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Etats généraux de la presse francophone
organisés par l'UIJPLF
les 26 - 27 - 28 juin à Brazzaville,
République du Congo


Union de la Presse Francophone

"Moyens et conditions de la liberté de la presse.
De Windhoek à Brazzaville
dix ans de combat pour une presse libre"

Discours de clôture de M. Hervé BOURGES

Président de l'Union Internationale des Journalistes
et de la Presse de Langue française


Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs, chers Confrères,

Nous voulions faire de ces Etats Généraux de la Presse francophone organisés à Brazzaville une date importante de l'histoire de la liberté de la presse " dans les pays africains, une date symbolique. J'ai le sentiment que nous y aurons réussi, si les pistes que nous avons tracées ensemble sont suivies et si elles permettent véritablement de donner un nouvel élan aux entreprises de presse de ce continent.
Dix ans se sont écoulés depuis Windhoek. Dix ans depuis cette déclaration essentielle des participants à ce séminaire historique, qui avait prôné, sous l'égide des Nations Unies, " la création le maintien et le renforcement d'une presse indépendante, pluraliste et libre " comme une " condition indispensable au progrès de la démocratie ",
La déclaration de Windhoek prenait acte de I'existence nouvelle d'un "climat favorable à l'éclosion d'une presse indépendante et pluraliste ". Et ce constat a été vérifié, dans la plupart des pays africains. combien de titres sont nés, en Afrique subsaharienne, au long de décennie ? Des centaines. Peut- être des milliers. Et leur liberté de ton, leur éloquence parfois, leurs outrances souvent, ont bien souvent frappé les observateurs. On a assisté à une griserie de la liberté conquise qui a incité les responsables de beaucoup de ces jeunes journaux à faire assaut de véhémence pour prouver à leurs lecteurs et au monde leur existence.

Par beaucoup de traits, cette jeune presse écrite évoque l'effervescence éditoriale des premières années de la Révolution française, ou plus récemment les lendemains de la Libération de la France, deux moments où soudain l'horizon des journalistes s'est élargi, et où beaucoup se sont senti pousser des vocations d'hommes de presse.

Dix ans ont passé, et je crois que nous avons ensemble le, sentiment qu'il est temps de passer de l'enthousiasme à la raison, et qu'après le printemps aux mille fleurs doit venir un été chargé de fruits mûrs. La presse africaine n'a plus désormais à prouver qu'elle est diverse, libre, pluraliste, qu'elle peut même être satirique et cruelle. Il suffit de parcourir ses titres et ses éditoriaux pour s'en convaincre.

Elle doit prouver qu'elle peut devenir une grande presse, à la crédité reconnue, à l'équilibre économique assuré. Le défi est peut-être encore plus grand, encore plus difficile à relever. Mais nous n'avons pas d'autre choix que de le relever.


Le deuxième souffle dont la presse africaine a besoin passe par une mutation volontaire et par I'obtention de cadres juridiques et réglementaires adaptés, au sein de chacun des cinquante pays qui constituent l'Afrique. A Windhoek, les journalistes africains rassemblés sous l'égide de l'ONU pouvaient se contenter d'énoncer des voeux et des professions de foi. A Brazzaville, après dix ans, nous devons mettre en place des structures et constituer, par le rapprochement de toutes nos expériences et de toutes nos volontés, une force active capable de changer les comportements et les habitudes.
Naturellement, ces évolutions ne peuvent pas être instantanées, et elles n'ont pas à être simultanées. Chaque pays, chaque Etat, se trouve dans un contexte. historique et économique différent et la presse n'y accomplira sa mue que lorsque le moment en sera venu. Mais quoi qu'il en soit nous devons nous fixer comme objectif de faire de la décennie qui s'ouvre celle de l'affirmation et de la structuration des médias africains francophones.
.Pour ce qui concerne les pays anglophones, en effet la structuration des entreprises de média dans une logique de marché est déjà en cours, pour des raisons largement économiques, et aussi par leur immersion plus rapide dans les courants d'informations et d'échanges mondiaux animés par la super- puissance américaine (Hubert Védrine parlerait d'hyper-puissance).
L'espace francophone peut et doit devenir lui aussi Ie théâtre du développement de grands groupes multimédias africains, nationaux voire internationaux, il doit permettre l'essor d'entreprises de presse bien structurées, et le renforcement du statut et de la fonction des journalistes, agents de l'information, donc du développement.
L'intérêt de ces Etats Généraux, et nous l'avions d'emblée voulu ainsi, c'était de donner la parole aux journalistes africains, aux médias d'Afrique, pour qu'ils expriment eux-mêmes, suivant leur logique propre, leurs besoins et leurs attentes. Nous avons pu échanger librement, sans faux-semblants, parce que nous étions entre nous, entre professionnels, connaissant les mêmes problèmes face aux mêmes enjeux.
L'Union internationale des Journalistes et de la Presse de langue française n'a en effet qu'une seule raison d'être: se mettre au service de tous les journalistes qui ont en commun d'utiliser notre langue pour remplir notre mission commune : informer. Et les aider à se doter de tous les outils dont ils ont besoin dans l'exercice quotidien de leur profession. Ces outils sont de plusieurs ordres. Ils peuvent être techniques, professionnels. Ils peuvent aussi être juridiques.
Au stade où tous en sommes actuellement, cette expertise juridique de l'Union et l'expérience que nous avons d'un certain nombre de législations favorisant les professions de presse peuvent être précieuses. Elles sont en tout cas à votre disposition, parce que c'est encore une fois la vocation même de notre association.
Quels sont les principaux outils que nous avons ensemble identifiés pour faciliter l'entrée de l'Afrique francophone dans la société de l'information ? Ce sont les dispositions légales et réglementaires reprises dans les Recommandations que nous avons adoptées il y a quelques minutes.

D'abord, la structuration et la consolidation des entreprises de presse francophone passe par la constitution d'associations professionnelles unitaires et reconnues, capables de défendre avant toute autre considération les intérêts communs de tous les journalistes et de toutes les entreprises de presse. Quels que soient nos opinions et nos engagements, nous sommes d'abord et avant tout du même parti : le parti de l'information. Le poète Francis Ponge parlait du " parti pris des choses ", et il excellait à traduire en mots la réalité factuelle des objets et des sensations. Les journalistes sont tous d'un même parti, ils consacrent le parti pris des faits.

Dans notre diversité, malgré nos désaccords, nous devons toujours apprendre à montrer à l'extérieur un front uni: uni pour défendre nos confrères attaqués, uni pour exiger des pouvoirs publics des conditions de travail normales. Nous étions ici entre nous, et il était essentiel que tous les avis s'expriment, avec une entière liberté de ton. Face aux pouvoirs économiques, institutionnels, religieux ou politiques, nous avons en revanche besoin d'être solitaires et de parler d'une même voix.
D'où la nécessité de construire au plus vite, dans tous les pays francophones où ces organisations n'existent pas encore vraiment, des associations ou unions des journalistes, des syndicats de presse, des commissions paritaires pour l'établissement des cartes de journalistes, tout ce qui contribue à donner au métier de journaliste la reconnaissance sociale qui en fait un interlocuteur indépendant qu'il n'est plus possible d'intimider - ou d'acheter.
Cette première recommandation correspond à une structuration interne et indépendante de notre profession. Nous n'avons pas à attendre de 1'Etat son cadre et ses conditions : c'est au contraire, par la capacité de nos métiers à s'auto-structurer que nous obtiendrons ensuite ce que nous réclamerons.
Deuxième grande orientation qui se dégage de nos travaux, la nécessité de peser ensemble pour l'adoption par tous les Etats francophones de législations similaires supprimant les peines de prison ferme pour les délits de presse, et dotant les entreprises de presse d'un statut juridique stable et adapté à leurs spécificités.
Sur le, premier point, les choses doivent être claires : il ne s'agit pas de réclame l'impunité pour tout et n'importe quoi, Le journaliste n'est pas au-dessus des lois communes. Mais les peines de privation de liberté ne sont pas proportionnées aux délits de presse, qui représentent les dérapages malheureusement inévitables de la liberté d'expression. Notre Union doit obtenir progressivement cette évolution des textes législatifs qui encadrent notre profession, ou pour le moins une évolution des jurisprudences en la matière.

Nous devons savoir que nous pourrons nous appuyer, dans ce combat, sur les opinions publiques, dès lors que nous parlerons d'une même voix. Je voudrais citer l'exemple récent du Mali, où le directeur général de la télévision publique avait été condamné à trois mois de prison ferme pour avoir laissé s'exprimer sur son antenne l'ancien ministre de la Justice, aujourd'hui dans l'opposition, qui avait déclaré : " la justice malienne est pourrie et se laisse acheter, il y a une justice pour les pauvres et une autre, pour les riches... " " Selon que vous serez puissant ou misérable... " écrivait La Fontaine... Précisons que l'ancien ministre s'exprimait dam le cadre d'un débat, dans des conditions de semi- direct et que lui-même, poursuivi en même temps que le directeur de la télévision par l'Association Malienne des Magistrats avait écopé de la même peine de trois mois de prison ferme... Prononcée par un juge lui même adhérent de cette association...

La sentence qui frappait le directeur général de la RTM a provoqué une mobilisation rapide de tous les médias maliens, qui ont entraîné l'opinion publique: les radios, à commencer par la radio nationale, ont ouvert leur antenne aux auditeurs pour qu'ils expriment leur indignation devant la condamnation prononcée. L'ensemble des journaux se sont élevés contre la sentence. L'instance de régulation de l'audiovisuel qui n'avait pas été saisie, s'est auto-saisie du problème et a réclamé une mission de médiation en soulignant que les rapports entre justice et journalisme ne pouvaient pas être aussi expéditifs, et que le magistrat concerné avait été à la fois juge et parti -ce qui est illégal.

Il a suffi de quelques jours de mobilisation, et devant l'émotion suscitée par ce verdict, l'Association des Magistrats maliens a retiré sa plainte, faisant du même coup tomber la condamnation, et évitant la prison au responsable de la télévision publique. Morale de cette fable : la solidarité des journalistes et des organes de presse est notre meilleure assurance contre les excès des pouvoirs, qu'ils soient exécutifs, judiciaires, militaires. Je voudrais que nous méditions tous l'exemple malien.

Il y a dans cette salle des journalistes qui ont fait de la prison, parfois dans des conditions difficiles, parce que ce qu'ils avaient exprimé déplaisait au pouvoir en place. Cela se serait-il passé de la même manière, si l'ensemble de leurs confrères avaient été solidaires ? Nous pouvons, nous devons à l'avenir prouver que non.
Nous avons tous été très sensibles à la déclaration solennelle du Président Sassou N'Guesso, lors de la session d'ouverture de ces Etats Généraux, qui nous a annoncé que la loi sur la communication actuellement à l'étude devant le Conseil national de transition exclurait toute condamnation à des peines de prison fermes pour des délits de diffamation. Cet engagement a été bien accueilli par nos confrères congolais, on le comprend : ils n'en seront que plus solidaires encore du combat de l'Union pour l'adoption de dispositions comparables dans tous les pays francophones.
Bien évidemment, il ne s'agit pas de défendre les journalistes de manière systématique, même quand ils seraient indéfendables. Les cas extrêmes qui ont été évoqués, où certains titres appelaient ou appelleraient au meurtre, à la haine raciale voire au génocide n'entrent pas dans cette revendication, dans la mesure même où le travail de ces prétendus journalistes n'est pas du journalisme, mais de la propagande. Vous savez sans doute qu'en France, comme dans quelques autres pays, " l'incitation à la haine raciale " est un délit qui peut être sanctionné pénalement. Il l'est a fortiori s'il est commis par voie de presse.
Troisième grande orientation, la nécessité de placer l'ensemble des activités de presse et de médias dans une perspective économique réaliste. Nous savons tous que l'économie d'un média est fragile. Parce que les ventes ou les abonnements ne suffisent pas le plus souvent, à couvrir les frais de rédaction, d'impression, de diffusion. Et parce que les marchés publicitaires sont souvent embryonnaires, ou aux mains de quelques intérêts qui font prévaloir leurs opinions ou leurs préférences sur leur objectivité commerciale, et se gardent d'annoncer dans les titres dont l'engagement leur déplaît.
Cette économie difficile ne signifie pas qu'il n'y ait aucune économie. Elle signifie que la démarche des journalistes ne peut pas s'abstraire de la logique de concurrence commerciale où leur activité se trouve placée. Dans ce contexte de rivalité éditoriale, le seul atout, la seule carte maîtresse. c'est la crédibilité. qui fonde la confiance des lecteurs. Nous y sommes revenus à de nombreuses reprises tout au long de nos travaux, en approchant ce même et unique problème sous plusieurs angles.

C'est d'abord et avant tout pour gagner des lecteurs et développer son image et sa crédibilité que le journaliste doit travailler. Et l'expérience nous apprend que le public ne se conquiert pas de manière durable, sur le long terme, par la facilité et la flatterie, mais par le sérieux et la rigueur. Et là encore ce que l'expérience nous apprend, c'est qu'il faut longtemps pour construire la réputation d'un titre, et qu'il suffit d'un relâchement éditorial de peu de temps pour la lui faire perdre.

Pour corser le tout, il n'est pas certain que la crédibilité et l'audience d'un média lui assurent des ressources de diffusion et de publicité suffisantes pour qu'il trouve durablement sa place sur le marché. Et c'est pour cette raison que les professions de presse, une fois bien organisées, doivent tenter de faire reconnaître collectivement leur utilité sociale et démocratique pour que les Etats acceptent de prendre en compte les besoins particuliers de leur économie et créent des mécanismes d'aide, ou des fonds de soutien, sur l'attribution desquels les instances professionnelles auront leur mot à dire.

Il ne faut pas considérer en effet toute aide de l'Etat comme un danser pour l'indépendance éditoriale des médias: au contraire, l'aide publique si elle équitablement répartie peut également aider les médias à abandonner des pratiques déontologiquement bien plus contestables, et leur éviter d'avoir à monnayer l'accès à leur antenne ou à leurs pages…

Tous les pays ne disposent pas aujourd'hui d'un marché intérieur suffisant pour alimenter économiquement une presse diverse et plurielle. Mais tous ont intérêt à ce que cette expression médiatique existe, parce qu'elle est un élément d'équilibre politique et social indispensable. Dès lors il n'y a rien de choquant à ce que la presse privée soit aidée, comme la production audiovisuelle peut être aidée, comme 1'ensemble des industries culturelles peuvent être aidées: l'intérêt supérieur d'un pays peut en effet l'exiger- Le geste annoncé par le Président Sassou N'Guesso d'une aide à la presse d'un montant de 300 millions de francs est une, bonne nouvelle pour nos confrères congolais. Espérons que là encore le signal donné sera suivi partout en Afrique !
Le combat pour la diversité culturelle et le combat pour la pluralité médiatique constituent les deux faces inséparable d'un même défi : donner à tous les peuples, à tous les héritages, à toutes les traditions, l'assurance qu'ils seront encore compréhensibles et compris demain. Rien n'est moins sûr, si la mondialisation des communications entraîne une entropie culturelle et le resserrement de toutes les industries de production de " contenus ", comme on dit maintenant sur des modèles uniques. Rien n'est moins sûr, si l'expression médiatique de quelques pays en vient à dominer l'ensemble du paysage de la communication mondiale.
Mais les nouvelles technologies de l'information ouvrent aussi une autre perspective : celle où chaque peuple, chaque pays, chaque communauté, devient capable d'exprimer sa différence dans le respect de celles d'autrui ouvrant la voie à une humanité métissée et tolérante.

C'est cette vision humaniste de l'avenir de la communication que se doivent de servir les journalistes francophones, fidèles à la vocation d'une langue qui s'est toujours voulue le véhicule de la diversité, le chantier permanent d'une invention intellectuelle ouverte à toutes les identités qui choisissent de s'y exprimer.
Alors, et c'est notre, dernière grande orientation, qui vient logiquement conclure notre réflexion collective, l'éducation et la formation des journalistes est une priorité. D'abord pour que les jeunes journalistes n'aient pas à refaire par eux mêmes, à chaque nouvelle génération, le chemin compliqué parcouru par leurs aînés. Ensuite, pour que chaque journaliste, à un moment de sa carrière puisse acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles références grâce à la formation continue.
Nous devrons porter collectivement cette exigence sur le bureau de la conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement membres de l'organisation internationale de la Francophonie, au mois d'octobre prochain, à Beyrouth. Les instances francophones ne peuvent pas se désintéresser de ce combat pour la formation des journalistes de langue française. Et si l'Etat français ne pouvait ou ne voulait plus assumer une aide ou une coopération qui a pourtant porté ses fruits dans le passé, puisqu'elle a rapproché, à des titres divers, nombre d'entre- nous, les instances francophones, l'Agence intergouvernementale de la francophonie, le Secrétariat général, doivent nécessairement relayer et accompagner notre revendication grâce aux moyens qui leur sont alloués, et en nous aidant à en convaincre tous les Etats-membres.

Priorité à la formation des journalistes francophones qui doivent pouvoir maîtriser rapidement les outils de documentation, de communication et d'expression individuelle qui leur permettront d'investir entièrement les espaces d'information et de création mondialisés qui constitueront la société de l'information que nous devons construire ensemble.

En conclusion, je voudrais me laisser aller à l'utopie, L'utopie est aussi nécessaire à l'action que le pragmatisme. Le pragmatisme, seul, nous condamnerait à laisser toujours les choses en l'état comme, nous les trouvons. L'utopie nous permet en revanche de changer le monde, d'orienter volontairement son évolution un lui fixant une direction.

Nous avons entendu à plusieurs reprises, au cours de nos débats, l'utopie s'exprimer. Par exemple dans la revendication d'un statut international ou mondial, du journaliste. Les Etats n'y sont, semble-t-il, pas encore prêts.
Mais la mondialisation des échanges d'informations est aujourd'hui une réalité. Même s'il existe un indéniable fossé numérique entre le Nord et le Sud, nous savons tous que la transmission instantanée des sons des images et des textes d'uri bout à l'autre du monde n'est plus utopique, Où qu'ils soient, nos contemporains ont la possibilité d'être joints par téléphone, d'envoyer des images du lieu où ils se trouvent, de participer à cette grande circulation mondiale de l'information, qui n'en est pourtant qu'à ses prémisses.

Mais si tout un chacun peut s'asseoir au milieu de l'orchestre de l'information et jouer sa note isolée, la société de communication mondiale où nous sommes entrés risque fort d'être une cacophonie de rumeurs invérifiables.
Dès lors, la bonne formation des journalistes n'est plus seulement une " priorité"... C'est la seule solution pour mettre: un peu d'harmonie dans cet orchestre nouveau, un peu de cohérence et d'organisation, donc de sens, dans le flux dit nouvelles dont nous sommes abreuvés. Le philosophe Jean Lacroix avait eu cette formule : "une conscience cultivée, c'est une conscience qui se situe ". Notre travail de journalistes indispensable au sein d'une société de l'information et de la communication mondialisée, c'est et ce sera de plus en plus d'aider chaque conscience à se situer, pour trouver ses propres repères. Cela nous donnera probablement du fil à retordre, et nous ne serons pas trop nombreux si nous y réfléchissons régulièrement tous ensembles. C'est sur ce thème précisément, l'expression d'identités et de cultures de6cnties dans la société de, l'information, que nous réfléchirons désormais, dans la perspective de notre réunion de Beyrouth.

Au terme de ces trois jours de débats, je crois que nous avons beaucoup avancé, en prouvant, par exemple, que la diversité est féconde:: en choisissant de nous mettre dix ans après Windhoek, à l'écoute de l'Afrique, nous avons découvert que la peine africaine francophone était sur le point de se structurer en un secteur d'activités cohérent et responsable. C'est une bonne nouvelle pour la Francophonie toute entière, qui a besoin de médias plus puissants et mieux organisés pour réussir son pari de la diversité culturelle. Il revient désormais à chacun d'entre nous de prendre sa part de cette tâche commune. Mais je crois que nous serons tous d'accord pour dire que ce combat commun, pacifique et humaniste vaut d'être livré.

Hervé BOURGES
Président international de l'UIJPLF
Discours de clôture des états-généraux de la presse francophone,
Palais du Parlement, Brazzaville, jeudi 28 juin 2001