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Lettre commune RSF - UPF

à M. Amadou Toumani Touré
Président de la République
Palais de Koulouba
Bamako, Mali

aux bons soins de l'ambassade du Mali
89, rue du Cherche-Midi
75006 Paris, France

Paris, le 21 juin 2007

Monsieur le Président de la République,

Reporters sans frontières et l'Union internationale de la presse francophone (UPF) attirent votre attention sur les conséquences néfastes pour le Mali de l'incarcération récente de cinq journalistes et d'un enseignant, accusés d' " offense au chef de l'Etat ".

Nos deux organisations ont eu l'occasion de saluer les accomplissements positifs du Mali depuis plusieurs années en termes de liberté de la presse. Votre pays était même devenu, pour beaucoup de journalistes africains, un modèle de transition réussie et un exemple de relations pacifiées entre les autorités et les journalistes.

Or, l'incarcération, les 14 et 20 juin 2007, de Seydina Oumar Diarra, journaliste d'Info-Matin, Bassirou Kassim Minta, professeur de lettres et censeur du lycée Nanaïssa Santara, Sambi Touré, directeur de publication d'Info-Matin, Ibrahima Fall, directeur du Républicain, Alexis Kalambry, directeur des Echos et Haméye Cissé, directeur du Scorpion et président de la section Mali de l'UPF, nous semble particulièrement inquiétante, dans ce contexte.

Le procureur de la République, Sombé Théra, s'est autosaisi d'une plainte à leur encontre pour "offense au chef de l'Etat" après la publication d'un article intitulé "Lycée Nanaïssa Santara : la maîtresse du président de la République !". Le texte, paru le ler juin dans Info-Matin puis repris dans quatre journaux, reprenait et commentait un sujet de dissertation au ton satirique donné par l'enseignant à ses élèves de 10e Lettres, dans lequel une "étudiante, prostituée économique" tombait enceinte d'un chef d'Etat et se battait pour la reconnaissance de son enfant. Les cinq hommes doivent comparaître le 26 juin devant le tribunal correctionnel de première instance de Bamako 3.

D'une part, il nous semble que l'une des vertus d'une démocratie est précisément que les citoyens disposent de la liberté d'être critiques, voire irrévérencieux envers une personnalité publique, fût-elle le chef de l'Etat. D'autre part, nos deux organisations ne comprennent pas que des mandats de dépôt aient été demandés pour des journalistes, en contradiction avec tous les standards démocratiques prônés par l'ONU et l'Organisation internationale de la Francophonie, (OIF) et avec les principes élémentaires du droit, selon lesquels la sanction doit être proportionnée au délit et que tout accusé est présumé innocent tant qu'il n'est pas déclaré coupable. De plus, dans le cas d'espèce, nous estimons que l'incarcération n'est pas une réponse adaptée et juste à l'éventuel délit de presse qui pourrait avoir été commis. Enfin, nous vous rappelons que le placement en détention de nos confrères préjuge du verdict de la justice, en sanctionnant les prévenus d'une peine privative de liberté avant même qu'ils aient été jugés.

Sur un plan politique, il nous semble que cette affaire ternit l'image du Mali et endommage gravement les indispensables relations de confiance entre la presse et votre gouvernement. Loin de maintenir l'ordre public, elle le trouble au contraire, en mettant les autorités dans la situation où elles doivent assumer le fait d'avoir fait incarcérer cinq professionnels de l'information et un enseignant pour un crime de lèse-majesté.

Reporters sans frontières et l'UPF vous demandent par conséquent de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour que les poursuites soient abandonnées ou, à défaut, qu'au moins les cinq journalistes et l'enseignant bénéficient d'une mise en liberté provisoire et comparaissent libres à leur procès.

En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre requête, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre très haute considération.

Robert Ménard
secrétaire général
Reporters sans frontières
Courriel: afrique@rsf.org

Georges Gros
secrétaire général international,
Union internationale de la presse francophone
Courriel: union@presse-francophone.org

Paris, 21 juin 2007

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