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UPF
Union
internationale de la presse francophone
COMMUNIQUE
n° 338 du
18 juin 2003
Maroc:
la régression
La liberté de la presse n'est
pas qu'un thème de discours ou
un ornement moral pour démocraties
accomplies. Le Maroc vient de nous rappeler,
par l'affaire concernant le journaliste
Ali Lamrabet, que rien n'est gagné
et que la prison, qu'on croyait écartée,
est encore terriblement présente.
Le 17 juin 2003, Ali Lamrabet, directeur
de deux hebdomadaires satiriques -Demain
Magazine (francophone) et Doumane (arabophone)
- a été condamné
en appel à trois ans de prison
ferme, contre quatre ans en première
instance, pour "outrage à
la personne du roi", atteinte
au "régime monarchique"
et à "l'intégrité
territoriale du royaume".
Le code de la presse marocain, adopté
au mois de mai 2002, a représenté
un progrès mais, continuant à
porter en son sein des interdictions fondamentales
et intimement liées à la
structure étatique, son application
ne pouvait manquer de susciter des abus
et de porter atteinte à la liberté
d'expression.
Condamner pour des délits de presse
à de l'emprisonnement ferme est
une autre dérive. Sous l'influence
de l'UPF, relayée par d'autres,
a été proposée la
suppression de cette sanction pour les
infractions de presse. Le Maroc, en infligeant
trois années d'emprisonnement à
ce journaliste, non seulement ne s'engage
pas dans la voie de la libéralisation
mais s'abandonne à une surenchère
judiciaire qui assimile les infractions
reprochées aux plus graves atteintes
délictuelles et criminelles. Aberration
qui constitue une formidable régression
pour un pays et un Etat dont les progrès
démocratiques étaient salués.
Cette sanction extrême n'aurait
pu être édictée sans
une magistrature dépendante. Il
serait inéquitable de dénoncer
celle-ci en lui reprochant de n'avoir
pas eu une pratique imprégnée
par l'esprit de responsabilité
et de liberté. En effet, lorsque
le pouvoir politique "tient"
sa magistrature, le système mis
en place est tellement efficace sur le
plan de la "domestication" judiciaire
qu'aucune révolte n'est possible,
à l'exception de refus isolés
et vite maîtrisés. Cette
implacable chaîne qui unit le politique
au judiciaire manifeste à quel
point, pour une authentique démocratie,
la rupture de ce "cordon ombilical"
est fondamentale et comme changer les
textes n'est rien si on n'a pas en même
temps réformé l'esprit et
la pratique de ceux qui jugent et créé
une véritable indépendance
du pouvoir judiciaire.
Ce qui scandalise, c'est le caractère
violent et absurde d'une répression
qui, quoi qu'on pense du journalisme,
de ses droits, de ses devoirs et de ses
nécessaires limites, constitue
une réponse disproportionnée
aux défis que pose la liberté
à un Etat et à une société.
Philippe Bilger,
délégué juridique
de l'UPF
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