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UIJPLF
- Etats généraux de la presse francophone
Brazzaville, République du Congo, 26
- 28 juin
"Moyens
et conditions de la liberté de la presse.
De Windhoek à Brazzaville
dix ans de combat pour une presse libre"
Synthèses
des travaux
Brazzaville,
Palais du Parlement, le jeudi 28 juin 2001
Atelier n° 1, placé sous la présidence
de Bernard MACKIZA
président de la Fédération de la presse
congolaise,
ancien directeur de "La Semaine Africaine"
Mieux
organiser les professions de presse
Animateurs:
Serge HIREL, journaliste indépendant
Alain FOKA, Radio France Internationale,
émission "Médias d'Afrique"
Compte-rendu des débats
Ce premier atelier n'a bénéficié que
de peu de temps pour appréhender un sujet qui, à
lui seul, aurait pu être le seul thème des
Etats-Généraux. Néanmoins, la discussion
a été riche et le débat a permis d'identifier
quelques pistes qui devraient conduire à la mise
en place d'organismes professionnels plus puissants. Des
organismes que tout le monde considère comme indispensables
à l'exercice de la liberté de la presse.
Un constat a servi de point de départ à la
discussion: la faiblesse des moyens techniques, mais surtout
financiers, des journaux, dont certains ne parviennent pas
à payer des salaires décents à leurs
journalistes. D'où « une clochardisation »
de la profession qui porte en elle-rnême les germes
d'une dérive déontologique grave.
Quels sont les remèdes? Ils tiennent en cinq mots
: entreprise, formation, professionnalisme, union, cadre
juridique. Plusieurs de ces thèmes ont été
abordés également par les autres ateliers.
Le souci d'un meilleur respect de la déontologie
est apparu comme un point majeur dans les discussions.
Pour qu'il en soit ainsi, il convient d'abord que le journaliste
soit un professionnel, qu'il ait connaissance des règles
de base du métier, douc qu'il bénéficie
d'une formation. Il n'est pas possible de considérer
que quiconque qui désire écrire dans un journal
devient, du jour au lendemain, un journaliste professionnel.
On ne s'improvise pas journaliste.
Il fàut donc identifîer clairement
ceux qui le sont par la délivrance d'une carte
professionnelle. Celle-ci ne doit pas être accordée
par les journalistes entre eux, ce qui reviendrait à
créer un « ordre des journalistes ».
Un tel système peut devenir corporatiste, voire n'accepter
que les copains des copains, ce qui priverait de liberté
d'expression ceux qui n'obtiendraient pas la carte.
La bonne solution est de mettre en place un organisme
tripartite -journalistes, éditeurs, représentants
de I'Etat- qui travaille selon des critères neutres
(donc sans référence à l'aspect éditorial)
définis à l'avance par la loi. Une telle commission
fait partie du cadre juridique de la presse.
Concernant la nécessaire consolidation du statut
des journalistes en Afrique, pour éviter qu'ils constituent
progressivement un prolétariat de la plume, l'absence
de convention collective des journalistes dans les Etats
africains a été dénoncée. Les
journalistes doivent pouvoir bénéficier d'un
contrat de travail digne de ce nom, quel que soit leur sexe
et leur âge. La mise en forme juridique de cette
revendication sera facilitée et accélérée,
si elle est portée par des Organisations professionnelles
unitaires et reconnues, ainsi que l'a esquissé le
premier atelier.
Dans le même esprit, les journalistes ont rappelé
que l'accès aux sources d'information, en particulier
gouvernementales ou publiques, devait également se
voir garanti à tous les journalistes quel que soit
leur média. La liberté d'exercer le métier
d'informer passe par une réaffirmation de l'égalité
des journalistes devant les sources où ils peuvent
puiser l'information.
Dans cet esprit, le rôle nouveau d'Internet
a été évoqué sous deux aspects
: tout d'abord Internet apparaît comme un formidable
gisement d'informations grâce à l'existence
de sites francophones et anglophones de grande qualité
déontologique et éditoriale, donnant notamment
(mais pas seulement) accès aux dépêches
des agences de presse.
Mais dans le même temps, Intemet est aussi un gigantesque
réservoir de rumeurs et de fausses nouvelles, dont
I'utilisation par les journalistes impose un traitement
particulièrement rigoureux et prudent.
En conclusion
il est possible de retenir quelques traits essentiels
- l'importance de l'éthique et de la déontologie
dans l'exercice du métier de journaliste,
- la nécessité de fixer dans tous les
pays francophones un cadre juhdique excluant les peines
d'emprisonnement fermes pour les délits de presse,
- le besoin d'une évolution du droit du travail
assurant aux journalistes des contrats adaptés et
un statut professionnel pérenne,
- enfin la volonté d'assurer une égalité
des journalistes dans l'accès aux sources d'information,
particulièrement publiques.
Atelier
n° 2, placé sous la présidence de Djegou
BAILLY
"Le Jour", Abidjan
Quel
cadre juridique pour la liberté de la presse?
Animateurs:
Philippe BILGER, magistrat, avocat général
Olivier ZEGNA-RATA, directeur du développement
du quotidien en ligne Afrik.com
Compte-rendu des débats
Les deux interventions liminaires du second atelier ont
posé les principes du cadre juridique dans lequel
se place l'exercice de la liberté de la presse, tant
pour ce qui concerne la presse écrite que pour les
médias audiovisuels, radio et télévision.
Les conditions juridiques dans lesquelles peuvent être
assurées l'éthique et la déontologie
des pratiques des journalistes ont donc été
précisées - cadre législatif et réglementaire
clair, assurant à la fois l'indépendance des
journalistes et leur responsabilité par rapport à
la société comme par rapport à toute
personne qu'ils viendraient à évoquer.
Pour ce qui concerne les médias audiovisuels, le
besoin de nouveaux médias, radios et télévisions
privées, s'accompagne de la nécessité
d'instaurer des instances de régulation indépendantes
des gouvernements, chargées de répartir
les ressources hertziennes comme de veiller à l'observation
par les opérateurs des règles déontologiques
essentielles (pas de confusion par exemple entre information
et communication, a fortiori entre information et publicité).
L'atelier a ensuite permis, à travers de nombreuses
prises de parole, d'aborder plusieurs thèmes importants
concernant l'encadrement juridique de la profession de journaliste,
face aux difficultés multiples qui peuvent toucher
cette profession. Le débat a ainsi porté sur
la demande exprimée par l'UIJPLF, auprès de
tous les chefs d'Etat francophones, de faire disparaître
de leur code pénal respectif les peines d'emprisonnement
ferme, pour les délits de presse, et en particulier
pour la diffamation. De manière immédiate,
I'UIJPLF a réaffirmé sa volonté d'obtenir
avant le Sommet de Beyrouth la libération de tous
les journalistes emprisonnés pour leurs écrits
dans les pays membre de l'Organisation internationale de
la Francophonie.
La réaffimation de cette demande a entraîné
la décision des Etats Généraux de demander
solennellement au Chef de l'Etat togolais, notamment, la
libération anticipée du doyen des journalistes
togolais, Lucien Messan, demande qui sera faite dans
des termes analogues pour tous ses confrères emprisonnés
sur le sol africaîn.
De manière plus générale, le concours
de l'Union internationale des Journalistes et de la Presse
de Langue française à tous les confrères
affrontant des difficultés pour bien exercer
leur métier sera de mieux en mieux assuré,
par une meilleure prise de conscience du rôle que
peut jouer l'Union et notamment sa Commission juridique
pour leur venir en aide. Une réflexion doit également
être menée pour l'harmonisation, à un
niveau international, des statuts définissant et
défendant la profession de journaliste.
Toujours pour améliorer la déontologie, des
instances doivent exister, où les journalistes peuvent
en discuter. Il ne s'agit pas expressément d!un syndicat
de. journalistes -celui-là est nécessaire
pour régler les relations sociales avec l'éditeur-,
mais d'une société de rédacteurs
dont l'objet, entreprise par entreprise, est de faire respecter
-ou évoluer- la qualité éditoriale
du journal. Cela peut, doit même déboucher
sur une charte déontologique à mettre
en place en accord avec la direction du journal. Les sociétés
de rédacteurs peuvent aussi être un outil de
dialogue avec les pouvoirs publics quand il s'agit de définir
le cadre juridique des activités des journalistes.
La presse n'est pas une marchandise comme une autre. Le
journal vecteur d'idées, ne peut pas être fabriqué
comme une boîte de petits pois. Si l'économie
est nécessaire, elle ne doit jamais faire plier la
déontologie. Les deux vont de pair et participent
au même titre au cercle vertueux de la réussite.
Sans déontologie, pas de lecteur, donc pas de publicité
et, très vite, plus de journal. La société
des rédacteurs peut jouer là un rôle
de garde-fou, dialoguer avec la direction pour faire prendre
en compte les obligations particulières des journalistes,
notamment leur souci d'indépendance.
Quant aux éditeurs, cela a été
dit, ils doivent trouver les moyens de coopérer
entre eux pour discuter d'une seule voix avec les pouvoirs
publics, pour attirer la publicité par des ofrres
communes, pour faire baisser les coûts tant en matière
d'achat de produits -papier, encre, voire impression et
pré-presse- qu'en matière de distribution.
Il faut noter que le système coopératif français
actuel a été mis en place au lendemain de
la Guerre, à un moment où la presse française
ressemblait à la presse africaine francophone d'aujourd'hui.
Les titres étaient alors très nombreux, très
dynamiques, mais sans véritables moyens économiques,
sans même beaucoup de journalistes professionnels.
Les outils coopératifs alors mis en place ont fait
leur oeuvre. Certes des titres ont disparu -seuls ils seraient
plus vite morts-, mais la presse française aujourd'hui
est économiquement forte, à tel point qu'elle
intéresse les plus gros investisseurs. Eux estiment
ne plus avoir besoin de ces outils coopératifs. Il
n'est pas sûr qu'ils aient raison.
En conclusion
il convient de retenir quelques lignes de force:
- Les journalistes doivent être professionnels
et donc être titulaires d'une carte de presse reconnue
par tous.
- Les journalistes doivent étre formés
et se donner les moyens de respecter les règles de
déontologie en s'unissant à travers des sociétés
de rédacteurs.
- Ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront faire
respecter leur indépendance. Une indépendance
qui ne peut aller que de pair avec un souci aigu des responsabilités.
- Quant aux patrons de presse, qui sont les défenseurs
naturels de leurs journalistes face aux pouvoirs publics,
le salut économique de leurs entreprises passe par
la coopération la création de fédérations
patronales et d'associations de promotion. Le proverbe n'est
pas nouveau - l'union fait la force. Y compris face à
l'Etat.
Atelier
n° 3, placé sous la présidence de Denise
EPOTE-DURAND
directrice de TV5 Afrique
Les
moyens de la liberté de la presse
Animateur:
Jean-Karim FALL, rédacteur en chef Afrique de
RFI
Compte-rendu des débats
Cet atelier consacré aux « moyens
» de la liberté de la presse a été
extrêmement nourri et il a permis d'évoquer
de manière plus approfondie plusieurs thèmes
qui avaient été partiellement soulevés
dans les deux premiers ateliers. C'est notamment le cas
de quatre questions essentielles autour desquelles s'organisèrent
la plupart des interventions:
- la place et le rôle des médias
publics, et leur relation avec l'Etat d'un point de vue
éditorial (indépendance, liberté d'expression,
orientation)
- la légitimité et le mode d'attribution
non-conditionnel des aides de l'Etat, qui peuvent favoriser
l'exercice de la profession de journaliste (création
de centres de documentation et d'information) ou aider directement
à la diffusion de la presse ou au développement
de l'expression radiophonique.
- la nécessité pour les entreprises
de presse d'être aussi des entreprises, c'est-à-dire
d'être gérées et conduites en fonction
des réalités économiques, et ce quels
que soient les pays concernés.
- La nécessité de trouver des
mécanismes de financement, y compris internationaux
pour des structures de formation, à la fois pour
ce qui concerne la formation initiale des journalistes et
pour leur formation continue.
Chacun de ces thèmes a fait 1'objet
de discussions approfondies et parfois vives, dont il est
difficile de rendre compte en quelques mots.
Pour ce qui concerne les médias publics,
nationaux ou internationaux, les acquis des dernières
décennies ont été rappelés:
le rôle des médias financés par les
Etats est de contribuer directement à la diversité
de 1'expression audiovîsuelle nationale ou internationale,
en exerçant leur mission en toute indépendance.
Les conditions dans lesquelles les médias publics,
en France, ont été soustraits à la
tutelle gouvernementale ont été rappelées.
Le financement public n'est pas synonyme d'une intervention
de l'Etat dans la ligne éditoriale d'un média.
Des modes de nomination spécifiques peuvent ainsi
être prévus pour les dirigeants de l'audiovisuel
public afin de manifester mieux leur indépendance.
L'autre mode d'intervention de l'Etat dans le jeu médiatique
concerne les aides qu'il Peut accorder aux professions de
presse. Les aides et les subventions peuvent jouer un rôle
salvateur lorsque le marché se rétracte, lorsque
les lecteurs se raréfient sous l'effet de difficultés
économiques. Elles peuvent aussi renforcer la diversité
du choix de journaux ou de radios offertes en aidant à
leur distribution ou à leur diffusion. De nombreux
Etats, sur tous les continents, ont ainsi mis en place des
mécanismees d'aide à la presse et à
la radio qui ne présentent pas de risque d'interventionnisme
éditorial, contribuant au contraire à augmenter
le nombre de titres offerts.
Pour autant, au-delà des médias publics et
des aides alloués par les Etats, plusieurs imerventions
ont rappelé que la presse et l'audiovisuel sont
aussi avant tout des marchés où prévalent
des règles et des principes économiques de
base. Le joumal, la radio et, a fortiori, la télévision
doivent donc être des entreprises. Des entreprises
gérées. Des entreprises gérées
par des professionnels de la gestion, Cela signifie donc
qu'il faut travailler sur le lectorat ou l'audîence,
faire du marketing, développer la publicité,
améliorer le produit. Une disparité est notamment
apparue entre la presse des pays anglophones et la presse
des pays francophones, à travers cette prise en compte
des conditions économiques de l'exercice des métiers
de presse, et des perspectives intéressantes d'échanges
et de partages d'expériences ont été
esquissées.
S'agissant de l'information, il a été rappelé
que le meilleur moyen d'assurer le succès d'un média
était toujours d'en renforcer la crédibilité
et la respectabilité : qualité de l'information,
rigueur dans le traitement et l'exposé des faits
fondent une confiance durable du publie qui assure seule
le succès et la pérennité d'un titre
de presse ou d'un média audiovisuel.
L'atelier s'est ainsi terminé sur la réaffirmation
de l'importance de la formation des journalistes: le «
métier de journaliste » s'apprend, avec ses
règles, ses principes, ses réflexes. Le rôle
des écoles de journalisme a été souligné,
ainsi que la nécessité de trouver des fonds
pour permettre leur financement. Le coût de la formation
initiale comme de la formation continue est évidenunent
important, mais il s'agit d'un investissement nécessaire
de la part des Etats, et peut-être même de la
part de la communauté internationale, afin de créer
les conditions du développement d'une presse libre
et rigoureuse, indispensable à leur bon fonctionnement
démocratique. La formation a donc été
retenue par de nombreux intervenants comme l'une des priorités
de l'action nationale et intermtiotule à engager
pour renforcer et développer les médias africains.
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