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Etats généraux de la presse francophone
organisés par l'UIJPLF les 26 - 27 - 28 juin
à Brazzaville, République du Congo


Union de la Presse Francophone

"De Windhoek à Brazzaville
dix ans de combat pour une presse libre"

Discours introductif de M. Marc-Joseph OMGBA

Directeur de l'Ecole supérieure des sciences et techniques de l'information
et de la communication (ESSTIC) de Yaoundé (Cameroun),

Palais du Parlement, Brazzaville, Congo, le 26 juin 2001..


Monsieur le Président international de l'Union Internationale des journalistes et de la presse de langue française,
Monsieur le Président de la section congolaise de I'UIJPLF,
Monsieur le Secrétaire général de I'UIJPLF,
Excellences, Mesdames et Messieurs les autorités congolaises,
Honorables et distingués invités,
Mesdames et Messieurs !

J'ai reçu comme un insigne honneur et un privilège particulier, l'invitation à prendre la parole en cette circonstance solennelle et exceptionnelle pour présenter l'introduction inaugurale de ces importantes assises.

De bien meilleurs spécialistes et connaisseurs de la presse africaine francophone étaient tout a fait indiqués pour le faire. Mais croyez moi, le choix porté sur ma modeste personne fait surtout honneur à l'École Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication que je dirige depuis neuf ans et qui a fêté son trentième anniversaire en novembre dernier. En trente années de fonctionnement ininterrompu, cette école supérieure de formation au journalisme d'abord et aux autres métiers de la communication depuis quelques cinq années déjà, a mis à la disposition de nombreux pays africains, surtout d'Afrique Centrale, plus d'un millier de journalistes et de communicateurs qui, grâce à leur compétence et à leur efficience, portent au loin la réputation de notre École.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

qu'il me soit toutefois pernùs, avant d'aborder le vif du sujet qui nous intéresse, de rendre un vibrant hommage à tous les acteurs et artisans qui ont oeuvré sans relâche et se sont dépensés sans compter pour que ces États-Généraux de la presse francophone se tiennent.

Je voudrais tout particulièrement témoigner ma sincère gratitude au Président Hervé Bourges, homme charismatique, journaliste et écrivain émérite et figure de proue de la presse francophone. Avec cette figure emblématique à la tête de l'UIJPLF, nous sommes assurés que cette Union bénéficiera à coup sûr d'un nouveau dynamisme et d'une auréole nouvelle.

Je salue et remercie l'âme immortelle, l'homme de foi et l'homme orchestre de l'UIJPLF, le gardien des pénates de cette Union qu'est le secrétaire général, Monsieur Georges Gros.

Je m'incline enfin devant la chaleureuse hospitalité de nos hôtes congolais et tout particulièrement de M. le Président de la section congolaise de I'UIJPLF, qui nous accueillent et nous encadrent avec tant de bienveillance.

Cela étant dit, je voudrais à présent faire mon devoir en évoquant à grands traits ce qu'aura été le combat pour une presse libre ces dix dernières années en Afrique francophone au sud du Sahara notamment, dix années dont le point de départ est constitué par la célèbre et mémorable rencontre de Windhoek.

Cette évocation qui se veut succincte sera faite en cinq points.
- Le premier rappelle la situation qui prévalait avant Windhoek,
- Le second porte sur Windhoek et sa célèbre déclaration,
- Le troisième présente l'évolution de la presse africaine après Windhoek.
- Le quatrième s'attarde sur la presse africaine d'aujourd'hui avec ses avancées, ses acquis mais aussi avec la série de casseroles qu'elle traîne et qui constituent autant d'handicaps pour son plein épanouissement.
- Le cinquième enfin sonde l'avenir tout en préconisant des esquisses de solutions.

Mesdames et Messieurs,

J'avoue d'emblée que je n'ai pas eu le privilège de participer au fameux séminaire qui s'est tenu du 29 avril au 3 mai 1991 dans, la capitale namibienne. Mais l'intérêt que je porte à la presse africaine en général et camerounaise en particulier m'a permis, de consacrer à cette presse un certain nombre de travaux de recherche. Cet intérêt dis-je, m' a permis de recueillir et de rassembler de précieux documents et de découvrir l'essentiel de ce qui s'est dit et a été écrit autour et sur ce séminaire de Windhoek.

1 - AVANT WINDHOEK.

Sans remonter dans la nuit des temps, il est loisible de rechercher le rôle historique joué par la presse africaine dans le combat contre le pouvoir colonial en faveur de l'accession à la souveraineté nationale et internationale de bon nombre de pays du continent. Dans la foulée, cette presse combattante avait pris une liberté de ton dont elle aura du mal à se défaire une fois les indépendances acquises. Elle avait par exemple pris l'habitude de combattre les abus et de contester l'autorité coloniale et les autres pouvoirs établis accusés de complaisance ou de complicité avec l'Etat colonial. Cette presse n'épargne pas les nouveaux pouvoirs africains taxés de néo-coloniaux ni les nouveaux dirigeants indexés comme pions et suppôts de ce néocolonialisme.

Prenant prétexte des menaces d'explosion et de division des jeunes États encore fragiles, les nouvelles autorités recourent à maints subterfuges pour contenir la presse. Certaines vont carrément la museler ou la faire taire définitivement. Les partis uniques qui s'instaurent et s'installent un peu partout en Afrique noire sonnent le glas de la presse indépendante. Il en résulte une espèce de monopole de 1 ' État-parti unique sur l'information.

Les nouvelles autorités adoptent des dispositions législatives et réglementaires de nature à dissuader toute initiative osée en matière de liberté d'expression. Il fut ainsi instauré un peu partout dans la quasi totalité de ces pays une censure rigoureuse de la presse. Tout ceci bien entendu au nom de la sécurité, de l'ordre et de la moralité publiques.

La presse libre disparaît progressivement des kiosques à l'exception de quelques titres consacrés essentiellement aux sports et aux faits divers qui du reste, n'échappent pas au couperet de la censure lorsqu'ils osent quitter le cadre de la relation plate, inodore et incolore de ces faits de loisir et de société.

Il en sera ainsi pendant pratiquement un quart de siècle.
Autour des années 80 et suite à divers facteurs externes et internes, suite surtout, à la.crise économique qui sévit sur le continent, la situation va évoluer et nous allons assister à la naissance progressive de ce que l'on a appelé « la nouvelle presse ».

Comme facteurs externes, l'on peut mentionner:
- l'effondrement des régimes communistes de l'Europe de l'Est et qui a surtout touché les pays africains se réclamant du socialisme,
- la grave crise économique qui secoue le continent avec comme conséquence l'intervention des institutions internationales que sont la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International qui imposent de façon autoritaire à des pays en fàillite des conditions d'assainissement économiques drastiques.
- A cela s'ajoutent les pressions des puissances occidentales pourvoyeuses d'aide qui subordonnent désormais leur appui à la démocratisation et à la bonne gouvernance des États qui sollicitent leur concours.

Au plan interne le maintien au pouvoir de nombreuses années durant de certains dirigeants coupés des réalités de leur peuple engendre des phénomènes néfàstes au progrès et à un développement véritable - presque partout sévissent la corruption, l'affairisme, le clientélisme, le tribalisme, le clanisme, le népotisme, bref tous les maux susceptibles de freiner voire d'annihiler toute tentative de progrès.

Il n'en fallait pas plus pour ébranler une zone qui de toute évidence, était bâtie sur les fondations fragiles du parti unique. La sortie de ce gouffre passait nécessairement par un débat ouvert à toutes les tendances et à toutes les sensibilités nationales.

L'étincelle partit de l'Afrique de l'Ouest francophone depuis le Bénin et embrasa pratiquement tous les pays francophones d'Afrique noire. Des conférences nationales, espèces de forum expiatoire où les principaux représentants de la classe dirigeante venaient confesser publiquement les errements du passé en vue d'un nouveau départ. La première eut bien lieu au Bénin - l'exemple fit tache d'huile au Congo, au Mali, au Niger, au Zaïre. Le Gabon anticipa. Le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Sénégal se montrèrent peu réceptifs aux chantres de la conférence nationale « souveraine » mais trouvèrent d'autres voies de dialogue menant à la libéralisation de la société.

On peut relever dès cette période la renaissance et l'émancipation d'une presse qui a précédé et parfois conditionné l'ouverture grace à ce débat politique intense.

C'est ainsi qu'au Bénin, un journaliste de la radio-télévision eut l'heureuse idée de démissionner et le courage de lancer un journal privé du nom de La Gazette du Golfe qui dénonça la gravité de la crise économique et sociale et l'ampleur de la corruption qui sévissait dans le pays. Il vendit tous les 12.500 numéros tirés dont 5.000 en quelques heures au premier jour.

Au Mali, sept personnalités à la tête desquelles se trouvait un certain Alpha Konaré (ancien ministre des sports de Moussa Traoré) aujourd'hui président de la République du Mali, lancèrent la revue Jamana qui se transforma plus tard en une coopérative culturelle d'édition et de diffusion et puis en un groupe multimédia avec plusieurs publications et une station de radiodiffusion.

Certains autres pays d'Afrique au sud du Sahara connurent le pluralisme de la presse après la proclamation du multipartisme.

Le Cameroun avait vu le pluralisme de la presse revivre depuis le 6 novembre 1982, date de l'arrivée au pouvoir du Président Paul Biya qui d'emblée s'est montré plus ouvert et plus libéral que son prédécesseur.

Le pluralisme de la presse n'avait jamais cessé d'exister au Sénégal.
C'est dire qu'au moment où se tient le séminaire de Windhoek sur le développement d'une presse africaine indépendante et pluraliste en 1991, le mouvement était déjà enclenché.

2 - LE SEMINAIRE DE WINDHOEK ET SA FAMEUSE DECLARATION

A titre de rappel, on peut signaler que le séminaire de Windhoek en Namibie s'est tenu du 29 avril au 3 mai 1991 à l'initiative de 1'UNESCO et de l'ONU en association avec la Fédération Internationale des Éditeurs de journaux et la Fédération Internationale des journalistes. Il fut suivi par 63 participants de 38 pays dont 51 venant de 32 pays d'Afrique sub-saharienne, des représentants des ministres de l'information, mais aussi des journalistes très critiques à l'égard des pouvoirs en place comme le Béninois Ismaël Soumanou, le fondateur de La Gazette du Golfe, le Camerounais Pius Njawé, directeur général du groupe Le Messager. Il importe du reste de rappeler que M. Pius Njawé fut l'un des principaux animateurs de ce séminaire qu'il eut à coprésider avec Gwen lister de Namibie et Sam Amoka du Nigéria.

Des communications et des groupes de travail portèrent sur les problèmes tels que la formation des journalistes, les questions de marketing, d'investissement dans la presse, les nouvelles technologies et les problèmes juridiques.

Le séminaire s'acheva sur une importante déclaration inspirée elle-même de l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et je cite un passage de cette déclaration de Windhoek:

« La création, le maintien et le renforcement d'une presse indépendante, pluraliste et libre sont indispensables au progrès et à la préservation de la démocratie dans un pays ainsi qu'au dévelop pement économique ».

La déclaration de Windhoek réclame en outre de la part des États africains la libération des journalistes emprisonnés.

Cette déclaration adoptée par le séminaire fut approuvée par la Conférence Générale de l'UNESCO en 1991. Elle a conduit à la décision de l'Assemblée Générale des Nations Unies du 20 mai 1993 proclamant le 3 mai journée internationale de la liberté de la presse.

L'une des conséquences importantes et immédiates de cette déclaration qui fut légitimée par les instances compétentes de I'UNESCO et de l'ONU a servi de base et de support légaux à la lutte pour le développement d(une presse libre et pluraliste.

Comme autres suites données aux résolutions de Windhoek, on peut citer diverses activités du Programme International pour le Développement de la Communication (PIDC) de l'UNESCO, notamment l'appui apporté à des journaux non gouvernementaux par l'organisation de séminaires de formation et de recyclage, le financement de certains projets et la fourniture d'équipements techniques.

D'autres efforts ont été déployés par les journaux du Nord en appui à la presse du Sud. Il y a eu dans cette lancée des jumelages entre certains titres du Nord et ceux du Sud.

On a noté également la création des mouvements associatifs professionnels.


3 - LES GRANDES TENDANCES APRES WINDHOEK

Il faut d'emblée relever que Windhoek a été le premier des cinq séminaires régionaux majeurs sur le même thème organisé par l'UNESCO et le département de l'information publique des Nations Unies avec la collaboration active d'un certain nombre d'organisations militant pour la liberté de la presse entre 1991 et 1997.

Et depuis Windhoek, à en croire M. Kwame Boafo, chef du Bureau exécutif du secteur de la communication et de l'information de l'UNESCO, cinq tendances se dégagent dans le paysage médiatique en Afrique.

La première porte sur une prise de conscience croissante de la nécessité de la liberté et de l'indépendance des médias, ainsi que de leur rôle clé dans le processus démocratique. Ainsi la création, le maintien et le renforcement d'une presse indépendante pluraliste et libre sont indispensables à la préservation de la démocratie dans un pays, et à son développement économique.

La célébration le 3 mai de chaque année désormais de la journée mondiale de la liberté de la presse, émanation, comme rappelé plus haut, de la déclaration de Windhoek, offre aux organisations de défense des médias et des droits de l'homme en Afrique, l'opportunité de mener des activités qui soulignent le rôle important joué par une presse libre et indépendante.

Ces activités englobent: des tribunes libres, des marches de soutien à la liberté de la presse, des ateliers organisés pour la promotion du dialogue entre les médias et les gouvernements, des articles de fond en presse, des symposiums et des émissions de radio ou de télévision proposant des débats sur le thème de la liberté de la presse.

Dans de nombreux pays, de tels événements ont contribué à une meilleure prise de conscience ou compréhension, au sein du monde politique et de la population, de la relation qui existe, entre la liberté et le développement des rnédias libres, indépendants et pluralistes, d'une part et le processus démocratique, d'autre part.

Un excellent travail sous forme d' « alerte » et de publications liées à la liberté de la presse, à la libre expression, a été effectué grâce à l'impulsion de la déclaration de Windhoek, par les organisations de défense des droits de l'homme et de la liberté d'expression, ainsi que par les associations professionnelles des médias.

Ces associations ont considérablement multiplié les dénonciations des violations de la liberté de la presse ou de la liberté d'expression en Afrique, quels qu'en soient le lieu et le moment, notamment depuis la seconde moitié des années 1990.

La deuxième tendance concerne le développement appréciable des journaux indépendants et pluralistes issus du secteur privé dans de nombreux pays africains.
On note en effet un changement graduel, mais profond avec le passage du monolithisme au pluralisme de plusieurs pays africains, avec comme conséquence, une plus grande tolérance vis à vis des idées et points de vue différents et parfois opposés.

Une fois encore, on apprécie à sa juste valeur l'engagement de l'UNESCO pour appuyer ce processus notamment par le lancement d'un projet régional axé sur le développement de la presse en Afrique en vue de la promotion d'une presse pluraliste et indépendante et pour améliorer le niveau professionnel des journaux indépendants, en matière de gestion des médias, de déontologie journalistique, ainsi que de production et de diffusion de nouvelles.

D'autres activités opérationnelles appuyées par l'UNESCO et par des organismes internationaux comme l'Union européenne, l'Organisation internationale de la Francophonie, la Fondation Friedrich Ebert et la Fondation Ford ont contribué à favoriser la croissance et la stabilité des systèmes d'une presse indépendante et pluraliste dans les pays africains.

La troisième tendance se caractérise par la libéralisation des ondes hertziennes : en effet des pays africains de plus en plus nombreux encouragent le pluralisme des médias, notamment la libéralisation des ondes hertziennes et la mise en place des stations de radio indépendantes, privées, commerciales et communautaires.

La quatrième tendance apparaît dans le développement et le renforcement des organisations professionnelles des médias au niveau régional. Parmi les plus représentatives, on peut citer:
- le Média Institute of Southern Africa (MSA),
- l'East Africa Media Institute (EAM),
- la Fédération des professionnelles africaines des médias (FAMW)
- l'Union des journalistes d'Afrique de l'Ouest.

Les principaux objectifs de ces organisations englobent:
• le renforcement des liens régionaux entre les professionnels des médias dans le souci de faciliter la formation l'échange de l'information et la promotion de la libre circulation de l'information;
• le renforcement des capacités des médias indépendants en vue d'assurer leur autonomie en les dotant d'un marketing efficace et de compétences en matière de gestion financière et de production/diffusion;
• l'amélioration et le renforcement de standard professionnel et l'efficacité du travail des professionnels des médias;
• la promotion des journalistes femmes;
• la mise en place des centres et observatoires de presse, notamment dans les pays africains francophones avec l'appui des organismes internationaux.

On peut citer enfin la création en 1999 d'un forum pour les centres et observatoires de la presse en Afrique dans le souci de permettre à ses membres de partager l'information.

La cinquième tendance enfin concerne la formation et le développement des ressources humaines dans les médias en Afrique.

Depuis Windhoek en effet, l'on a noté une attention plus marquée pour les projets et activités axés sur les médias, la démocratie, les droits de l'homme et la bonne gouvernance en Afrique de l'Ouest et du Centre. Ces projets

• sensibiliser les professionnels des médias au rôle joué par les moyens de
communication clans la défense de la démocratie et des droits de l'hommes,
ainsi que dans la bonne gouvemance,
• améliorer les connaissances et les compétences des professionnels des médias dans l'utilisation de la communication à l'appui de la bonne gouvernance dans les pays africains,
• parfaire les connaissances et les compétences des formateurs aux métiers des médias et renforcer leur capacité à orienter l'utilisation des moyens de communication à l'appui de la bonne gouvernance,
et enfin
• aider à renforcer la démocratie et la bonne gouvernance dans le pays africains.

Mais malgré tous ces efforts louables et appréciables, la presse africaine notamment francophone apparaît de nos jours comme une presse fragile ployant sous le poids de toutes sortes de difficultés qui hypothèquent son développement et son avenir.

4 - LA PRESSE AFRICAINE D'AUJOUD'HUI
FACE A TOUTES SORTES DE DIFFICULTES.

A l'observation, l'on relève que c'est surtout la presse d'information générale, privilégiant les nouvelles politiques qui s'est développée en Afrique francophone dans les années 90 et qui est devenue de nos jours un acteur presqu'incontournable de la vie politique.

L'on note néanmoins que passé l'enthousiasme pour la nouveauté que représentaient en cette période, les dénonciations de gaspillages, des détournements, des incompétences des dirigeants dans beaucoup de pays africains, les difficultés multiples dans lesquelles se trouve empêtrée cette presse aujourd'hui ont conduit à la réduction du nombre de journaux trop élevé entre 1990 et 1992.

- a) Au plan politique, les journalistes de terrain relèvent le fait que malgré les avancées significatives signalées plus haut, la répression politique contre la presse privée indépendante n'a pas totalement disparu. Dans de nombreux cas, elle s'effectue de façon plus subtile avec la complicité active du pouvoir judiciaire encore aux ordres du pouvoir exécutif. L'on dénombre ainsi plusieurs cas de condamnations judiciaires de journalistes suivies des arrestations et des emprisonnements au terme de procès souvent jugés inéquitables. On enregistre également çà et là des menaces de morts et même quelques assassinats de journalistes, même si en la matière, l'Afrique n'est pas en tête du peleton d'exécution de ces derniers.

- b) S'agissant des difficultés économiques, l'on déplore la faiblesse et l'étroitesse du marché publicitaire et l'inexistence des structures fiables et viables de distribution des journaux. Au plan économique toujours, il est difficile d'oublier le renchérissement des matières premières importées, renchérissement consécutif à la dévaluation du Franc CFA en 1994 ; ce qui réduit de façon drastique la marge de manoeuvre des propriétaires de journaux. Il en résulte un manque, notoire des ressources financières capable d'entretenir des ressources humaines de valeur. Les journaux ne peuvent pas verser des salaires décents à leurs journalistes ; d'où la clochardisation de la profession avec toutes les conséquences qu'elle entraîne. Dans certains cas, la corruption prend toutes sortes de noms. Au Cameroun c'est le « Gombo », nom d"un plat qu'on avale avec beaucoup de facilité.

Un peu partout les frais de reportage sont souvent pris en charge par la personne où l'organisme commanditaire. Faute de ces petites ou grandes facilités, les journalistes deviennent des maîtres-chanteurs. On dénonce des scandales réels ou supposés. D'autres contribuent sans scrupule à l'exacerbation des tensions tribales si courantes et qui ont fait tant de mal à nos sociétés.

Comme si cela ne suffisait pas, les journaux eux-mêmes se livrent souvent à une suicidaire concurrence dans un contexte où le nombre de journaux est souvent trop élevé pour permettre à ceux-ci de vivre décemment du produit de leur diffusion; d'où la surenchère dans la recherche effrénée du sensationnel et du scandale.

En fait l'une des plus grandes faiblesses des journalistes de la presse africaine réside dans le manque de professionnalisme résultant la plupart du temps d'un manque de formation et de la non-maîtrise des notions les plus élémentaires de la déontologie journalistique.

Autant de difficultés et bien d'autres qui freinent le véritable développement de la presse africaine.

5 - QUELLES SOLUTIONS POUR L'AVENIR DE LA PRESSE AFRICAINE.

Les professionnels de cette presse estiment eux-mêmes que le salut des journaux passe par un certain nombre de mesures dont les plus urgentes et les plus pressantes sont :

• l'accélération de l'avènement en Afrique de véritables sociétés de démocratie et de liberté basées sur des institutions qui garantissent la bonne gouvernance et respectent la séparation effective des pouvoirs;

• la reconnaissance du rôle social de la presse afin de lui accorder les aides qui facilitent sa survie économique. On peut ainsi aider les éditeurs à se constituer en groupes d'intérêts économiques en vue de développer des centrales d'achat, des régies publicitaires et de distribution communes;

• l'aide de la communauté internationale à la presse africaine par des soutiens en équipements et en formation.

Que dire en conclusion, sinon partager ce constat d'un des principaux animateurs de la rencontre Windhoek 91, en l'occurrence, M. Njawe qui estime qu'au delà des péripéties qui contribuèrent à faire de Windhoek 91, une rencontre fort exaltante, force est de constater que si ce tournant historique n'a pas comblé tous les espoirs de la presse africaine, il a contribué considérablement à l'amélioration de la situation politique de cette presse.

Il reste maintenant à se pencher sur les difficultés économiques et l'inefficience professionnelle qui constituent une entorse réelle aux acquis de Windhoek - Brazzaville 2001 saura sans doute y apporter ne serait-ce qu'un début de solution pour que vive et s'épanouisse la presse africaine notamment francophone perçue comme le parent pauvre du continent.

Je vous remercie de votre aimable et bienveillante attention!

Marc-Joseph OMGBA,
directeur de l'ESSTIC de Yaoundé (Cameroun),
à Brazzaville, Palais du Parlement, mardi 26 juin 2001