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RFO - Rencontre Images du Sud
Paris, UNESCO, 19-20 juin 2001

Remise des Prix Orchidée le 20 juin 2001
Allocution d'Hervé BOURGES

Président de l'Union Internationale des Journalistes et de la Presse de Langue Française
Président du Jury

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Nous voici donc tous réunis, au moment de conclure ces deux journées des premières Rencontres autour des « Images du Sud », à l'UNESCO, dans ce lieu symbolique du dialogue des images et des idées entre tous les pays du monde. Je voudrais, avant de prononcer le résultat des votes du jury, rassembler en quelques mots ce que je retire, comme sùnple auditeur, mais aussi comme spectateur engagé, de ces deux jours bien remplis.

Le premier point, et c'est peut-être l'essentiel, ce furent de vraies Rencontres. C'est-à-dire que les séances auxquelles nous avons pris part ont été véritablement un cadre de dialogue, de découverte mutuelle, de réflexion collective. Il y a eu des constats négatifs au cours de ces débats, et ils sont justifiés:
sur la chute du nombre de productions du Sud,
et sur la diminution de leur visibilité sur les écrans du Nord,
sur les difficultés des télévisions du Sud à pénétrer un marché audiovisuel occidental extrêmement fermé, malgré une apparence d'ouverture,
sur des formats d'émissions et d'oeuvres extrêmement contraignants, et par des critères esthétiques ou éditoriaux dans lesquels les productions du Sud ont beaucoup de mal à entrer.

On a dit que l'image du Sud qui est attendue par le public du Nord est réductrice et trompeuse, essentiellement circonscrite par quelques stéréotypes qu'ils soient laudateurs (la beauté des paysages, la richesse de la faune et de la flore, les couchers de soleil ... ) ou qu'ils soient dépréciatifs (les défauts des organisations politiques, l'instabilité chronique, les coups d'Etat, la pandémie du Sida ... ). Les uns comme les autres restent de l'ordre de la caricature: ils réunissent les pires traits du portrait à tracer et les exagèrent.

Les images du Sud, heureusement, ne cadrent pas avec ces stéréotypes, elles les invalident. Au prix d'une difficulté, évidemment, à se voir reprises sur les réseaux du Nord. Mais j'ai envie de dire que mieux vaut encore pour le Sud que ses images ne cadrent pas avec les attentes des publics du Nord, plutôt que de devoir contraindre ses créateurs à abandonner ce qui fait leur qualité originelle pour cadrer avec des attentes simplificatrices. D'autant que nous avons également entendu des paroles chargées d'espérance et de confiance, lorsqu'ont été évoquées les transformations actuelles des comportements du public et l'apparition de plusieurs catégories de téléspectateurs intéressés à des titres divers par les « Images du Sud ».

De même lorsqu'ont été esquissées les nouvelles pistes de diffusion des images du Sud dans les pays du Nord que permettent aujourd'hui d'envisager le développement des technologies numériques, Intemet d'une part, la diffusion numérique hertzienne de l'autre. La table ronde de ce matin a permis de prouver que des initiatives sont en cours d'éclosion, qui donneront des supports nouveaux aux images du Sud. Elles définissent différents publics et différentes attentes, mais Makhtar Silla nous a dit justement que le Sud a les ressources en production et en création pour répondre à ces besoins, et je retiens tout particulièrement le discours positif et mobilisateur qui a été le sien.

Je crois que l'idée qui se dégageait avec force de ces Premières Rencontres, idée qu'il va falloir creuser, populariser, propager, c'est qu'un développement significatif de la présence des « Images du Sud » sur l'ensemble des chaînes hexagonales passe probablement en premier lieu par l'ouverture d'une vitrine pour les créations du Sud, sous la forme d'une « chaîne du Sud », comparable à l'offre que constitue RFO Sat, mais plus largement accessible. De ce point de vue, il est probable que l'élargissement des possibilités de diffusion hertzienne avec le lancement des offres numériques terrestres constitue une occasion à ne pas manquer.

Nous avons entendu plusieurs projets en ce sens, développés par plusieurs des intervenants ou des participants à ces deux Journées, en direction de publics partiellement différents. Il appartiendra au régulateur de l'audiovisuel de choisir entre tous les candidats en lice... La leçon optimiste de la journée c'est qu'il n'y aura pas forcément une seule « chaîne du Sud » pour s'adresser à ces publics en cours de cristallisation que nous voyons aujourd'hui émerger.

Mais il ne serait pas illégitime pour l'Etat de considérer que cette mission de refléter dans l'hexagone la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale revient aussi à une chaîne publique, qui pourrait être, pourquoi pas, conçue et développée par RFO, dans l'esprit de tout ce qui a été exprimé pendant ces deux journées et à partir des ressources qui sont les siennes, et celles de ses télévisions partenaires dans les pays du Sud.

C'est donc vers les télévisions du Sud que nous allons maintenant nous tourner, comme nous avons pu le faire régulièrement entre chaque espace de débat, pour la remise des Prix Orchidée. Ces Prix sont une première action concrète pour promouvoir des images réalisées au Sud sur les écrans du Nord: ils sont une manière pour nous de saluer le talent des hommes et des femmes qui font au quotidien la télévision des pays d'Afrique, de l'Océan Indien, de l'Océanie, du Pacifique.

Prix du meilleur présentateur de journal télévisé
Indira CHETTIYAR, présentatrice de la Télévision Mauricienne,

La première catégorie sur laquelle nous nous sommes penchés est celle des présentateurs de journaux télévisés. Parmi les neuf sélectionnés, deux femmes se distinguent particulièrement: la présentatrice du journal de l'lle Maurice et celle du journal télévisé d'Haïti. C'est la première des deux qui remporte le Prix. Par la qualité de sa diction, par son professionnalisme et son efficacité, servie en outre par la bonne qualité technique de son Journal télévisé et la qualité de l'habillage d'antenne, Mme Indira CHETTIYAR a attiré le plus grand nombre de vote au sein de notre jury, et je vais demander à M. Israel Harold ESSOO, qui est parmi nous le représentant de la Télévision Mauricienne, de bien vouloir lui remettre son trophée.

Pour autant, tous les présentateurs que nous avons observés étaient de qualité, même s'ils étaient diversement servis ou desservis par les caractéristiques techniques de leurs antennes respectives.

Nous avons tous été sensibles au naturel et à la spontanéité du présentateur du Vanuatu, j'ai évoqué le travail de qualité de la présentatrice haïtienne, qui accompagnait également en voix off certains sujets qu'elle lançait, ce qui prouve une qualité de concentration et un professionnalisme qu'il faut saluer. De même la pugnacité du présentateur congolais dans l'interview qu'il conduisait en deuxième partie de son journal était un signe de rigueur professionnelle qui a été apprécié, même si par ailleurs il lisait un peu trop vite son texte dans les séquences de lancement de sujets... Le présentateur burkinabé était également très convainquant, regardant la caméra sans hésiter dans ses présentations.

Le jury a incontestablement été un peu déçu par la présentation très froide et pas assez fluide dans l'oralité de la présentatrice camerounaise, qui lisait trop visiblement un texte qu'elle n'avait probablement pas préparé elle-même.

De même, même si je sais que Mamadou Kaba, le Président de l'instance de régulation malienne, se garde de tout interventionnisme, je me permettrai de souligner que dans le cas du présentateur malien qui était sélectionné, il n'est pas certain que l'usage de lunettes de soleil à teinte variable soit très opportune pour la présentation du JT -à moins qu'elle n'ait été justifiée par une prescription médicale particulière...

Mention spéciale
Guy KAREMA, présentateur du journal de la télévision du Burundi

Il me reste à parler d'un dernier candidat, le candidat burundais, qui nous a étonné par la qualité de son travail et par la richesse de son journal, extrêmement tourné vers l'international. C'est la raison pour laquelle le jury a décidé de lui attribuer une Mention spéciale: sa concision, la clarté de ses lancements, la qualité de sa diction et l'intelligence générale de la construction de son journal justifiant pleinement cette distinction qui honore donc M. Guy KAREMA, auquel je demanderai au représentant parmi nous de l'Ambassade du Burundi à Paris de transmettre, avec nos félicitations, ce trophée.

Au total, en visionnant en entier ces 9 journaux télévisés, je crois que nous avons tous été frappés d'un même sentiment de richesse et de profusion: par la variété des sujets développés, par la qualité des approches qui sont souvent au plus près de l'événement, ces journaux et ces journalistes jouent un rôle central dans le fonctionnement des sociétés et des états africains. Ils sont les vecteurs de l'information,, donc du développement démocratique et du débat public.

Mais ils peuvent aussi, parce que leur travail est de grande qualité, bénéficier d'une meilleure visibilité au Nord. Car il n'y a rien de tel que l'observation d'un Journal Télévisé pour comprendre un pays, sa situation politique, économique, sociale, son dynamisme et ses problèmes. Donner une meilleure visibilité à ces journaux et aux informations qu'ils développent c'est permettre au Nord de s'ouvrir vraiment au Sud, de s'intéresser aux réalités du Sud, donc de sortir des images d'Épinal et des perceptions idéologiques.

Donc il fallait bien, c'était le principe même d'un Prix, effectuer une sélection et un classement, mais notre sympathie professionnelle va à tous les journalistes qui avaient été sélectionnés et que nous avons eu la charge d'évaluer.

Prix du meilleur documentaire
« La Fièvre du Plastique » de Séléfa COULIBALY,
de la Télévision nationale du Burkina Faso.

J'en viens aux Documentaires, qui étaient à la fois très intéressants et très différents. Le Prix Orchidée du Meilleur Documentaire va donc cette année à « La Fièvre du Plastique », de Séléfa COULIBALY, de la Télévision nationale du Burkina Faso, représentée ici par Monsieur Souleymane SAVADOGO.

Je crois que chacun d'entre nous a pu le voir, ce documentaire est d'abord un travail rigoureux, dans sa construction logique, dans son enchaînement, dans la conduite progressive d'un dévoilement du problème traité, puis de son explication, enfin des solutions mises en oeuvre et des conséquences pratiques qu'elles ont elles-mêmes. Le travail réalisé ne s'accorde aucune facilité ni aucune complaisance: car il serait facile de construire le sujet sur un sùnple dénonciation des méfaits du plastique. Mais pas du tout: Séléfa COULIBALY montre tout ce que le plastique apporte, notamment pour le conditionnement de l'eau... Et il va à l'inverse jusqu'aux conséquences ultimes de la dispersion des plastiques dans la nature, et en particulier les maladies qui affectent le bétail qui s'en nourrit en même temps qu'il broute les végétaux dans lesquels les vieux sacs usagers viennent s'accrocher... Maladies graves, puisqu'elles provoquent son amaigrissement donc diminuent le rendement alimentaire de l'élevage.

Donc par la qualité de la construction logique et par la densité de l'information apportée sur les causes et les conséquences de la fièvre du plastique, le documentaire burkinabé nous est apparu comme le meilleur de ceux que nous avons visionnés.

Mention spéciale
Carl LAFONTANT et Rachèle MAGLOIRE
réalisateurs du documentaire "Jacmel", production Fanal (Haïti)

Mais cela ne veut pas dire que les autres n'étaient pas bons, au contraire: le jury a été tout entier séduit par le documentaire sur « Jacmel », produit par Production Fanal pour la télévision haïtienne, et dont les réalisateurs sont Carl LAFONTANT et Rachèle MAGLOIRE. La présentation de cette ville haïtienne, de son bonheur de vivre et de sa population paisible, de ses artistes, artisans, marchands, de son cadre de vie préservé réussissant la gageure d'allier et de réconcilier « le passé et le présent », pour reprendre les termes mêmes de la dernière phrase du commentaire, tout cela a séduit le jury, qui voulait en outre souligner, par la Mention spéciale qu'il accorde à cette oeuvre, la qualité de sa réalisation: originalité et efficacité des cadrages, beauté des images, justesse sans esthétisme excessif de la photographie. En fait, la forme rejoignait le fond, et la qualité de vie décrite se retrouvait dans la qualité du travail réalisé.

Les autres documentaires présentés nous ont également beaucoup intéressé, et je pourrais parler longuement du retour de l'auteur du film « Que le temps passe vite », à trente ans de distance, sur les traces de son passé au Cameroun, et de son sentiment que « ça bouge au Cameroun », avec cette impression que le cadre qui lui était familier a été profondément bouleversé en quelques décennies. Yaoundé, Bafoussain ont, en effet, changé de visage.Le documentaire mauricien « Couleur Biscuit » nous faisait découvrir une figure sympathique, celle de l'héritière de la biscuiterie historique au manioc, détentrice d'un tour de main hérité de son grand-père... Mais peut-être se soumettait-il trop lui-même au rythme des souvenirs et des pas de la vieille dame, sans expliciter suffisamment, de l'extérieur, les événements et les évolutions qu'elle évoquait, de manière forcément lacunaire. Pour autant, cela n'enlève rien au charme de cette oeuvre plus brève.

Enfin je veux dire quelques mots du documentaire malien, qui aurait mérité une distinction, tant par la qualité technique de ses images que par l'originalité de son concept, offrant une figuration diachronique de la société malienne dans sa diversité, celle de ses langues, celle de ses peuples, réunis par le sous-titrage en français et la ligne symbolique du récit des contes fondateurs des différentes composantes de la communauté malienne. Film forcément plus difficile d'accès, par les barrières linguistiques et culturelles qu'il pose, mais aussi film nécessaire et juste, offrant une lumière et une véritable « intelligence » de la réalité malienne dans sa diversité. Une oeuvre en elle-même, condensée par « L'esprit de Mopti », et je tiens à dire que ses auteurs méritaient leur sélection dans ce panel.

En conclusion, pour ce qui concerne les auteurs de documentaires comme pour ce qui concerne les présentateurs de journaux télévisés, je crois que tous les membres du jury auront été fortement sensibles à la variété et à la qualité des images qu'il nous a été donné d'observer et, avec toutes les limites et les injustices qu'ùnpose cet exercice, de juger. Cela nous a fait plaisir, évidemment: la créativité et la nouveauté sont présents dans les Images du Sud, à nous, au Nord, de mieux les regarder, d'être plus attentifs à ce qu'elles peuvent nous apporter. En nous enrichissant de nos mutuelles différences.

âtillo