales sont les seules à détenir l'autorisation de délivrer des bulletins d'information, et cela leur donne, dans les zones qu'elles couvrent, une audience considérable.

Les radios privées se rattachent souvent à des groupes de presse multimédias, comme c'est le cas au Sénégal (Sud Radio, Wal Fadjri...) ou au Bénin (la Gazette du Golfe et Golf FM sont parentes)… Mais pas nécessairement, comme Réveil FM à Kinshasa qui fait une grande place à l'information. A l'inverse, certaines radios commerciales ont choisi de se consacrer à la musique et au divertissement, comme au Burkina Faso Horizon FM…

Enfin, après les radios privées commerciales, il existe aussi tout un tissu de radio privées associatives, qu'elles soient communautaires ou religieuses : dans des pays comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun ou le Togo, l'alibi religieux fut le premier moyen de faire accepter l'existence de radios non gouvernementales, que ce soit à l'échelon local ou à l'échelon national.

Comment cette floraison fut-elle possible ? Essentiellement parce que le droit évoluait et que l'attribution des fréquences et l'autorisation des services radiophoniques étaient peu à peu transférées par la loi à des autorités de régulation d'un nouveau genre.

C'est le Bénin qui le premier, en a pris la voie, avec la création et l'installation en 1994 de la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (HAAC) dont le premier président fut René Dossa, que j'ai déjà cité. Dans ces compétences premières, la supervision et l'organisation du secteur audiovisuel, avec notamment la répartition des temps d'antenne en période électorale.

L'exemple béninois fut suivi d'une germination rapide d'instances comparables, même si leurs liens avec les pouvoirs politiques ne sont pas toujours entièrement rompus, même si leurs compétences propres ne sont pas toujours exactement les mêmes : certaines furent simplement constituées par de nouvelles lois (en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso) tandis que d'autres se trouvaient inscrites dans la constitution (au Bénin, en Guinée, au Niger, au Togo…) ; certaines disposent de larges pouvoirs, d'autres n'ont de fonction que consultative…

Le Conseil supérieur de l'information du Burkina Faso n'a de compétence qu'en matière audiovisuelle, mais il a de réels pouvoirs de réglementation et de régulation du secteur : il apparaît pourtant souvent comme une courroie de transmission de la présidence... En revanche, le Conseil national de la communication du Cameroun a bien la responsabilité théorique de tous les médias, écrits et audiovisuels, mais son rôle n'est que consultatif et il n'a pas de réelle prise sur le secteur : sans moyens, sans crédits, sans locaux, il n'apparaît pas réellement investi d'un pouvoir d'Etat.

En Côte d'Ivoire, le Conseil national de la presse délivrait la carte de presse tandis que les médias audiovisuels dépendaient du Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA)… Mais j'avoue que ces instances ont mal résisté aux troubles civils. Au Gabon, le Conseil national de la communication contrôle uniquement l'audiovisuel public, sur lequel il dispose de pouvoirs de sanction.

Au Sénégal, le Haut conseil de la radio et de la télévision (HCRT) contrôle et administre l'audiovisuel depuis 1992, tandis que depuis 1994, le Haut conseil de la communication du Tchad gère à la fois presse écrite et audiovisuelle, comme la Haute autorité togolaise de l'audiovisuel et de la communication.

Le Mali, pour sa part, a institué un Conseil supérieur de la communication depuis 1995, ayant compétence sur l'ensemble des médias et complétant le Comité national d'égal accès aux médias, créé en 1993, qui se charge de gérer l'accès prioritaire de la ressource en fréquences pour les médias de service public, afin d'en permettre la diffusion universelle.

On peut évoquer avec scepticisme, comme je viens de le faire, certains des modes de fonctionnement des instances créées, et regretter que la volonté d'évolution et de libéralisation qui a conduit à leur création n'ait pas toujours été poursuivie jusqu'à son terme : il n'empêche que ces instances existent, et que leur existence même pose le principe absolu d'une coupure nécessaire entre les pouvoirs exécutifs et politiques de l'Etat et les pouvoirs médiatiques, ou au moins leur régulation. Les nombreuses réunions que nous avons organisées entre instances de régulation, lorsque j'étais moi-même président du CSA français ont été toujours intéressantes et porteuses d'enseignements.

Pour autant qu'elles ont pu agir, toutes ces instances ont conçu et conçoivent leur intervention dans le monde médiatique comme une manière de protéger la liberté d'expression et le pluralisme dans le monde des médias, soit de manière externe (en radio par exemple) en multipliant les sources d'information, soit de manière interne (en télévision surtout) en renforçant le principe d'une représentation politique équilibrée entre majorité et opposition, en particulier lors des échéances électorales.

Et c'est à ce titre que je veux les citer, pour évoquer le travail à réaliser par la presse écrite publique : car elles ont vraisemblablement contribué à baliser le chemin qui peut être suivi par les grands journaux historiques que vous représentez. Afin de garder votre poids, et afin de jouer pleinement votre rôle dans le fonctionnement socio-politique du Cameroun, je crois profondément que Cameroon Tribune doit parvenir à innover.

Innover, par exemple, dans son mode d'organisation juridique : dans plusieurs cas, la tutelle des ministères de l'information a évolué vers des statuts d'office d'information ou d'établissement public, qui permettent aux journaux gouvernementaux de disposer d'une autonomie financière et administrative. Je pense que le tour de table de notre première demi-journée nous permettra de fructueux échanges d'expérience dans ce domaine.

Il importe de souligner que la structure juridique d'un organisme, même financé sur fonds publics, peut lui permettre d'assurer une réelle indépendance financière. Mais bien évidemment, cela suppose aussi qu'il fasse les efforts qui lui autoriseront une réelle indépendance, et en particulier les efforts de gestion ou de rentabilité qui l'affranchiront progressivement du besoin régulier voire récurrent de demander à l'Etat des rallonges financières.

C'est le cas pour les télévisions publiques ou pour les radios publiques, dès lors qu'elles arrivent à percevoir un montant publicitaire suffisant pour justifier de choix éditoriaux indépendants, dans lesquels la puissance publique n'aura pas à intervenir puisqu'il sera possible d'affirmer que pas un franc ou pas un euro d'argent public n'y aura été investi.

Mais c'est encore plus le cas pour les journaux de presse écrite, qui pourront ainsi s'autoriser une variation de leur maquette, des investissements nouveaux dans des suppléments, ou une couverture originale du pluralisme politique, sans avoir à passer par le couperet budgétaire, même symboliquement.

Evidemment, une telle liberté a ses contraintes : en premier lieu celle d'appliquer aux journaux une gestion avisée, proche des normes du secteur privé, plaçant en tête des exigences le principe d'une rentabilité des investissements consentis, donc une attention nouvelle aux publics, à leurs attentes, à leurs préférences.

Car pour gagner la course de la rentabilité, les journaux "historiques" ou "institutionnels" ont de lourds handicaps : d'abord ils ne sauraient renoncer à des caractéristiques coûteuses qui ont pour nom la qualité et la rigueur de l'information. Ensuite ils ne peuvent pas tourner en un jour la page d'une gestion administrative de l'entreprise-média qui a donné aux équipes des habitudes de travail bien différentes de celles des jeunes médias privés.

Enfin les journaux publics de presse écrite ont une image bien installée, avec laquelle (le voudraient-ils même) ils ne peuvent rompre en un jour, sauf à perdre ce qui fait aujourd'hui leur légitimité sans être assurés de gagner au change, car comment paraîtraient-ils soudain crédibles dans le rôle de médias d'opposition, par exemple ?

Donc, il doit nécessairement y avoir une mutation éditoriale qui accompagnera une mutation économique et structurelle (juridique) du statut des médias de presse écrite publique. Mais il ne faut ni anticiper, ni précipiter cette mutation à multiples inconnues.

C'est pourquoi il peut être fait usage de principes de régulation, ou d'autorégulation assumés, qui permettent de faire la plus grande partie du chemin sans rupture trop brutale, et en parfaite clarté : il importe de redéfinir avec netteté l'esprit du service public, au service de l'expression démocratique : ouverture à toutes les opinions, respect des équilibres lors des campagnes électorales, accueil réservé aux expressions minoritaires, prise en charge de tout ce qui concerne une information de "service" à la population que les radios privées ne peuvent pas assumer.

Mais ces fonctions de "service public" doivent être en retour correctement financées, et l'indépendance politique, par exemple, ne doit pas se payer d'une paupérisation des journalistes dont les salaires ne pourraient plus être versés régulièrement, ou d'un affaiblissement des équipes séduites par des rémunérations plus élevées servies par les groupes privés.

Même si mes paroles concernent aussi les médias audiovisuels, je pense qu'il est important de souligner que les médias écrits publics doivent continuer à bénéficier des infrastructures les plus modernes, adaptées à leur activité. C'est un élément crucial de leur compétitivité : au moment où on leur demande de convaincre face au développement de médias privés parfois dynamiques, ils doivent aussi bénéficier des outils et des installations qui fondent le dynamisme des groupes privés.

De même qu'on ne doit pas voir les télévisions publiques manquer désespérément des caméras numériques et des moyens de post-production contemporains qui facilitent le travail de leurs concurrentes privées, de même on ne doit pas voir un journal public sans connexion internet digne de ce nom, sans cet accès au réseau mondial d'informations qui permet aujourd'hui de faire vivre un média, en France comme en Afrique, à l'unisson du fonctionnement médiatique universel.

Internet apporte en effet à la presse africaine un horizon de visibilité mondiale qui change en grande partie la vision que nous pouvions avoir de la presse écrite sur le continent.

En décembre 2000, lorsque nous avons organisé à l'UNESCO le Sommet mondial des régulateurs sur l'Internet et les nouveaux médias, des journaux paraissant dans 33 pays africains étaient déjà diffusés sur le Net. Même si beaucoup d'entre eux ne présentent que quelques articles ou ne bénéficient pas de logiciels d'indexation leur permettant de proposer des archives détaillées en ligne, cette visibilité mondiale pour un papier imprimé à Kinshasa, Brazzaville, Libreville, Yaoundé, Abidjan, Dakar ou Cotonou, constitue pour les journalistes de presse écrite non seulement une chance, mais un défi.

Bien sûr des disparités existent selon les pays, mais il faut saluer la presse électronique de pays comme l'Afrique du Sud, le Kenya, le Sénégal, la Côte-d'Ivoire ou le Cameroun…

Par ailleurs, plusieurs sites internet importants présentent des revues de presse africaine quotidienne, et en particulier le site californien www.abidjan.net, tourné vers l'Afrique de l'Ouest, ou le site panafricain www.afrik.com , hébergé à Paris, dont les "dépêches" font ainsi le tour de toute la presse du continent. Ce service est d'ailleurs offert aux autres sites qui souhaitent le mettre en Une, de sorte que de nombreux sites tournés vers l'Afrique offrent ainsi une revue de presse complète, mise à leur disposition par www.afrik.com.

Des sites médias comme ce dernier, qui offre un vrai quotidien en ligne depuis maintenant 5 ans, présentent en outre la particularité d'être à l'origine d'une nouvelle information sur l'Afrique, par des articles originaux que leur procurent correspondants ou pigistes : c'est ainsi, je le dis incidemment, que les agences gouvernementales d'information sont aujourd'hui loin d'être les seules sources d'information sur le continent…

Conclusion

Voilà le panorama global que nous pouvons faire aujourd'hui du paysage médiatique dans lequel l'évolution d'un titre comme Cameroon Tribune s'insère et qu'il doit contribuer puissamment à faire évoluer vers plus de responsabilité journalistique, plus de pluralisme et plus de qualité dans le traitement de l'information.

A mes yeux, une journal comme celui-ci est le mieux placé, historiquement et par son ancrage sur le marché médiatique local, pour porter une rénovation profonde des conditions d'accès aux médias et une accélération du passage à la liberté d'expression, donc à la liberté de la communication. La liberté de la communication en Afrique a eu ses martyrs : je ne citerai que le Burkinabé Norbert Zongo, rédacteur en chef de L'Indépendant, assassiné, Jean Hélène, journaliste à Radio France Internationale, assassiné lui aussi, à Abidjan. La liste est longue.

Je voudrais que la liberté de la presse en Afrique ait aujourd'hui ses principaux piliers dans les grands médias historiques que nous sommes habitués à lire depuis les Indépendances et qui s'honorent d'avoir accueilli les plus grandes plumes du journalisme africain. Je suis sûr qu'aujourd'hui, avec comme exemple la rénovation et la relance de Cameroon Tribune, une page nouvelle de l'histoire de la presse écrite en Afrique peut s'ouvrir.

J'ai été long, j'en ai bien conscience, mais je pense avoir ouvert suffisamment de perspectives pour que nos travaux soient fructueux, et je me rattraperai maintenant en vous écoutant à mon tour avec attention…

Hervé Bourges
président international de l'UPF
Yaoundé, 28 juin 2004