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Paris, Grand amphithéâtre de l’ENSTA
(Ecole nationale supérieure des techniques avancées), mardi 22 juin 2004

« Quelle Chaîne d’information internationale pour la France »

Intervenants : Hervé BOURGES, Bernard BROCHAND,
John ROSSANT, Ghislain ACHARD.

Intervention d'Hervé Bourges
président de l'Union internationale de la presse francophone (UPF), ancien Président de RFI, TF1, France 2, France 3, et du CSA

« L’information audiovisuelle face à la mondialisation :
pour une chaîne d’information internationale française »

Monsieur le Président,
Monsieur le Député,
Mesdames et Messieurs,

Au milieu des années 1970, j’ai publié un livre intitulé Décoloniser l’information. Il s’agissait pour moi de montrer ce que signifiait, pour les pays du Sud, le fait qu’ils soient dépourvus de médias indépendants, capables de faire entendre leur voix au Nord de manière autonome. Peu de temps après, j’eus l’occasion, aux côtés du Directeur général de l’UNESCO Amadou Mahtar M’Bow de développer au Sud des circuits d’information indépendants.

La France a longtemps été aveuglée elle-même sur ses propres besoins. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de réveiller nos politiques de leur inconscience : au début des années 1980, Michèle Cotta me chargea de relancer Radio France Internationale, que les gouvernements successifs laissaient dépérir, et qui se trouvait parmi les radios internationales au 28ème rang mondial, tout juste derrière la Bulgarie… Je me suis alors battu pour doter RFI d’une personnalité juridique et pour conforter son financement annuel, et RFI est devenue l’une des premières radios internationales du monde. Quelques années plus tard, en 1992, j’ai attiré l’attention du Président François Mitterrand, par une note circonstanciée, sur l’urgence de constituer parallèlement à l’offre radiophonique, une offre audiovisuelle internationale forte, à partir de la France. Le projet lancé tomba aux oubliettes.

Le traumatisme médiatique provoqué par la première guerre du Golfe entraîna cependant une véritable prise de conscience du déséquilibre médiatique existant en faveur de la seule CNN : la création d’Euronews par une coalition de chaînes publiques européennes visait, il y a exactement douze ans, à faire de l’Europe un partenaire à part égale des échanges d’informations mondiaux. Le concept d’Euronews, qui fait sa force, est le plurilinguisme. 7 langues, c’est la capacité d’être présent sur de nombreux marchés dans leur langue maternelle, ou dans une de leurs langues usuelles.

Euronews est indéniablement un succès : c’est une chaîne qui ne coûte pas cher (30 millions d’euros de budget annuel dont seulement 2,6 millions de redevance annuelle pour France Télévisions, et les deux tiers de ses besoins couverts par ses recettes commerciales et de distribution). Et c’est une chaîne qui assure à l’Europe une bonne diffusion de ses images sur tous les continents, tout en offrant un média unitaire à notre continent, en pleine reconstitution politique, depuis la chute du mur de Berlin. L’Est européen représente d’ailleurs un marché en pleine explosion pour Euronews, qui est souvent la seule chaîne d’information en continu disponible, soit en russe, soit en allemand.

Il faut pourtant aussi souligner les limites du succès d’Euronews et les conséquences qui peuvent en être tirées

Euronews est une chaîne qui se nourrit des images des télévisions partenaires ainsi que des images des agences internationales. Euronews n’a pas les moyens de créer d’images nouvelles, elle s’interdit le débat ou le magazine d’approfondissement, elle n’a pas de reporters à dépêcher à l’étranger pour suivre les crises qui secouent l’actualité mondiale, elle ne peut pas faire d’investigation, ses scoops sont nécessairement la reprise des scoops des autres.

Dans cet esprit, j’avais engagé en 1993, peu avant mon départ de France Télévisions, une réflexion sur la création d’un service Euronews spécifique à la France, appuyé sur un partenariat étendu avec France Télévisions et Europe 1, avec quelques signatures prestigieuses, des décrochages réalisés à Paris et des magazines réalisés en région. Mais mon successeur ne parvint pas à convaincre la tutelle d’accepter les investissements nécessaires. Comme Président du CSA, en 1996, j’ai défendu une nouvelle fois par une note détaillée, auprès du Président Jacques Chirac, le principe d’une chaîne d’information internationale française, qui pouvait être portée au sein de France Télévisions comme de Radio France Internationale.

Vous m’excuserez ces quelques points d’histoire, qui visent simplement à replacer la réflexion dans laquelle s’inscrit le débat actuel dans son contexte…

Une nécessité

Le début du vingt-et-unième siècle confirme de manière éclatante que l’image constitue le meilleur contrepoids à la force : l’affrontement qui se joue sous nos yeux en Irak et dans tout le Proche-Orient, montre l’émergence d’une véritable mondialisation de l’information, porteuse de ce qui en découle immédiatement : la constitution d’émotions globales, de partis-pris mondiaux, de débats idéologiques à l’échelle de la planète.

Dans cette politisation universelle, il est évident que la détention de la force militaire ou industrielle est un atout décisif, de même que la puissance monétaire ou la détention de ressources énergétiques. Mais les armes de l’information et de la culture ne peuvent plus être négligées. Elles sont aussi de plus en plus décisives. La guerre des images est amplifiée par la création des chaînes arabes d’information, au premier rang desquelles Al Jazeera, mais aussi par l’implication directe de nombreuses équipes de journalistes sur le terrain.

Jamais autant d’images n’avaient été diffusées sur un conflit en cours, jamais les destructions n’avaient été aussi médiatisées, dans leur brutalité, de même que les attentats désormais quotidiens. La scène militaire a un prolongement journalistique permanent.

Autre remarque importante : le traitement du conflit par les chaînes d’information a été extrêmement partial, plusieurs chaînes prenant fait et cause pour l’un des camps. Difficile de ne pas entendre les appels à la solidarité avec les combattants irakiens et palestiniens exprimés par Al Jazeera ou repris par Al Arabbiya voire par la télévision d’Abu Dhabi… Difficile de ne pas être frappé par les prises de position violemment bellicistes de CNN et de Fox News, toutes deux entièrement engagées aux côtés des soldats américains et britanniques.

Dans ce concert, la France est encore une fois trop absente. Il est donc impératif que nous nous dotions d’un outil de rayonnement médiatique. Nos images d’information doivent illustrer notre vision du monde et des affrontements qui s’y déroulent. Quand apparaît une opinion publique mondiale qui considère des enjeux politiques internationaux, il est indispensable que notre propre regard puisse contribuer à l’éclairer. En montrant d’autres images de la réalité.

Alors comment faire ?

La nouvelle chaîne

Je ne me prononcerai pas sur la question de savoir si le modèle choisi par votre rapport, Monsieur le député, est meilleur ou moins bon que celui que préconisait la Commission Rochebloine. Je ne veux pas rentrer non plus dans une polémique sur l’association de groupes privé et public, que certains dénoncent comme les noces de la carpe et du lapin.

Permettez-moi de vous dire que ce sont là des problèmes secondaires, auxquels des réponses techniques doivent être apportées.

Il faudra donc trouver des réponses acceptables sur les modalités de financement, sur les garanties juridiques à prendre auprès de la Commission européenne, sur les garanties éditoriales préservant l’indépendance, sur les zones et les moyens de diffusion de la future chaîne internationale…

Je crois qu’il est plus important, une fois posé le cadre de l’organisation choisie, de marquer la direction dans laquelle il faut marcher. Et l’intendance suivra. Elle devra bien suivre puisqu’il s’agit d’une « ardente obligation » soulignée par la volonté du chef de l’Etat !

Quelles sont donc les trois caractéristiques majeures que doit avoir cet outil médiatique pour donner un véritable élan à l’information française ?

1/ La nouvelle chaîne doit disposer de ses propres images,
2/ Elle doit avoir une vraie ambition commerciale mondiale,
3/ Elle doit optimiser notre audiovisuel extérieur,
4/ Elle doit fonctionner comme une agence d’images et pouvoir être largement reprise par un grand nombre de télévisions partenaires, tout autour du monde.

1. La chaîne internationale doit disposer de ses propres images

C’est la première des conditions qui fonde le succès de cette chaîne d’information : qu’elle puisse produire de l’information à un niveau international, et non se contenter de reprendre.

La force de BBC World Service, de même que la force de CNN ou de Fox News, c’est de couvrir l’information par ses propres moyens, avec ses propres équipes, en affichant ses propres images. Cela signifie qu’il faut entretenir une rédaction propre, avec un certain nombre de journalistes reporters d’images (JRI) capables de se mobiliser pour se projeter sur un théâtre d’opérations sur n’importe quel continent.

Une telle capacité entretenue en permanence se traduit par un budget : 300 millions d’euros pour BBC World Service. Si l’on évoque maintenant le niveau de financement des chaînes d’information américaines, on passe encore un nouveau seuil, et ce n’est même pas la peine de l’évoquer, s’agissant d’une chaîne d’information française financée -très largement- par l’Etat. Le budget de CNN, c’est 1,6 milliard de dollars.

Je vais être clair : on ne peut pas être volontariste par devant, et petit bras par derrière. On ne peut pas vouloir lancer une contre-offensive éditoriale aux armes de « conviction massive » que sont CNN, Fox News et Al Jazeera, et confier cette contre-offensive éditoriale à quelques dizaines de journalistes qui resteraient cloués au sol à Paris par manque d’argent, comme les journalistes d’Euronews restent aujourd’hui cloîtrés à Lyon, ou plus précisément à Ecully, chemin des Mouilles…

CNN International, ce sont 42 bureaux et plus de 1000 correspondants, BBC World 60 bureaux dans le monde et plus de 350 correspondants. D’où la nécessité de mobiliser toutes les forces de l’audiovisuel extérieur français en les impliquant directement dans l’aventure.

2/ Donner à cette chaîne une vraie ambition commerciale

Il est possible de commencer à réfléchir sérieusement à une chaîne d’information internationale autonome, à l’intérieur d’un budget qu’on peut évaluer, grosso modo, à la moitié du budget annuel dépensé par BBC World Service. Soit environ 150 millions d’euros.

Je crois comprendre que le budget envisagé par France Télévisions et TF1 est de 70 millions d’euros : c’est clairement insuffisant.

A titre d’exemple, il faut noter que la seule couverture du conflit en Irak a coûté à CNN depuis un an un budget spécifique de près de 100 millions d’euros. Cet investissement est indispensable si une chaîne veut « tenir son rang » en tant que chaîne d’information diffusée vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le monde. Comme on le voit, le budget évoqué ici pour la chaîne française d’information internationale ne suffirait pas pour la seule couverture des événements d’Irak. Or l’actualité mondiale se passe en même temps en beaucoup d’autres points de la planète et ce serait justement à cette nouvelle chaîne d’information de le prouver !

En fait, à travers le budget évoqué, je crois comprendre une chose toute simple : ni France Télévisions ni TF1 ne croient une seconde que la future chaîne internationale pourrait gagner de l’argent. D’où un projet prudent, qui témoigne d’un engagement minimal, comme si personne ne voulait risquer un sou dans l’aventure… Mais on ne construit pas une chaîne à reculons ! On ne construit pas une chaîne qui a l’ambition de parler au reste du monde, en calculant son budget comme celui d’une station régionale de France 3, avec quelques dizaines de minutes d’images fraîches quotidiennes ! Pardonnez-moi mon langage un peu raide : ce projet manque clairement d’un vrai souffle ! Ce n’est pas un projet d’entrepreneur, c’est un projet de gestionnaire. Ce n’est pas un projet professionnel, c’est un concept d’agence de com.

Il s’agit de mener campagne pour renverser le courant dominant de l’information dans le monde, et on assiste à la préparation d’une « partie de campagne », pour laquelle deux groupes se donnent rendez-vous.

Mais si l’on croit à cette chaîne internationale, il faut lui donner une ambition commerciale véritable : le président de TV5, Serge Adda, constate aujourd’hui un fort appétit pour les images francophones, même aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud : nous savons que c’est le cas également au Maghreb, au Moyen-Orient, dans une partie de l’Asie. Il faut en profiter pour concevoir une chaîne d’information adaptée aussi à l’ensemble de ces marchés, qui sont des marchés solvables, sur lesquels il est possible de gagner de l’argent. Et il existe une niche publicitaire spécifique pour une chaîne d’information en français, avec décrochages prioritaires en anglais et en arabe, puis en espagnol : ce serait aussi l’intérêt immédiat de grands groupes industriels français de soutenir une chaîne qui porterait aussi largement notre image dans le monde !

Or ce qui me frappe beaucoup, dans le projet qui nous a été présenté, c’est que l’on dit bien comment l’argent va être dépensé (ce qui n’est pas difficile, puisqu’il n’y en aura pas assez) mais que rien n’est dit sur la manière dont cette chaîne pourrait gagner de l’argent ! Pourquoi ce silence ? Chacun sait que BBC World a un chiffre d’affaires publicitaire très important, qui porte son développement ! Or c’est précisément BBC World et CNN qu’il faut concurrencer ! C’est ce qui est inscrit sur la feuille de route : selon l’expression précise du Président Jacques Chirac le 7 mars 2002, « nous devons avoir l’ambition d’une grande chaîne d’information continue internationale à l’égal de la BBC ou de CNN ».

C’est possible, car, contrairement à ce que l’on croit trop souvent à Paris, il existe une réelle vitalité francophone et francophile dans le monde, je la constate chaque jour non seulement en Afrique, mais aussi sur le continent américain, en Europe de l’Est, évidemment au Maghreb et dans le monde arabe, et même dans une partie de l’Asie… Et nous ne savons pas nous en servir suffisamment sur le plan industriel et commercial ! Cette chaîne d’information internationale peut être un atout de rayonnement économique et diplomatique essentiel pour notre pays, mais il faut qu’elle en ait elle-même l’ambition et qu’elle soit conçue comme telle.

3/ Cette nouvelle chaîne doit optimiser notre audiovisuel extérieur

Tous les rapports qui se succèdent sur l’audiovisuel extérieur français depuis 20 ans vont dans le même sens : dispersion des moyens, inefficacité des supports. Depuis trois ans, une rationalisation progressive a permis de couper quelques branches, et de dégager par exemple le secteur public de toute activité de diffusion technique dans le reste du monde. Le bouquet « Le Sat », développé par CFI, qui diffuse notamment les chaînes publiques françaises, a ainsi été repris par le Groupe Canal Plus, qui est aujourd’hui le seul acteur français à distribuer des bouquets de chaînes francophones par satellite sur tous les continents (notamment l’Afrique) et sur tous les océans.

Créer cette nouvelle chaîne, c’est donc concevoir une réorganisation de notre audiovisuel extérieur, qui s’appuiera d’abord sur les ressources des groupes audiovisuels français tournés vers l’international : France Télévisions, bien sûr, à laquelle sera intégré Réseau France Outremer, qui lui apportera son fort ancrage international. Pour ce qui concerne l’Afrique, n’oublions pas que c’est l’Agence Internationale de Télévision AITV, filiale de RFO, qui fournit les éléments du « 12 minutes » de TV5, seul journal télévisé panafricain quotidien.

Mais au-delà de France Télévisions, il faut s’appuyer également sur Radio France Internationale, qui dispose d’un réseau de journalistes aguerris, accoutumés à traiter l’actualité internationale. Donner aujourd’hui à ces journalistes des caméras, en faire des reporters d’images pour la chaîne d’information internationale, c’est leur ouvrir un projet professionnel extrêmement motivant ! Là aussi, on peut faire rimer ambition et rationalisation des moyens ! De même que RFO regroupe à la fois, station par station, radio et télévision, on pourrait épargner des coûts en faisant aussi de RFI une agence d’images internationales…

Dernière précision pour ce qui concerne l’essentiel du nouveau projet, c’est-à-dire ses programmes : il est nécessaire que la chaîne soit dotée d’une forte « structure » éditoriale, avec une rédaction solide, encadrée par des journalistes expérimentés en matière d’information internationale, information toujours sensible et explosive pour notre diplomatie. Il faut pour cela une direction éditoriale à la fois compétente et forte, capable de discerner et d’imposer, d’expliquer et de corriger, et qui connaisse l’état du monde et les enjeux de l’information dans ce contexte. La question de l’équipe à constituer ne peut donc pas être considérée comme une question annexe. Elle est essentielle à la réussite de cette chaîne nouvelle.

C’est aussi une des quelques réserves que je fais, à titre personnel, sur le projet actuellement construit par France Télévisions et TF1 : l’idée d’une présidence tournante de cette chaîne, qui serait chaque année décapitée, me paraît une mauvaise idée. Elle va à l’encontre de la nécessaire indépendance éditoriale et administrative de cette structure, elle va à l’encontre de toutes les expériences réussies en matière de médias, et elle évoque plutôt une défiance permanente entre les partenaires qu’une volonté de se donner les moyens de construire un projet commun.

4/ Constituer une agence d’images internationales

Une fois que tous les préalables que je viens d’évoquer seront levés, et encore une fois quelque soit le projet arrêté, il est indispensable de décupler l’influence de cette chaîne en lui donnant la dimension d’une véritable agence d’images internationale.

Il faut être réaliste : les Japonais ne regarderont pas tous les soirs leur JT d’actualité sur la chaîne française d’information internationale. Pas plus que les Russes ou les Canadiens. La vraie influence d’un média international, ce n’est pas le fait de toucher son public par sa propre diffusion, c’est de proposer au reste du monde des images qui sont reprises et diffusées par toutes les télévisions nationales.

C’est ce que fait Reuters. Aujourd’hui plus de la moitié des images diffusées par la chaîne européenne Euronews sont signées Reuters. Les images internationales diffusées par les chaînes françaises sont le plus souvent signées Reuters. Ensuite viennent celles de CNN… Quand il se passe quelque chose dans le monde, c’est Reuters et CNN qui regardent et qui rapportent.

Alors bien sûr les commentaires peuvent être différents. MAIS LES IMAGES DICTENT AUSSI LEUR DISCOURS. Au cœur du projet de chaîne internationale française il peut donc y avoir une vraie ambition commerciale : celle de constituer un pôle d’images d’information internationales vendues aux télévisions du monde entier… Qui puisse contrebalancer les thèmes et les sujets construits par les reporters de Reuters ou de CNN.

Fabriquer un journal d’information permanent quotidien est un métier que je connais, et vous me permettrez de vous parler en journaliste : lorsque vous commentez un événement à l’antenne, c’est que vous avez les images qui vous permettent de l’illustrer. Sinon, vous n’en parlez pas. Si nous n’avons pas la possibilité de produire nos propres images pour nos médias et pour les médias internationaux, nous continuerons de présenter une actualité qui passe par le regard des autres. Et cela malgré tous nos efforts.

Donc en créant cette nouvelle chaîne, il ne s’agit pas de créer un nouveau canal de diffusion des images des autres, que l’on serait libre de commenter à notre guise : l’intérêt serait mince ! Il s’agit bien de créer une agence d’information audiovisuelle, capable de faire émerger notre propre lecture de l’actualité du monde, comme l’AFP le fait aujourd’hui pour la presse écrite et la radio.

Conclusion

En conclusion, j’ai envie de dire que nous sommes d’accord sur presque tout, tous autour de cette table, et même tous ceux qui se sont penchés avec leur intelligence et leur compétence sur ce projet.

Mais je veux souligner surtout que tout reste à faire. Car je ne vois pas pour l’instant se dégager ni le projet éditorial fort, ni les moyens qui seraient en rapport, ni l’ambition qui permettrait de donner sa vraie mesure à cette chaîne, ni l’engagement d’une dynamique commerciale internationale qui ferait de cette chaîne une agence d’images mondiale.

Comme souvent en matière de médias, si cette chaîne n’est pas conçue d’emblée à sa juste mesure, elle n’existera pas sur le marché, et elle constituera un inutile centre de coûts pour on ne sait pas encore trop quel budget public…

En un mot, je crois qu’il est temps de choisir entre deux options claires :
- soit passer à la vitesse supérieure, y compris en réalisant les économies nécessaires, en réorganisant une action audiovisuelle extérieure dont l’enveloppe budgétaire globale dépasse les 600 millions d’euros…
- soit décider une bonne fois pour toute que l’on agit avec les moyens existants, que l’on donne un ballon d’oxygène à l’Agence France Presse pour qu’elle développe une rédaction audiovisuelle, et que l’on affecte des moyens supplémentaires à TV5 et à RFI, à Euronews et à RFO, pour répondre à nos ambitions de rayonnement mondial.

Quelle que soit le choix qui sera fait, je voudrais que les responsables de l’audiovisuel extérieur français gardent présente à l’esprit la formule de Gombrowicz : « Etre Français, c’est précisément attacher de l’importance à tout ce qui n’est pas la France ». Si cela pouvait devenir la doctrine de la nouvelle chaîne d’information internationale, je serais tranquille, son succès dans le monde serait à la mesure de son ambition, et de l’idée que nous nous faisons du rôle de notre pays.

Hervé Bourges
président international de l'UPF
ENSTA, 32, boulevard Victor 75015
Paris, 22 juin 2004