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UIJPLF
- Etats généraux de la presse francophone
Brazzaville, République du Congo, 26
- 27 - 28 juin
"De
Windhoek à Brazzaville
dix ans de combat pour une presse libre"
Discours du Président
de la République du Congo
S.E. Monsieur Denis SASSOU NGUESSO
Brazzaville,
Congo, Palais du Parlement, le 26 juin 2001
Monsieur le Président d'honneur de l'Union Internationale
des Journalistes et de la Presse de Langue Française,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs les journalistes, Distingués
Invités,
Prenant la parole dans un débat qui portait sur
la liberté de la presse, dans l'effervescence des
Etats Généraux de Versailles, Honoré
de Mirabeau a eu ces mots impérissables:
" Que la première de vos lois consacre à
jamais la liberté de la presse, la liberté
la plus inviolable ( ... ) la liberté sans laquelle
les autres ne seront jamais acquises. "
Des mots aujourd'hui bicentenaires. Et pourtant quelle
actualité ! Comme Mirabeau, comme tous ceux qui ont,
à travers les siècles et les âges, oeuvré
a canoniser la liberté de la parole - notamment en
1789 - comme vous-mêmes ici présents, Mesdames
et Messieurs les journalistes, je considère moi aussi
que la liberté de la presse que vous êtes venus
célébrer à Brazzaville est une valeur
indépassable, une valeur essentielle, une valeur
universelle.
Je considère moi aussi qu'une presse libre et indépendante,
qu'une communication pluraliste et démocratique constituent
de puissants facteurs de progrès social et d'épanouissement
individuel. C'est pourquoi je n'ai pas hésité
à marquer mon accord lorsque la demande m'a été
faite - et que je tiens pour un grand honneur - de placer
l'ouverture de vos assises sous mon patronage.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Comme vous, je crois moi aussi que la multiplication rapide
des techniques de communication et la formidable expansion
de l'Internet font partie des innovations les plus marquantes
de notre époque. Grâce à ces instruments,
notre monde ressemble de plus en plus à un grand
village.
Grâce à la radio, mais aussi grâce à
la télévision, aux journaux, au téléphone,
aux satellites, grâce à ces innombrables technologies
nouvelles qui peuplent aujourd'hui notre univers et qui
concernent au premier chef votre profession, le monde entier
est à la porte de chacun de nous.
Seulement, pour que les hommes du village se parlent, pour
qu'ils se comprennent, il faut qu'ils aient au moins en
partage une grande langue commune. Et, au-delà de
la langue, qu'ils aient un même ensemble de valeurs,
de références, de connivences. C'est ici tout
l'enjeu de la Francophonie et de cette presse qui la véhicule
et dont vous êtes les dignes représentants.
La langue française, utilisée quotidiennement
dans les médias des cinq continents, me paraît
être un précieux instrument d'entente, de dialogue
et de coopération. En tout cas, un espace ouvert
à la liberté de circulation des idées
et susceptible d'aider à la redéfinition d'un
monde plus juste, selon des frontières nouvelles
et fraternelles.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Je vous félicite d'avoir choisi Brazzaville pour
faire le bilan de votre combat pour la liberté et
ouvrir des perspectives nouvelles, tout en fraternisant
dans la Francophonie. C'est un grand honneur pour cette
ville dont l'histoire est chargée de tant de symboles.
Permettez-moi de vous rappeler que c'est ici, à
Brazzaville, que la France-Libre trouva refuge lorsque Paris
tomba sous la botte de l'occupation nazie. C'est ici que
furent levées tant de légions de combattants
africains, toutes nationalités confondues, qui prirent
part à la libération de l'Europe.
C'est encore ici à Brazzaville que le Général
de Gaulle organisa la Conférence à laquelle
notre ville donna son nom et qui fut le prélude à
la décolonisation des peuples.
Brazzaville, vous hommes des médias le savez forcément,
donna encore son nom à ce qui fut, en réalité,
la toute première grande radio africaine, Radio-Brazzaville.
Une radio dont les ondes se propageaient sur l'ensemble
de l'Afrique coloniale française et qui eut le mérite
de pérenniser, au-delà de notre sous-région,
la musique congolaise des deux rives.
Enfin - et il n'y a guère qu'une décennie
-, Brazzaville a été l'une des toutes premières
capitales africaines à ouvrir ses portes au vent
de liberté venu de l'Europe de l'Est, rendant ainsi
possibles d'importants changements institutionnels et ouvrant
la voie à de profondes mutations sociologiques dont
les historiens du présent que vous êtes avez
souvent été les témoins privilégiés.
Ici, au Congo, ces bouleversements ont favorisé
l'émergence d'une presse totalement libre. D'innombrables
journaux ont alors fait irruption dans les kiosques. C'est
la période où la caricature des hommes politiques
a fait son apparition.
Impitoyable, mais très prisée des lecteurs
congolais, la caricature est progressivement entrée
dans les moeurs. Aujourd'hui encore - compulsez les journaux
et vous verrez - elle n'épargne ni le Président
de la République, ni les membres du Gouvernement
Bref, sous nos tropiques, rarement évolution aura
été aussi spectaculaire ! Cette évolution
est regardée par la majorité des Congolais
comme un des acquis les plus précieux du processus
de démocratisation que nous avons engagé au
début des années 90 et que nous consolidons
aujourd'hui.
Tel est aussi mon avis. Et, c'est précisément
pour protéger cet acquis que j'ai, dès notre
retour aux affaires, instruit le Gouvernement de proposer
au Parlement de Transition un projet de loi sur la liberté
de la presse. Elaboré depuis un an, ce projet de
loi est aujourd'hui en voie d'adoption. Un texte presque
avant-gardiste, a l'élaboration duquel nous avons
associé les professionnels des médias, bien
sûr, mais aussi des spécialistes du droit,
des sociologues de renom, des organismes de défense
des droits de l'homme et des associations professionnelles
aussi prestigieuses que l'Union internationale des Journalistes
de Langue Française.
Ce projet prévoit la mise en place d'une structure
de surveillance des atteintes à la liberté
de la presse et à l'indépendance des journalistes.
Il garantit l'existence des associations syndicales et professionnelles
dont le but est de défendre la liberté de
la presse.
Outre qu'il confirme l'abolition du monopole public sur
la communication audiovisuelle, l'interdiction de toute
censure préalable et le régime général
de liberté déjà en vigueur dans notre
pays, il introduit une innovation remarquable : dorénavant,
nul ne pourra être emprisonné pour le délit
de diffamation par voie de presse.
Cette nouvelle législation témoigne de la
totale adhésion de mon pays aux Déclarations
de Windhoek, d'Alma Ata et de Santiago ainsi qu'aux plates-formes
d'action de Toronto et de Beijing relatives à la
liberté de la presse et à la liberté
de communication.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Informer est un métier qui souvent touche à
l'artisanat, parfois aux sciences humaines et s'étend
à l'engagement lorsque des causes justes sont en
jeu. Mais ce métier - votre métier - est par
excellence un métier de liberté. A mes yeux,
il mérite soutien, défense et illustration.
Je profite de cette tribune pour annoncer l'octroi par
le Gouvernement d'une aide exceptionnelle de 300 millions
de FCFA destinée à renforcer les capacités
de la presse privée nationale, du Centre de Documentation
pour les Médias et du Centre international de Presse
de Brazzaville.
Monsieur le Président,
Dans mon village, pour ouvrir la palabre, une fois réunis
les sages, les dignitaires et autres magistrats, le patriarche
qui accueille et offre l'hospitalité à tous
a coutume de dire cette phrase que je voudrais faire mienne
pour la circonstance
" Mon seul mérite est d'être dépositaire
du forum.
Vous y êtes avec moi, restez-y !"
Monsieur le Président, Je vous laisse le forum et
l'arène !
Et, je déclare ouverts les travaux des Etats Généraux
de la presse francophone !
Je vous remercie.
Denis SASSOU NGUESSO,
Président de la République du Congo
à Brazzaville, Palais du Parlement, mardi 26 juin
2001
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