Organisation
internationale de la Francophonie (OIF)
Yaoundé,
mardi 21 et mercredi 22 septembre 2004
Séminaire d'échanges dans le cadre de l'accompagnement
du processus électoral au Cameroun
|

|
Ouverture
par Hervé Bourges
président
de l'Union internationale de la presse francophone (UPF),
ancien président du conseil supérieur
de l'audiovisuel (CSA France)
|
« Les médias et la régulation
en période électorale »
Avant d'aborder toute réflexion sur le rôle
des médias dans le fonctionnement civique d'une démocratie,
et en l'espèce lors des échéances essentielles
de la vie démocratique que sont les élections à
la fonction suprême de chef de l'Etat, il importe de souligner
deux points essentiels :
- Les médias jouent un rôle primordial
dans la construction de l'espace public et donc dans l'établissement
de conditions propices à l'expression démocratique,
au bon fonctionnement des institutions publiques et des organes
politiques. Dans tout pays, mais plus encore en Afrique, dans
des pays dont l'identité nationale s'est construite, nous
le savons bien, sur une disparité très forte d'origines,
de cultures, de traditions, les médias ont une responsabilité
directe dans les processus démocratiques. Pas de démocratie
sans espace public, pas d'espace public sans une information fiable,
pluraliste, partagée par tous. C'est justement pour faire
en sorte que cette information partagée par tous soit équitable,
démocratique donc pluraliste, diverse, ouverte, que nous
sommes réunis ici, forts de la diversité de nos
expériences.
- C'est la raison pour laquelle il est indispensable
de faire prendre conscience à l'ensemble des médias
de leurs responsabilités, et des règles qu'elle
leur impose, sur le plan déontologique, éthique,
professionnel. Mais cette responsabilisation des médias
ne doit pas être placée directement entre les mains
de décideurs politiques, qui sont, dans tous les pays du
monde, prompts à considérer les médias comme
des outils au service de leurs propres intérêts partisans,
non comme des organes indépendants servant à l'expression
du pluralisme. D'où la nécessité d'une régulation
autonome par rapport aux structures gouvernementales, mais reconnue
dans sa légitimité par l'ensemble des acteurs de
la vie publique.
De ce point de vue, il importe de souligner d'emblée
qu'il existe un cadre juridique dans lequel l'expression des médias
est garantie aujourd'hui, dans des conditions de liberté
éditoriale de la presse et préservant l'expression
de la diversité des opinions.
Je tiens à saluer de ce point de vue les
réflexions qui ont eu lieu depuis de longs mois ici même
à Yaoundé, visant à une adaptation du cadre
réglementaire actuel, et à une réforme de
l'instance de régulation de la communication qui aurait
dû lui donner plus d'efficacité dans l'accompagnement
médiatique du processus électoral en cours.
Régulation, autorégulation, réglementation
: trois écoles et deux méthodes
Le contrôle totalitaire et les régimes
autoritaires sont les dangers majeurs pour le journalisme, donc
pour la démocratie et le citoyen. La liberté de
la presse, tous les textes universels fondamentaux et constitutionnels
en attestent, est une condition essentielle et nécessaire
de la démocratie. Hors de l'expression libre permettant
la formation autonome de l'opinion, donc de l'accès du
public à l'information, pas de salut. La réflexion
qui suit sur les modes de régulation de la presse s'appuie
sur cette conviction.
Le journalisme libre, notamment s'il est fraîchement
libéré et un peu ivre de cette liberté, en
particulier s'il est exercé sans compétence et sans
principes professionnels forts, est un danger pour les puissants
; il l'est tout autant pour les modestes, laminés sous
le pouvoir et l'arrogance de journalistes au service d'eux-mêmes,
de leurs amis ou de leur carrière plus qu'au service de
la démocratie.
L'absence de liberté est par nature oppressive.
L'abus de liberté est à terme liberticide, s'il
génère et justifie un appareil répressif.
Plaidons pour l'équilibre dialectique de ces impératifs.
Les trois écoles
Trois écoles principales s'affrontent pour
répondre à ce défi.
* A. La liberté absolue. La première
école dit que la liberté ne supporte aucune contrainte,
que le journalisme doit s'exercer sans règle aucune, autre
que celles admises par les journalistes eux-mêmes, que toute
réglementation, toute organisation professionnelle, toute
régulation, est illégitime par définition.
C'est assez traditionnellement l'école anglo-saxonne.
Elle oppose aux droits de la société à se
défendre des abus la conscience nécessaire et volontaire
des journalistes eux-mêmes, la qualité de leur jugement,
et in fine la capacité de sanction d'un public qui déserterait
de lui-même les médias non crédibles.
Au mieux, elle pense que les tribunaux auront le
dernier mot en cas de dommage causé à autrui, et
que cela suffit. Manne pour les avocats
A l'évidence, c'est là une vision
naïve et libérale de la commercialisation de l'information,
dont l'excellence serait régulée par la capacité
du public à demander la qualité, à refuser
la facilité, à discerner spontanément le
bon grain de l'ivraie. C'est peu de dire qu'on manie ici l'illusion.
Cette position n'empêche ni la presse de caniveau ni la
désinformation. Nous le savons bien, en Afrique, où
une partie de la presse écrite souffre d'un penchant pour
la désinformation voire la diffamation fantaisiste
Une variante de cette position, même si elle
part d'un bon sentiment, consiste, comme beaucoup de textes de
référence des journalistes l'écrivent, à
dire que celui-ci ne peut reconnaître que le jugement de
ses pairs. C'est la déviation d'un corporatisme exacerbé
qui porte en elle-même les germes liberticides de la normalisation.
* B. La répression administrative. La
seconde école dit que la surveillance répressive
est inévitable, nécessaire et indispensable. Que
la loi doit encadrer, très fortement. Que la profession
doit être encadrée, plus fortement encore. D'où
les initiatives d'Ordres des journalistes, à l'image d'un
Ordre des médecins policier et juge du métier. En
Italie, en Amérique du Sud, les "colegios" fonctionnent,
et régulent. Malheur à qui sort des sentiers battus,
du respect formel de la liberté formelle, des cadres de
la loi rigide. Malheur à qui n'est pas de la coterie des
élites reconnues, à qui "pense de travers",
minoritaire.
On aboutit, comme le souligne justement Henri Pigeat,
à l'instauration d'une sorte de "délit de pratique
illégale du journalisme", qui donne à l'Ordre
et le plus souvent au pouvoir politique ou économique le
contrôle de fait sur l'exercice de la profession.
A l'évidence, vision autoritariste et normative
du contrôle de l'information, officielle en tout cas bien
pensante. C'est peu de dire qu'on triche ici sur les mots, en
particulier celui de liberté. Cent fleurs ne peuvent s'y
épanouir, en tout cas pas celles du pluralisme et de la
démocratie.
Il ne saurait être question de mettre en
uvre un tel système à trois semaines d'une
élection importante !
* C. L'équilibre entre liberté
et responsabilité. La troisième école
cherche le point d'équilibre entre liberté et responsabilité,
entre devoir d'informer et droit d'être informé,
entre droit de dire et respect de la personne ou de la vérité.
Elle professe que les journalistes ont des droits et des devoirs,
que les citoyens sont directement ou indirectement leurs vrais
"patrons", que la société doit organiser
un compromis entre liberté et licence, entre irresponsabilité
et conformisme.
Cette école est la plus équilibrée
et la mieux à même d'atteindre les principes fondamentaux
du journalisme. Mais elle hésite sur les méthodes
à employer pour atteindre des objectifs idéaux inatteignables.
Les voies et moyens de cette régulation sont pluriels,
complémentaires et interactifs. Ils varient d'un pays à
l'autre en fonction des histoires et des étapes de développement
de la communication.
Dans cette voie est reconnue comme primordiale la
responsabilité du juge, considéré comme un
tiers indépendant et désintéressé,
devenant garant de la déontologie du journalisme, et des
droits du public, à partir du moment où la loi est
à la fois bien conçue et bien appliquée.
Car la menace de la judiciarisation abusive et d'une jurisprudence
liberticide n'est pas non plus exclue.
Dans cette voie est aussi reconnue comme essentielle
la conscience du journaliste lui-même, fondée à
la fois sur une conviction de son rôle social, une compétence
professionnelle, un état d'esprit citoyen, un exercice
collectif et responsable du métier. Même s'il est
généralement admis que toutes ces vertus ne sont
pas automatiques ou assurées, et qu'il s'agit de les vérifier.
Claude Jean Bertrand a théorisé les
mille et un moyens de veiller à la responsabilité
sociale des médias sous le nom de M. A. R. S (moyens d'assurer
la responsabilité sociale) : systèmes internes ou
externes, initiatives professionnelles ou sociales, etc.
Dans un premier cadre, il y a les moyens internes
aux médias : codes et chartes d'entreprises, voire conseil
de discipline interne, doctrine et usage des droits de réponse,
conférences et réunions critiques, formation des
journalistes, travail des médiateurs, etc.
Dans un second chapitre, il y a les moyens externes
aux médias et aux entreprises, créés par
les usagers, ou la société, voire les professionnels
eux-mêmes. Moyens de réflexion (colloques, etc) et
moyens d'expression d'un jugement, professionnel ou non.
Comment assurer alors un contrôle
éthique fiable et impartial ?
Dans ce dernier cas deux méthodes principales
s'affrontent lorsque l'on cherche à encadrer institutionnellement
la vertu du journaliste : celle de l'instance purement professionnelle,
et celle de l'instance pluraliste, avec de nombreuses variantes
dans le monde.
Le Conseil d'éthique ou commission de discipline
d'un syndicat professionnel est en général discret
et rarement sévère : il a tendance à trouver
des excuses à ses membres. Seul avantage : il a du mal
à être contesté par un journaliste lui-même.
Mais le plus souvent il n'a aucun pouvoir réglementaire
ou coercitif, ce qui en droit paraît justifié.
Le Conseil de presse est le plus souvent caractérisé
par la multiplicité et l'origine des parties qui y participent.
Les conseils diffèrent en effet selon qu'ils impliquent
- les professionnels eux-mêmes
- à la fois les propriétaires de journaux et les
journalistes
- les personnalités qualifiées proches (enseignants
de journalisme, universitaires, experts, etc.)
- les pouvoirs publics en tant que tels (représentants
gouvernementaux, élus, etc.)
- les représentants de la "société civile"
(associations d'usagers, mouvements civiques, ONG, etc).
On peut ainsi passer en revue de nombreux exemples
dont le fonctionnement est chaque fois différent selon
leur composition :
- le Conseil suisse, qui ne comprend que des journalistes,
- le Conseil allemand, qui associe éditeurs et journalistes,
- les conseils tripartites (éditeurs, journalistes, usagers)
en Finlande, aux Pays-Bas, au Canada,...
- les conseils avec participation politique (Grèce), ou
judiciaire (Suède, Italie, Pays-Bas, Espagne),
La plupart du temps, les conseils instruisent
les plaintes, émettent des avis ou jugements, "disent"
les bons préceptes du journalisme. Ils ont rarement pouvoir
de sanction, sauf dans le cas de l'Italie, où le "Conseil
national de l'Ordre des journalistes" peut prononcer la suspension
d'un confrère. D'une manière générale,
c'est la publication du blâme, auprès des confrères
et/ou du public, qui constitue le moyen de pression le plus dissuasif
à moyen terme.
En Europe se popularise de plus en plus l'institution
des "shioshashitsu" japonais, qui sont des sortes de
commissions d'évaluation des contenus créées
dès 1920 dans les grands médias, et qui, formées
de journalistes dédiés à ce "contrôle
qualité permanent" entretiennent le dialogue avec
les usagers : leur fonction est souvent incarnée par un
"médiateur"...
C'est que le public est en effet l'alpha et l'oméga
de la prestation journalistique. Tout système de contrôle
purement interne ou étatique qui l'exclut est condamné
à l'inefficacité. La qualité et la pertinence
de la presse ne sont assurées que dans le pluralisme des
regards.
Une loi juste, des principes professionnels clairs,
des médias et un public exigeants, des lieux de dialogue
et de réflexion pluralistes
.et la liberté
de communication sont les ingrédients d'une bonne information.
Mais me direz-vous, comment opter pour l'une
ou l'autre de ces solutions, et particulièrement pour la
troisième, qui est incontestablement la meilleure, alors
que les textes en vigueur ne le permettent pas, à trois
semaines de la prochaine élection nationale ? Je vais tâcher
d'y répondre en montrant comment on peut immédiatement
adopter de bonnes pratiques à la fois administratives et
journalistiques afin que le rôle de la presse et des médias
dans la prochaine élection soit inattaquable.
Quelques principes essentiels
Pour lors, les élections qui ont lieu dans
quelques semaines vont devoir être organisées, sur
le plan des médias, dans le cadre réglementaire
préexistant, c'est-à-dire que l'encadrement de l'expression
politique dans les médias reviendra à l'actuel CNC
et au ministre de la Communication. Il importe donc que l'instance
de régulation soit directement associée au suivi
du processus électoral et la qualité de son rendu
dans les médias camerounais.
La presse écrite, la radio et la télévision
sont de puissants vecteurs d'influence, et c'est ce qui fonde
l'attention extrême que leurs responsables doivent toujours
exercer sur ce qu'ils publient, ou diffusent.
Je voudrais souligner quelques principes fondamentaux
pour les quelques semaines qui restent à courir jusqu'à
l'élection :
Egalité d'accès aux médias
publics pour les candidats
D'abord, dans un processus électoral régulé,
tous les candidats doivent bénéficier d'une égalité
d'accès aux médias publics, au cours de la période
dite de "campagne officielle", qui ne saurait être
inférieure à une période de deux semaines
précédent l'élection.
Concernant les médias privés les plus
influents, et pour la même période de "campagne
officielle" il importe que les médias ayant une audience
importante, et en particulier les médias audiovisuels,
radio et télévision, soient également contraints
de faire une part égale aux différents candidats.
C'est au Conseil national de la communication de
vérifier que les conditions d'expression des différents
candidats dans les médias audiovisuels publics en particulier
sont équivalentes. Il va de soi qu'une communication d'un
candidat pendant les quinze jours qui précèdent
l'élection doit ouvrir droit, pour les autres candidats,
à un espace d'expression de même durée et
dans des conditions d'exposition équivalentes, pour les
autres candidats.
Prise en compte équitable des soutiens
de chaque candidat
Au-delà de l'égalité stricte
des temps de parole des candidats, il importe que les médias
publics assurent une représentation équitable de
leurs soutiens respectifs ce qui signifie à tout le moins
pour les médias audiovisuels une équité réelle
dans la répartition des temps de parole et d'antenne des
soutiens de chaque candidat.
L'équité ne signifie pas exactement
l'égalité, car un candidat peut apparaître
(notamment au vu de sa représentativité politique,
des partis dont il obtient le soutien en particulier) comme plus
ou moins "important" dans son expression politique.
Mais sans qu'il s'agisse d'absolue égalité lorsque
l'on s'intéresse aux temps de parole des soutiens respectifs
de chaque candidat, il ne doit pas non plus être observé
de déséquilibre significatif en faveur de quelque
candidat que ce soit.
Exclusion des discours extrêmes
Dans un processus électoral régulé,
il n'y a pas place pour des discours extrêmes appelant à
la haine, à l'exclusion voire au meurtre. C'est la raison
pour laquelle, tout particulièrement en période
électorale, la presse doit faire preuve de la plus grande
responsabilité et exclure de ses colonnes ou de ses antennes
tout propos diffamatoire, attentatoire à la dignité
d'un candidat ou engageant à la haine à son endroit.
Tout ce qui vise à déstabiliser l'unité nationale
et à opposer des facteurs identitaires différents
au sein de la même communauté nationale doit être
proscrit, car l'unité de la communauté nationale
est ce qui fonde la légitimité du scrutin électoral.
L'information est la meilleure des armes contre
la haine et le totalitarisme, mais la désinformation ou
la propagande peuvent également être des facteurs
de haine et de division. C'est entre ces deux tendances que doit
se situer la pratique médiatique, marquée par l'indépendance
par rapport à toutes les sortes de pouvoirs, politiques
ou économiques, mais aussi par une haute conscience des
responsabilités de celui qui informe vis-à-vis de
ceux qui le lisent ou l'écoutent.
L'importance de l'autorégulation
Cette conscience professionnelle doit habiter
chaque journaliste, et il doit la mettre au-dessus de ses choix
partisans, c'est son devoir de journaliste. C'est en ce sens
que je veux saluer également le dynamisme éthique
qui existe au sein de la presse camerounaise, et qui conduit les
journalistes du Cameroun à se poser les questions déontologiques
qui intéressent leurs confrères du monde entier,
et je salue la rigueur et la qualité de l'engagement professionnel
de Marie-Claire Nnana, directrice de Cameroun Tribune.
C'est pourquoi je tiens à insister aussi
sur la nécessaire auto-régulation des journalistes,
parce que la conscience est toujours individuelle et que chaque
journaliste est toujours responsable de ses actes, et doit garder
présent à l'esprit les principes qui fondent son
rôle de journaliste.
La qualité du processus électoral
dans les trois prochaines semaines repose sur la conscience avec
laquelle l'ensemble de nos confrères journalistes vont
accomplir leur travail collectif d'information.
Le rôle de la régulation
Toutefois l'auto-régulation ne suffit pas
et il importe que l'Etat joue son rôle pour garantir les
conditions de son propre fonctionnement civique, et c'est tout
l'esprit de la régulation des médias.
La régulation est la méthode la plus adaptée
à l'intervention de l'Etat dans le secteur médiatique,
parce que c'est un secteur en évolution, dans lequel les
réglementations doivent s'adapter aux réalités
professionnelles, afin de garantir des principes d'intérêt
public d'ordre supérieur : le pluralisme, l'impartialité
de l'information, et la dignité de la personne humaine.
Alors, en quatre mots, qu'est-ce-que la régulation?
* Premier mot : médiation.
D'abord entre les diffuseurs et les auditeurs, afin que des principes
de contenu soient respectés et qu'une relation de confiance
s'instaure à l'égard des médias audiovisuels.
En privilégiant la médiation, l'autorégulation
et la responsabilité, le Conseil supérieur de l'audiovisuel
français a permis à la radio et à la télévision
de sortir d'une logique de provocation et de défi pour
trouver un mode d'expression respectueux des diversités,
pluraliste et démocratique. Avec un objectif toujours maintenu
: la rigueur de l'information.
* Deuxième mot : concertation. Entre les
professionnels de l'audiovisuel, entre les professionnels. Chaque
fois que c'est possible, le régulateur doit procéder
par la concertation plutôt que par la contrainte, et il
importe que les professionnels soient associés aux décisions
qu'il est amené à prendre. J'insiste particulièrement
contre les risques d'une intervention autoritaire qui serait prise
pour une restriction de la liberté d'expression en période
électorale tout particulièrement.
* Troisième mot : adaptation. C'est un principe
vecteur de l'action du régulateur. Adaptation aux évolutions,
mais aussi à la particularité de chaque cas. L'adaptation
est au cur de l'action du régulateur: chaque dossier
est traité en fonction des réalités politiques
et sociales, de l'influence réelle du média concerné
également.
* Enfin quatrième valeur fondamentale : l'indépendance.
C'est la seule garantie de réussite dans chacune des trois
démarches que je viens d'évoquer. Le Conseil supérieur
de l'audiovisuel français a fait, en plus de quinze années
la preuve de sa capacité à échapper aux querelles
partisanes, et de son indépendance par rapport à
tous les pouvoirs, politiques certes, mais aussi économiques,
indépendance enfin à l'égard de tous les
lobbies.
Cette dimension essentielle doit être observée
dans l'intervention en particulier des autorités publiques,
à commencer par le ministère de la Communication,
en période électorale. Le premier représentant
de l'équité et de l'impartialité de l'Etat,
c'est le ministre de la Communication, et tout particulièrement
au Cameroun où les pouvoirs insuffisants du CNC ne lui
permettent pas de jouer pleinement son rôle de régulateur.
Il importe que le ministre de la communication lui-même
pose avec clarté les règles d'égalité
de temps de parole, d'équité des temps d'antenne
et de l'accès aux médias publics, et enfin d'impartialité
dans le traitement éditorial des différents candidats
par les médias publics.
De même, c'est lui qui doit garantir aujourd'hui
ultimement la liberté d'expression des médias privés,
leur liberté d'accès aux bureaux de vote, leur liberté
dans la couverture du processus électoral, de même
que la sécurité et la protection des journalistes
pendant toute cette période électorale, plus encore
qu'en temps normal.
J'insiste également sur le rôle conjoint
que doivent avoir le ministre de la Communication, le président
du Conseil national de la communication (CNC), et le président
de l'Observatoire national des élections (ONEL) pour assurer
le règlement concerté et amiable des situations
de litige qui concerneraient la couverture médiatique de
la campagne électorale des uns et des autres.
En pratique
En ouverture de cette réunion importante,
j'insisterai donc sur les modalités pratiques de l'organisation
de la couverture médiatique des élections dans les
trois prochaines semaines : il me paraît indispensable
qu'une recommandation conjointe du ministre de la Communication
et, si les délais le permettent, du président du
CNC et du président de l'ONEL précise publiquement,
avant le début de la période de quinze jours qui
précédera l'élection, et qui correspondra
à la campagne officielle, les modalités d'accès
égal des différents candidats aux médias
publics, et en particulier à la radio et à la télévision
publiques, ainsi que la règle d'équité s'appliquant
à leurs différents soutiens et d'impartialité
s'appliquant au traitement de leurs campagnes respectives.
Cette recommandation peut être brève dans sa formulation,
mais elle se doit d'être publiée, afin que les différents
médias puissent s'y conformer exactement et qu'ils puissent
être sanctionnés dans le cas où ils ne s'y
conformeraient pas.
Hervé
Bourges
président international de l'UPF
Yaoundé, 21 septembre 2004