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mardi
24 décembre 2006
Discours d'ouverture par Hervé BOURGES
président
de l'Union internationale de la presse francophone,
ancien président du CSA (France)
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Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
Chers confrères,
Je vous remercie tout d'abord d'avoir fait appel
à moi pour ouvrir vos travaux, sur un sujet particulièrement
important à mes yeux parce qu'il constitue un des éléments
décisifs qui permettent de faire entrer les Etats dans
la modernité.
Qu'est-ce que la régulation
?
Tout d'abord, un éclaircissement indispensable
: la régulation, ce n'est pas la réglementation,
et ce n'est pas non plus la police.
La réglementation est le fait du pouvoir
exécutif, qui, selon les principes fixés
par le pouvoir législatif, définit précisément
les règlements qui doivent être observés
dans tous les domaines d'activité. De tout temps, les
Etats ont utilisé le pouvoir réglementaire pour
définir de manière claire ce qui est permis
et ce qui ne l'est pas, les limites qui doivent être
respectées pour que la liberté des uns n'empiète
pas sur celle des autres.
La régulation est une manière
plus moderne pour les Etats d'accompagner les évolutions
économiques, sociales, culturelles, en assurant une
plus grande liberté aux acteurs auxquels elle s'applique.
Comme telle, la régulation est l'accompagnement
indispensable de la libéralisation de certains secteurs
essentiels de la vie économique et culturelle:
l'ouverture de la concurrence sur le marché des télécoms,
par exemple, ou plus encore l'apparition d'une véritable
diversité dans le secteur de la communication, par
l'apparition d'acteurs privés, nés d'initiatives
individuelles et porteurs d'innovations ou de renouvellement
éditorial.
Comment se passe la régulation
en pratique ?
La régulation passe d'abord par la
création d'instances indépendantes, chargées
d'appliquer au cas par cas les dispositions prévues
par la Loi, dans l'intérêt du développement
d'un secteur, bien sûr mais aussi dans l'intérêt
des consommateurs, et surtout dans le respect d'un certain
nombre de principes éthiques qui sont essentiels pour
la collectivité.
L'indépendance des instances doit être
rigoureusement garantie: indépendance vis-à-vis
de tous les pouvoirs, d'abord, qui ne doivent pas avoir la
possibilité de faire pression sur les décisions
des régulateurs. C'est le cas du pouvoir politique,
d'abord : la création d'une instance de régulation
de la communication a été, partout dans le monde,
le moyen de couper le « cordon ombilical » entre
les médias et les Etats.
C'est ainsi qu'en France la création de la Haute autorité
de l'audiovisuel, en 1982, a permis l'ouverture du secteur
radiophonique et une nette séparation entre le gouvernement
et les dirigeants des médias audiovisuels publics.
Depuis une quinzaine d'années, c'est le Conseil supérieur
de l'audiovisuel (CSA) qui nomme les dirigeants des chaînes
publiques et qui est seul juge de leur action, de même
qu'il encadre l'activité des chaînes privées
en assurant une véritable diversité des opérateurs
et des programmes qu'ils proposent. Comme vous le savez j'ai
eu la chance de présider le CSA, et de voir naître
pendant mon mandat un grand nombre d'instances de régulation
africaines auxquelles j'ai pu apporter mon concours.
Assurer la diversité des opérateurs
et la réelle diversité éditoriale qu'ils
proposent, cela passe par une seconde indépendance,
au moins aussi importante désormais, l'indépendance
vis-à-vis des pouvoirs économiques et financiers
qui pèsent de plus en plus lourd dans le secteur
de la communication, comme d'ailleurs dans celui des Telecoms...
En matière éditoriale, la mondialisation
des communications donne aux régulateurs une responsabilité
nouvelle: faire en sorte que « la Civilisation de
l'Universel » annoncée par Léopold Sédar
Senghor, porte en elle, comme il le souhaitait lui-même,
les germes d'une véritable diversité culturelle.
Toutes les cultures et toutes les mémoires doivent
être présentes dans le bouquet médiatique
Universel !
La conciliation d'intérêts
et de principes divergents
Comme on le comprend immédiatement, la
régulation est une démarche de conciliation
d'intérêts et de principes qui peuvent être
divergents, voire contradictoires.
Elle passe donc par un travail approfondi, rigoureux,
une connaissance précise des enjeux du secteur concerné,
un dialogue permanent avec l'ensemble des entreprises, une
veille technologique constante, afin de suivre les mutations
des marchés, enfin une préoccupation permanente
de l'intérêt public.
La régulation, cela ne peut pas être
l'arbitraire, et c'est la raison pour laquelle les principes
suivis dans chaque cas particulier doivent être précisément
exprimés, justifiés, identifiés par tous,
applicables ensuite à tous les autres cas comparables.
C'est pourquoi le travail du régulateur
est aussi un travail de médiation qui passe par la
responsabilisation de tous. Et qui ne peut se faire que
dans la clarté, dans une parfaite transparence des
procédures appliquées et des motivations de
chaque acte de régulation.
Les enjeux propres des Pays en voie de
développement
Les Pays en voie de développement ont
tout à gagner a cette modernisation des pratiques des
Etats : c'est pourquoi je tiens à féliciter
Abdoulaye Sakho de l'organisation des travaux que nous allons
conduire ensemble. Il sait à quel point la pratique
de la régulation est précieuse pour accompagner
la modernisation des économies africaines. Il faut
libérer les initiatives, ouvrir la voie à des
activités nouvelles, créatrices de richesses
et d'emplois, et insuffler plus de dynamisme dans les secteurs
les plus innovants.
Partout dans le monde, les régulateurs
doivent vaincre des résistances, briser des habitudes,
prouver leur efficacité en proposant des solutions
nouvelles, tout en posant les limitations nécessaires
qui assurent que les progrès enregistrés soient
bien partagés par tous, et non profitables seulement
à quelques uns. C'est le cas, bien évidemment,
dans les Pays en voie de développement, où les
enjeux sociaux et culturels sont particulièrement importants.
Nous allons avoir l'occasion d'y réfléchir
de manière concrète ensemble, et je souhaite
que nos réflexions puissent aider chacun d'entre nous
à progresser dans la voie d'une administration plus
moderne, plus souple, mieux adaptée à des activités
en rapide développement et en permanente mutation.
En ouverture de ces travaux, je tiens donc à
exprimer avec force ma confiance dans l'utilité de
cette réflexion collective, qui s'appuiera sur le partage
de nos expériences et de nos méthodes. La régulation
est encore une idée neuve dans beaucoup de pays du
monde, mais elle est porteuse d'avenir. Elle est même
une des conditions de l'accélération du développement
du continent africain. C'est à nous, c'est à
vous d'ouvrir cette porte. Le jeu en vaut la chandelle !